14 mai 2013

Addendum

 

58518662_c2ebeaed2e_bCertains se sont sentis blessés par le billet précédent. D’où ce nouveau billet pour clarifier ma position.

Loin de moi l’idée que les sages-femmes soient les seules en capacité de…  La plupart de nos actes peuvent être assurés et parfaitement assurés par d’autres professionnels.

Je souhaitais souligner ce qui donne sens à notre métier. Tout ce que nous faisons peut être fait par d’autres mais nous sommes les seules à pouvoir faire tout cela. Cette compétence transversale permet une  continuité dans une prise en charge qui peut sinon se révéler très morcelée et donc très morcelante. Notre profession n'a d'intérêt que par la -relative - cohérence qu'elle apporte.

Mais le billet évoquait surtout une rationalisation des soins si extrême qu’elle en devient déshumanisante. Et si la disparition des sages-femmes n’est que pure fiction, la tarification à l’activité (T2A pour les intimes) est bien réelle. Cette façon d’alimenter les budgets des établissements de santé prend principalement en compte les actes réalisés. Un document de l’IRDES (Institut de recherche et de documentation en économie de la santé) rappelle cette volonté économique : " En tant que mode de financement, la T2A n’a aucune vocation à assurer une couverture optimale des besoins ni à améliorer la qualité des soins". Gloups.

Pour réduire les coûts, les maternités ferment et les naissances se concentrent dans les établissements restants. La santé devient un produit comme un autre. Le terme "économie d’échelle" est d'ailleurs employé pour justifier les restructurations. "Une économie d’échelle est l’accroissement de l’efficience d’une entreprise grâce à la baisse du coût unitaire des produits obtenue en augmentant la quantité de la production". Gloups bis.

Les sages-femmes  - comme les autres professionnels - sont sous pression. Les maternités travaillent à flux tendus. Certains jours, les entrées sont moins nombreuses et les femmes bénéficient d’un accompagnement attentif. Le lendemain, les naissances se pressent et le rythme se doit d’être rapide car sinon, les prochaines accoucheront dans le couloir.

Pour réduire les coûts, on réduit aussi le nombre de soignants. Nous nous éloignons chaque jour un peu plus du très utopiste mais très sensé "Une femme une sage/femme" revendiqué dans nos manifestations. Les équipes doivent se démultiplier. Les écrans centralisés permettent de surveiller d’un œil ce qui se passe dans les  salles voisines, la péridurale est censée pallier l’absence d’accompagnement (comme si celui-ci ne concernait que le vécu douloureux), les temps de présence sont réduits, les explications données rapidement parce que d’autres femmes attendent. Chacun ne peut se concentrer que sur ce qu’il a à faire. Mais "prendre soin" peut-il se résumer à une succession d’actes ?

Les liens de l’article précédent sont tous réels. Il existe des écrans centralisés, des maternités se félicitant d’avoir la télévision en salle de naissance, des sites pédagogiques prêts à pallier nos explications trop succinctes… il y a bien des inventeurs faisant breveter un appareil mesurant la dilatation du col et des obstétriciens défendant la programmation de l’accouchement « Grâce à la programmation, les sages-femmes peuvent organiser les salles de travail et gérer leur effectif en tenant compte du nombre de parturientes programmées ». Gloups ter.

A la fin une mère et un enfant quittent la maternité en bonne santé et nous sommes censés nous en féliciter. Le pouvons-nous vraiment ?

Oui, le monde glaçant décrit dans le billet précédent n’était que fiction, mais pas pure imagination. Juste un sinistre puzzle fait de petits morceaux du pire de ce que nous vivons déjà.

Il est urgent de s'atteler à un nouveau puzzle conjuguant de petits morceaux du meilleur !

 

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PS : En dehors du premier (Irdes), tous les liens de cet article renvoient vers d'autres billets plus anciens. Comme le signe que rien ne change... Quand est-ce qu'on se bouge  ?

 

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05 mai 2013

Fiction ?

 

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Journal de 20 heures, 5 mai 20xx

"La caisse nationale d’assurance maladie et le ministère de la santé viennent de confirmer conjointement ce que la rumeur laissait entendre depuis plusieurs mois : la profession de sage-femme va être supprimée.

Lors de la conférence de presse, ministre de la santé et directeur de l’assurance maladie se sont montrés très convaincus : un soignant en moins, ce sont des économies en plus. De fait, dans beaucoup de lieux, l’une ou l’autre des fonctions des sages-femmes sont déjà assurées par un autre professionnel. Il ne s’agit que de généraliser ces exceptions à l'ensemble du territoire. Ils ont d’ailleurs énuméré les nombreux praticiens concernés, diététicien, échographiste, généraliste, gynécologue, infirmier, kinésithérapeute, obstétricien, pédiatre, psychologue, puériculteur…"

 

Afin d'organiser la disparition des sages-femmes, le "parcours maternité" a été verrouillé. Des protocoles stricts encadrent l'action des professionnels afin de diminuer les coûts tout en assurant une prise en charge statistiquement optimale.

Rationaliser les soins est devenu un mot d'ordre. Un rendez-vous mensuel unique est  prévu avec un gynécologue. Toute consultation supplémentaire se fait aux urgences et reste à la charge de la patiente si elle est déclarée injustifiée. Afin de gérer les lits au mieux, les accouchements sont programmés dans la trente sixième semaine de grossesse. Les femmes ne restent ensuite hospitalisées que 24 heures. 

C’est à tout cela qu’elle pense dans la salle d’attente bondée du gynécologue.

Comme chaque mois, elle est accueillie par une  infirmière. Une différente presque à chaque fois. Tension, bandelette urinaire, questionnaire standard avec des cases à cocher... en moins de cinq minutes, c’est bouclé et l'infirmière part déjà s’occuper d'une autre patiente, dans un des box voisins.

Pieds dans les étriers, elle attend l’arrivée du médecin. Il la salue brièvement, jette un oeil sur le questionnaire (toutes les croix dans la colonne de droite = RAS ), procède à un rapide toucher vaginal, fait gicler du gel sur son abdomen et, s’emparant de la sonde échographique, confirme que la grossesse évolue. Rendez-vous dans un mois… Elle aurait aimé le questionner sur les tiraillements qu’elle ressent dans le bassin, les tensions de son utérus, ses insomnies, les larmes qui arrivent parfois sans prévenir… mais il est déjà reparti, la laissant gluante de gel. Son temps est compté et des grossesses pathologiques l'attendent. L'infirmière revient, lui tend quelques feuilles de papier pour essuyer son ventre, essaye vainement de la rassurer : "Inutile de vous inquiéter, le médecin a dit que tout allait bien".

Elle se rhabille, secrétaire, ordonnances standardisées pour le labo, pour l'écho, chèque, programmation du rendez-vous suivant… 

Elle a consulté deux fois aux urgences, une première fois pour "rien", et son compte bancaire a été délesté d'une somme rondelette, une seconde pour une infection urinaire évoluant depuis plusieurs jours, la facture de sa première visite ayant certainement majoré sa "patience". En consultation, elle n'avait pas osé évoquer les premiers symptômes, habituée à entendre que toutes ses plaintes faisaient partie du cortège normal de la grossesse. Mais la gêne s'est transformée en brûlure, son utérus s'est mis à se contracter douloureusement et le médecin des urgences a du l'hospitaliser quelques jours, en ronchonnant sur ce lit que l'on aurait pu éviter d'occuper si elle avait su s' inquiéter plus tôt.

A la date programmée pour la naissance, elle est convoquée à la maternité. L'infirmière installe le monitoring, la perfusion, le scope, l'oxymètre et le brassard à tension automatique. L’anesthésiste fait une brève incursion pour poser la péridurale, avant qu'elle n'ait ressenti la moindre contraction. C'est plus rassurant et de toute façon, elle aura son bébé dans la journée ; soit le travail avance, soit on lui fera une césarienne. Pas question d'embouteiller le service en reportant la naissance au lendemain.

Tous les appareils sont reliés à des écrans de contrôle visibles dans chaque bureau de consultation. L’obstétricien n’a qu’à jeter un œil de temps en temps. De toute façon, des alarmes électroniques sophistiquées signalent toute anomalie. Un nouvel appareil, le colpomètre permet d’évaluer la dilatation sans que le médecin ait à se déplacer.

Toute cette technologie l’impressionne. Elle a bien suivi la préparation virtuelle mais le logiciel ne pouvait prendre en compte ni ses ressentis ni ses angoisses. Pour faire passer le temps, elle regarde la télévision, surfe un peu. La connexion wifi lui permet de rester en lien avec ses amis. Elle ne sait pas vraiment ce qui va se passer. Elle photographie  les écrans des machines et transmet les photos sur facebook en espérant qu’une de ses copines saura la renseigner.

L'infirmière est revenue. Le col est complètement dilaté et l’obstétricien a donné la consigne de pousser. Elle s'applique mais tous ses efforts lui semblent vains. Il est tellement irréel de penser qu'elle va bientôt accueillir son bébé. Le médecin a quitté sa consultation pour finir l’accouchement et son absence se doit d’être brève. Avec cette nouvelle organisation, le taux de forceps a explosé mais tout  le monde le dit, c'est mieux comme ça, les femmes n'ont plus à se fatiguer à pousser. Pourtant, elle se sent si lasse une fois son tout-petit né.

Deux heures plus tard, elle est dans un lit pour l'hospitalisation réglementaire de 24 heures. On lui a expliqué que l’infirmière s’occupera d'elle  et la puéricultrice de son bébé. Ses mamelons sont douloureux et elle se demande à qui en parler, c'est de ses seins qu'il s'agit mais l’allaitement concerne son petit. Grâce à l'écran multimedia, elle envoie un petit message sur Doctissimal, comme une bouteille à la mer...

Le lendemain, elle rentre chez elle. Elle a encore beaucoup de questions, mais heureusement, de nombreux sites peuvent lui donner toutes les informations nécessaires.

Dans les semaines suivantes, elle revoit souvent la puéricultrice car son bébé pleure beaucoup, l’infirmière car l'épisiotomie lui fait mal, le  généraliste pour une crise hémorroïdaire, puis le gynécologue pour un nouvel examen et une prescription de contraception - elle n'a pas eu le temps de lui dire que  pour le moment, la contraception était le cadet de ses soucis- et enfin le kiné qui assure sa rééducation. 

Tous les soignants rencontrés l’ont rassurée. Sa santé et celle de son enfant sont  PAR-FAI-TES !  Elle a l’impression qu'aucun ne peut comprendre ce qu'elle traverse. 

Elle se sent triste, s'inquiète d'un rien, attend chaque rendez-vous avec impatience, en ressort toujours un peu déçue. Elle a déposé des petits bouts de son histoire, de ses émotions, de ses douleurs, de ses questions auprès de chacun. Mais comment reconstruire le puzzle ?

Elle interroge sa mère "Maman, c'est si compliqué à vivre tout ça. La grossesse, l'accouchement et maintenant je me sens tellement perdue avec mon bébé. Toi, comment tu faisais ?"

Sa mère a souri et a simplement répondu, "Moi ? Mais moi, j’avais une sage-femme"...

 

 

Le 5 mai célèbre la Journée Internationale de la Sage-femme. Partout dans le monde, des femmes deviennent mères, des enfants naissent. Leur santé nous tient à coeur, de même que leur bien-être émotionnel. Partout dans le monde, les conditions entourant cet événement peuvent être difficiles, chacune à leur échelle.
L'International Confederation of Midwives souligne le rôle essentiel des sages-femmes auprès des femmes.
Pour appuyer l'appel de l'ICM, dix blogueuses et blogueurs sages-femmes ont imaginé un monde où leur profession n'existerait pas...

A lire chez :

Bruit de Pinard 
Ella 
Ellis Lynen
Jimmy Taksenhit 
Knackie
Marjeasu 
Miss Cigogne 
NiSorcièreNiFée 
SophieSageFemme 

 

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28 avril 2013

Timbrée

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J’aime bien les jolis timbres ; pas pour accumuler les gravures crénelées dans de précieux albums, mais très banalement, pour le courrier. Comme un hommage rendu au papier, à l’objet. Si j’osais, je cachèterais mes envois à la cire…

Comme le cachet n’est plus vraiment de mise au temps du net, me reste l’option d’égayer mes enveloppes d’une vignette un peu plus originale qu’une banale Marianne.

Quand le stock s’épuise, je passe à la poste, espérant que le choix ne se limitera pas à «Recettes de terroir » ou « collector Claude François ». La dernière fois, il restait  d‘anachroniques «Meilleurs vœux » et les petits messages de Ben.  Va pour les messages. Pour faire bonne mesure, j’ai pris cinq carnets…

J’aurais pas du !

"J’aime écrire" m’arrache un demi rictus quand je poste un courrier en triple exemplaire (maternité/médecin traitant/gynéco) alors que les destinataires se montrent trop rarement enclins à m’écrire quoi que ce soit…

"Je suis timbré" me parait un double sens dangereux pour accompagner le règlement de mon assurance professionnelle.

"Entre nous" est un peu trop intime pour le médecin du travail que je souhaite convaincre de déclarer en inaptitude (provisoire) une femme enceinte malmenée par son employeur.

 "Enfin de l’art" n’est pas tout à fait bienvenu pour le traitement d’une infection vaginale entrainant divers symptômes inconfortables et malodorants.

"Vous êtes formidables" est un encouragement un tantinet excessif pour mes onéreuses cotisations retraites.

"Gardarem lo moral" serait de mauvais aloi pour cette femme redoutant une nouvelle grossesse trop vite venue.

"J’ai quelque chose à dire" semble un message trop explicite pour ma lettre de réclamation à l’Urssaf.

 "Pour l’instant tout va bien" est un poil anxiogène quand j’adresse copie des résultats à celle qui doit rapidement consulter un spécialiste.

"Les mots c’est la vie" n’est pas adapté à ce médecin bourru qui m’a expédiée en trois mots" Hum, oui, peut-être", lorsque je sollicitais son avis.

"Cette idée voyage" apparaît bien ironique pour le traitement d’une infection sexuellement transmissible.

"Et mots d’amour" ne convient strictement à personne si l’on veut rester strictement professionnelle !

Reste le très tautologique "Ceci est une lettre"...
Enfin m’en reste plus, curieusement les cinq sont déjà utilisés !

 

PS : à celles et ceux qui imaginent qu’il suffirait de choisir un autre timbre pour chaque situation… Essayez… pas si simple !!

 

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21 avril 2013

Géant

 

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Elle fait des gestes, de grands, de très grands gestes…

Elle débute une grossesse et c'est notre première consultation. Elle a déjà une petite fille, née quatre années plus tôt. Elle affirme, selon la formule consacrée, "Tout s'est très bien passé". Les neufs mois d'attente ont été sereins, l'accouchement s'est déroulé simplement, "presque" tout seul.

Le "presque", c'est juste un "petit forceps". Je tente de lui en faire préciser les circonstances. Mon intérêt semble la surprendre. Elle s'autorise du coup un récit détaillé, décrit très précisément toutes les étapes, les premières contractions ressenties à la maison, l'arrivée à la maternité, le monitoring, l'attente, l'immobilité, la péridurale salvatrice. Puis, au moment d'évoquer la dernière phase, son corps se met en mouvement. 

Elle mime bras tendus l’arrivée de l’obstétricien, suggérant d’immenses instruments de métal brandis par le médecin.

Repousse le bureau pour suggérer une puissante traction,

Zèbre l’air à grands coups de poignet pour expliquer l’épisiotomie,

Et conclut par de grands cercles de la main figurant le trajet d’une gigantesque aiguille venant joindre les chairs.

Quelque chose me dit que son excellent souvenir affirmé en conclusion mérite d’être un peu interrogé.

 

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12 avril 2013

Odile vend sa soupe

 

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Odile Buisson veut vendre son livre et elle fait le nécessaire pour qu'on en cause,  se répandant dans tous les médias, assaisonnant un peu plus les sages-femmes à chaque nouvelle occasion. La seule riposte sensée, c’est de surtout ne pas acheter son bouquin, même si vous brûlez de savoir quelles autres absurdités l’on peut y trouver, même si une telle accumulation de mépris vous donne envie de décortiquer chaque affirmation pour mieux la démonter.…

Dans le dernier article publié par Charlie Hebdo, le propos devient réellement caricatural.

L'hebdomadaire a offert aux sages-femmes une réponse de 2000 signes pour commenter l’article en ligne.

2000 signes ça peut-être trop long : "Ce torchon est un tissu de mensonges juste bon à rejoindre le compost - entrisme écologique oblige - au fond de mon jardin."

Ou trop court  : cet article fait 5050 signes ; c’est selon.

Depuis le 18 mars, j'ai publié cinq billets pour décortiquer le livre. Je l’ai fait calmement, en argumentant point par point, afin de mettre en évidence les approximations, omissions, sophismes et autres dérives de l’auteur. Et m'étais promis de ne plus y revenir.

L''argumentation est inutile face à la mauvaise foi multi martelée.

Odile se contrefout des femmes et la bannière du féminisme n’est là que pour donner un semblant de probité à une attaque qui n’est que corporatisme, mesquinerie, stupide lutte de pouvoir dont les femmes seraient, si ses thèses était reprises par d’autres gynécologues, les premières victimes.

"Qu’elles soient les gynécologues du futur, bienvenue, au contraire. Mais qu’elles se forment pour faire le boulot !"
Mais toute la question est là chère Odile, nous ne sommes pas gynécologues, nous sommes sages-femmes. Nous réalisons les dépistages et orientons vers les spécialistes quand cela est nécessaire.

Mais c’est moi la sage-femme qui vient  de repérer une contre-indication formelle à la prise d’une contraception oestro progestative  renouvelée depuis des années par un gynécologue hautement formé, c’est moi la sage-femme qui explique à la dame que contrairement à ce que lui affirme son gynéco, les anti-inflammatoires ne sont pas contre indiqués avec un DIU(stérilet) au cuivre, c’est moi la sage-femme qui donne pour 21€ les réponses que le gynéco à 80 € n’a pas daigné fournir, les dix minutes imparties à la consultation étant écoulées, et c’est encore moi la sage-femme qui explique que le retrait n’est pas une méthode de contraception alors que le gynéco s'est contenté de différer (sans autre bonne raison que sa propre habitude) la prise de pilule, demandant d'attendre le retour de couche. * 

Je connais de nombreux gynécologues qui font extrêmement bien leur travail, se montrent disponibles, sont à l’écoute de celles qu’ils reçoivent, soucieux d’adapter traitements et conseils à chaque personne accueillie. Ceux-là - étonnamment ! -  se réjouissent de notre collaboration qui libère un peu de leur temps pour les situations nécessitant leur expertise.

"Elles sont de profession médicale, bien sûr, mais elles n’ont pas franchement de comptes à rendre".
Pas de compte à rendre ? Nous en avons, et comme tout soignant, à rendre d’abord à celles dont nous prenons la santé en charge. Ce qui défrise Mme Buisson, c’est  que les sages-femmes osent s’affranchir de la tutelle des gynécos pour imaginer travailler en partenariat plutôt que sous leurs ordres !

"Et moi, je n’aime pas trop les milieux clos féminins, où il peut y avoir un entrisme écolo ou religieux".
Quelle belle leçon de féminisme ! Ces pauvres êtres influençables que l’on nomme femmes seraient donc à la fois en quête perpétuelle de gourou et incapables de se défendre des attaques écologistes (j’avoue, j’ai ma carte EELV) ou religieuse (suis pas baptisée, j’ai bon ?).

"Parce que, dans les maisons de naissance, les sages-femmes ont le droit de faire des dépassements d’honoraires…"
Rappelons que les maisons de naissance n'existent pas mais que, dans l' attente d'une expérimentation officielle, certains lieux tentent de s'en rapprocher. Le seul visité par Madame Buisson est Pontoise et les sages-femmes y sont salariées.
D'autres sages-femmes, ailleurs, pratiquent l’accompagnement global. Elle sont disponibles à chaque instant le dernier mois de la grossesse, assument l’entière responsabilité de l’accouchement, accompagnent tout le déroulement du travail, de la naissance et des heures qui suivent pour 313 € dont il faut retirer au minimum 50 % de charges… plutôt que déplorer d'éventuels dépassements d'honoraires, Odile Buisson aurait pu à raison s'offusquer de ces tarifs ridicules.
Le reproche est en outre particulièrement savoureux venant de celle qui a choisi d’exercer en secteur 2 (cf site ameli-direct.ameli.fr)

 

Voilà, il suffit ! Vos erreurs et errances ne méritent pas que l'on s'y attarde plus.  D'aucuns ont pu vous croire sincèrement préoccupée par la santé des femmes. Vous ne défendez que vous même.

Mais les femmes, soyez en certaine, n'en sont pas dupes.

 

 

*hasard ou coïncidence, je jure que trois de ces quatre situations datent de moins de 24 heures.

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08 avril 2013

Odile n'aime pas du tout les sages-femmes (5)

 

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J'avais promis d'y revenir, Odile Buisson n'aime pas les sages-femmes. Evidemment peu de critiques directes, il ne faudrait pas prendre le risque d'une plainte.

La quatrième de couverture annonce la couleur en évoquant une "gynécologie low cost pratiquée par des intervenant non médecins" pour enchainer immédiatement "Toutes les conditions pour un grand bon en arrière sont réunies. Sale temps pour les femmes". Devinette : qui en France a le droit de réaliser des actes de gynécologie en dehors des gynécologues ?  Les médecins généralistes et les sages-femmes. Les premiers étant  médecins, qui est ici implicitement désigné responsable du "sale temps pour les femmes" ?

Odile Buisson attaque en restant inattaquable, distillant allusions, adjectifs choisis et insinuations.

Attaque quand elle évoque les "nouveaux métiers de santé". "Désormais, ce n'est pas au cabinet du Docteur Machin que vous irez pour votre surveillance de cancer mais à celui de Madame Michu, fraichement diplômée en 80 heures de cours"*. Les sages-femmes se savent doublement désignées, d’abord par le choix pas tout à fait innocent du féminin, cette Madame aurait pu tout aussi bien être un Monsieur Michu– désignées aussi par le temps de formation annoncé car 80heures est le temps moyen de formation théorique pour les DU (diplômes universitaires) de suivi gynécologique de prévention, certains DU étant d’ailleurs ouverts conjointement aux sages-femmes et aux médecins généralistes. Ce raccourci omet simplement que ces heures de cours se complètent d’heures de stage - est ce que le temps de formation d'un médecin se résume aux heures passées sur les bancs de la fac ? - de travail personnel, mais surtout qu'elles viennent s’ajouter à un diplôme obtenu après 5 années d'études (dont 500 heures de formation gynéco).

Attaque encore cette improbable liste de "petits métier" qu'elle se plait à imaginer "frotteur de col utérin, inciseur d'hémorroïdes, vaccineur de bébé, poseur de stérilet, toiletteur du 3ème âge, peseur de nouveau-nés".  Que quatre de ces six propositions soient déjà assurées par les sages-femmes n’est surement que le fait du hasard ! Il est par ailleurs savoureux de les voir ainsi soupçonnées de vouloir "faire de chaque morceau du corps humain une petite entreprise qui ne connaît pas la crise" alors que les sages-femmes revendiquent haut et fort les moyens d'une prise en charge plus globale.

Attaque toujours ce récit de grossesse non désirée survenue après la pose d'un stérilet par un "professionnel de santé" ( lire sage-femme, en dehors des médecins, elles sont actuellement les seules autorisées à poser des dispositifs intra-utérins). Odile Buisson se régale de la description échographique "d'un stérilet inséré dans le col utérin. L'absence de douleur et de saignement fait plutôt penser qu'il y a été malencontreusement placé lors de la pose". Et hop, preuve serait faite que les sages-femmes sont incapables de poser correctement un DIU. Oui mais non ! L'expulsion d’un DIU bien placé n'est pas toujours accompagnée de douleur et de saignements (cf cette notice précisant qu'il est bon de contrôler les fils après les règles)Que le gynécologue qui n'a jamais connu cet incident me jette la première pierre...

Saluant la santé des françaises dont le  taux de cancer du col est le plus bas d’Europe, Odile Buisson s’offusque "qu’il soit de plus en plus souvent répliqué : n’importe qui peut faire un  frottis" (n’importe qui en l’occurrence, ce sont les  médecins et les sages-femmes) et termine le paragraphe pas un méprisant "oui bien sur, les vétérinaires aussi… " Les vétérinaires apprécieront ! 

Evoquant la visite de la maison de naissance de Pontoise, Odile Buisson souligne  "D'emblée il est expliqué qu’il ne faut pas confondre les maisons de naissance avec les espaces physiologiques qui s'ouvrent dans les maternités publiques ou privées ; les premières sont indépendantes des médecins les secondes ne le sont pas". La formulation laisse à penser que la seule préoccupation des sages-femmes serait de se libérer de la tutelle des médecins. Mais travailler en autonomie signifie avant tout se dégager des nombreux protocoles mis en place afin de donner une cohérence aux prises en charge assurées par de multiples intervenants. Ces prises en charge standardisées n’ont que peu de place  en maison de naissance où la globalité du suivi permet une adaptation à chaque situation rencontrée.

Mais pour Odile Buisson, interroger nos façons de faire est forcément suspect. "Il existe chez les sages-femmes et parfois chez les médecins un petit lot d’extatiques de la matrice". Voyez comme le parfois des médecins laisse entendre le souvent des sages-femmes. Elle développe ensuite, "volonté de religiosité, morale conformiste et souvent bourgeoise de la sujétion à la douleur"… Oserai-je ce mauvais jeu de mot, la messe est dite et les sages-femmes qualifiées dans le paragraphe suivant de "nouvelles matrones ordinales".

Car les soignants mis en cause sont presque exclusivement les sages-femmes. Quand certains comportements de médecins pourraient être dénoncés, le "on" vient avantageusement remplacer le nom du professionnel. Ainsi dans le récit d'une femme ayant fait une fausse couche et plusieurs fois renvoyée par les urgences, ce n'est pas le médecin qui la refoule mais  "on" et "on" aussi qui lui dit qu'il faut attendre ; quand elle appelle le 15 ce n'est pas un médecin régulateur mais "on" qui se borne à  lui conseiller de consulter en ville. A l’inverse, quand elle est enfin reçue, l'interne est désolé et le médecin attentionné.

Les sages-femmes, elles, ne bénéficient pas de ce "on" générique et protecteur.  

Par exemple dans ce récit d’un accouchement difficile mettant plus qu’à mal le projet de naissance d’un couple. La sage-femme "rétorque sèchement", à la ligne suivant elle est qualifiée de "cerbère", deux phrases plus loin "elle se crispe et ne donne pas dans l’empathie" et lorsque la mère hurle et se débat, elle est attachée et "la sage-femme indifférente observe : elle est agitée". L’obstétricien sera pour une fois lui aussi qualifié de rustre et de sale type.

Loin de moi l’idée de défendre à tout prix ma corporation, être sage-femme ne garantit aucune qualité, ne préserve d'aucun défaut…
Mais à la fin de ce récit apocalyptique la femme est "très remontée contre les sages-femmes de l'hôpital". Le rustre a soudainement disparu.

Si les sages-femmes de Pontoise sont accusées de refuser une péridurale à leurs patientes, d'autres l'imposent. Dans une autre maternité, une jeune  femme arrive dans le service en fin de travail. "La sage-femme appelle l'anesthésiste", adroite ellipse qui évite de préciser si c'est du fait d'une demande maternelle. Il nous est expliqué que la future mère a passé "une nuit atroce, percluse de douleurs abdominales", en soulignant  qu’elle a été renvoyée la veille par la sage-femme … "La patiente lui dit, c'est trop tard, j'ai envie de pousser, je sens qu'il arrive. La sage-femme rétorque – vous l’aurez remarqué, une sage-femme ne répond pas, elle rétorque - qu'elle a encore du temps et la péri est posée".

Décidément, les sages-femmes ne semblent jamais respecter les souhaits des femmes.

Paradoxalement, Odile Buisson conclut son ouvrage en saluant  la création d’un Institut de santé génésique dirigé par Pierre Foldes "fédérant médecins, sages-femmes, infirmières, et membres d’autres professions".

Fédérer les professionnels, cela peut se faire au sein d’un même lieu, mais aussi d’une ville, d’un réseau de soin.
Fédérer, c'est mutualiser les compétences et les savoirs pour se mettre au service des patients.
Fédérer, c'est reconnaître et respecter chaque maillon de la chaîne de soin parce que la santé se construit avec chacun d'eux.
Mais comment imaginer ce partenariat quand l'un distille autant de mépris pour l’autre ?

Odile Buisson, j'aimerais croire que vous vous souciez réellement de défendre la santé des femmes et non l’hégémonisme médical...
Mais j'ai comme un doute.

 

NB: Il y a un an, j'avais choisi l'humour pour dénoncer d'autres propos incendiaires d'Odile Buisson. Mais la répétition des attaques est lassante...

 

*En aucun cas les sages-femmes ne surveillent un cancer… Par contre elles participent activement à leur dépistage.

 

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02 avril 2013

Odile n'aime pas les maisons de naissance (4)

 

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Parfois, on se surprend à acquiescer. Odile Buisson constate "Un certain nombre de femmes se disent fatiguées de devoir subir tant de médecine pour un acte si naturel". Mais ce n'est que pour mieux les cataloguer. "Certains groupements associatifs (...) se chargent de repasser le cerveau des bougresses. Le credo de ces associations est un hymne à la tradition. Fonction principale d’une femme : mère ! Comment devenir une mère en accouchant dans le ressenti de la douleur".

Seuls des esprits faibles manipulés par des "groupements"(lire secte) pourraient souhaiter se réapproprier le moment de la naissance ?

Odile Buisson visite la presque maison de naissance de Pontoise. Comme à son habitude, la charge est lourde. Si une première description factuelle évoque avec honnêteté un "espace de liberté, convivial, respectant l’intimité du couple", très vite elle s'interroge sur ce qu'ils viennent y chercher. "Est ce vraiment l’accouchement dit naturel (...) ou plutôt les conditions d’écoute et d’attention exceptionnelles ?"
L'un ne va pas sans l'autre ! Et trouver écoute et attention de la part des soignants est une attente, plus que légitime, de toute femme enceinte, quel que soit le lieu de son accouchement.

Plus fort encore, Odile Buisson envisage que ce soit "le luxe de l'hôtellerie" qui attire les parents. Je laisse chacun juger de ce supposé luxe à travers les photos disponibles sur le site du centre hospitalier de Pontoise. Que ce lieu soit accueillant, nul ne peut en douter, mais luxueux ? Imaginer que les femmes y viennent pour les locaux est d'autant plus absurde que la maison de naissance n'est pas un lieu d'hébergement. On y accouche - et encore, pas tout à fait puisque l'expérimentation n'est toujours pas inscrite dans la loi - mais l'on n’y séjourne pas.

Odile Buisson poursuit sa charge en comparant un peu rapidement les fonctionnements "la maison (...) mobilise deux sages-femmes pour 100 accouchements annuels soit une sage-femme pour 50 accouchements. Dans la maternité, elles ne sont que six sages-femmes pour assurer 4700 accouchements". Si ces chiffres étaient exacts, une telle disparité serait effectivement scandaleuse.
En réalité le temps de travail des sages-femmes de la maison de naissance correspond à 1,80 équivalent temps plein (elles sont salariées) pour 100 femmes suivies par an. Le centre hospitalier en a assuré lui 4760 en 2012 avec 60 sages-femmes mais aussi de nombreux autres personnels. Rien de choquant pour autant ; le centre hospitalier est un type 3 qui gère des situations complexes mobilisant les équipes.

Odile Buisson ne conçoit l’accouchement qu’"effroyablement douloureux". Elle le martèle dans les médias"sur une échelle de 0 à 10, la douleur de l’accouchement est cotée à 12", formule efficace mais forcément erronée*.  A se demander comment font les 20% de françaises qui n'ont pas recours à la péridurale ? Et qui n’accouchent pas en maisons de naissance puisqu’elles n’existent pas encore...

Ce qui la chagrine le plus serait cette "petite ombre restrictive (...) quand une maman vient accoucher, elle doit renoncer définitivement à une éventuelle péridurale, même si en raison de l’effroyable intensité de ses douleurs elle la réclame, il faudra qu’elle s’en passe coûte que coûte". Cela est présenté comme une différence majeure avec les espaces physiologiques des maternités où "une femme submergée par la douleur peut obtenir une péridurale dès qu’elle la demande".
Bien évidemment, il est toujours possible de transférer une mère vers le plateau technique si une péridurale est souhaitée. Mais les sages-femmes ont l'honnêteté de se montrer exhaustives dans leur présentation, précisant que certaine femmes demandent une analgésie puis décident de s'en passer grâce au soutien qui leur est apporté. Situation qu'Odile Buisson transpose en un despotique "ne pas céder à leur demande" traduisant une vraie méconnaissance des hauts et bas que peut traverser une femme en travail, par moment en mesure d'accueillir sereinement ses sensations, à d'autres submergée et découragée puis trouvant à nouveau l’apaisement.
La question n’est pas de refuser, de ne pas céder, mais de proposer des alternatives pour respecter au plus près le projet initial de la femme. Est-il nécessaire de le préciser, la décision lui appartient ; toujours.

Mais Odile Buisson imagine un autre motif au soutien des sages-femmes, bien moins noble. Si l’on s’oppose ainsi à la péridurale en maison de naissance c’est que tout le monde y aurait recours si elle n’était pas proscrite "et les lobbies qui vivent de leur lubies n’aurait plus qu’à plier pancarte et rendre l’argent de leur subvention".
Ainsi nous militerions pour mieux garnir nos porte-monnaie... Avec plus de 15 années de bénévolat au compteur, je me dis que j'ai du rater quelque chose.

Mais revenons à Pontoise. Locaux luxueux mais équipement défaillant. Odile Buisson s’étonne "aucun équipement médical n’est utilisé que celui des sages-femmes. Des gants en latex ? Une sonde pour les bruits du cœur ? "
A se demander si les sages-femmes ne coupent pas le cordon avec les dents !
Peu de technique est une évidence en maison de naissance où prime le respect de la physiologie. Si une intervention s'avère nécessaire, il est plus que logique de changer de lieu pour accoucher dans une salle traditionnelle et traditionnellement équipée.

Certains prônent des espaces physiologiques aux frontières moins définies.
En préparant ce billet, je suis tombée sur une étude récente qui conclut à l'imprévisibilité de l'accouchement et l’impossibilité de sélectionner le bas risque ! En comparant un groupe bas risque et un groupe dit à haut risque, l'étude dénombre en effet plus d’intervention de l’obstétricien dans le premier groupe (21 versus 12 %).
Edifiant ?  A un détail près : dans le groupe bas-risque, on retrouve 76,8% de péridurale et 77,3 % de perfusion d'ocytocine.

On est loin - très loin - très très loin - du respect de la physiologie prôné en maison de naissance.
Mais en faisant mine de l'ignorer, leurs détracteurs tracent leur sillon en dévoyant la notion même de bas-risque. **

 

PS, si la photo d'illustration de ce billet vous semble caricaturale, et bien vous avez raison ! Chacun son tour ...

à suivre....

 

* Echelle orale d'évaluation de la douleur : Le soignant demande au patient de quantifier sa douleur sur une échelle virtuelle allant de 0 "Douleur absente", à 10 "Douleur maximale imaginable".

**Cf cette autre étude à la conclusion semblant "intéressante" (mais je n'ai accès qu'au résumé). 

Edit du 03.04 : grace à la solidarité du net, j'ai reçue l'étude évoquée ci-dessus. Merci !!  Il ne me reste plus qu'à trouver le temps de la lire en oubliant mon piteux niveau anglais...

 

©Photo Jyn Meyer

 

 

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22 mars 2013

Odile se contredit (3)

 

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Odile Buisson écrit vite ; elle publie le 21 février un livre évoquant la polémique des pilules de 3ème et 4ème génération sortie début janvier. Tellement vite que ses arguments trop rapidement déroulés s'opposent à eux-mêmes.

Ainsi cette femme, hospitalisée deux jours au huitième mois de grossesse pour des douleurs inexpliquées sans qu'aucune cause ne soit retrouvée, puis victime d’une grave hémorragie de la délivrance. "Il est toujours étrange de pressentir un danger sans pouvoir l'identifier", explique-t-elle après avoir conseillé à la patiente de se rendre dès les premières contractions dans une maternité  "apte à prendre en charge les grossesses à risques". C'est une hystérectomie qui permettra de sauver la mère. 

Et Odile de conclure, "l'histoire de cette patiente rappelle une vérité : une grossesse apparemment normale ne signifie pas que l'accouchement sera normal. Que serait-il advenu si elle n'avait pas accouché médicalement ?"

Faut-il souligner que des douleurs inexpliquées assez violentes pour justifier une hospitalisation de 48 heures ne sont pas vraiment à classer  "grossesse normale" ? 

Mais il serait dommage de se limiter à une seule hypothèse. Le débat peut très largement s'enrichir !
- Que serait-il advenu si cette femme avait accouché dans un établissement disposant d'un service de radiologie interventionnelle ? Son utérus aurait certainement pu être préservé.
- Que serait-il advenu si elle avait eu la malchance de résider à distance d’une maternité (leur nombre a été divisé par 2.5 sur les 40 dernières années) et de ne pas arriver à temps. Cela lui aurait peut-être couté la vie.
- La mauvaise foi ne m'étouffant pas, que serait-il advenu si elle n'avait pu quitter son domicile, bloquée chez elle du fait des intempéries ? Faut-il pour autant prévoir un chasse neige à la porte de chaque femme enceinte ?

Une politique de santé ne peut se concevoir à partir de cas particuliers.

Odile Buisson enchaîne "benoîtement" sur les maisons de naissance. Le raccourci est clair. Puisque personne ne peut prévoir comment se passera une naissance, accoucher hors d'une structure "apte à prendre en charge les grossesses à risques", c'est mettre la santé de la mère et de son enfant en danger.

Pourtant, l'accompagnement global favorisant une parfaite connaissance de la femme par la sage-femme étaye cet "étrange instinct" qui lui a fait conseiller de se rendre précocement à la maternité. Pourtant, le projet d'expérimentation impose l'attenance à une maternité. Surtout, comme le démontre cette étude britannique et contrairement à ce que Odile Buisson tente d'insinuer, pour les femmes présentant une grossesse à bas-risque, la sécurité de l'accouchement est identique quel que soit le lieu de naissance

Je l'ai déjà écrit, Odile ratisse large. A quelques pages d'écart, elle peut à la fois rappeler "la cour des comptes souligne que les maternités n'ont pas suffisamment accès aux services de radiologie interventionnelle" et dénoncer "la création de maternités gigantesques, véritables accouchoirs publics". Faudrait-il concevoir de multiples "petites"  maternités suréquipées ? Avec quel budget ? Quel personnel ? Sachant qu'elle relève ensuite que "certaines maternités disposant de financement ne trouvent pas de médecins..."

Mais Odile Buisson en reste au pamphlet. Il est plus aisé de dénoncer que de proposer.

Elle insiste un peu plus loin "La toute première cause des décès maternels est une hémorragie cataclysmique au décours de l’accouchement" en ajoutant "si les données épidémiologiques soupçonnent l'ocytocine utilisée pour réguler les contractions utérines, aucun lien formel n'a pu être établi". Odile Buisson écrit trop vite. Une  étude de l’Inserm publiée en décembre 2011 démontre au contraire que l’administration d’ocytocine pendant le travail augmente le risque d’hémorragie grave. 

Finalement les apôtres de la physiologie, les "extatiques de la matrice" n'auraient-ils pas raison de se défier? Le groupe de travail cité dans mon dernier billet précise  "La prise en charge de manière systématique de toute grossesse et de tout accouchement avec le même niveau d’intervention que celui requis par ceux qui présentent un risque comporte des effets négatifs tant pour les femmes que pour les équipes des maternités et la société."

Je m'autorise un dernier parallèle. Ce mémoire d'une sage-femme étudiant la prescription d'ocytocine dans une maternité de type 1 retrouve un taux de 45.4 % (et ce chiffre ne prend pas en compte les accouchements déclenchés ! ) Odile Buisson cite cette  étude du Ciane qui dénonce "la plupart des femmes ne sont pas prévenues de l'administration d'ocytocine pendant l'accouchement, administration rendue invisible par la pose systématique d'une perfusion". Elle ironise sur le titre de l'article - méprisamment qualifié d'articulet - "Les femmes n'ont pas leur mot à dire" "qui en dit long sur l'idée qui est véhiculée : les parturientes sont  les victimes d'une médecine totalitaire".  

Injecter sans en informer les femmes un produit qui majore le risque d'hémorragie serait donc à ranger dans la bientraitance médicale ? 

 

à suivre...

 

©Photo

 

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20 mars 2013

Odile ne connait pas la nuance (2)

 

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Le billet précédent se terminait par un pastiche, description volontairement caricaturale de l'accouchement sous péridurale, faisant écho à l'accouchement en maison de naissance narré par Odile Buisson.

Le moins que l'on puisse dire est que son propos n'est pas nuancé. Les professionnels de santé soucieux d'une médicalisation raisonnée sont croqués en "extatiques de la matrice", chantres de la douleur, célébrant la nature dans une nouvelle religion.
Les catholiques ont pour les guider un nouveau pape ; les femmes ont Odile.

Car c'est bien elle qui ose ce curieux parallèle "Que le principe religieux s'appelle Dieu ou nature, c'est au choix et c'est pareil"Les mères souhaitant éviter la péridurale sont rapidement cataloguées. Elles ne décident pas pour elles mêmes mais se soumettent  à une autorité extérieure ; "Mélange d'habitude, d'obéissance et de construction mentale séculaires". Excusez du peu.

Pourtant, la catholique enceinte d'un enfant trisomique qui ne désire pas interrompre sa grossesse n'est elle aucunement suspecte de se soumettre à une loi naturelle ou religieuse. Sa décision ne sera annotée que de ce prudent commentaire "je ne suis pas tout à fait à mon aise"

Elle s'attarde ensuite sur le décalage entre un projet de naissance très idéalisé et la réalité finale. Cet accouchement est vécu sans soutien, sans accompagnement et seul le liquide teinté lors de la rupture spontanée de la poche des eaux fait qu'enfin l'on s'affaire autour de la mère. Si Odile Buisson semble au départ faire preuve d'empathie, déplorant le surbooking de la maternité qui ne permet pas aux sages-femmes d'accompagner ces parents, elle ne peut s'empêcher de moquer la supposée naïveté maternelle "elle le sait bien elle qu'il suffirait d'attendre un peu et que le bébé sortirait de lui-même". L'enfant naîtra par forceps sous "anesthésie locale défaillante".
La morale de l'histoire est limpide, imaginer se soustraire à la toute puissance médicale est une faute sanctionnée par le sort.

Les femmes exigent désormais de ne plus souffrir en accouchant nous dit elle plus loin. Décidément les femmes ne savent pas ce quelles veulent, Odile Buisson non plus. Elle témoigne de « féministes railleuses » venues les interpeller "Hep ! Les toubibs ! Cela vous défrise de vous lever la nuit pour faire des péridurales?"  Pourtant, le temps n'est pas si lointain où l'analgésie n’avait lieu qu’au bon vouloir de l’équipe médicale, aux heures ouvrables et pas le week end. Cette "libération", ce "soulagement" tant vantés par l'auteur n’ont pas toujours été une évidence pour les praticiens chargés de la dispenser.

Ne lui en déplaise, les partisans de la naissance respectée ne militent pas contre la péridurale mais pour son libre choix par les femmes, contre la médicalisation de la naissance mais pour le respect la physiologie. 

En 2008, un groupe de travail réuni sous l'égide du ministère de la santé a fait des propositions cherchant à conjuguer plus justement nécessités médicales et souhaits parentaux.

Étonnamment, ni dieu, ni diable, ni extatiques de la matrice dans cette commission qui notait pourtant "Un soutien empathique et physique continu pendant l’accouchement a pour effet de diminuer le stress et présente de ce fait de nombreux avantages comme un travail plus court, une diminution du recours systématique aux moyens techniques et une réduction des extractions instrumentales."

...

 

à suivre...

 

 

©Photo Varahi, déesse indienne

 

 

18 mars 2013

Odile nous raconte des histoires (1)

 

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Odile Buisson semble faire dans le politiquement correct. Comment s’offusquer qu’un médecin enfourche son blanc destrier pour aller sauver la cause des femmes ? Celles évoquées sont tour à tour indépendantes ou soumises, émues ou indifférentes, informées ou naïves, trop ou mal accompagnées... D'évidence, Odile ratisse large afin que chacune puisse se reconnaître. 

Son credo, seul le gynécologue peut guider cette inconstante qu’est la femme.

Ses bêtes noires avouées ? Tout ce qui ose de près ou de loin remettre en cause l'hégémonisme des médecins, questionner l’hypermédicalisation et nos prises en charge actuelles.

Ses bêtes noires inavouables, les sages-femmes qui, si elles ne sont jamais directement attaquées - Odile a certainement de très bons conseillers juridiques - sont malmenées en filigrane tout au long des chapitres. J’y reviendrai.

Bien plus que la cause des femmes, c'est la cause du pouvoir médical qui l'anime. Pour mieux servir son propos, les femmes apparaissent  souvent manipulées, petites choses bien en peine d’émettre un désir propre et gouvernées par une foule de gourous et autres "intervenants non médecins" (sic). 

Un extrait résume parfaitement le propos :

" Puis on filme une femme qui accouche de façon très humaine : complètement nue, à quatre pattes, ahanant, tordant son bassin et remuant son postérieur en une transe saccadée douloureuse et électrique. Elle s'échine à expulser son petit. Le mari, calme, un peu peiné, lui masse le haut de la croupe tandis que la sage-femme surveille la posture du mammifère humain. En regardant la scène, il est difficile de ne pas avoir mal pour elle mais ... il s'agit de son choix. Et devant une telle souffrance, avoir le choix est même le seul argument recevable. Car pour le reste, l'animalité de la scène est frappante tant elle évoque une douloureuse mise bas."

La nudité n'a rien d'inhumain, la recherche d'une posture plus favorable à la mécanique obstétricale non plus. Mais cette femme dénudée ahane, se tort, se fait flatter masser la "croupe". Le vocabulaire sélectionné avec soin renvoie à la bestialité. Evidemment, nous ne saurons rien du vécu de cette mère et de tant d'autres qui choisissent de mettre au monde leur enfant sans recourir à la péridurale. Odile sait pour nous, elles souffrent.

Moi aussi je peux tricher avec les mots et manier la caricature...

Puis on filme une femme qui accouche de façon civilisée. Elle est allongée, vêtue d’une chemise de papier bleu. Immobile, clouée au lit par l’analgésie, elle est dans l’incapacité de sentir comment pousser son enfant. Aucun mouvement, aucune vie ne vient animer son bassin. Le mari, calme, un peu peiné, lui soutient la nuque tandis que la sage-femme dirige les efforts de la mère, coupée de toute sensation.  En regardant la scène, il est difficile de ne pas être triste pour elle mais ... il s'agit de son choix. Devant une telle passivité, seul avoir le choix est un argument recevable. Car pour le reste, la froideur de la scène est frappante tant elle évoque une  mécanique expulsive désincarnée.

 

à suivre...

 

 

©Photo

 



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