20 septembre 2013

Alerte suite

 

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Je n'accompagne pas d'accouchement à domicile mais le dossier me tient à cœur.

Peut-être parce que j'ai failli (oui c'est un double sens propulsé par mon inconscient...) le faire et que la crainte du ghetto dans lequel se retrouvent ces sages-femmes fut un des motifs me faisant reculer.

Peut-être parce que la solidarité veut que l'on n'abandonne pas des collègues injustement piégées.

Peut-être parce que j'ai pu mettre un de mes enfants au monde à la maison, grâce une amie sage-femme salariée qui a bien voulu m'accompagner.

Mais surtout parce que défendre l'accouchement à domicile, c'est  aussi défendre le droit des femmes à choisir pour elles-mêmes (et les études démontrent la sécurité de ce choix).

Mais enfin, parce que défendre l'accouchement à domicile c'est défendre le respect de la physiologie.

Quand j'étais étudiante, nous apprenions encore les bassins rachitiques des femmes malnutries. L'échographie balbutiait et une mauvaise praticienne pouvait confondre grossesse à terme et grossesse triple de 6 mois… 

Aujourd'hui, la majorité des grossesses (pas toutes) sont bien suivies, les femmes (pas toutes) peuvent correctement se reposer, ne souffrent plus de carences alimentaires, évitent l'anémie… La grande majorité des pathologies sont dépistées bien avant le terme. Pour tout dire, je n'ai jamais croisé un bassin rachitique ailleurs que dans les livres. Les accouchements devraient être de plus en plus simples ; les statistiques disent pourtant combien notre interventionnisme est grand.

Ce qui se passe en ce moment pour l'AAD est exemplaire de toute la périnatalité. On rabote et on arase tout ce qui dépasse. On nous laisse croire qu'observer ce qui se passe pour une femme et accepter que cela soit différent pour une autre serait  faire de la mauvaise obstétrique. Il n'y aura bientôt plus qu'une seule bonne façon d'accoucher, celle dont toutes les phases seront standardisées et contrôlées.

Nous ne savons plus ce qu'est une naissance physiologique.

Et celles qui savent encore, celles qui pourraient nous montrer le chemin, celles-là sont menacées.

Une sage-femme racontait une naissance à la maison, évoquant une stagnation de la dilatation vers 7 cm. Une autre l’interrompt : Ca ne t’a pas inquiétée ? Tu restes sereine à domicile avec un blocage de la dilatation ?

La première explique posément qu'elle surveille la dynamique utérine, le bien-être fœtal, l’attitude maternelle. Elle décrit les indices qui l’orientent vers une complication, ceux qui la conduiraient à décider rapidement un transfert vers la maternité. Elle détaille ce qui lui permet de confirmer la physiologie de cette phase de latence, lorsque la femme, inondée d'endorphines, voit ses contraction s’espacer et récupère avant l'étape suivante. Elle raconte la pause, puis l’énergie revenue, le mouvement, l’envie de se lever, de marcher… signe que le travail reprend et progresse normalement.
L'autre sage-femme constate avec amertume Mais ça nous, en structure, on ne peut plus le voir !

Et si cette pause disparaît, ce n’est pas dû au lieu, à l’équipe, mais aux protocoles qui sonnent l’alerte dès que la courbe de la dilatation ne suit pas l’ascension attendue et obligent à "pousser le synto" pour stimuler la contraction utérine. 

Chaque jour, nous perdons un peu plus cette capacité à comprendre la physiologie de la naissance ; nous perdons cette observation fine de nombreux signes, postures, respiration, attitudes et réactions maternelles qui permettent de suivre avec précision la bonne évolution de l'accouchement.
Qui permettent surtout de ne pas intervenir inutilement au risque de perturber un processus complexe.

Cette sage-femme évoquait l’haleine particulière d'une femme se mettant en travail ; et l’arrachage du soutien-gorge (si !) comme signe de la descente foetale.

Qui sait cela ?

 

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09 septembre 2013

Avis de tempête

 

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Le temps est à l'orage. Au départ, un court texte dans la dernière revue de l'Ordre (en page 6) arrivée dans les boites à lettre des sages-femmes par une chaude journée d'été.

Pratique des accouchements à domicile
Le Ministère des Affaires sociales et de la Santé nous ayant récemment interpelé sur la pratique des accouchements à domicile programmés par des sages-femmes sans couverture assurantielle, il nous a semblé utile d’apporter les trois précisions suivantes :
• Il appartient à notre Ordre d’assurer la meilleure garantie possible aux usagers et aux professionnels et donc de rappeler qu’une couverture assurantielle est indispensable à la pratique des accouchements à domicile lorsqu’ils sont programmés.
• Les sages-femmes libérales sont tenues de souscrire une assurance destinée à les garantir pour leur responsabilité civile professionnelle qui est susceptible d’être engagée en raison des dommages subis par des tiers et résultant d’atteintes à la personne survenant dans le cadre de leurs activités
• Le manquement à cette obligation peut être sanctionné au niveau disciplinaire mais aussi au niveau pénal.

On a tous espéré que ça en resterait là. L'Ordre, bien obligé de jouer sa fonction de garant de la déontologie, s'en acquitte en faisant un bref rappel de la loi. Basta.

Dans les paragraphes suivants, je vous demande de pardonner les nombreuses parenthèses, nécessaires à la compréhension du dossier pour ceux qui n'y sont pas plongés au quotidien.

Car le dossier est complexe ; la grande majorité des sages-femmes pratiquant des accouchements à domicile n'est pas assurée pour cet acte. Les quelques exceptions sont celles qui pratiquent depuis des décennies et qui bénéficient de la reconduction annuelle et tacite d'un contrat vieux comme Hérode.
Pour les autres, plus récemment arrivées sur le marché, la situation s'est sacrément compliquée depuis l'année 2000, date à laquelle la dernière offre d'assurance pour la pratique de l'accouchement à domicile a disparu.
Puis ça s'est re-compliqué en 2002 avec la loi Kouchner venant imposer - très normalement - aux professionnels de santé d'être assurés pour leurs actes. Travailler sans assurance, c'est risquer l'interdiction d'exercice et la bagatelle de 45 000 € d'amende.

Les  associations et syndicats de sages-femmes se sont mobilisés, les associations d'usagers également. De nombreuses démarches ont été entreprises que l'on peut résumer ainsi :

- Auprès des assureurs français. Aucun ne s'est montré intéressé; trop peu de professionnels concernés (donc peu de contrats potentiels) et des indemnisations possiblement onéreuses (évaluées à la très grande louche puisque même si les sages-femmes pratiquant l'AAD collectent leurs données, il leur est opposé que le risque est si faible qu'il est … incalculable !)

- Auprès des assureurs  étrangers ensuite. Mais aucun n'a donné suite (la jurisprudence française et le montant des indemnisations parfois octroyées par les tribunaux les dissuadent de toute proposition).

- Les sages-femmes se sont ensuite tournées vers le  BCT (bureau central de tarification) pour qu'il impose aux assureurs de les couvrir (sur le même principe que les assurances automobiles, si toutes les compagnies refusent de vous prendre en charge, le BCT désigne l'une d'elle qui est obligée de vous assurer). Le BCT est donc intervenu avec succès. Les assureurs ont été dans l'obligation de couvrir les sages-femmes.

Amère victoire !
Ils ont proposé une assurance au tarif des obstétriciens soit 19 000 € (en 2008). Pourtant les obstétriciens ne prennent pas en charge les mêmes situations (un accouchement à domicile suppose que tout se présente au mieux et qu'aucune intervention ne s'annonce nécessaire. Dans le cas contraire, il y aura transfert vers une maternité). Ils n'ont pas les mêmes revenus (l'UNASA annonce un revenu moyen 2012 de 91 297 € pour les obstétriciens et 24 697 € pour les sages-femmes). De plus, l'assurance maladie prend en charge jusqu'à 50% du coût de l'assurance des obstétriciens mais ne prévoit rien de tel pour les sages-femmes… 

Le blocage dure donc depuis des années. Ce n'est pas faute d'alerter politiques (en 2010, un député s'était aventuré à poser une question au gouvernement, la réponse est "savoureuse"... ) et pouvoirs publics. Cette situation est connue de tous et de longue date. La cour des comptes l'avait d'ailleurs souligné en 2011 et je l'avais évoqué ici.

Il est donc particulièrement irritant que chacun fasse mine de découvrir cette impasse et de s'en émouvoir. En ce moment, les sages-femmes libérales reçoivent un courrier de l'Ordre leur posant deux questions :
- pratiquez vous des accouchements à domicile programmés ?
- si oui, êtes vous couvertes par une assurance ?

Qu'est ce qu'elles peuvent bien répondre mes collègues concernées ?
- être honnête et risquer l'interdiction d'exercice et une amende correspondant à deux ans de revenus moyens ?
- être honnête et s'engager à cesser les AAD pour être en règle ?
- mentir et nier ?

A quoi sert de poser une question dont on connaît parfaitement la réponse sinon à demander aux sages-femmes de se désigner coupables ?

Sortons de cette hypocrisie. Le coût de l'assurance ne peut être déconnecté des revenus de ceux qui la payent.
Je n'ai aucune idée de la capacité d'intervention de l'état sur les tarifs des assureurs mais deux autres options sont possibles et indispensables !
- revaloriser subséquemment l'accouchement. Le tarif actuel, 313.60€ pour la prise en charge de l'accouchement ET des visites à domicile de suivi de la mère et enfant pendant 7 jours, est une insulte au travail des sages-femmes. Rappelons aussi que l'assurance maladie qui oppose la convergence tarifaire (même acte = même tarif pour tous les professionnels) à nos demandes de revalorisation vient d'inventer un magique coefficient multiplicateur pour revaloriser le tarif accouchement des obstétriciens (cf ce courrier syndical). 
- participer au financement de l'assurance des sages-femmes comme cela est fait pour les obstétriciens.

Toute autre attitude reviendrait à interdire aux femmes d'être accompagnée d'une sage-femme lors d'un accouchement à domicile…

 

PS militant
En tant que sage-femme solidaire de mes consoeurs, je vais répondre à ce courrier d'un ni oui ni non du plus bel effet (cf http://www.unssf.org/index.php?mact=CGBlog,cntnt01,detail,0&cntnt01articleid=220&cntnt01returnid=16) et j'encourage toutes les sages-femmes à faire de même.
En tant que femme et citoyenne, j'invite chacun à se poser la question du libre choix, du droit des femmes à disposer d'elles-même et du symbole que serait une interdiction déguisée de l'AAD. Un petit courrier à votre député ? (on peut même s'appuyer sur cet avis de la Cour Européenne des Droits de l'Homme)

 

Pub5e Colloque de la Société d'Histoire de la Naissance : 

Naître à la maison, d’hier à aujourd’hui Châteauroux, les 21et 22 septembre 2013

 

 

 

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03 septembre 2013

Post partum animal triste

 

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Merci les médias, quand je suis en mal d'inspiration, un petit article et ça repart.

Cette fois-ci, l'article est titré "La vraie histoire du sexe après l'accouchement". Je le lis, bougonne doucement. Il la joue un peu hussard le Dr Harvey ! Le vagin ne sera plus jamais comme avant, ça a l'air de signer la fin d'une époque : bonjour la parentalité, adieu l'orgasme.
Mais si le propos est un peu rude, dénoncer le ronronnement médiatique - qui aime à laisser croire qu'une grossesse est une location de neuf mois restant sans effet dès le départ de l'occupant - est salutaire.

Pour autant est-il normal de penser Plus jamais mon mec ne me touche ? Ce n'est pas ce que j'entends des femmes que je rencontre au quotidien même si rien n'est simple. Fatigue, manque de disponibilité, peur d'avoir mal et/ou de ne pas retrouver le plaisir sont des sujets récurrents dans les semaines suivant la naissance… L'arrivée d'un enfant bouleverse tous les aspects de la vie et il faut se laisser le temps de s'y adapter. Ce n'est sûrement pas assez dit.
Admettons qu'il faille un peu charger la barque pour que le message soit clairement audible.

Mais la barque coule aux paragraphes suivants. 

Mon vagin était devenu un hall de gare. Pourquoi  présenter l'envahissement des examens comme un incontournable ? Les touchers vaginaux sont le plus souvent inutiles lors de la grossesse et ne devraient pas se multiplier pendant un accouchement. Par ailleurs, une femme peut être examinée avec respect, douceur, en ayant attendu son autorisation. Ou l'on peut considérer son corps comme un domaine public, entrer dans une salle de travail sans prononcer un mot, enfiler un doigtier et fourrager brutalement en oubliant qu'il y a un être humain de l'autre côté du plastique. N'est-ce pas plutôt cela qu'il faut dénoncer ?

Pendant l’accouchement, la sage-femme rentre l’avant-bras dans ton vagin pour voir où en est ton col. Que nenni, l'index et le majeur suffisent grandement, pas besoin de l'avant-bras ! Pourquoi véhiculer ce genre d'image sinon pour conforter la "goritude" de la chose ? 

S’ajoutait à cette sensation un accessoire peu glamour mais obligé : pendant un mois après la naissance de son bébé, elle a porté constamment des couches, de très grosses serviettes. Effectivement la couche épaisse manque un tantinet d'élégance. Mais cela ne concerne que les premiers jours, ensuite les pertes diminuent et les protections se font plus discrètes. Alors oui, pas de tampons en postnatal immédiat (le glamour du fil qui dépasse ?) pas de moon cup non plus… Saigner est un aspect de la vie des femmes, tout simplement.

Les médecins recommandent d’attendre au moins quinze jours avant la reprise des rapports. Personnellement, je ne recommande rien sinon d'attendre d'en avoir envie et de prendre du temps ensemble ; pas forcément pour se grimper dessus, juste le temps de la tendresse, parce que le désir émerge rarement entre des pleurs à apaiser et un sac poubelle à descendre...

On nous sert ensuite les inévitables exemples de ceux pour qui ça n'est jamais reparti. L'arrivée d'un enfant ne soude pas un couple, ne le détruit pas non plus. Mais elle aiguise toutes les aspérités. Si ça n'allait pas très bien avant, ça ira rarement mieux après et ce n'est pas l'accouchement en lui-même qui est en cause.

Ce qui m'irrite au final, c'est que cet article écrit en filigrane qu'une nana n'est désirante et désirable que mince, tonique et aménorrhéique ; que tout changement corporel est forcément assassin pour le désir ; que récupérer d'un accouchement, c'est perdre ses kilos, masquer ses vergetures et remonter ses seins. Bien la peine de citer le Beautiful Body Project ! *

Je vous invite à ré(?)-écouter cette chanson de Moustaki magnifiquement interprétée par Reggiani (avec du Baudelaire en prime)

 

*extrait du volume 1 consacré aux mères

 

PS : j'ai volontairement omis plusieurs questions évoquées dans cet article car elles méritent à elles seules un billet. A venir... ?

 

 

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25 août 2013

Exemplaire !

 

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Une boite photo a passé contrat avec la maternité voisine pour démarcher les jeunes parents. Même genre de société que celle évoquée dans cet article* - ou sa cousine germaine - avec les mêmes procédés et la même exploitation de jeunes photographes essayant de gagner leur pain quotidien.

Le jeu est donc d'entrer dans la chambre, en blouse blanche pour mieux se fondre dans le défilé de l'équipe de soin. Cela permet d'éviter que l'accouchée ne réagisse immédiatement. Et voilà quelques précieuses secondes gagnées qui permettent au "démarcheur-photographe" de lancer son discours : souvenirs précieux, moments inoubliables, qualité pro, n'engage à rien, photo gratuite…

Ce jour là, la jeune maman n'est pas une novice. Deux ans plus tôt, à la naissance de son ainé, elle avait accepté la séance photo. Elle garde un souvenir amer de l'assaut mené quelques semaines plus tard par une commerciale aguerrie, lors de la remise du tirage gratuit ; ledit tirage étant celui où son bébé louchait avec application...
Sur les autres, les payants, son tout-petit a belle allure. Défilent devant ses yeux album, calendrier, tapis de souris et autres mugs ornés de la bouille de son nouveau-né. Ca fera plaisir aux grands-mères !
Les tarifs sont prohibitifs, elle s'accroche à son refus. La commerciale insiste, réduit peu à peu ses prétentions. Juste quelques photos alors ? Toujours non.
Vient le temps du chantage affectif : Mais si vous ne les achetez pas, on va tout bruler ... Malgré ce que cela lui suggère d'images sinistres, elle résiste encore.
Arrive le dernier argument, le truc qui tue, surtout une jeune mère inondée d'hormones, espérant un monde beau et solidaire pour l'enfant qui vient de naitre. Mais ça fait deux heures que je suis là, si je ne vous vends rien, je vais perdre mon job !
Elle est vaincue.

Bien décidée à ne pas répéter son erreur, elle refuse la séance photo avec d'autant plus d'assurance qu'elle ne trouve pas son petit au mieux de sa beauté pour le moment.  Teint carmin, lanugo descendant bas sur le front et les oreilles, yeux encore bouffis ; il ne lui parait pas le plus beau bébé du monde.

Elle décline donc en justifiant son refus par cet argument. 

Le photographe ne se démonte pas… Mais non, il est parfait votre bébé !  Je vais vous montrer une photo de bébé moche dit-il en extirpant de son sac un tirage couleur qu'il brandit triomphalement sous son nez. Vous voyez, celui-ci est vraiment moche, pas comme le votre ! 

Elle termine son récit dans un éclat de rire, regardant tendrement son tout beau nouveau-né lové dans ses bras… Là, je me suis dit, faut vraiment pas que je le laisse faire une photo parce que sinon, ce sera mon bébé qui servira d'exemple !

 

 

*l'article était en accès libre au départ mais il est maintenant réservé aux abonnés  :(

 

 

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17 août 2013

Vacuité

 

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La fin de l'été se profile déjà. Fin de la mise en retrait ; ce presque néant est un bonheur rare. Pas tout à fait vide quand même. Penser à des femmes et familles que je retrouverai avec plaisir, me laisser hanter par des situations m'ayant mise en difficulté, tenter de récupérer le retard de lecture des publications scientifiques et professionnelles et rester bien en deçà de ce que j'avais programmé.

J’ai pris le soleil pas assez, jardiné, pas assez, nagé, lu, cuisiné, regardé, écouté, rêvé, pas assez… 

J'ai passé du temps sur le net, bien trop ; continuer la veille, suivre quelques dossiers, rester à l'écoute de la "sage-femmerie", de quelques projets. 

Certains jours, je me suis irritée de trouver mes consœurs - et d'autres soignants - frileux, aigris, mesquins, repliés sur eux-mêmes. Certains soirs, j’ai croisé des "consommateurs de soin" exigeants, irrespectueux, indifférents aux autres. 

D’autres jours, les sages-femmes - et les autres soignants- se révélaient généreux, motivés, solidaires, prêts à investir temps et énergie pour que la santé reste un bien commun. D'autres soirs, les "soignés" se montraient responsables, critiques, mobilisés, questionnant le système et portant haut de belles idées.

Le blog a eu 4 ans cette semaine. J’écris moins. A quoi bon. Que pourrais-je écrire qui vaille la peine d’être lu. A quoi sert de poser des mots sinon à me réjouir connement devant un compteur des visites.
Et puis, le commentaire ou le mail d'un inconnu font tanguer ma désillusion. De belles rencontres, de beaux échanges qui éclairent une journée.

Est il utile d’écrire sinon pour nourrir son propre ego ? Ou cet ego peut-il être un moteur bienvenu pour partager ce qui nous tient à coeur avec quelques passants du net ?

J’ai encore envie de partager, je crois.
Mais suis de moins en moins dupe.

 

 

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08 août 2013

Une question de pot

 

stopwatchC'est un jour comme je ne les aime pas. Les rendez-vous s'enchaînent et le téléphone se déchaine. D'habitude, un arrangement tacite fait que chacune essaye de prendre les appels à tour de rôle pour que ce soit moins lourd. Ce jour-là, je suis seule au cabinet, aucun relai n'est possible et il semble que la ville entière se soit donné le mot.

Je passe mon temps à m'excuser de décrocher auprès des gens que je reçois, essayant de faire au plus vite. Quand l'échange s'annonce prolixe, je propose de rappeler plus tard et la liste des rappels à faire s'étirant, je me sens obligée de préciser "Surement assez tard ; après 21 heures, ça ne vous dérangera pas trop ?" La journée sera longue.

Une solution serait de brancher le répondeur mais pour cela il faudrait enregistrer l'annonce adéquate - je n'ai jamais pu trouver le Graal que serait un répondeur acceptant de garder en mémoire plusieurs annonces différentes…  Au vu du retard accumulé, je n'ose pas prendre le temps de faire le message entre deux rendez-vous, sure de bafouiller et de devoir m'y reprendre à de multiples fois.

C'est à elle. Je la prie d'excuser mon retard. Elle s'assied, la mine défaite, son bébé de deux semaines endormi dans ses bras. Elle est fatiguée, peine à trouver ses marques de jeune mère. Tout l'inquiète, il dort peu, pleure beaucoup, réclame souvent, le cordon saigne. Surtout, à la maternité, on a décelé un petit souffle "sans gravité". Cette précision ne l'a pas rassurée ; elle rumine l'information depuis la semaine dernière " Je n'ai pas voulu te déranger" … Le téléphone lui n'hésite pas. Je m'excuse à nouveau et décroche, bien décidée à reprendre l'entretien au plus vite.

A l'autre bout du fil, mon interlocutrice a quelque chose à demander à mon associée mais consent, à défaut, à m'interroger. Elle se lance dans un long monologue. "Comment faut-il s'y prendre pour mettre un enfant sur le pot parce que le petit, il veut pas y rester et pourtant il a l'âge parce que deux ans c'est l'âge quand même ma mère disait un an et ma belle-mère dix-huit mois mais je voulais pas le brusquer et ce serait quand même bien qu'il y arrive mais même en lui donnant un jouet il se relève tout de suite alors je me demande si...".  Un peu déconcertée, je tente de couper court en annonçant que je ne sais pas vraiment quoi lui répondre, que la sage-femme n'est peut-être pas le professionnel adéquat.

Elle rétorque qu'elle a appelé le cabinet parce qu'elle ne savait pas à qui s'adresser mais que mon associée elle, elle savait toujours TOUT.
Et raccroche, me laissant le poids de sa perceptible déception.




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29 juillet 2013

Présumées inconséquentes

 

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Tout dans cet article m'irrite. Le ton, les raccourcis approximatifs, les reproches sous-jacents...

On commence avec ces stupides et malpropres bonnes femmes qui arrivent de la plage "pas encore lavées" et viennent consulter alors qu'elles pourraient acheter directement leur traitement. Démarche aisée quand on connaît et reconnaît les symptômes, moins quand on découvre les joies de la mycose où que l'on préfère la confirmation d'un avis médical.
Avis que l'on a bien tort de réclamer puisqu'il s'accompagne de deux contre-vérités : "ni rapports sexuels ni bain pendant 7 jours". Les premiers sont souvent spontanément évités - où y a d'la gène y a pas d'plaisir - mais aucune raison médicale ne justifie de supprimer l'un ou l'autre, sauf à vouloir punir l'inconséquente en gâchant ses vacances...

"Pour éviter les mycoses, il est nécessaire de se laver en rentrant de la plage et il faut surtout éviter de garder toute la journée un maillot de bain humide ". La douche après la plage est sûrement une bonne idée, sans rapport aucun avec la prévention d'une mycose. Mais comment ne pas garder un maillot humide ? Une journée en bord de mer, c'est mouillé /sec /mouillé /sec ... Faudrait-il conseiller aux baigneuses de se changer après chaque passage dans l'eau ?

Puis le journaliste a du déplorer une panne de stylo qui nous vaut une intéressante ellipse. "L’eau de mer ou le chlore des piscines fragilisent également la flore vaginale et peuvent favoriser l’apparition de mycoses. Des conseils simples et évidents que ces gynécologues sont de plus en plus obligés de dispenser". Quels seraient ces conseils ?  Nous ne pouvons que supputer... Préférer les vacances à la montagne ? 

On se réjouit ensuite de lire deux rappels à la fois justes et trop souvent méconnus.
- "Pas de douche vaginale". Effectivement, ce geste est non seulement inutile - le vagin est auto nettoyant (si !) - mais surtout nuisible à l'équilibre de la flore. Or, comme l'article ne le précise pas, le candida albicans est un hôte fréquent du vagin. Ce n'est pas sa présence mais sa prolifération qui pose problème.
- "Mieux vaut-il se méfier d’un préservatif qui aurait passé plusieurs heures au soleil. La chaleur altère effectivement sa porosité. La crème solaire a le même effet sur la qualité du latex". Il aurait été judicieux de compléter l'information en précisant que cela concerne tous les corps gras (c'est noté sur le mode d'emploi mais qui le lit ? Voilà une bonne occasion de le faire... )

Hélas, la suite nous déçoit. "Messieurs, si ça vous chatouille ou ça vous grattouille, pensez au préservatif !" Et si ça grattouille pas ? On s'en fout ? Il est bien dommage de commencer un paragraphe en évoquant le Sida pour le terminer en confortant l'idée que l'absence de symptôme est rassurante. De plus l'infection à clamydia, ça chatouille pas et ça grattouille pas, ni chez l'homme, ni chez la femme. Par contre, c'est un grand pourvoyeur de stérilité tubaire comme le rappelle cette campagne de l'Inpes (que je mets en lien tout en pestant qu'une fois de plus, les sages-femmes ne soient pas nommées).

On enchaîne avec la pilule. "Un seul oubli peut entraîner une grossesse non désirée". C 'est vrai et pas besoin de décalage horaire ou d'excès de boissons pour oublier un comprimé. Le conseil concernant la contraception d'urgence en est d'autant plus inacceptable "Comme son nom l’indique, elle doit être prise le lendemain". Non ! Le plus tôt possible, de préférence dans les douze premières heures. Son efficacité est d'autant plus grande qu'elle est prise rapidement.
Et pourquoi ne pas avoir saisi l'occasion de citer le dispositif intra-utérin au cuivre, excellente contraception d'urgence - à poser dans les cinq jours suivant le rapport non protégé - qui permet en plus de ne plus avoir à se préoccuper d'un nouvel oubli de pilule pendant cinq ans !! 

L'article se poursuit sur des affirmations totalement erronées.
"On compte autant d’accouchement que d’avortements". Faux ! En 2011, il ya eu 793 000 naissances pour 209 291 IVG soit 26.4%. On est très loin du 100% annoncé !
"Les statistiques le disent, c’est à l’automne que les IVG sont le plus nombreuses". Faux aussi ! En 2010, en métropole, le - petit - pic des IVG était en mars. La faute à la galette des rois ou la Saint Valentin ?

Cela fait déjà beaucoup de reproches pour un article aussi bref mais la phrase de conclusion, s'appuyant sur les contre vérités dénoncées à l'instant- est  totalement inacceptable ! "La preuve qu’en vacances, les femmes ont de plus en plus tendance à se lâcher. Sans vraiment réfléchir aux conséquences"… 

Pourtant, deux tiers des IVG concernent des femmes utilisant une contraception.
Pourtant, la contraception est aussi l'affaire des hommes.

Les femmes, présumées irresponsables et forcément coupables !



PS 1 : les données datent de 2010, 2011 et même 2007 parce que contrairement à l'article, je souhaitais me baser sur chiffres réels (rien trouvé de plus récent).
PS 2: si vous vous étonnez du choix de l'illustration : juste une plage et du soleil pour coller au sujet, et surtout des hommes histoire de rappeler leur implication...

 

 

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15 juillet 2013

A baby is being born

 

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Depuis de longues semaines, ma boite mail est envahie de multiples alertes concernant la maternité d'une certaine Kate. D'habitude, je zappe. La royale descendance me laisse plus qu'indifférente. Mais plusieurs d'entre vous ont attiré mon attention sur un article où il était question de positions d'accouchement.

Finalement, la royauté pourrait amener d'intéressants débats...

Reprenons les propos du Pr Deruelle qui annonce 60 à 80% de péridurale. Le chiffre semble minoré ; en 2010 nous étions déjà à 80%.  Il est difficile d'imaginer que le taux ait pu baisser alors que les équipes sont chaque jour plus pressurées au sein de maternités surbookées... Se passer de péri suppose souvent de pouvoir être soutenue par une sage-femme disponible.

Pour 80% des femmes la position sera donc surtout celle proposée par l'équipe, parce que la recherche d'une position antalgique n'a plus lieu d'être et parce qu'il faut faire avec les multiples capteurs et branchements qui accompagnent la pose de l'analgésie. S'ils n'empêchent pas toute mobilité, ils sont malgré tout une réelle entrave à la liberté de mouvement.

Par contre, affirmer que sans péridurale, les femmes s'allongent pour des raisons physiologiques liées à leur fatigue fera s'étrangler la première sage-femme venue. Les raisons en sont toutes autres. L'une d'elle est d'ailleurs citée dans l'article "l’imaginaire populaire et télévisuel a véhiculé l’image de la femme allongée". Ce conditionnement insidieux vient se conjuguer à l'aménagement des salles de naissance où trône (!) un large lit confirmant l'évidence de la position allongée. Les nouvelles salles dites natures, en proposant d'autres supports, aideront peut-être les femmes à retrouver plus de spontanéité.

Mais l'origine principale de la position gynécologique est clairement médicale, comme le montre cet extrait du Traité des maladies des femmes grosses et de celles qui sont accouchées, rédigé par François Moriceau obstétricien du XVIIème siècle.

"Car toutes les femmes n'ont pas coutume d'accoucher en même posture, les unes veulent que ce soit en se tenant sur les genoux comme font certaines femmes aux villages, les autres étant debout et ayant seulement les coudes appuyées sur quelque oreiller mis sur une table, ou sur le bord du lit et d'autres étant couchées sur quelques matelas mis par terre au milieu de la chambre. Mais le meilleur et le plus sûr est qu'elles soient couchées dans leur lit ordinaire. (…/...)
Ce lit doit être fait en telle façon que la femme ainsi prête à accoucher y soit couchée sur le dos, ayant le corps de moyenne figure, c’est-à-dire la tête un peu élevée et de telle sorte qu'elle ne soit entièrement couchée ni tout à fait assise (…/...)Etant en cette posture, elle écartera les cuisses l'une de l'autre en pliant un peu les jambes contre les fesses, qui seront médiocrement élevées par un petit oreiller mis dessous, s'il est besoin, afin que le coccyx ou croupion ait plus de liberté de se reculer en arrière et les pieds seront appuyés contre quelque chose qui résiste". 

Ce texte démontre à la fois la reconnaissance de la mobilité spontanée des femmes en travail et la mainmise du médical imposant ce qui ressemble fort à notre actuelle position gynécologique. A un détail près, elle était améliorée  d'un "petit oreiller" permettant une meilleure mobilité du bassin, innovation oubliée et récemment remise au gout du jour par le Dr de Gasquet...

Je me souviens d'une émission diffusée en direct à une heure de grande écoute, il ya une quinzaine d'années. Un obstétricien du moment y avouait avec une franchise aussi déconcertante que son évident mépris, "Oui, la position accroupie est plus physiologique mais moi, je ne suis pas contorsionniste"...

Non Pr Deruelle, les femmes ne s'allongent pas parce qu'elles sont fatiguées, elles s'allongent parce que tous les indicateurs les invitent à le faire. Comme vous le soulignez, elles pensent que la médecine sait mieux qu'elles et d'une certaine façon, vous appuyez cette croyance en affirmant "La sécurité doit toujours primer sur le physiologique" comme si l'un s'opposait à l'autre.

Pourtant, le courant semble s'inverser, doucement, trop ! L'expérimentation des maisons de naissance sera, n'en doutons pas, votée à l'automne ; les salles natures se multiplient.

Et si l'effervescence médiatique liée à la naissance d'un petit britannique amène un obstétricien français à parler d'accouchement accroupi ou à quatre pattes...tous les espoirs nous sont permis !

 

 

NB : Quelques idées de position sur le site de l'Afar

 

 

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30 juin 2013

Avis de recherche ?

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Trois campagnes de prévention ont récemment eu lieu : supplémentation en folates (vitamine B9) en prévision d’une grossesse, contraception et frottis.
Trois campagnes où les sages-femmes avaient très logiquement leur place.

La première était la plus confidentielle. Les professionnels de santé ont reçu une affiche à apposer en salle d’attente, ainsi que  des plaquettes d’information à destination de leurs "patientes".

Qui peut prescrire ces folates ? Les médecins et les sages-femmes. Mais si ces dernières étaient bien mentionnées dans la brochure, un fâcheux oubli les avaient effacées de l’affiche. Nous étions donc censées placarder dans nos salles d’attentes un document omettant de nous citer…

Peu de temps après débute une campagne sur la contraception. Joie, nous sommes bien référencées parmi les multiples interlocuteurs possibles. "La contraception qui vous convient existe. Pour vous aider à la choisir, parlez-en à votre médecin ou à une sage-femme, demandez conseil à votre pharmacien ou rendez-vous sur choisirsacontraception.fr".
Je pourrais remarquer que les femmes parlent à leur médecin, leur pharmacien mais à une sage-femme. Ne chipotons pas.

L’omission des sages-femmes dans les campagnes de santé publique aurait pu n’être qu’un mauvais souvenir quand soudain, nouvelle annonce, nouvel oubli.  Un spot radio m’interpelle tous les matins en rappelant l’intérêt du frottis de dépistage. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes de la prévention si le spot ne se terminait ainsi  "Si vous n'avez pas fait de frottis depuis plus de 3 ans prenez rendez-vous avec votre médecin, c'est important".

Et nous voilà encore une fois gommées alors que nous effectuons régulièrement ces frottis, depuis des lustres en début de grossesse, plus récemment en post natal puis dans le cadre du suivi gynécologique de prévention.

Pourtant, là aussi le document explicatif disponible sur le site dans la rubrique "Vos interlocuteurs"  nous cite (dans une synthaxe un tantinet approximative) "Dans une nouvelle loi promulguée en 2009 (loi "Hôpital, patients, santé, territoires" (HPST), les sages-femmes sont désormais habilitées à réaliser des frottis, y compris en dehors de la grossesse. Par ailleurs, un arrêté daté de 2010 amène tout médecin ou sage-femme à questionner les femmes enceintes et à leur proposer la réalisation d'un frottis si cet examen n'a pas été fait dans les trois années précédant cette consultation".

Il aurait été judicieux d’ajouter que nous pouvions prescrire le vaccin, comme cela est précisé pour les médecins. Mais je chipote encore.

Mais est ce toujours du chipotage de souligner que le gynécologue est qualifié d’"acteur central du dépistage du cancer du col de l'utérus". Pourquoi serait-il plus "central" que le généraliste ou la sage-femme ?
Le gynécologue est l'acteur du diagnostic comme le texte le précise ensuite "En cas d'anomalie décelée sur le frottis, il réalise la démarche diagnostique (colposcopie, éventuellement biopsie du col". Peut-être vaut-il mieux ne pas encombrer ses consultations de rendez-vous pouvant être aussi bien assurés par d'autres.

Notre absence dans les annonces alors que les sages-femmes sont bien citées dans la documentation plus complète me laisse un petit gout amer. Très certainement, l’efficacité de la communication - nécessité d’un message bref et lisible - serait le prétexte invoqué.

Mais "parlez en à votre médecin ou à votre sage-femme", est ce vraiment prendre le risque de brouiller le message ?

N‘est-ce pas plutôt le moyen d'informer correctement les femmes pour leur permettre de choisir le praticien qu'elles souhaitent consulter ?

 

 

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24 juin 2013

Payer...

 

 

sad

Elle appelle à la première heure, se présente, perçoit mon hésitation, me donne quelques éléments permettant de la situer. Cela fait des années que nous ne nous sommes pas vues. Par politesse, elle demande de mes nouvelles. J’élude ; cet appel matinal n’a surement pas pour but de renouer des relations distendues.

Elle est enceinte ; un accident. C‘est elle qui prononce ce mot en ajoutant aussitôt "c’est de ma faute". Elle ne veut pas poursuivre cette grossesse et, bien que je ne demande rien, éprouve le besoin d’expliquer : un oubli de pilule* conjugué à une relation qu'elle sait sans lendemain.

Je ponctue prudemment ses paroles de quelques oui neutres, un peu en alerte. Cette femme que j’ai connue féministe, assurée, autonome, semble vouloir se justifier à chacune de ses phrases. Je veille à ne rien dire qui puisse conforter le sentiment d’une faute.

Elle hésite entre IVG médicamenteuse et aspiration. Elle est par contre décidée à ne pas avoir d’anesthésie générale. Son "Je ne veux surtout pas esquiver le moment", laisse à nouveau deviner le poids du prix qu'il faudrait payer.

Elle a vu son médecin qui a lancé les démarches en attestant de sa demande et la renvoie vers le centre d’orthogénie. Mais le centre est débordé et ne peut lui donner un premier rendez-vous que dans quinze jours.

Alors elle est à l’autre bout du fil, au petit matin, avec ses questionnements et ses silences. Le choix de la méthode semble n’être qu’un prétexte pour pouvoir parler de sa décision, de sa difficulté. Comme tant d’autres femmes, elle n’imaginait pas se retrouver un jour dans cette situation. Et elle évoque à nouveau sa responsabilité dans l’oubli du cachet.

J’aimerais pouvoir gommer un peu du poids qu’elle porte.  Elle se projette dans une IVG médicamenteuse faite à domicile. "Ça me permettrait plus facilement  de lâcher mes émotions. Maladroitement,  je l’interromps, il n’y aura pas forcément d’émotion à lâcher"…

Je n’en sais évidemment rien. Mais c’est le seul moyen que je trouve pour dénoncer la culpabilité qui sourde à chacun des mots qu'elle prononce.

Elle est enceinte et ne souhaite pas cet enfant. Elle a besoin d’une IVG. C’est tout.

 

Rappel : la pilule comme moyen contraceptif sur toute la période féconde, c'est à peu près 10 000 comprimés qu'il ne faudrait jamais oublier... 

 

 

Posté par 10lunes à 09:38 - - Commentaires [24] - Permalien [#]
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