28 mai 2012

Le bûcher des vanités

 

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Notre profession est en pleine évolution, tout particulièrement en exercice libéral. De plus en plus de femmes font suivre leur grossesse par une sage-femme. Nous prenons aussi en charge les enfants dans les premières semaines (et parfois premiers mois, sachant que cette surveillance est alors complémentaire du suivi mensuel assuré par les médecins généralistes ou pédiatres). Enfin, en août 2009, l’extension de nos compétences au suivi gynécologique de prévention et à la contraception est venue compléter notre champ d’action. 

Spécialistes débordés, longs délais pour obtenir une consultation pédiatrique ou gynécologique, les femmes se tournent vers leur sage-femme (ou leur médecin traitant). Cette organisation des soins est une évidence de santé publique, libérant du temps de spécialistes pour les situations particulières. Dans tous les cas, si une pathologie est décelée, les sages-femmes passent le relais au praticien compétent, comme je l’ai déjà expliqué sur ce blog.

Ainsi, les femmes et les familles peuvent bénéficier d’une prise en charge de qualité, où chacun trouve sa place et s’articule avec les autres praticiens du réseau en fonction de la demande, de l’urgence et de la complexité des situations.

Voilà pour le monde idéal.

Parfois ce monde vacille. Nous ne sommes plus complémentaires mais concurrents et certains voient le développement de la profession de sage-femme comme une remise en cause de leurs propres compétences.

C’est ainsi qu’un médecin a porté plainte contre une collègue sage-femme de Savoie.
Les raison de sa plainte : son inquiétude pour la santé de plusieurs enfants.
Le rapport avec la sage-femme mise en cause ? Aucun !

Enfin si, la sage-femme a été en contact plus ou moins direct avec chacun d'eux.
Le premier est né à domicile, après une grossesse parfaitement normale et un accouchement tout aussi physiologique. Plusieurs semaines après la fin du suivi par la sage-femme, le sevrage, rendu nécessaire par l’hospitalisation de la mère, a été difficile.
Le second est son frère aîné de plusieurs années. Il est reproché à la sage-femme de ne pas avoir veillé à sa croissance lors des visites à domicile liées à la naissance du cadet.
La mère du troisième était suivie pendant sa grossesse par cette même sage-femme qui a détecté les premiers signes d’une pré éclampsie et a immédiatement demandé une hospitalisation.

Ainsi la sage-femme est désignée responsable des choix éducatifs d’une famille, refus de vaccinations, enfant non scolarisé en maternelle, alimentation biologique (qualifiée par le médecin "des habitudes alimentaires des adeptes de ce genre de secte") et de la pathologie d’une femme enceinte. 

Je veux croire que ce médecin s’est réellement inquiété de la santé de ces enfants. Mais c’est le procédé qui interroge. Pourquoi ne pas contacter directement la sage-femme ? Pourquoi ne pas chercher à recueillir auprès d’elle les informations permettant d’éclairer chaque situation ?
Pourquoi refuser la conciliation proposée par le conseil de l’ordre après son dépôt de plainte ?

Il ne s’agit plus alors de préoccupations de santé mais de querelles d’ego et de pouvoir.

En d’autres temps, des médecins ont accusé les sages-femmes de sorcellerie, conduisant parfois ces dernières à être brulées vives en place publique.
Saluons la douceur des temps modernes qui nous permet de gérer ces conflits de façon tout aussi publique mais devant un tribunal administratif.

Soutenez Sandrine Fiandino, le 7 juin à 11 heures au tribunal administratif de Lyon, 184 rue Duguesclin.

 

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21 mai 2012

Ginger et cher

 

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Un sondage, largement relayé sur le net, nous "révèle" que 75 % des femmes souffrent de nausées au cours de leur grossesse.

L'enquête a été réalisée sur 1061 femmes dont on ne sait si elles sont enceintes ou si elles font appel à leurs souvenirs. Les 75% annoncés en une du site se transforment en 72% dans la brochure téléchargeable dont 40% de façon occasionnelle. C'est moins impressionnant vu ainsi mais il faut savoir crier au loup assez fort pour être relayé dans les médias.

Pour faire bon poids, il nous est précisé que "pour 80% des femmes, les nausées persistent tout au long de la journée". Manque de bol, nous ne saurons pas d'où vient ce chiffre puisque la référence a disparu.

Loin de moi l'idée de minimiser l'enfer que vivent certaines femmes, pouvant les mener jusqu'à l'hospitalisation. Mais je déplore le procédé qui consiste à glisser allègrement du cas particulier à la généralité pour mieux faire passer la pilule.

La pilule en l'occurrence, c'est du gingembre.
Rien de nouveau ! Comme le distributeur le souligne lui même, la Haute Autorité en Santé précisait dès 2005, dans son livret "Comment mieux informer les femmes enceintes ? " : "Seuls le gingembre et l’acupuncture sont efficaces pour les nausées". 

Pas de progrès majeur donc, mais une campagne promotionnelle bien orchestrée avec l'annonce d'une fiche à télécharger "Parlez en à votre médecin ". Je glisserai rapidement sur l'oubli si coutumier des sages-femmes lorsque l'on évoque les professionnels du suivi de la grossesse... Cette fiche reprend tous les codes d'une notice pharmaceutique, histoire de s'acheter une légitimité, puis mentionne en bas de page et petits caractères gris clair "ce produit n'est pas un médicament".

Mais pourquoi tant d'esbroufe ? Certainement pour justifier le prix, 1295 € le kg de gingembre en gélule ! C'est trois à quatre fois le tarif des autres fournisseurs.

Mais si vous êtes enceinte et nauséeuse, on peut faire encore moins cher : faire infuser cinq à dix minutes10 g (dose maximum pour une journée) de gingembre frais râpé dans 250 ml d'eau. A boire au fur et à mesure des besoins...

Elle est pas belle la vie ?

 

Petit billet au titre calamiteux (pas pu m'empêcher) pour annoncer la SMAR dont le thème cette année est la naissance et l'argent. Quelques actions annoncées ici.


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18 mai 2012

Le droit à la faille

 

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Son parcours est chaotique, pas de diplôme, un enfant arrivé tôt dans sa vie, une séparation, la précarité, puis une rencontre et cette nouvelle grossesse. Elle s’interroge et s’inquiète de son devenir, de celui de sa famille recomposée, souhaite se donner un avenir professionnel… A chaque consultation, elle revient sur ces multiples questionnements pesant sur sa grossesse. Je tente de l’accompagner, suggère certaines pistes, cherche à lui ouvrir quelques portes.

Pour poser tout cela, il lui fallait un lieu, un interlocuteur. En piochant au hasard, c’est tombé sur moi.  Cela dépasse le cadre du suivi de grossesse mais je lui offre volontiers le temps dont elle a besoin.

Ce jour-là, je la croise en sortant de la maternelle avec un de mes enfants. Je suis pressée, et dans une "autre vie", la mienne.
Je la salue d’un sourire, sans m’arrêter et poursuis ma route, tenant la main de mon petit. Comme tous les enfants, il occupe déjà l’espace des récits de sa journée et de ses projets de goûter.

Au regard qu’elle me lance, je sens immédiatement que je l’ai blessée… comme si mon attention lors de nos rendez-vous n’était que façade.
Je me promets de m’en excuser à notre prochaine rencontre, d’expliquer la séparation que je souhaite préserver entre activité professionnelle et vie privée.

Mais je n’en aurai jamais l’occasion. Elle ne vient pas au rendez-vous suivant. Je laisse un  message sur son répondeur m’inquiétant de ne pas avoir de ses nouvelles. Lorsque je tente une seconde fois de la joindre, c’est son compagnon qui décroche, furieux, m’accusant de la harceler.

J’imagine que les conversations que nous avions lui sont apparues comme une totale mascarade. J’avais failli…c'était impardonnable. 

Je m’en suis voulu de ne pas avoir pris le temps de quelques mots en la croisant. Je lui en ai voulu de ne pas me laisser m’en expliquer. 

Cette vieille histoire m’a accompagnée, m'aidant à mesurer l'intensité de certaines attentes, la profondeur de la possible déception. Comme une  leçon à garder en mémoire.

Pas assez cependant. Il y a quelques semaines, une mère revue en consultation, envahie de questions après la naissance de son enfant. Un rendez-vous ajouté à une journée chargée, le retard déjà accumulé au moment de la recevoir, préoccupée par une autre consultation s’annonçant difficile, la paperasse à assurer, les coups de fil à donner, mon insomnie de la veille et le frigo vide… Je ne me suis pas montrée disponible.
J'en ai eu conscience sans parvenir à faire mieux. Fatiguée, pas envie, plus envie.

Elle est partie en me lançant le même regard que celui croisé un jour devant la maternelle. J’ai tenté de m’excuser un peu plus tard, par téléphone.
Mais c’était le répondeur…

 

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10 mai 2012

Se retrouver

4153146979_f84a448580_oLes rencontres même virtuelles que nous offre le net sont riches d'idées partagées.Le texte qui suit est le fruit d'une réflexion réclamée par les Vendredis Intellosmise en mot et largement documentée par La Poule Pondeuse. Je n'ai plus eu qu'à me glisser dans ses pas. 

D'abord, le périnée, c'est quoi ? A ne pas confondre avec le péroné (qui en fait s'appelle la fibula, faut suivre), nous signale Wikipedia, qui le définit fort poétiquement comme "l'ensemble des parties molles fermant le détroit inférieur du pelvis". En gros, et pour ce qui nous intéresse aujourd'hui, ce "plancher" contient en particulier un ensemble de muscles qui a pour grandes fonctions d'une part le soutien des organes du petit bassin, soit utérus, vessie et rectum (sous peine de prolapsus, nom savant de la descente d'organes), et d'autre part le contrôle des sphincters (urètre, vagin/canal éjaculateur et anus). Messieurs, inutile de prendre cet air dégoûté, vous en avez un aussi. 


Et alors, c'est quoi son problème ? La partie musculaire du périnée est mise à rude épreuve tant par les hormones de la grossesse que par l'accouchement, mais aussi par la ménopause. Certaines interventions (forceps, épisiotomie... mais aussi expression abdominale, d'ailleurs formellement déconseillée par la Haute autorité de santé) ou complications (déchirure, gros bébé -bien qu'en soi ce ne soit pas forcément une complication !) lors de l'accouchement peuvent accroître cette fragilisation des tissus. Concrètement, sans aller jusqu'à la descente d'organe, cela peut se manifester par des problèmes plus ou moins sévères (fuites urinaires, incontinence aux gaz, diminution des sensations sexuelles...).

Alors, on fait quoi ? C'est là qu'intervient la fameuse rééducation périnéale. En France du moins, car si la rééducation périnéale est facilement proposée (et donc remboursée)  à toute femme ayant accouché, l'existence même d'une telle thérapie reste embryonnaire dans d'autres pays occidentaux (voir par exemple ce témoignage édifiant d'une Américaine). Elle est fortement recommandée même si vous avez accouché par césarienne, et avant de reprendre le sport. La nécessite d’une rééducation périnéale doit toujours être évaluée lors de la consultation postnatale - six à huit semaines après l’accouchement - même si ce n’est que pour reprendre une activité sportive modérée (cf l'inoxydable trio marche-yoga-natation).

Petit aparté : mais si les forces de l'évolution ont bien fait leur boulot et façonné le corps de femmes pour donner la vie, ne suffirait-il pas de respecter la physiologie pour éviter d'avoir à rééduquer le périnée ?

  • Il est clair qu'un certain nombre des pratiques actuelles d'accompagnement des accouchements sont délétères pour le périnée : outre les interventions citées plus haut, la poussée en inspiration bloquée (dite de Valsalva) et/ou dirigée et la position imposée sont par exemple identifiées comme des facteurs de risque (voir par exemple Albers et al 2006 ou Albers et Borders 2007). Je ne dis bien sûr pas qu'il faut se passer totalement de ces pratiques, mais simplement qu'elles ont souvent un impact sur notre périnée : peut-être plutôt réfléchir au rapport risque-bénéfice avant de les mettre en oeuvre.
  • Par ailleurs notre mode de vie n'est pas très "périnée-friendly", nous vivons avachis sur le canapé dans une sédentarité quasi-totale entre-coupée par ci par là d'efforts violents et inadéquats (ah c'est caricatural ?), au lieu de vivre accroupis en marchant quotidiennement de longues distances tout en portant des poids importants de façon plus physiologique (quoi c'est aussi caricatural ?).
  • Enfin notre société valorise un corps hyper maîtrisé, y compris dans l'excrétion des fluides corporels et autres gaz. On ne transpire pas, on n'a pas ses règles (et si jamais on perd du sang bleu transparent, merci), on ne pète pas... Il ne semble pas impossible que ça sentait le fennec dans les grottes préhistoriques et qu'on n'était pas à une petite fuite urinaire près. Et puis l'espérance de vie étant bien moindre, les femmes mourraient sans doute avant d'arriver au prolapsus...

Qui s'en occupe ? La rééducation peut être prescrite par un médecin ou par une sage-femme (tant qu'elle fait suite à une grossesse pour le second cas) ; elle est principalement pratiquée par les kinés et les sages-femmes libérales (plus rarement proposée en maternité).

Quand s'y mettre ? On attend généralement la visite de contrôle des six semaines post-natales (avec le médecin ou la sage-femme) ; même si certaines maternités donnent l'ordonnance en suite de couches, il vaut mieux attendre d'avoir fait le point à cette occasion, sans compter qu'il faut laisser le temps aux tissus et organes de se remettre en place (et honnêtement qui a envie de travail endovaginal juste après l'accouchement ?). On peut soit profiter du congé maternité/parental (il est admis de venir avec son bébé et les professionnels sont souvent équipés pour cela), soit attendre la reprise du travail.

Comment ça marche ? Plusieurs techniques existent, et je ne suis pas certaine que leur efficacité relative ait été beaucoup étudiée (PubMed n'est pas très bavard sur le sujet, à part un article sur l'efficacité de l'électrostimulation sur les dyspareunies du post partum). Selon l'endroit où vous habitez (et la densité de professionnels de santé), vous n'aurez d'ailleurs peut-être pas le choix de la méthode.

  • L'électrostimulation par sonde : vous avez vu les pubs pour Sport élec au télé-achat ? C'est un peu le même principe : on stimule les muscles du périnée par des courants électriques envoyés par une sonde endovaginale. Paraît que non, c'est pas vraiment comme un vibro.
  • Le biofeedback avec sonde : une des techniques les plus pratiquées. Toujours avec la sonde endovaginale, mais qui là est passive. Vous contractez vos muscles et voyez le résultat sur un écran, au final c'est un peu comme un jeu vidéo mais assez répétitif.
  • Connaissance et maîtrise du périnée (CMP) : il s'agit d'une technique basée sur la visualisation dont le côté indirect et imagé peut être déroutant. En effet, on visualise certains mouvements à différents endroits du périnée sans pour autant tenter de bouger les muscles, et les images (herse, pont levis, vase, etc) ne sont sans doute pas adaptées à toutes. Mais elle présente l'avantage de travailler très spécifiquement et précisément les différents muscles.
  • L'eutonie : si on en croit l'institut d'eutonie, "l'eutonie propose une recherche adaptée au monde occidental, pour aider l'homme de notre temps à atteindre une conscience approfondie de sa propre réalité corporelle et spirituelle dans une véritable unité." Bon ça ne parlera pas forcément à tout le monde mais lisez ici le témoignage de Petit Scarabée qui a l'air d'avoir apprécié.
Il y a encore d'autres techniques plus ou moins directes : la pratique du yoga peut contribuer, avec les bandhas ; les boules de geisha sont régulièrement citées pour allier plaisir et rééducation. Les Anglo-saxons parlent beaucoup des exercices de Kegel, qui sont une version un peu rudimentaire du biofeedback (mais pas forcément avec la sonde). Quelle que soit la méthode choisie, il y a généralement une part importante de travail à la maison entre les séances si on veut voir des résultats significatifs.
 
Personnellement, deux enfants, deux histoires. Le seul point commun : j'ai attendu d'avoir repris le travail pour m'y mettre, dans le premier cas parce qu'il n'y avait pas de place plus tôt, dans le second parce que je ne me voyais pas y aller avec Pouss2 ET Pouss1 (3 ans à l'époque et pas encore scolarisé). Je dois dire aussi que c'était dans les deux cas une rééducation "de confort", n'ayant pas eu de traumatisme périnéal majeur (pour Pouss1 une petite déchirure, pour Pouss2 rien du tout) ni de gros dysfonctionnement (juste quelques fuites urinaires pour parler simplement). J'imagine qu'on aborde ça un peu différemment lorsqu'on souffre de problèmes plus sévères.

J'ai donc d'abord testé le biofeedback avec sonde chez une sympathique kiné. Elle m'examinait d'abord pour faire le point et m'aider à trouver les muscles à contracter puis je faisais mon jeu vidéo avec la sonde (différentes intensités et durées de contraction, d'abord allongée puis assise et debout). A propos la sonde est personnelle et s'achète en pharmacie (remboursée sur ordonnance). La kiné recommandait de la garder dans sa poche avant de venir pour qu'elle soit à la température du corps, seul hic elle la passait sous l'eau froide avant de l'installer ce qui ruinait tout l'effet... Et je faisais les exercices entre deux séances (sur le quai du métro... regardez bien les femmes qui ont l'air un peu constipé en attendant le métro...), avec globalement un bon résultat.

Après mon deuxième accouchement, j'ai un temps caressé l'idée de me rééduquer toute seule, en faisant les exercices, en laissant le temps au temps. Mais finalement, après presque 2 ans, avec l'impression persistante que ma vessie avait parfois des velléités d'indépendance, j'ai pris le temps de retourner voir ma sage-femme, celle qui avait accompagné ma grossesse et mon accouchement, et ainsi de tester la méthode CMP. Je dois dire que la première fois que j'en ai entendu parler par une copine j'ai carrément halluciné ("votre urètre est comme un soliflore", mais oui bien sûûûr). Mais après tout, en y réfléchissant l'idée n'est pas si bête, et je l'avais même déjà expérimentée par la pratique du chant. En effet, le périnée, comme le chant, mobilisent des muscles qu'on ne voit pas ; il est impossible d'imiter le mouvement d'un autre, et de pouvoir comparer ce qu'on fait à une référence. La visualisation est donc un moyen assez efficace de contrôler ces organes qu'on utilise plutôt de façon inconsciente, la difficulté étant de trouver la bonne image pour chacun (et aussi simplement d'accepter de se prêter sincèrement à l'exercice). J'ai beaucoup apprécié de pouvoir rapidement acquérir une certaine autonomie et surtout la grande finesse de l'approche, qui va bien plus loin que le simple "serrez mes doigts" et permet de travailler indépendamment les différentes zones (urètre, anus, vulve, vagin etc). On peut ensuite privilégier les exercices dont on a le plus besoin en fonction de sa situation personnelle.

La professionnelle que je suis est habituée à l’air mi hagard mi goguenard de la dame qui découvre la CMP. Lorsque nous nous connaissons déjà, le capital confiance acquis aide à passer cette première phase. Avec un peu de bonne volonté, la femme accepte la règle du jeu, visualiser, ne rien faire, et, au départ, ne rien sentir… Le plus souvent, il faudra huit à quinze jours d’exercices quotidiens avant de percevoir quelque chose. Mais une fois cette phase là arrivée, bingo, de nouveaux muscles se révèlent et cette conscience sera définitivement acquise, facilement ravivée par quelques exercices si le cerveau venait à se lasser. Et le bénéfice de cette finesse des sensations ne se limite pas à rétablir la continence urinaire…

En bref la rééducation périnéale, et en particulier la seconde version, a été pour moi aussi une façon de me (ré)approprier mon corps. Le tabou encore persistant sur la masturbation (même si maintenant toute femme qui se respecte se doit d'avoir une collection de sex toys) interdit implicitement aux femmes l'accès à leur propre vagin. On nous vend même des tampons avec applicateur pour s'assurer qu'on n'y mette pas les doigts ! Par contre il nous est présenté comme normal d'écarter les cuisses chez le médecin et de le laisser faire ses affaires. Eh bien moi j'attends le médecin (ou la sage-femme !) qui proposera une petite caméra ou appareil photo pour me faire une visite guidée de mon anatomie, qui au lieu d'un laconique "tout va bien c'est normal" prendra le temps de me montrer mon col, de m'aider à l'examiner moi-même, qui m'aidera à comprendre comment j'ai été déchirée et comment exactement se place la cicatrice, etc. Idéalement comme je serais chez la même personne dans la durée on pourrait comparer des photos avant/après l'accouchement, pendant la grossesse, etc. On pourrait être aidée pour choisir une coupe menstruelle, un diaphragme (c'est déjà le cas même si peu de professionnels le proposent) ; on pourrait voir les fils du DIU si on choisit d'en porter un, ce qui aiderait aussi à se l'approprier et à mieux comprendre comment il se positionne... Techniquement je ne pense pas qu'il faille un matériel très sophistiqué, ce qui manque c'est sans doute le temps et probablement l'envie chez certains. Et vous, ça vous intéresserait ?

Pour être honnête, l’idée était d’écrire un article à deux mains… Et comme je suis de loin la plus paresseuse des deux, j’ai proposé à la Poule pondeuse de commencer…  Quand elle m’a envoyé « sa » partie, je ne pouvais que constater : je n’avais rien à ajouter. C’était clair, argumenté, documenté, avec tous les liens qui vont bien… J’aurais surement pu trouver quelques anecdotes pour illustrer tout ça mais à quoi bon ? Et puis ce dernier paragraphe m’a rendu l’inspiration. Les féministes avaient déjà usé de ce moyen pour se réapproprier leur corps, mieux le connaitre, le comprendre.

En France, dans les années 70, on apprenait aux femmes la mise en place d’un spéculum, on leur proposait de regarder leur vagin, leur col dans une glace. J’ai bénéficié de cet accompagnement mais ce souvenir était resté tapi dans un tiroir mémoriel de mon adolescence, je ne l’avais jamais proposé. Je l’ai fait à quelques occasions depuis cette prise de conscience. Quelques regards interrogateurs sinon franchement étonnés, quelques refus polis et quelques pourquoi pas... mais une autre fois.

Au final, est-ce aux professionnels de santé d’assurer cette fonction de réappropriation ? L’essentiel est peut-être de nous montrer suffisamment disponible pour que la demande puisse si besoin émerger.

A l’inverse, après un accouchement, je suggère régulièrement aux femmes de regarder leur sexe dans une glace, avec ou sans mon aide. Souvent, elles préfèrent avec. Certaines ne l’ont jamais fait et craignent de ne pas bien comprendre ce qu’elles vont voir. D’autres l’ont déjà fait mais craignent de ne pas se reconnaitre. Une cicatrice douloureuse, des points qui tirent, une sensibilité particulière ; à chaque fois, la réalité apaise.. ce n’est finalement « que » ça. Et l’imaginaire plus ou moins terrifiant qui s’était construit cède devant une cicatrice un peu rouge, un fil, un hématome, images finalement banales et beaucoup plus rassurantes.

Mais le temps de l'examen et plus encore le temps de la rééducation sont beaucoup plus larges que la simple éducation musculaire. Le « hors sujet »  le plus souvent abordé, surtout dans les semaines postnatales est celui de la sexualité ; la libido plus ou moins éteinte, la confiance en son corps plus ou moins atteinte, l’attente de l’autre plus ou moins pressante… Comment se retrouver ou se redécouvrir.

Enfin bien sur, pour répondre aux interrogations de la poule pondeuse, nous pouvons accompagner les femmes dans une meilleure compréhension de leur anatomie, le repérage du col, des  fils d’un dispositif intra utérin. Nous pouvons les aider à choisir un diaphragme - de  la bonne adaptation de la taille dépend son efficacité. Nous pourrions montrer comment utiliser une coupe menstruelle…

A vous de savoir exprimer vos besoins. Aidez nous à vous aider !

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02 mai 2012

Contribution au débat

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Et Marguerite Duras, trois ans avant sa mort, usait contre l'homme et sa clique l'une de ses dernières colères :

« La droite n'a pas d'idées. La pensée, chez elle, il faut la chercher longtemps. Elle disparaîtra… Quand on voit des caricatures comme ce gars de Neuilly, alors là ça risque d'aller vite… Il y a de quoi se demander pourquoi ils sont si cons ? Peut-être sont-ils venus au monde sans sage-femme ! »
 
 
Paru dans Globe Hebdo, 24 mars 1993

 

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28 avril 2012

Chronique de la haine ordinaire

 

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La maternité en attente de nouveaux locaux est vétuste. Juste deux salles de naissance et un bloc opératoire. Pas de salle de garde. Le bureau des sages-femmes se résume au dessus d'un antique chariot au blanc piqueté de rouille servant à faire les "soins". Entre deux tournées de chambre, il est remisé à côté des spéculums en métal qui trempent dans le liquide de désinfection.

Pas de néonatalogie, évidemment ; juste un incubateur, dans la seule salle de naissance disposant des branchements nécessaires.

Ladite salle est occupée par une jeune femme noire qui vient de mettre au monde son premier enfant.

Dans la couveuse, derrière elle, ce n’est pas son bébé que l’on surveille mais celui né un peu plus tôt dans la salle voisine. Il va bien.

Evidemment, il aurait été plus simple d'inverser les salles de naissance mais la nécessité de recours à la couveuse ne s'est révélée qu'à la fin de l'accouchement, bien trop tard pour déménager tout le monde.

Le papa du bébé mis en surveillance vient d'arriver. Il n'a pas assisté à la naissance et souhaite voir son enfant. Rien de plus légitime...

Dans la salle où nous surveillons son bébé, la jeune femme vient d' accoucher ; impossible de la ramener dans sa chambre tout de suite. Je viens donc lui demander l’autorisation de faire entrer le père. Elle accepte avec chaleur, s'excusant presque d'occuper les lieux.

La salle est rapidement rangée. La maman réinstallée, recouverte d'un drap. Son petit tête paisiblement. Je peux inviter l’homme à entrer.

En franchissant la porte, il jette un œil à la jeune accouchée qui l’accueille en souriant. Sans la saluer, il s’approche de la couveuse, contemple un instant son enfant puis lance de façon suffisamment distincte pour que personne dans la salle ne puisse douter des paroles prononcées  "J’espère qu’elle ne va pas déteindre sur lui ".

Je l’ai viré.


Tout rapport avec les débats actuels ne serait que pure intention.

 

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21 avril 2012

Sans dessus dessous

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Elle est en position "mains - genoux", expression rencontrée des années plus tard dans un article sur les postures d’accouchement ; la formulation "à quatre pattes" devait apparaître trop triviale au rédacteur…
 
Elle est ainsi parce qu'elle l’a souhaité, non parce que je le lui ai proposé. Malgré pas mal de naissances accompagnées en position autre que gynécologique,  je n'ai pas encore expérimenté cette variante. Pour être honnête, j'aurais préféré faire mes armes sur une situation plus banale. Son bébé se présente en "occipito-sacré", visage dirigé vers le pubis maternel, à l’inverse donc de la position habituelle.

Elle est médecin et cela m'aide certainement à accepter sa totale liberté de mouvement… C’est comme un contrat entre nous, une responsabilité partagée.  Prévenue de mon inexpérience, elle accepte de me faire confiance. De mon coté, je sais pouvoir m'appuyer sur ses ressentis, sur la force tranquille qui la guide depuis le début du travail.

De la phase d'expulsion ne me restent que de confus souvenirs de projections géométriques. Du fait de la position maternelle, mes repères anatomiques sont inversés ; je passe mon temps à retourner mentalement femme et enfant pour pouvoir m’appuyer sur mes critères habituels, tiraillée entre mon souci de "m'y retrouver" pour m’assurer que tout évolue bien et celui de ne pas atteindre sa sérénité. Il me faut être à l’écoute, rassurante, alors que mes neurones surchauffent en élaborant d’improbables schémas…

Et puis tout s’apaise. Le petit arrive sur le périnée et si la position de la mère m’est inhabituelle, celle de la tête fœtale redevient banalement rassurante.

Je l'encourage à souffler doucement pour laisser le périnée tendu s’ouvrir un peu plus, encore un peu plus. La tête apparaît dans un premier jaillissement de liquide, le reste du corps suit dans un bruit de succion. Je n’ai qu’à tendre les mains pour accueillir l’enfant, le glisser entre les cuisses maternelles. Elle se redresse à genou et le serre dans ses bras, triomphante.

Un gros bébé, une position foetale réputée plus agressive pour le périnée, et pas une égratignure…

J’en serais presque fière si la petite voix de ma conscience ne me chuchotait que tout le mérite en revient à la mère.

 

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15 avril 2012

Propagande

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Tiphanie, étudiante sage-femme à Bruxelles m'a signalé cette vidéo sobrement intitulée  "Mon accouchement avec ou sans anesthésie".

Le titre laisse à penser qu'avantages et inconvénients respectifs des deux "options" vont nous être exposés. En fait, sous de faux airs d'impartialité, la démonstration vise à emporter la conviction du spectateur, accoucher sous péridurale est un must.

L'analgésie péridurale est une technique suffisamment répandue pour que l'on ne s'offusque pas de la voir présentée sous son meilleur jour. Mais quid de l'objectivité annoncée par le titre ? Le message méritait d'être décortiqué.

Tiphanie travaillait dans le marketing avant de se tourner vers les études de maïeutique. Son éclairage et son aide m'ont été plus que précieux, merci à elle !

Décryptage

L'avis autorisé : Dans toute communication persuasive, un des éléments essentiels est d'avoir un personnage d'autorité à qui l'auditoire peut accorder toute sa confiance. L' auteur du film,Roland Desprats, qualifié dans cet article "d'homme des péris" *, est accueilli par "Ah mon sauveur!" lorsqu'il arrive auprès d'une femme en travail.

L'obstétricienne est un autre personnage d'autorité appelé à énoncer sa vérité, de façon magnifiée (technique de communication persuasive) "Grâce à la rachianesthésie, la maman peut vivre pleinement son accouchement même par césarienne [...] avoir l'enfant directement sur son ventre alors qu'il vient de naître, sans douleur. [...] Elle peut vivre pleinement son accouchement." (répété). Ces premiers commentaires suivent une naissance par césarienne, situation où les avantages de l'anesthésie loco régionale sont indéniables.

Plus tard, "C'est vrai qu'il y a un tout petit peu plus d'extractions instrumentales [avec la péridurale], mais de façon très faible. Donc si on met dans la balance l'avantage de la péridurale par rapport à ses inconvénients, il y a quand même beaucoup plus d'avantages à réaliser une péridurale."
Et encore : "Il n'y a absolument aucun inconvénient [à la péridurale], il n'y a pas d'augmentation de la durée du travail, -ce n'est pas ce que dit cette étude - il n'y a vraiment que des avantages à la péridurale".
La redondance des mots avantages/pas d'inconvénient appuie encore le discours.

L'effet moutonnier (faire adhérer à une thèse en soulignant qu'elle est massivement partagée)
Au début du reportage, on peut entendre la voix off énoncer "4000 femmes accouchent ici chaque année, 90% d'entre elles bénéficient de la péridurale, un pourcentage légèrement supérieur à la moyenne nationale".
L'effet de masse est bien présent avec ce chiffre de 90% de femmes qui bénéficient d'une péridurale ; le choix de ce verbe n'est pas non plus anodin .

La peur (levier essentiel dans toute communication persuasive).
"La douleur de l'accouchement peut parfois être inhumaine". Mais pas d'inquiétude, pour la douleur comme pour toute complication, la péridurale est LA solution."Une anesthésie est souvent nécessaire pour assurer la sécurité de la mère et de l'enfant".

L'histoire d'Andrea, qui souhaite accoucher sans péridurale, vient à point nommé illustrer "l'inhumanité" de cette douleur. Juste après l'accouchement qualifié de "génial, merveilleux" par la maman césarisée sous rachi anesthésie, la voix off annonce qu'Andréa est entrée en travail. On ne voit alors qu'une porte fermée.
On entend successivement des cris, suffisamment puissants pour traverser la porte close, la voix off "un accouchement comme elle l'avait souhaité, un accouchement sans péridurale" et enfin "AIE, AIE, AIE", provenant de la salle de naissance. Cette caricaturale succession  cris /commentaire /cris, appelle une désapprobation complice de l'auditoire (autre technique de communication)  "C'est bien fait pour elle".

Impression confortée par une  phrase d'Andréa : "Ca fait mal, si ça avait duré, j'aurais pris la péridurale"
Même les paroles de la sage-femme revenant gentiment la féliciter "Vous avez poussé tout doucement, pourtant ce n'est pas facile quand on a mal de gérer la poussée" sont une critique implicite ; quand on n'a pas mal, donc sous péridurale, on contrôle mieux sa poussée...

Le témoignage (très utilisé en communication pour persuader un auditoire du bien-fondé d'une idée). 
Géraldine, qui a choisi d'avoir une péridurale, arrive confiante et souriante. La sage-femme explique que son col n'est pas dilaté. Puis le travail s'intensifie. "Au moment de la contraction, j'ai pas de comparaison, on ne peut pas se contrôler, c'est tout le corps qui souffre" paroles appuyées par les images de son visage crispé ; et son mari d'ajouter "de la voir souffrir comme ça...vivement la péridurale parce que là, ça fait un quart d'heure que ça dure, c'est dur pour moi aussi !" La succession des deux phases suggère que confiance et sourire sont incompatibles avec un travail efficace...

Les questions purement rhétoriques du médecin en salle de césarienne reposent également sur la technique du témoignage "Est-ce que vous avez ressenti quoi que ce soit de l'acte chirurgical ?", "Vous avez eu le plaisir et la joie d'avoir votre enfant en présence de votre mari ?" Les bonnes réponses de la femme sont saluées par un discret mais bien réel "Voilà !" du médecin.

Sur vingt-huit minutes de reportage, seulement trois sont consacrées à l'accouchement sans péridurale. Appel à l'autorité, effet moutonnier, recherche de complicité avec l'auditoire, peur et témoignages sélectionnés...  Tous les ingrédients d'une communication réussie sont présents. Remarquons également l'émotion nettement plus visible chez les femmes sous anesthésie que chez Andréa. 

Si tous les bénéfices de la péridurale sont détaillés, aucun n'est évoqué pour les femmes faisant un autre choix.
C'est toute la différence entre une information éclairée et un message publicitaire...

 

 * à l'humour en bandoulière... (sic)

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06 avril 2012

Dédale

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Nous nous rencontrons sous le fallacieux prétexte d'une rééducation périnéale. Nos premiers échanges le montrent d’évidence, elle se contrefout de son périnée.

Elle se voit basculer dans une phobie envahissante - en lien avec des grossesses antérieures mal vécues - phobie qui vient peu à peu diriger tous les moments de sa vie. Elle souhaite rencontrer un des psychologues de l’hôpital mais, planning surchargé oblige, la secrétaire doit la rappeler. Son périnée n'est qu'un prétexte pour parvenir à rencontrer quelqu'un.

Je ne peux, je ne sais pas l’aider.
Ce que j'annonce dès notre première rencontre, expliquant que ma compétence de sage-femme ne correspond pas à son besoin. Mais, dans l'attente de sa consultation hospitalière, elle demande à me revoir. J’accepte l’intérim. 

Nous nous revoyons donc une seconde fois, puis une troisième. Cela fait presque un mois qu’elle attend l'appel du secrétariat. Je tente d’appuyer sa demande en essayant à de nombreuses reprises de joindre le service. Le téléphone sonne presque toujours dans le vide. Sinon, c’est pour tomber sur un répondeur annonçant les heures d’ouverture, horaires correspondant parfaitement à ceux de mes appels. Et pas de possibilité de laisser un message. Je cherche à feinter en joignant l’accueil de l’hôpital (à quelques mètres du service), stratégie totalement vaine. « Oui c’est le bon numéro, oui y devrait y avoir quelqu’un, non je ne peux rien faire de plus… »

Elle revient. Elle ne dort presque plus, envahie par des pensées angoissantes, des cauchemars… Je suis inquiète car incapable d'évaluer la gravité de sa situation. La consultation tant attendue devient urgente. 

Le service reste injoignable et, hors de l'hôpital, mon "réseau" habituel est inopérant. Je n'ose l'orienter vers un libéral car elle n’a pas les moyens de régler une consultation. Certains la recevraient certainement mais je ne veux ni exploiter leur bonne volonté, ni mettre cette patiente d’une honnêteté scrupuleuse en difficulté. Les psychiatres du secteur sont eux aussi débordés. Un de mes correspondants appelé à l’aide me glisse l’idée des urgences psychiatriques… je tente.

Recherche sur les pages jaunes. Pas de numéro urgence psy indiqué. Je contacte le standard de l’hôpital ; faut joindre les urgences adultes me dit-on, sans me les passer. Nouvel appel aux urgences. Je fais l'erreur de m'annoncer comme sage-femme et la standardiste me bascule d’autorité sur les urgences  maternité.

Nouveau coup de fil, nouvelle attente, nouveau standard. Je m‘applique à mieux présenter la situation en taisant mon identité professionnelle. Cette fois, on semble me transférer vers le service ad hoc mais je suis accueillie par une petite musique suivie du rituel message "Le poste de votre correspondant est momentanément indisponible. Nous vous prions de bien vouloir renouveler votre appel ultérieurement".

Re-standard, qui me passe enfin le bon poste. Je déroule toute l’histoire sans reprendre mon souffle. Enfin, un très charmant infirmier psy comprend ma demande et me confirme que ma "stratégie" est la bonne. 

Ouf !

Cela fait juste 55 minutes que je suis au téléphone…

 

PS : Reçue longuement aux urgences, sa demande auprès d'un psychologue a été appuyée et le rendez-vous obtenu rapidement. Quelques entretiens plus tard, je la retrouve déjà soulagée et plus souriante. Happy end.

 

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01 avril 2012

Pas de fumet sans feu

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Cet article paru le 29 mars dans le Monde a fait du bruit dans le landerneau des sages-femmes. Ces propos évidemment mal compris et mal interprétés les avaient quelque peu révoltées.

Odile Buisson a souhaité préciser sa pensée :

En aucun cas, je n'ai souhaité  porter atteinte, ni à la profession de sage-femme, ni à l'autonomie des femmes.

Loin de toute position corporatiste, je souhaitais alerter sur les difficultés d’accès à la contraception et au suivi de prévention, pourtant gages de la sécurité sanitaire des femmes françaises. Cette fonction, longtemps tenue par des gynécologues médicaux aux compétences sous employées, est sans aucun doute du ressort des sages-femmes (comme des médecins généralistes). Examen gynécologique, bilans biologiques et frottis cervico-vaginal sont en effet des pratiques banales pour les sages-femmes puisqu'elles s’inscrivent très habituellement dans le cadre du suivi de grossesse. 

En aucun cas, je ne suggèrais que les sages-femmes outrepassent leurs compétences. Elles réalisent lors de leurs consultations un interrogatoire soigneux permettant de dépister les éventuels facteurs de risques; si tel est le cas, elles réadressent les patientes vers le médecin. Ce temps consacré au dépistage et à l’information est autant de temps libéré pour les consultations déjà chargées des spécialistes.

Par ailleurs, attribuer la longévité des françaises à l'existence de notre spécialité était un raccourci hasardeux. Rien ne permet de démontrer la corrélation entre ces deux facteurs. Pour preuve, la gynécologie médicale est très peu présente en Espagne et l'espérance de vie des espagnoles est pourtant supérieure à celle des françaises.

Comme je le soulignais, les femmes sont des citoyennes à part entière. Chacune d'elle est en droit de choisir d'être suivie par une sage-femme ou un médecin, d'accoucher avec ou sans péridurale, d'allaiter ou non son enfant. Ces décisions lui appartiennent pleinement. Et notre role de soignant n'est ni d'influencer, ni de dénigrer leur choix mais de les accompagner.

Je m’attache comme l’ensemble des praticiens médicaux, à exercer au sein d’un réseau où tous les acteurs de la santé se complètent et se coordonnent, dans le souci partagé de répondre aux attentes et aux besoins des citoyennes de première classe que sont les femmes…

En ce dimanche premier avril, je remercie Odile Buisson d'avoir pris le temps de cette salutaire mise au point.

 

PS : pour celles et ceux qui douteraient  de la véracité des paroles rapportées, je vous renvoie à la date de publication et à l'illustration de ce billet...

PS bis : on me rapporte aujourd'hui que certains s'interrogent encore sur la réalité de ces propos. Je confirme donc le message implicite du PS précédent : poisson d'avril !!!


Quand l'article d'Odile Buisson est paru, nous avons été nombreux(ses) à réagir. Très vite, au fil d'échanges sur Twitter, est venue l'idée d'une réponse groupée. 

Ce texte s'inscrit dans une démarche partagée avec la Poule Pondeuse et Souristine  ; chaque texte est individuel et rédigé en fonction de nos sensibilités personnelles. 
Néanmoins, femmes, médecin, sage-femme, nous partageons toutes une certaine idée de ce que pourrait (devrait?) être le suivi des femmes et la prise en charge de la naissance en France.


 

 

Posté par 10lunes à 17:48 - - Commentaires [21] - Permalien [#]
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