17 janvier 2012

Dites 23 !

lauriers m

Un carabin est en train de se tailler une solide réputation chez les sages-femmes. Je tiens à soutenir sa célébrité naissante ; le "Dr Kenny" mérite d’être connu.

Avec une déconcertante modestie, il affirme pouvoir apprendre bien plus en une année que ce que les sages-femmes étudient en cinq ans, célébrant au passage ses propres capacités d’apprentissage "rapides et efficaces " (sic), mettant en doute notre aptitude à assimiler l’immensité de son savoir, même en nous y collant vingt ans…

Il conclut en soulignant qu'il est tout aussi ridicule de vouloir remplacer des médecins par des vétérinaires (selon la surprenante suggestion d’une élue Dijonnaise) que les médecins par des sages-femmes… 

Au final, ce Dr Kenny ne mérite pas que l’on s’attarde sur ses propos. Peut-être éprouverons nous juste quelque inquiétude sur sa capacité à établir un dialogue empathique et respectueux avec ses futurs patients. Mais rassurons-nous, il a choisi d’être chirurgien, ses patients seront muets puisqu’endormis.

J’en déduis qu’il a conscience de ses limites !

 

Revenons au fond du débat. La discussion sur ce forum d'étudiants en médecine a pour titre  «Les sages-femmes seront payées comme les généralistes»

Et c’est bien là que le bât blesse. «Pourquoi faire neuf années d’études si on peut gagner la même chose en en faisant cinq ?».

Un accord avec l'assurance maladie vient d’être signé par nos syndicats. La consultation sage-femme passera de 17 et 19 € à 21 € … en septembre 2012, et à 23 € en septembre 2013. 23 €, c'est précisément le tarif actuel de la consultation du médecin généraliste. L’annonce de cette revalorisation plonge le monde médical dans un certain émoi.

Serons nous payés pareil pour faire la même chose ?

La sage-femme se préoccupe principalement de physiologie et de prévention. La maternité est son domaine, elle maîtrise parfaitement son suivi, les complications potentielles, ce qui est tolérable ou pas, ce qui doit être surveillé ou pas. Elle peut traiter l’infection urinaire ou la mycose vaginale, corriger une anémie, prescrire des substituts nicotiniques… Cependant, en cas de pathologie suspectée ou avérée, elle se doit de passer le relais au médecin compétent, généraliste ou spécialiste.

L’atout du généraliste, c’est qu'il connaît globalement sa patiente parce qu'il la suit au long cours.

L'atout de la sage-femme, c’est aussi la globalité, mais cette fois-ci "transversale". Elle prend en charge la femme comme le nouveau-né, se préoccupe de la sexualité comme de la jalousie d'un aîné. Elle assiste le quotidien, soins du cordon ou préparation d’un biberon, surveille  la cicatrisation d'un périnée ou traite une lymphangite. Elle écoute les pleurs du baby blues ou l'ambivalence du désir d'enfant, rééduque un périnée ou pose un stérilet.

C’est cette compétence à s’occuper des petits maux comme des grands moments de la maternité et de la vie féminine qui fait sa spécificité.

Médecin ou sage-femme, il ne s'agit pas de faire mieux ou moins bien mais de prises en charge complémentaires. Tout est d'abord affaire de choix, celui des femmes ! (choix parfois contraint, faute de médecins disponibles...)

Nos professions doivent être pensées comme partenaires plutôt que concurrentes.

Reste une réalité : les consultations de sages-femmes sont longues, le temps nécessaire à la transversalité. En y passant trente à soixante minutes, même si le tarif annoncé semble le même, nous serons toujours bien moins payées que les généralistes.

Leur honneur est sauf !

 

NB : Pour mieux comprendre à quel "salaire" réel correspondent les chiffres, je vous invite à lire ce qu'en dit très honnêtement le Dr Borée

 

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11 décembre 2011

Jargonant

 

Etudiante, j'employais avec jubilation l'impénétrable langage garant de l'authenticité de mes compétences. Par chance, mon premier poste m'a rapidement amenée à l'oublier. L’équipe qui m’accueillait s’attachait à éviter tout terme médical pour mieux partager son savoir avec les parents.

Si cette simplicité de l’expression m’est rapidement redevenue coutumière, elle ne l'était pas pour ce médecin remplaçant découvrant notre maternité.

Flash-back.

Nous sommes deux sages-femmes en salle de naissance, aux cotés d’une femme dont l’accouchement laborieux nécessite un forceps. Appelé en renfort, l'obstétricien arrive d’un pas rapide et assuré, les pans de sa blouse volant derrière lui. Il interroge du regard ma collègue. Celle-ci lui résume brièvement la situation. Fidèle aux habitudes de la maison, elle s'exprime de façon claire pour les parents  « Le bébé a la tête un peu de travers, il va falloir l'aider ».

Air parfaitement effaré du médecin qui doit s'imaginer perdu dans une faille de l'espace-temps… Annoncer un "bébé de travers", c'est une obstétrique à peine digne des matrones.

La naissance se termine pourtant simplement. Après avoir jeté un œil sur le dossier où les annotations sont conformes aux codes hospitaliers, le médecin vérifie une dernière fois la position fœtale puis pose le forceps avec toute l’habileté requise.
Le petit garçon posé sur le ventre maternel est accueilli par des parents sereins.
Parents qui n’ont pas eu à s'inquiéter de mots barbares tels que déflexion, OIDP, partie moyenne, qui les auraient à coup sûr déstabilisés.

Restée fidèle à cette règle, je m'applique toujours à décoder les informations notées sur le dossier qui reste à disposition des parents. Expliquer par exemple qu'il me faut inscrire "MAF +"  parce que noter "le bébé bouge bien" pourrait mettre à mal ma crédibilité médicale aux yeux de mes pairs. Nos HU, CU, SFU et autres joyeusetés sont des plus anxiogènes s’ils ne sont pas traduits, autant relire tout cela ensemble (d’autant que mon écriture peut être à elle seule un cryptage presque indéchiffrable...)

Pourtant, à force de me refuser à la pratiquer, je perds les clefs de cette langue. Chaque incursion dans un service hospitalier me rappelle à l'ordre. Si je comprends sans peine ce qui se dit, je dois faire un effort pour m'exprimer dans ce même langage "soutenu".

Récemment, je me suis trouvée en défaut. Lors d'une enquête mail sur une conduite à tenir, j'ai répondu "attendre et voir". Quelques temps plus tard, j'ai souhaité connaître les autres réponses.
Le mail reçu en retour précisait "expectative".

Ce qui, vous en conviendrez, a une toute autre allure !

 

PS : Bien évidemment, nos codes n'ont pas pour but de crypter les propos -quoique - mais d'éviter tout malentendu et de raccourcir la prise de note.
HU = hauteur utérine, SFU = signes fonctionnels urinaires, CU= contraction utérine et MAF = mouvements actifs fœtaux.

 

 

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03 novembre 2011

Catharsis, épisode 2

 

C'est une joyeuse tablée de sages-femmes, terminant leur journée de congrès dans une brasserie. Après de très sérieux débats portant entre autres sujets sur les difficultés diagnostiques  - où j’ai encore une fois tenté de prendre de la distance en racontant ma mésaventure - la fin du repas (et la fin de nos bières) sonne le temps d’échanges plus légers.

Chacun y va de son anecdote, une histoire en entrainant une autre. Chaque récit, abondamment ponctué de gestes et de mimiques pour en parfaire le réalisme se termine dans un éclat de rire général. Solidarité clanique oblige, les médecins sont à la fête.

Ainsi ce futur père appelant la maternité pour annoncer l’arrivée de sa femme en précisant "Je suis médecin, je l’ai examinée, elle est entre deux et dix".

Cette femme présentant quelques modestes saignements adressée par son médecin traitant dûment munie d’un courrier annonçant une fausse couche...  et des dernières règles datant de 28 jours !

Cette "entrée" au bébé trop pressé en train d'accoucher dans les toilettes. Quand nous la rejoignons, son compagnon nous accueille par cette phrase "Ne vous inquiétez pas, surtout ne vous inquiétez pas, je suis médecin ! ".

Enfin, cette femme en fin de grossesse amenée par le Samu. Le médecin qui l’accompagne déclare avec assurance "Je l’ai examinée, vous pouvez me croire, ça ne va pas trainer ! ". La dame rentrera chez elle peu après. Elle n’est pas en travail.

Une des sages-femmes m’adresse alors un clin d’œil appuyé et lance … "et ce soir, dans un autre restaurant, un médecin raconte hilare à ses collègues du Samu qu’un jour, une sage-femme l’a appelé pour une femme à dilatation complète et que finalement…."

L'explosion de rire qui a secoué notre table a un instant interrompu l’ensemble des conversations du restaurant.

Je crois que je suis guérie.

 

 

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02 novembre 2011

Catharsis, épisode 1

 

Son passé douloureux et son quotidien difficile mobilisent plusieurs soignants et acteurs sociaux. Elle est voisine de notre cabinet, très paumée, très anxieuse et très enceinte.

Bien qu'ayant déjà l'expérience de la maternité, elle peine à interpréter les différents signaux de son corps. Plusieurs fois déjà, elle a appelé à l’aide, angoissée par ce qu'elle ressentait ; plusieurs fois, l’une de nous s’est déplacée et l'a rassurée. Cette fois là, elle est dans son dernier mois de grossesse et sa mise en travail n’est plus ni inquiétante, ni improbable.

Elle décrit divers symptômes pouvant évoquer le début de l'accouchement. Elle est comme toujours extrêmement inquiète et me demande de passer immédiatement. Ma proposition d’aller consulter à la maternité tombe à plat. C’est trop loin, trop compliqué. Elle ne conduit pas et personne ne peut l’emmener.

Un peu lassée de ses appels récurrents, un peu débordée par les rendez-vous au cabinet, je lui demande de se déplacer. Nous déciderons ensuite ensemble de ce qu’il convient de faire.

Elle arrive peu après, présentant tous les signes évidents d’un travail efficace et rapide. Sa posture et son souffle révèlent des contractions fréquentes et assez puissantes pour interrompre ses quelques mots d’explication.

Je me sens honteuse de ne pas l’avoir vraiment crue.

Connaissant son parcours, l’idée d’un accouchement au cabinet me séduit modérément… elle aussi qui me parle de péridurale. J’aimerais l’examiner rapidement pour savoir ce qu'il en est. Elle commence à se déshabiller mais une contraction survient. Elle crie "ça pousse!" et veut se précipiter vers les toilettes, prête à traverser fesses à l’air la salle d’attente où patiente le couple qui avait rendez-vous.
Cette totale indifférence à ce qui l'entoure me confirme que son travail est bien avancé.

Je la rattrape de justesse en expliquant que je préfère d’abord m'assurer que ce n’est pas son bébé qui pousse ainsi. Persuadée de l’imminence de la naissance, je monte le chauffage de la salle à fond.
J’ai le plus grand mal à l’examiner, elle se crispe, repousse ma main, ferme les jambes, recule le bassin… j’argumente. Dans les quelques secondes qu’elle m’accorde finalement, je perçois un col presque totalement dilaté, une poche des eaux bombante mais une tête encore haute.
Elle a le temps de rejoindre la maternité.

Cette annonce la rassure et l'apaise. Je l’aide à se revêtir, l’accompagne vers les toilettes et profite de ce court temps pour organiser son transfert.
Appel rapide aux ambulances voisines ; personne n’est disponible immédiatement. L’accouchement n’est pas vraiment imminent mais je ne veux pas tenter le diable et me résous à contacter le Samu. Quelques questions basiques et l’on me passe le médecin régulateur. Afin de décider d'envoyer ou pas une équipe pédiatrique, il m'interroge sur la probabilité d'une naissance avant l'arrivée à l’hôpital. Je pense que l'on a juste le temps du transfert. « Je vous fais confiance, vous connaissez votre boulot » dit-il gentiment en raccrochant.

Encore au téléphone, je la vois sortir des toilettes et rejoindre la salle de consultation. Revenue auprès d’elle pour expliquer ce qui va se passer, quelque chose m’alerte, son attitude ne correspond pas, ne correspond plus. Je souhaite la réexaminer… Elle est plus calme, tolère mieux l’examen et immédiatement, je réalise mon erreur ; elle n’est pas en travail !

L’adrénaline m’envahit.
La dernière phrase prononcée par le médecin régulateur résonne ...
Cœur battant, langue pâteuse, toute salive asséchée, je rappelle le Samu pour annuler l’ambulance. Le numéro sonne longuement occupé. Quand je parviens enfin à les joindre, le ton du même médecin régulateur est plus que sec. L’ambulance est sur le point d’arriver, il me laisse le soin de les prévenir moi-même.

Je boirai donc le calice jusqu’à la lie en allant les accueillir sur le parking du cabinet pour m"excuser très platement de ma fausse alerte. Ils se montrent charmants, ne jugeant sans doute pas utile d’ajouter à mon évident malaise.

Etonnamment, elle accueille la nouvelle de mon erreur diagnostique sans trop de surprise. Repartie tranquillisée, mais un peu déçue - on le serait à moins  ! - elle accouchera plusieurs jours plus tard.

Cette histoire m’a hantée longtemps, me faisant douter totalement de mes compétences, de mon choix professionnel. Comment pouvais-je me prétendre sage-femme si je n’étais même plus capable d’évaluer une dilatation ? J’ai harcelé des collègues et amies pour raconter, décortiquer, tenter de comprendre et de me rassurer... un peu.

Le temps a fait son office. Le souvenir est devenu moins aigu.
Un jour enfin la blessure encore ouverte s'est refermée...

A suivre

 


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19 juillet 2011

Zélés

 

Brouhaha joyeux en salle d’attente. Un groupe se retrouve pour une rencontre informelle après la naissance. Ils sont tous là, heureux de se revoir, se présentant leurs petits, échangeant déjà sur l’accouchement, les nuits ou la jalousie du plus grand.

L'oeil rieur, un père m'interpelle : "Y a des gendarmes sur le parking, ils t'attendent". J’hésite à le croire mais les trois couples insistent. A moitié convaincue, je vais voir. Effectivement, une fourgonnette de gendarmerie est garée devant le cabinet.

Mon banal étonnement teinté d'inquiétude - mais que me veut donc la police ??? - doit se percevoir ; l'homme en képi sourit et cherche à me rassurer "Ne vous inquiétez pas, rien de grave. Est ce que Mademoiselle Y et Monsieur X ont rendez-vous ici après-demain ?"
Comme je reste muette - mes neurones s'entrechoquent pour savoir ce qu'il m'est possible, secret médical oblige, de répondre - il m'offre quelques explications supplémentaires.
Collègue de Monsieur X,  il vient me prévenir que le couple sera absent au prochain rendez-vous. L’enterrement de leur vie de célibataire est organisé par leur bande de copains et ils seront l’un et l’autre "raptés" la veille au soir. Ils n’en savent évidemment rien. Attentionnés, leurs amis se sont renseigné sur le programme initialement prévu pour cette journée afin de pouvoir prévenir les personnes concernées de leur absence.
Le gendarme poursuit tranquillement en expliquant que pour mon cas, il n’avait qu'une information partielle, une consultation avec une sage-femme. Sur leur temps de service, lui et son co-équipier ont donc fait, en uniforme et fourgonnette, le tour des différentes personnes possibles avant de trouver enfin le lieu du délit.

La maréchaussée est bien dévouée !

 

 

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08 juillet 2011

Glacée

 

Rendez-vous m'est donné dans un CHU par une étudiante en sociologie qui travaille sur notre profession.

Elle m'attend au pied de l'ascenseur pour me guider dans le dédale des couloirs. Enfilade de portes et codes pianotés pour déverrouiller les passages réservés au personnel, nous arrivons dans les vestiaires.

Sa main me tend alors une blouse de ce fin intissé bleu qui tient si chaud. Mon regard doit traduire l'étonnement car elle m'explique que le bureau prévu pour l'entretien se trouve au sein du bloc obstétrical. Il ne saurait m'accueillir en tenue de ville et chaussures soupçonnées d'être poussiéreuses. Me voilà donc affublée de la blouse réglementaire et des surchaussures couleur schtroumpf assorties.

Nous quittons le sas pour pénétrer dans un couloir ponctué de larges portes. Chacune est pourvue d'un hublot permettant de jeter un oeil à l'intérieur - intimité garantie ! Ce sont les salles de naissance et les témoins lumineux indiquent qu'elles sont toutes occupées. Pourtant, le plus grand silence règne. Nous croisons quelques blouses affairées ; vertes, bleues, roses, le pale est de rigueur. Quelques pas encore et le couloir s'élargit pour accueillir le bureau central, sorte d'immense comptoir.

Trois femmes pastel assises sur de hauts tabourets sont occupées à pianoter sur des claviers. Pas une ne lève le regard, pas de mot, pas de bonjour. Je n'aurai droit qu'à un seul sourire, bien plus tard, en repartant, celui d'une sage-femme déjà croisée ailleurs.

Plus loin, une blouse rose sort d'une salle d'accouchement. La porte coulissante s'est ouverte largement et se referme automatiquement avec une lenteur confondante. Elle laisse le temps d'apercevoir le profil d'une femme allongée ; à ses cotés, un homme de dos assis sur un inconfortable tabouret. Ses cheveux sont masqués par une charlotte élastiquée blanche ; il porte l'incontournable blouse en intissé bleu, trop étroite, fermée par des liens zébrant sa chemise sombre.

Nos pas nous rapprochent de la salle. La porte n'est toujours pas refermée. Pour pallier ces temps d'expositions imposés à chaque passage d'un soignant, un étroit paravent de toile placé en regard du lit masque le corps maternel à partir de la taille ; louable mais presque dérisoire tentative pour préserver la pudeur des parturientes.

Mon oeil accroche encore la tubulure de la perfusion, le monitoring, puis le regard de cette femme qui sentant le mien peser a lentement tourné son visage vers moi. Je baisse les yeux honteusement. La porte se referme enfin.

Cette scène se fixe ainsi dans ma mémoire, suite d'images défilant au ralenti sans qu'aucun son ne les accompagne.

Retour à la réalité. Nous atteignons le bureau annoncé. Une des sages-femmes présentes me propose un café. Encore troublée par la scène précédente, j'acquiesce en ajoutant que j'ai perdu l'habitude de cette ambiance aseptisée. L'anesthésiste entré un instant pour prendre un document me toise d'un regard méprisant.

Mes derniers souvenirs d'accouchements sont des naissances à domiciles, les avant-derniers s'étaient déroulés dans une maternité alternative qui savait proposer dans ces murs la presque même chaleur que celle de la maison.
Cette brève incursion dans un grand pôle obstétrical me le confirme, ce monde là m'est devenu étranger.

 

 

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03 juillet 2011

Inaudible



La ligne téléphonique grésille au moment où je décroche. Au milieu des bourdonnements, je devine avec peine que la femme à l’autre bout du fil est en train de se présenter. Comme elle enchaine aussitôt sur une demande de rendez-vous, je ne l’interromps pas, me promettant de lui redemander ses coordonnées en fin de conversation.

Mauvaise idée.

Entre deux crépitements, je comprends que son appel concerne quelqu'un d'autre. Il s'agit d'un accouchement très récent et la jeune mère souhaiterait urgemment débuter sa rééducation postnatale.
Elle me demande de la recevoir dès le lendemain dans un créneau horaire très précis*.
Cette exigence m’irrite quelque peu. Par ailleurs, je ne comprends pas la nécessité d'une consultation aussi rapide, et imagine que mon interlocutrice en relaye mal les motifs. Je souligne donc qu’il serait quand même plus simple d’en parler directement avec la personne concernée.

Après un court silence, elle me demande si le cabinet dispose d’une adresse mail. Toujours convaincue de la légitimité de mon irritation, j’insiste en disant que le téléphone serait un mode de communication plus rapide. Peut-elle demander à cette dame de me rappeler ?

Elle répond calmement que la dame en question est -vraiment - dans la totale incapacité de téléphoner mais qu’une adresse mail nous permettrait cependant d’échanger.

Et comme ma réponse tarde à venir...

Elle précise encore, sans que son ton traduise le moindre énervement : "Sa surdité est profonde, elle ne peut pas du tout communiquer par téléphone. C’est pour cela quelle fait appel à une interprète".

Je m'empresse enfin de donner notre adresse mail... en maudissant ma stupidité !

 

*Créneau horaire, je le comprendrai ensuite, justifié par la disponibilité de l'interprète

 

 

 

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14 juin 2011

Lutter bis



Autre combat.  Les Lilas, maternité mythique, voient leurs conditions de travail se détériorer. Comme dans d’autres lieux phares, la qualité de l’accompagnement se dégrade sous l’influence conjointe de la tarification à l’acte, du surbooking et du médico légal… S’y ajoutent des locaux exigus contraignant à jongler sans arrêt avec le manque de place.
Il était donc prévu de reconstruire la maternité … et au passage d’en augmenter la capacité d’accueil ; lourd prix exigé pour sa survie.

Tout semblait en bonne voie puisqu'un terrain avait été trouvé, que la mairie soutenait le projet, que l'ARH* avait donné son accord.

Oui mais d’aucuns rêveraient peut-être de voir disparaitre ce lieu subversif militant de la première heure pour la légalisation de l'IVG, l’accès à la contraception, les droits des femmes et la naissance respectée.
L'ARS** a stoppé le projet et se propose de regrouper l'établissement avec une maternité de type 3… Fausse opportunité ; les Bluets en ont fait l’expérience et sont en grande difficulté

Soutenir les Lilas, c’est faire plus que souhaiter préserver un lieu et une équipe. C’est témoigner de son indignation devant la mise en pièce des établissements qui s'obstinent à vouloir pratiquer une obstétrique humaine, qui tentent d’entendre les désirs de ceux qu'ils accueillent, qui pensent la femme comme sujet et non objet de soin.

Soutenir les Lilas, c’est dénoncer une politique de santé qui s’éloigne des besoins des "soignés" pour industrialiser les prises en charge. C'est lutter contre la concentration et l'uniformisation des accouchements.
C'est se souvenir que des femmes et des hommes se sont battus il y a deux générations pour changer la naissance ... Et que tout ou presque est à recommencer.

Une pétition est à signer ici

* Agence régionale de l'hospitalisation, remplacée depuis avril 2010 par
**ARS Agence régionale de Santé



Le 18 juin, que ferez-vous ?

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10 juin 2011

Lutter



La maternité du Chiva (centre hospitalier du val d'Ariège), fruit de la fusion de deux petits établissements, s'est ouverte en 2001. Une équipe solide cherche depuis 10 ans à travailler au plus près des besoins des parents en offrant une prise en charge diversifiée. Consultation prénatale, préparation à la naissance, ostéopathie, échographie, hospitalisation à domicile, rééducation périnéale, orthogénie, gynécologie, «des sages-femmes à tous les étages» ainsi que le dit l’une d’elle. Remarquables aussi l'accompagnement respectueux et la réelle liberté laissée aux femmes (baignoire, déambulation, posture …) lors de l’accouchement.

Preuve de leur succès, le nombre de naissances a augmenté de 25% en 9 ans (900 en 2001 - 1181 en 2010). Au final, cette performance n’arrange pas les affaires de l’équipe obligée de faire plus avec un personnel restant stable (les décrets de périnatalité prévoient un poste de sage-femme supplémentaire à partir de 1200 accouchements…)

Elles se sont émues de cette situation, soulignant à leur direction qu’elles ne pouvaient plus exercer en sécurité (perdre en sécurité semble hélas un argument plus efficace que perdre en humanité des soins). Leur récente "victoire" après plusieurs mois de combat sonne amèrement, aucun poste ne sera créé ! Ils seront redistribués pour concentrer l'effectif des sages-femmes en salle de naissance, en abandonnant l'échographie et en délaissant peu à peu leurs autres activités, consultation et rééducation postnatale puis préparation à la naissance puis ...
Intolérable mise en charpie d'une organisation innovante.

Renvoyer à la "ville" le maximum de soins et rentabiliser l'équipement hospitalier spécifique pourraient aussi être à l'origine de ce revirement de la direction du CHIVA. L'ouverture du plateau technique aux sages-femmes libérales semblait inconcevable hier , elle devient envisageable. 

Au CHIVA comme ailleurs, les pouvoirs publics souhaitent réserver l’hôpital aux actes techniques et externaliser les autres. Une opportunité pour développer l'accompagnement global de la naissance ? Pas de réjouissance hâtive !  Une fois les directeurs d’établissement appâtés par l’aspect financier de la démarche (augmenter le nombre d'actes sans majorer la masse salariale), il faudra convaincre assureurs et médecins - peut-être aussi certaines consœurs - de l’intérêt et de la sécurité de cette pratique.

Mais pourquoi l’un devrait-il exclure l’autre ? Plutôt que de démanteler l'hôpital, pourquoi ne pas inventer parallèllement à son ouverture aux libérales de nouvelles formes d'organisation offrant une prise en charge globale par les sages-femmes salariées ?
Les hôpitaux de Genève le proposent depuis peu (cf cet article  et cette vidéo).

La Suisse, paradis bancaire et... périnatal ? !




Bon, c’est pas tout ça mais une nouvelle journée de mobilisation parents /sages-femmes est prévue le 18 juin prochain…
Si des actions sont prévues dans votre région : faites le savoir ici aussi !
Si ce n'est pas encore organisé, il vous reste une semaine … une petite animation sur le marché, une matinée porte ouverte dans les cabinets,  un débat dans la maison de quartier ou le café activiste du coin ... toute initiative  sera bienvenue.
Et si rien n’est prévu ni prévisible, il revient à chacun, professionnels comme parents, d’inonder les médias locaux (plus accessibles) et nationaux (plus audibles) de témoignages  sur la profession et les conditions de la maternité !

Blog et mail vous sont ouverts pour que les infos circulent...

 

 

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26 mai 2011

"Nous aurions pu nous sentir blessées ! "

 

Comme signalé dès hier soir dans un commentaire (bravo pour cette réactivité !), le Syngof présente ses excuses aux sages-femmes et les pages en question (cf billets du 14 et du 23 mai) ont été supprimées.

Saluons cette volte face. Mais il est un peu facile d'avoir ainsi porté l'opprobre sur notre profession puis de s'en dédouaner en rédigeant quelques brèves et banales phrases de regret.

La technique est très courue ces derniers temps !
Etape 1 : lancer une belle grosse moche provocation (au hasard, RSA, immigration, échec scolaire, troussage de soubrette...)
Etape2 : attendre les réactions...  
Si elles sont modestes, voire inexistantes, en déduire que l'on peut taper plus fort...
Et passer à l'étape 3 : l'offensive majeure.

Le Syngof s'est fait piéger par l'apparente docilité des sages-femmes. Les réponses au premier communiqué ont été plutôt modérées. De multiples raisons peuvent l'expliquer ; le surbooking de l'ensemble de la profession, la trop faible proportion de sages-femmes investies dans les représentations syndicales et associatives, la volonté de consensus entre ces différentes représentations, la crainte de froisser une profession dans son ensemble (eux ne s’étaient pourtant pas gênés !)... Nos réactions sont restées assez discrètes. Par exemple, la réponse envoyée au Syngof par notre Conseil de l'Ordre, claire et sans concession, n'est pas publiée sur leur site.

Fort de notre supposée soumission, le Syngof a donc entamé l'étape suivante mais s’est montré si violent que nous ne pouvions rester indifférentes.
Cette nouvelle attaque concernait les actuels débats parlementaires sur la prescription du suivi biologique de la contraception par les sages-femmes.
Extraits :
Le SYNGOF y est totalement opposé et veut surtout alerter les femmes et les jeunes filles de la perte de chance que représente cette mesure, si elle était adoptée.
Cette économie attendue compensera-t-elle les indemnisations consécutives à cette gigantesque prise de risques par les femmes ?

Enfin, de toutes parts, les voix des sages-femmes se sont élevées ; menaces de procès, appels à envahir les boites mails des auteurs des communiqués, sollicitations des associations et des syndicats de sages-femmes à réagir fortement... Nous n'étions, au final, pas si dociles !
Les femmes, nos "patientes", se sont aussi fait entendre en soulignant combien elles pouvaient êtres satisfaites de nos soins... et le Syngof a reculé.

Jolie victoire à partager entres sages-femmes et usagers.
Amère victoire car rien n’est résolu sur le fond. Quelques mots d’excuses ne peuvent suffire à balayer le mépris.




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