14 novembre 2010

EBM

(Evidence Based Médecine *)

A l’heure où partisans et opposants des maisons de naissance s’affrontent à coup de recherches internationales.

A l’heure où sortent comme par enchantement moult travaux affirmant la dangerosité des sages-femmes lorsqu'elles ont l'outrecuidance d'exercer de façon autonome.

A l'heure où l'on s’entête à vouloir contraindre le hasard par l’hypermédicalisation de la naissance tout en l'invoquant en cas d'accident.

A l'heure où certains s’empressent de citer des études aux conclusions rapides sinon carrément erronées afin de prouver l’inanité de nos propositions.

A l'heure où d'autres s'affairent à désamorcer les critiques en observant à la loupe la méthodologie des dites études.

Je vous encourage à aller lire cet extrêmement bien documenté et argumenté billet de Borée qui concerne le buzz médiatique récent sur la dangerosité … ben non pas des maisons de naissance !! ...  la dangerosité disais-je de la prise d’antalgique pendant la grossesse.

Où il apparait que le simple quidam est bien mal informé.
Et que ce qui nous est vendu pour de la rigueur scientifique est tout sauf incontestable.

PS : Mauvaise nouvelle, l'article 40 a été retoqué hier soir par les sénateurs. Je digère et reviens vous en parler.

*médecine fondée sur les faits

Edit du soir : Après Borée, allez lire Openblueeyes. Petit bijou de pédagogie sur la lecture critique d'un article médical qui vient parfaitement compléter le premier billet !

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30 octobre 2010

Fière d'être lobbyiste

L' article 40 a été adopté par nos députés.

Ce n'est encore que l'esquisse d'un début de victoire... Le Sénat doit se prononcer ensuite, puis une commission mixte paritaire, puis il faudra un nouveau vote des sénateurs et des députés.
Si tout va bien jusque là, nous devrons encore nous inquiéter des possibilités de financement et des difficultés d'assurance. Par ailleurs, le décret fixant les modalités de fonctionnement s'annonce, au vu des débats, extrêmement restrictif. Enfin, c'est Roselyne Bachelot elle même qui, comme elle l'a énoncé avec conviction, délivrera ou annulera les autorisations d'ouvertures. (Ne ferait-elle d'ailleurs pas preuve de trop d'optimisme ? Il y a, me semble-t-il, du remaniement dans l'air...)

Il est donc un peu tôt pour se réjouir totalement. Mais ne boudons pas notre plaisir, ce dossier qui passe de ministre en ministre comme une patate chaude depuis 12 ans a enfin été débattu sur les bancs de l'assemblée...
Débats édifiants, que je vous encourage à aller visionner ici (29/10/10, 2ème séance: PLFSS 2011-suite).

Je reviendrai très certainement sur les interventions une fois que la retranscription écrite en sera disponible. Je me suis retrouvée tour à tour découragée, impuissante, furieuse, et parfois, rarement, en accord avec ce qui s'est dit hier après-midi.
Dérives sectaires, nécessité de contrer le développement de l'accouchement à domicile, parallèle entre création de maison de naissance et fermetures de maternité, dangers de l'accouchement, urgences imprévisibles, choix couteux à l'heure des économies ... tous les arguments habituels y sont passés, cortège convenu d'approximations, amalgames et autres assertions erronées démontrant leur méconnaissance du dossier.

Je vais me contenter d'évoquer une phrase de Guy Lefrand, député UMP de l'Eure. Il a brandi un courrier - se gaussant au passage des fautes d'orthographes qu'il contenait - et s'est dit "inondé de mails d'un groupe de lobby venant d'on ne sait trop où". Le ton était dédaigneux ; ce lobby venu de nulle part évidemment méprisable.

Oui Mr Lefrand, parents et professionnels ont fait pression pour se faire - enfin - entendre des élus de la nation.
Et nous en sommes fiers !


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27 octobre 2010

Logique législative

J'aimerais bien venir relater ici une histoire un peu singulière, l’une de celles qui m’ont touchée, fait rire ou pleurer, habitée de longs jours, parfois de longs mois… mais l'actualité m'en empêche.
Nos députés décidément très occupés s'apprêtent aussi à réviser les lois de bioéthiques.
Les évidences des uns n'étant pas celles des autres, les attentes opposées s’entrechoquent. Ce dossier est complexe, très.
Aussi ne vais-je évoquer ici qu'un détail de ce projet de loi.

Deux textes s'opposent actuellement dans la définition de nos compétences. L'un des articles du code de la santé publique nous autorise à prescrire tous les examens en rapport avec notre exercice. Un autre article de ce même code précise que l'information et le recueil de consentement, obligatoires avant toute prescription de dépistage génétique, ne peuvent être réalisés que par un médecin. Lors d’un suivi de grossesse, la plupart des sages-femmes se réfèrent au premier texte mais cette contradiction législative méritait d'être réglée.
La révision des lois de bioéthique était attendue pour remédier à cette incohérence. Mais, encore une fois, le lobby médical s’inquiète de nous voir empiéter sur son territoire et nous enlève de la main droite ce qu’il semble nous donner de la main gauche…

En introduction du texte de loi, une première phrase peut nous alerter : « Cet article clarifie en outre la possibilité pour les sages femmes de prescrire les marqueurs sériques maternels mais, en cas de risque avéré, le résultat de l’examen devra être rendu à la femme enceinte par un médecin ».

En bonne élève, je vais chercher l'article 9 du titre III ainsi présenté. Il précise « Sous réserve de l’alinéa suivant, le prescripteur, médecin ou sage-femme, communique les résultats de ces examens à la femme enceinte et lui donne toute l’information nécessaire à leur compréhension. » Voilà qui semble clair et tout à fait satisfaisant.

C’est sans compter l'alinéa !
«En cas de risque avéré, le médecin communique lui-même les résultats et, le cas échéant, oriente la femme enceinte vers un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal.»

Pour les deux du fond à coté du radiateur qui ne suivent pas, je développe :
Mme Savabien fait suivre sa grossesse par une sage-femme.
A la fin du premier trimestre de la grossesse, la sage-femme lui propose (c'est obligatoire) le test de dépistage du risque de trisomie 21. Les parents décident ensuite de le réaliser ou pas. S’ils acceptent, la sage-femme va prescrire le test.
Elle va ensuite expliquer à Mme Savabien que les résultats sont obligatoirement adressés au prescripteur (la sage-femme, vous suivez toujours ?).
Mme Savabien va légitimement s'enquérir des modalités de communication de ces résultats.

C'est ici que la subtile incohérence du scénario envisagé par ce projet de loi se révèle à nous.
- "Ah ben si tout va bien, je vous préviens.
- Et s’il y a un problème ?
- En cas de problème, je ne suis pas habilitée à vous communiquer les résultats. Dans ce cas je vous informerai que vous devez contacter votre médecin"

....

Conformément à ce projet de loi, nous ne l’aurons pas informée.
Mme Savademoinsenmoinbien n'aura plus qu'à mariner dans l'attente de son rendez-vous avec le médecin, médecin à qui nous devrons communiquer nous même les résultats puisqu'il n'est pas le prescripteur...

Encore une fois, je ne souhaite aucunement bouter les médecins hors de France. En cas de besoin, j'informe parents et gynécologue et précise aux premiers les conditions du suivi avec le second. Là s'arrête mon rôle. Mais prendre ce temps avec les couples qui m'ont fait confiance me semble un devoir incontournable.


Bon c'est pas tout ça, mais une nouvelle vague de mails est attendue (la première semble avoir très bien marché). Vous pouvez reprendre le nouveau courrier type ci dessous ou vous en éloigner... Un peu de diversité ne nuit pas ! Mais l'accusation d'insécurité étant le principal motif de l'opposition de nos élus, il est préférable de conserver l'argumentation présentée dans la réponse.

Objet : Article 40 du PFLSS - Expérimentation des Maisons de Naissance en France

Madame la Députée / Monsieur le Député,

Citoyen de votre circonscription, je me permets de vous interpeller à nouveau au sujet du PLFSS 2011 qui va être débattu et voté à l’Assemblée Nationale et plus particulièrement au sujet de l’article 40 relatif à la mise en place en France d’une expérimentation des Maisons de Naissance attenantes.

En tant qu’usager/usagère du système de santé, je soutiens ce projet car les maisons de naissance assurent les mêmes conditions de sécurité que les structures hospitalières grâce à la sélection (initiale et continue) des grossesses physiologiques et grâce à la mise en œuvre de l’accompagnement global à la naissance.

En effet, les maisons de naissance sont destinées à accueillir uniquement les femmes présentant une « grossesse à  bas risque » selon les critères définis par la Haute Autorité de Santé en  2007.Le bas risque sera évalué tout au long de la grossesse, et toute modification de ce niveau amènera un transfert vers la maternité partenaire.

D’autre part, dans une maison de naissance, l’accompagnement est global, c’est-à-dire qu’il associe une femme (un couple) et une sage-femme du début de la grossesse à la fin du post partum. Ce suivi personnalisé n’a pas d’équivalent dans les pôles physiologiques que proposent certaines maternités ; il participe à la sécurité de cette prise en charge.

Enfin, nous tenons à souligner que les sages-femmes exercent une profession médicale ; leur formation leur apporte toutes les compétences pour assurer le suivi autonome d’une grossesse et d’un accouchement à bas risque.

C'est pourquoi je vous prie vivement de soutenir cet article lors du débat plénier à l’Assemblée Nationale et vous prie de bien vouloir agréer, Madame la Députée / Monsieur le Député, de l’expression de ma haute considération.

Signature.




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22 octobre 2010

Soutenir

J'évoquais dans mon dernier billet les amendements demandant le retrait de l'article 40 du PLFSS. Ils devraient être examinés le 26 octobre prochain.
Je ne suis pas sans savoir que d'autres débats animent en ce moment les bancs de l'assemblée. En comparaison de ce qui se joue actuellement, la non ouverture de maison de naissance ne serait qu'un épiphénomène, je le concède volontiers.

Mais si ce type de projet vous tient aussi à cœur, vous pouvez, entre deux manifestations, adresser un mail à votre député(e).Vous trouverez ses coordonnées ici

Mail type à envoyer à votre député(e) :

Objet : Article 40 du PFLSS - Expérimentation des Maisons de Naissance en France

Madame la Députée / Monsieur le Député,

Citoyen de votre circonscription, je me permets de vous interpeller au sujet du PLFSS 2011 qui va être débattu et voté à l’Assemblée Nationale à partir de la semaine prochaine, et plus particulièrement au sujet de l’article 40 relatif à la mise en place en France d’une expérimentation des Maisons de Naissance.

En tant qu’usager/usagère du système de santé, je soutiens ce projet car il permet, entre autres :
- l’offre d’un suivi personnalisé et continu par des sages-femmes (une même sage-femme pour un couple du début de la grossesse à l’accouchement) qui, si cela s'avère nécessaire, en référeront à des professionnels extérieurs
- l’offre d’un lieu sécuritaire pour accoucher : les sages femmes ont l’entière compétence pour le suivi des grossesses et accouchements à « bas risque ».

Les maisons de naissance existent dans de nombreux pays (Canada, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Suisse ...) et de nombreuses études montrent qu’elles offrent toutes les conditions de sécurité pour les femmes et nourrissons.

C'est pourquoi je vous prie vivement de soutenir cet article lors du débat plénier à l’Assemblée Nationale et vous prie de bien vouloir agréer, Madame la Députée / Monsieur le Député, de l’expression de ma haute considération.

Signature.

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20 octobre 2010

Démocratie

Que font en ce moment nos députés quand ils ne s’apprêtent pas à voter la réforme des retraites malgré la mobilisation populaire ?
Ils déposent des amendements.

Le 13 octobre dernier, le PLFSS proposait, dans son article 40, d’expérimenter les maisons de naissance.  "Art. L. 6122-19. – À partir du 1er septembre 2011 et pendant une période de deux ans, le Gouvernement est autorisé à engager l’expérimentation de nouveaux modes de prise en charge de soins aux femmes enceintes et aux nouveau-nés au sein de structures dénommées « maisons de naissance » où des sages-femmes réalisent l’accouchement des femmes enceintes dont elles ont assuré le suivi de grossesse, dans les conditions prévues aux articles L. 4151-1 et L. 4151-3. Ces expérimentations ont une durée maximale de cinq ans."

Saluons ce pas en avant.. et évitons d’ergoter sur le fait que le groupe de travail créé au ministère de la Santé pour rédiger le cahier des charges de cette expérimentation ne s’est pas réuni depuis 2006, que la première proposition de rédaction avait fait l’unanimité contre elle et que personne parmi les professionnels impliqués dans les projets, les associations de sages-femmes ou les représentants des parents ne semble avoir été consulté ni même informé du contenu du futur décret. La fin octobre, période où ce projet de loi doit être débattu, peut se révéler riche en surprises, bonnes ou mauvaises…

Rien n’est gagné donc mais déjà, certains dénoncent sans vergogne la mise en cause de la santé des femmes et des nourrissons. (à lire ici à partir de la page 90).

Pas moins de quatre demandes de suppression de ce fameux article 40 ont été déposées par huit députés ( M.Billard, J.Fraysse, M.Gremetz, G.Lefrand, C.Leteurtre, M.Muzeau, JL.Préel et D.Tian).
Trois autres amendements souhaitent préciser les modalités de fonctionnement ( grossesse sans situation à risque ou à faible niveau de risque - attenance à une maternité - convention passée avec un établissement de santé attenant autorisé à l’activité de la gynéco obstétrique )

L'accusation de mise en danger revient comme une ritournelle. Par exemple : "L’absence de garanties de nature à préserver un haut niveau de sécurité des soins prodigués aux parturientes et aux nourrissons s’oppose en effet à la mise en place de cette expérimentation". Ou : "La littérature médicale récente montre en effet que la pertinence de la grossesse à bas risque est très difficile à établir et que tout accouchement peut exiger une prise en charge pluridisciplinaire en urgence, ce que ne permettrait pas les maisons de naissance."

Nos députés font fi des études internationales prouvant la sécurité de ces structures.
Ils dédaignent l'expérience de nombreux autres pays, pourtant aussi soucieux que les français du bien des femmes et des enfants.
Ils oublient que la mise au monde est un phénomène intime et familial autant que médical.
Ils négligent la demande grandissante des parents de bénéficier d'une forme d'accompagnement tout aussi sécuritaire mais moins technicisée que la prise en charge hospitalière.

Les maisons de naissance n'ont pas vocation à accueillir l'ensemble des accouchements. Elles élargissent l'offre de soin, désengorgent des maternités surchargées, diminuent les coûts de prise en charge tout en répondant à une attente grandissante des familles.
N'est ce pas suffisant pour en accepter l'expérimentation ?

Rester sourd à la volonté citoyenne est un phénomène décidément bien répandu.

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28 septembre 2010

Le cœur gros

Un mail lu rapidement entre deux rendez-vous… mauvaise idée.
Je suis allée accueillir le couple suivant dans une sorte de pesanteur que je n’ai comprise que bien plus tard, une fois les consultations terminées.

Je suis en deuil. En deuil d’une maternité dans laquelle j’ai travaillée, avec laquelle je travaille encore, et dont j’ai vu les prises en charge se dégrader au fil de son envahissement par les protocoles de réseau, les normes diverses, les décrets périnatalité, les évaluations, accréditations, économies d’échelle et autres exigences de rentabilité… tout ce jargon qui veut faire croire que l’on peut faire mieux avec moins et que la sécurité en périnatalité passe par un cortège immuable de gestes et d’examens strictement notés dans un dossier.

Dans un autre temps, les additions et soustractions n’avaient pas le même sens que celui qui s’impose aujourd’hui. Cette même maternité faisait effectivement mieux avec moins, moins de technique mais bien plus d’humanité ; professionnels disponibles, parents reconnus, dialogue permanent pour trouver comment répondre au mieux aux attentes des uns sans sacrifier les nécessités des autres.
Un lieu souvent qualifié d’extraordinaire alors que l’extraordinaire était que ce ne soit pas partout ainsi.

Évidemment, tout n’était pas parfait… il y avait des coups de gueules, des coups de force, des désaccords, des maladresses…comme ailleurs, comme partout.  Mais la colonne vertébrale de cette maternité était ce véritable partenariat construit entre parents et professionnels.

Ils ont voulu croire qu’ils pouvaient poursuivre dans d’autres lieux, plus de naissances, beaucoup plus, plus de soignants, un peu plus, plus d’efficacité, plus de rentabilité.

Le souci de l’autre s’est dilué dans les soucis tout court. Comment prendre soin lorsque l’on passe son temps à courir de salle en salle, de lit en lit ?
De subtiles stratégies sont nées pour clore au plus vite tout besoin chronophage.
Hâter une consultation en finissant l’examen clinique «Vous n’avez pas de question... »
Questionner une accouchée « Tout va bien ? Besoin de rien ? » la main sur la poignée de la porte restée ouverte, un pied dans la chambre, un autre dehors, à peine entré, déjà parti…

Accompagner une femme en travail est devenu un réel challenge ; tenter de faire abstraction des pas pressés dans le couloir, des coups de sonnette, du bruit du chariot roulant vers la salle de césarienne ; s'échapper un instant pour ne pas laisser les collègues gérer seuls le reste du service ; revenir plus tard, la tête un peu ailleurs à calculer comment accueillir la prochaine entrée alors que toutes les salles sont occupées... Lorsque le bip sonnera à nouveau dans la poche de la blouse, c'est la femme elle même qui renoncera « Allez-y, je sais bien qu'il n'y a pas que moi...»

Les soignants ont voulu y croire encore, essayant de tenir la barre contre vents et marées, rejetant sur d'autres la responsabilité des changements. Les parents sont apparus de plus en plus démunis, réclamant assistance plus que soutien, devenus consommateurs plutôt qu’acteurs.

Les signes du naufrage étaient là mais personne ne voulait les voir.

Ils les voient maintenant, c’était la teneur du mail.
Mais il est trop tard, le bateau coule. L’avenir est aux mains des financiers, les décideurs seront les actionnaires et cette maternité qui nous a fait tant rêvé n’aura tenu qu’une seule génération…

Je veux croire que cette génération là, bien née, bien accompagnée, bien aimée, saura faire mieux que nous.

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19 août 2010

Retour au réel

Le téléphone sonne.
Je suis seule au cabinet ce matin là et prend la communication.
"Cabinet de sage-femme, bonjour !
- Bonjour, je voudrais prendre rendez-vous.
- A quel moment êtes-vous disponible ?
- Euh euh 
- raclement de gorge - euh euh euh… Avant, je voudrais savoir si on a le droit de choisir la sage-femme ?
- Bien évidemment ! Par quelle sage-femme souhaitez vous être reçue ?
- Euh euh  -
reraclement de gorge - euh euh euh… N'importe laquelle sauf Lola…"

Lola c’est moi… mais je me garde de le lui dire, ça ne ferait que la mettre en difficulté.
Je lui fixe rendez-vous avec l’une de mes collègues, note ses coordonnées avec application…
… et raccroche un peu chamboulée en m'interrogeant sur la cause de mon exclusion.

 

Ce petit extrait de la vraie vie pour tempérer les commentaires reçus ces derniers jours. Personne n'est parfait, surtout pas moi, et personne ne donne toujours le meilleur de lui même, moi non plus.
Le blog est un reflet embelli du quotidien. Je suis forcément plus encline à relater une belle rencontre qu'à avouer mes maladresses ou mes impatiences.
S'il fallait retenir quelque chose de ce que j'écris ici, c'est que l'acte de soin s'apparente à un contrat entre "soigné" et "soignant". Le soigné doit s'autoriser à affirmer ses besoins, le soignant savoir préciser et expliquer ses limites.
C'est ainsi que les uns et les autres peuvent décider de s'engager plus avant... ou pas !

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18 août 2010

Merci !!!

Merci de vos bons vœux, de vos doux mots, de vos encouragements.
Je ne saurais traduire les émotions multiples qui m’ont traversée en lisant commentaires et mails reçus depuis la parution du dernier billet.
Je ne suis que la passeuse…

Régulièrement, une femme, un couple reviennent me voir pour m’annoncer une nouvelle grossesse. Immanquablement, nous évoquons la précédente. Flash back enjoué sur ce que nous avons partagé pendant presque une année, souvent conclu par une sorte de bilan de ce qu’ils en ont gardé, conscience avivée de leur responsabilité, place du médical revisitée, confiance grandie.
Parfois ils ajoutent, doucement, comme pour ne pas me peiner, «Ce bébé là naitra chez nous»
Je sais alors que nous allons nous quitter, que je n’aurais pas le plaisir de savourer plus avant nos retrouvailles, qu’une autre sage-femme les accompagnera et veillera sur eux et qu’elle fera ce que je ne sais pas faire, leur permettre de voir leur projet s’accomplir.
C’est à la fois un bonheur et une déchirure.

Pourquoi n’ai-je jamais sauté le pas ? Si près de le faire, à plusieurs reprises, puis les hasards de la vie qui disent non.
Le temps a passé, trop. Investie dans d’autres formes d’accompagnement et de militance, mon chemin est ailleurs. Je ne dis pas jamais, mais il faudrait que la vie soit sacrément sympa avec moi… (elle l’a été récemment, billet à venir).

La passeuse est celle qui donne envie, qui donne confiance, qui aide à grandir un peu... pour que l’on ait plus besoin d’elle.
Ici ou dans la vraie vie, je tente d'être celle là.

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13 juillet 2010

Factuelle versus factice

A heure de l’EBM (Evidence Based Medecine = médecine basée sur des faits prouvés), nous sommes appelés à démontrer par des recherches la validité de nos théories.
Affirmer la sécurité de l’accouchement à domicile procède des mêmes règles. Une étude, publiée dans le Lancet en septembre 2009 a comparé plusieurs types d'accouchement : à domicile avec une sage-femme /en maternité avec une sage-femme /en maternité avec un médecin. Toujours en 2009, plus modestement, un mémoire de sage-femme a analysé les données provenant de 194 accouchements, pour moitié à domicile - données ANSFL 2006 -  pour moitié en structure. Ces travaux portaient évidemment sur des situations sans facteurs de risque particuliers. Ils ont démontré, entre autres bons résultats, l'équivalence en terme de santé fœtale entre suivi à la maison et en maternité.

Pourtant, le 1er juillet dernier, une publication  de « l’American Journal of Obstetrics and Gynecology » annonce une mortalité néonatale multipliée par trois lors des accouchements à la maison. Cela fait bien évidemment les choux gras de certains obstétriciens, trop heureux de pouvoir dénoncer la pratique des sages-femmes à domicile.

Mon anglais défaillant et mon incompétence en recherche me mettent en mauvaise posture pour critiquer cette meta-analyse (analyse de données provenant de plusieurs études). Heureusement d’autres, nettement plus qualifiés, associations professionnelles et Ciane sont en train de s’y atteler.

Au vu de leurs premiers commentaires, cette recherche manque pour le moins de rigueur. En effet, les études retenues ne devraient concerner que les accouchements répondant aux critères habituels du domicile (dit à bas risque) et distinguer les accouchements accompagnés par des professionnels de ceux non assistés. Par ailleurs, certaines études ont été incluses et d’autres rejetées sans que ces choix soient argumentés. Enfin, sont mêlées données récentes et datant de 30 ans (quasi la préhistoire de l’obstétrique)...

Ces premières remarques n’excluent en rien de découvrir d’autres failles lors d’analyses plus attentives mais elles permettent déjà de prendre quelques distances avec les résultats annoncés.
Les obstétriciens français s’en sont pourtant emparés gaillardement ! Dans un article paru le 4 juillet dans le Figaro, le Dr Marty, secrétaire général du Syndicat National des Gynécologues Obstétriciens de France commente "Cet excès de mortalité néonatale corrobore tout à fait l'impression des obstétriciens (...) d'être confrontés à des cas dramatiques qui pourraient être évités".
Je ne peux imaginer que le SYNGOF se base sur de simples impressions... c’est pas de l’EBM ça! J’en déduis donc qu’eux aussi disposent de chiffres : où sont-ils ?
L’ANSFL souhaite faire réaliser une étude d’envergure sur l’accouchement à domicile en France. Le préalable en est la réelle volonté de collaboration de l’ensemble des acteurs… Curieusement, personne ne semble pressé de répondre à cette proposition.

Il y a une dizaine d’année, une autre meta-analyse, celle de Hannah concernant l’accouchement par le siège, avait mis en émoi l’obstétrique française. Le quotidien du médecin écrivait à l’époque : "La césarienne divise par 3 à 4 les décès et pathologies graves du nouveau-né, sans intervenir sur le pronostic maternel". Cette étude, très controversée dès sa publication, comparait des pratiques disparates et omettait les critères de sélection de la voie basse. A peu de choses près, ce sont les mêmes biais que dans le travail de Wax. Les équipes françaises s'étaient immédiatement mobilisées pour réaliser leurs propres recherches, aboutissant à des conclusions inverses.

J’aimerais voir aujourd'hui la même exigence de qualité ! Mais tout est bon pour mettre à mal l'accouchement à la maison et de façon plus large la pratique indépendante des sages-femmes.
Le combat semble au final bien plus politique que scientifique.

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17 juin 2010

Cortège funèbre

Pourquoi n’ai-je pas encore évoqué la mobilisation du 18 juin… ?
J’ai pourtant l’habitude de commenter l’actualité et pour le coup, elle est brulante : appel à manifestation demain à Paris, tous en noirs, parents et professionnels, pour enterrer la profession de sage-femme.

Sommes-nous moribondes ?

En France, le suivi de la grossesse et de ses suites est assuré par de couteux spécialistes au sein d'établissements de soin sur-équipés. La clinique* est remplacée par les examens complémentaires, les pathologie sont traitées plutôt que prévenues, le stress généré par notre indisponibilité vient perturber la physiologie, les dépassements d'honoraires se banalisent. L'actuelle prise en charge de la maternité est surmédicalisée, anxiogène et onéreuse.
Ailleurs, la sage-femme est la professionnelle référente en début de grossesse, chargée de l'éventuelle orientation des femmes vers le praticien compétent en cas d’antécédents particuliers ou de complications justifiant un suivi plus spécialisé.

Ici,
Les compétences des sages-femmes sont méconnues du public; (l’UNCAM s’était engagée en 2007 à communiquer sur le sujet, nous attendons toujours ! )

De nombreux actes réalisés en structure par des sages-femmes sont invisibles car signés par des médecins pour être mieux tarifiés.

Les obstétriciens privés interviennent lors des naissances physiologiques afin de pouvoir coter l'accouchement.

Les sages-femmes libérales, cantonnées à certains actes, sont toujours dans l’attente d’être partenaires à part entière du système de soin.

Les sages-femmes salariées sont surchargées, pressurées et se découragent de ne pouvoir exercer le métier qu’elles avaient choisi.

Les maisons de naissance promises de longue date ne voient pas le jour.

L'accouchement à domicile est ostracisé.

Les parents enfin, les parents surtout, malmenés, écartelés entre de nombreux intervenants, dirigés plutôt qu'écoutés, perdent confiance.

La liste serait encore longue…

Alors oui, les sages-femmes sont en souffrance et ont toutes les raisons d’aller manifester.

Mais ne nous contentons pas de réclamer des "sous" au risque de sacrifier ceux dont nous sommes censées prendre soin sur l’autel de notre rémunération. En 2001, un mouvement massif, unissant l'ensemble de la profession, revendiquant d'autres conditions de travail pour améliorer la qualité de notre accompagnement s'est éteint avec quelques augmentations.

Ce mouvement doit s'inscrire dans une large réflexion ; dénoncer combien les besoins et désirs des couples sont laminés par nos prises en charge standardisées, exiger une autre organisation des soins, construire un projet de santé axé sur la prévention et la complémentarité de tous les professionnels concernés.

Mobilisons nous d'abord pour revendiquer toute notre autonomie, toute notre place, pour exercer au mieux.

Nous pourrons ensuite exiger une plus juste rétribution de notre travail, aisément financée du fait des économies générées par une prise en charge "douce".

*au sens d'examen clinique

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