30 décembre 2009

De loin

Coupure de presse : "Française d’origine, Caroline était sage-femme en France et travaille à la Maison de naissance de la Vieille Capitale depuis seulement quelques mois. Elle est venue au Québec suite à une insatisfaction relativement à la pratique sage-femme dans son pays. Intégrée au système de santé, la sage-femme pratique toujours à l’hôpital, tel un obstétricien, et ne fait aucun suivi post-natal. La particularité de son travail est l’accouchement naturel et contrairement aux sages-femmes québécoises, elle ne développe pas une relation privilégiée avec la cliente; aux dires de Caroline, il arrive parfois qu’une sage-femme relègue la fin d’un accouchement en cours à une collègue lorsque son quart de travail est terminé." *

La situation française n'est pas tout à fait celle dépeinte dans ces quelques lignes. Effectivement, les sages-femmes exercent très majoritairement à l’hôpital, mais l'on compte cependant quelques 3000 libérales, dont quelques unes - moins de cent - accompagnent les naissances à domicile.  L’exercice libéral, s’il ne facilite pas la pratique de l’accouchement (pas de maisons de naissance comme au Québec, très peu d’accès aux plateaux techniques des maternités, et une pratique à domicile très décriée et sans possibilité d’assurance…) permet malgré tout de proposer une certaine continuité dans l'accompagnement pre et post natal.

Mais c'est la dernière phrase que je souhaite particulièrement relever. Sa prudente introduction laisse entendre qu’il pourrait s’agir d’une simple rumeur tellement cela semble impossible à croire… Une sage-femme peut quitter un accouchement en cours et le laisser à sa collègue !

La différence de culture se révèle en quelques mots : outre-atlantique, la sage–femme assure toute la continuité de l’accompagnement. Au sein des maternités françaises, les sages-femmes prennent des gardes et il semble normal à tous les intervenants que le relai se fasse en fonction des horaires, 3/8 industriels appliqués à la vie.

Concrètement, les québécoises ne sont -heureusement pour elles ! - pas disponibles 24h/24 mais elles travaillent en équipe restreinte. La future mère connait l’ensemble des sages-femmes susceptibles de l'accompagner. Elle appelle la sage-femme d'astreinte qui restera présente jusqu'à la naissance.
Cette organisation à l'avantage de respecter les attentes des parents tout en préservant les professionnels. Etre au service des uns ne doit pas supposer le sacrifice des autres...

Il y aurait à s'inspirer du modèle québécois. La profession de sage-femme n'existait pas; elles se sont imposées avec le soutien des parents et leur exercice n'est reconnu et légal que depuis 10 ans. C'est certainement ce combat commun parents/sages-femmes qui fait la spécificité de leur pratique.  Il existe là bas une philosophie de la naissance physiologique, de l'accompagnement, que nous gagnerions à retrouver ici...

Comme il serait bon de trouver sur le site de notre Conseil de l'Ordre des propos similaires à ceux tenus par l'OSFQ...

* coupure de presse québécoise dont j'ai perdu la référence

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29 décembre 2009

De haut

C’est mon premier poste en maternité. J’y arrive forte de mon beau diplôme obtenu tout récemment …et sans aucun recul sur ce qui m’a été enseigné. Si j’ai su prendre conscience de l’inhumanité de notre accompagnement, j’ai foi en la faculté de médecine et je ne saurai  mettre en cause ce qu’elle m’a transmis. Depuis quelques années, nous assistons à des débats plus ouverts, des controverses laissant la place au doute, d'éminents professeurs avouant ne pas détenir toutes les clefs… A l’époque, les choses étaient affirmées sans nuance. La faculté savait et nous devions nous plier sans broncher à ses enseignements.

Parmi ceux-ci, un adage assurant qu’un premier enfant doit s’engager dans le bassin bien avant l’accouchement et qu’une primipare arrivant en travail avec un bébé haut est quasi promise au bloc opératoire.

Ce soir là, je la reçois, cette jeune primipare à la présentation haute que l’on m’a décrite. Je «sais» donc que son bébé ne descendra pas et que cela finira en césarienne.
Mais elle arrive juste et n’a de contractions que depuis deux heures… son col est à 3 centimètres et en dehors de ce bébé haut perché, je n’ai rien qui justifie de nous précipiter. Par ailleurs, je travaille au sein d’une maternité respectueuse de la physiologie, soucieuse de ne pas médicaliser inutilement et je devine le sourire goguenard du médecin qui accueillerait ma demande de césarienne immédiate.

Je veux ménager cette jeune femme et la préparer progressivement à « l’échec » annoncé…  Je souligne donc combien son  bébé reste haut, prévient que la dilatation sera certainement très lente.
Heureusement, ma jeunesse doit l’impressionner plus que mes paroles et elle ne tient aucun compte de mes avertissements. Deux heures plus tard, elle a envie de pousser et est effectivement à dilatation complète.

Le bébé est toujours haut, c’est, je crois, la poche des eaux qui a permis la dilatation du col.
Il m’est impossible de l’envoyer au bloc opératoire sous le simple prétexte que son enfant est à peine fixé dans le bassin. Il faut au moins tenter de le faire descendre mais je reste convaincue que ce petit ne pourra pas naitre seul et qu’au mieux il aura besoin de l’aide du forceps - la dilatation rapide ayant quelque peu tempéré mon pessimisme...

Toujours soucieuse de préserver cette mère et de la préparer à l’irruption du médical, forceps ou césarienne, j’explique à nouveau que le bébé reste haut et que la poussée sera surement laborieuse.

Le souvenir est flou et je ne sais plus combien de contractions ont été nécessaires. Je me rappelle simplement de ce bébé rapidement descendu, posé sur le périnée maternel, de cette tête brune se dégageant facilement, du visage radieux de sa maman, de ses mains se tendant pour l’attraper et le remonter vers elle.

Cela n’a duré que quelques minutes.

Précieuse leçon reçue ce jour là ; ne jamais confondre vérité statistique et parcours individuel.

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28 décembre 2009

Quel métier !

L'entretien qui suit est diffusé, sous forme vidéo, sur le net. C'est le discours que je souhaite épingler, pas la sage-femme, aussi je me garderai d'évoquer le nom du site mais je garantis  l'authenticité des paroles transcrites.
Je sais, la critique est facile, d'autant qu'il s'agit d'un film et que ma consœur est surement un tantinet plus crispée qu'au naturel.
Mais les mauvais jours, ça fait du bien d'être carnassière...

Le film débute - comme de coutume lorsqu'il s'agit d'évoquer notre profession - sur les images d'une femme en position gynécologique en train de pousser :
« Allez c'est bien, encore encore encore encore, encore, encore un peu, soufflez »

Puis débute l'interview :
Je suis sage-femme en salle d'accouchement.
Ma fonction est donc d'accueillir les patientes quand elles arrivent pour accoucher, de m'occuper d'elles pendant leur accouchement et ensuite dans les deux heures qui suivent l'accouchement, je surveille la patiente et je m'occupe de leur bébé.
Au départ je voulais être anesthésiste et en même temps j'ai passé le concours de sage-femme parce que je trouvais que ça avait l'air assez sympathique et j'ai eu la chance que les études me plaisent et j'ai pas arrêté, j'ai continué au contraire.
Maintenant il faut passer le concours de médecine pour pouvoir rentrer aux (sic) études de sages-femmes qui durent 4 ans.

Effectivement,  mieux valait éviter les filières littéraires...

Une bonne sage-femme, c'est une sage-femme qui va aller tout de suite aux priorités, qui va bien savoir analyser les situations et prendre les bonnes décisions rapidement. Parce que parfois, on a très peu de temps pour agir. On a quand même la vie de la mère et de l'enfant qui sont en jeu.

Devons nous valoriser notre rôle en usant de ce type de dramatisation ? Certes, un accouchement peut parfois mal se passer et mieux vaut être accompagné par des professionnels attentifs. Mais combien de difficultés sont au contraire induites par cette attitude pessimiste qui stresse les parents ? Ne peut-on être vigilant que dans la défiance ?

Et puis bon, il faut être humaine, des fois on a besoin d'être très proches des patientes de les rassurer, donc il va falloir beaucoup de calme et de sang froid. Ce qui me plait c'est la naissance, l'accouchement, les poussées d'adrénaline bien sur. Y a des moments où c'est un peu sportif et des fois c'est agréable (rires) d'être un peu dans l'urgence.

Agréable ? Pouvons nous trouver plaisir à mettre en route l'engrenage de la médicalisation quand elle s'avère nécessaire ? Nous n'avons pourtant que la satisfaction de corriger un processus défaillant.

.../...

Dans notre clinique on fait 1200 accouchements par an du coup ça revient à peu près à 3, 4 accouchements par jour.
Le gynécologue vient pour l'accouchement donc on se retrouve à être tous les deux sur les accouchements même quand tout se passe bien. On reste très actives malgré tout au moment de l'accouchement même si l'acte en lui-même c'est le médecin qui le fait et qui sort le bébé.

Accoucher ou être accouchée sont deux concepts différents, voire opposés. Comment ne pas s'étonner d'apprendre que c'est le médecin et non la mère qui agit, que c'est lui et non elle qui sort l'enfant ?

« C'est bon alors on pousse quand y a une contraction vous les sentez quand y en a une ou pas ? Non ? Non ? C'est moi qui vous dirait; quand je vous dis on y va, vous prenez plein d'air, vous gardez l'air vous poussez fort en tirant sur les barres en levant les coudes, le menton sur la poitrine OK ? En levant les coudes comme ça »

Comme trop  souvent dans les reportages, le réflexe expulsif est négligé et la poussée dirigée banalisée. Conditionnement insidieux des futures mères au classique " inspirez bloquez poussez !"

Faut pas avoir peur de s'imposer parce qu'on est responsable de notre salle d'accouchement donc il faut vraiment avoir la force de caractère de prendre ses responsabilités éventuellement donner son avis sur les conduites à tenir même face aux médecins.
La complicité avec le gynécologue la plupart ça se passe toujours bien, on arrive toujours à un petit peu plaisanter pour détendre l'atmosphère, plaisanter avec le papa et la maman parce qu'ils connaissent bien le gynéco puisqu'ils l'on vu pendant toute la grossesse et on arrive à ce que ce soit un peu familial.

La tension qui précède la première rencontre entre un petit et ses parents est plus heureuse qu'angoissée et ne nécessite que présence et humanité pour être traversée sereinement.

..../...

Et c'est un métier qui est passionnant parce qu'on voit beaucoup de monde et c'est tout le bon coté de la médecine ; c'est souvent des moments heureux et très heureux même.

Ben oui, tout simplement...

Pour promouvoir la profession de sage-femme (but de cette courte vidéo), il serait nécessaire d'insister sur le stress, l'adrénaline, les complications ? Est ce, comme dans les pires séries médicales, l'échange de regards intenses au dessus des masques qui fait le sel de notre métier ? Etre sage-femme, ce serait savoir s' imposer, diriger les femmes, blaguer avec les médecins, vibrer au son des divers bip attestant de la santé maternelle et fœtale ?

Alors, nous ne faisons pas tout à fait le même métier.

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27 décembre 2009

Lobby

En guise de cadeau de Noël est tombée mardi la décision prise par le Conseil Constitutionnel de censurer (entre autres) l’article donnant le droit aux sages-femmes de prescrire le suivi biologique de la contraception.

Résumons pour ceux qui ne suivent pas :
En juillet 2009, la loi HPST reconnait la compétence des sages-femmes pour le suivi gynécologique de prévention et la prescription de la contraception. (déjà évoqué ici)
Curieusement, un amendement vient contredire cette compétence en nous déniant la possibilité de prescrire les bilans biologiques nécessaires au suivi de la contraception orale. Les médecins, pourtant bien représentés à l’assemblée nationale, ne semblent pas s’offusquer de cet illogisme criant.

Cette aberration devait être corrigée dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2010. Les médecins ont alors, dans une unanimité touchante, crié aux loups et à la perte de qualité du suivi des femmes…

Au final, le Conseil Constitutionnel a déclaré cette disposition contraire à la Constitution.
Pour obtenir un banal examen sanguin, examen que nous prescrivons au quotidien dans le suivi des grossesses, il faudra aller voir son médecin.

Bilan pour la sécurité sociale :
17 € à la sage-femme pour faire de la prévention, envisager le moyen contraceptif le plus adapté et le prescrire.
22 € au médecin pour avoir droit à l’examen de sang qui va avec.

Ce qui fait, si je sais encore compter, 22 € inutilement dépensés …

Pourtant, aux yeux du Conseil Constitutionnel cet amendement n’avait pas sa place dans le projet car «ces dispositions n’ont pas d’effet ou ont un effet trop indirect sur les dépenses des régimes obligatoires de base ou des organismes concourant à leur financement»

Faisons les comptes :
58% des françaises étant - selon la disgracieuse formule consacrée - en âge de procréer utilisent la pilule comme moyen contraceptif (enquête BVA INPES 2007 )

Sont considérées "en âge de procréer" les femmes de 15 à 49 ans :
Les statistiques INSEE pour l’année 2006 donnent 12 707 069 femmes concernées.
Les projections INSEE pour 2010 sont de 14 605 196 (saluons la précision de ces chiffres !).

Une grossière moyenne de ces deux nombres nous donne 13 500 000 femmes de 15 à 49 ans dont 58 % vont prendre la pilule.
Cela fait donc 7 830 000 femmes, qui vont avoir besoin, si l'on suit les recommandations de la HAS, de deux bilans la première année puis d'un bilan tous les cinq ans.

Même en ne comptant qu'un bilan tous les 5 ans, cela implique 34 millions d’euros inutilement dépensés chaque année auxquels nous pourrions ajouter quelques autres dizaines de millions dus à l'écart entre le tarif des consultations de médecin ou de sage-femme.

Allez, je l'avoue, mes calculs sont entachés d'une mauvaise foi certaine ! Bien évidemment, toutes les femmes ne s'adresseront pas à une sage-femme pour leur contraception et ces chiffres doivent être revus, très fortement, à la baisse.

Il n'empêche ! Alors que le déficit public sert à justifier nombre de décisions impopulaires, j'enrage que le lobbying médical soit assez puissant pour faire délaisser une simple mesure de bon sens. Cela n'aurait certes pas bouché le trou de la sécu mais cette incohérence législative contribuera un peu à le creuser…

Médecins : 1 point / Sécurité Sociale : 0 / Santé des femmes ???

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13 décembre 2009

Bénévolat

Elle est mère depuis deux semaines et souhaite une consultation pour son bébé. Rendez-vous est pris.

La consultation se passe tranquillement. Auscultation de routine, coup d'œil sur le cordon pas encore tombé, petit tour sur le pèse bébé et mesure au mètre ruban à la demande de la mère qui s'inquiète que sa fille ait "perdu" un centimètre entre la  naissance et la consultation du médecin une semaine plus tard. Nous prenons le temps d'échanger sur le déroulement des tétées, les pleurs, les nuits. Tout cela prend une bonne demi-heure qui me semble bien employée à conforter cette jeune femme dans ses compétences maternelles, ce dont elle semblait douter.

Je demande ensuite si le bébé est enregistré sur la carte vitale. Devant la réponse négative, je sors une feuille de soin et commence à la rédiger.

«Ah bon parce qu'il faut vous payer ?»
Je suis dans un bon jour et réponds sans aucune acidité « Oui. Vous ne trouvez pas ça normal?»
«A la PMI, c'est gratuit»
«Non à la PMI, c'est payé par le conseil général et ici c'est remboursé par la sécurité sociale»
Comme elle continue à tiquer  «la consultation du médecin, vous ne l'avez pas réglée ?»
«Ah ben si, 27 €, pourtant il ne m'a pas gardée si longtemps!»*

L'étiquette de bonne sœur doit nous coller à la peau pour que les gens s'étonnent d'avoir à nous payer...

*  consultation sage-femme : 19 €

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16 novembre 2009

Dé-Primés

La grève des obstétriciens du privé voit fleurir les articles sur le sujet. On y trouve une phrase récurrente «Les gynécologues obstétriciens libéraux assurent environ 30% des accouchements en France dans des cliniques privées».

Mon mauvais esprit habituel me conduit à souligner que ce sont les sages-femmes qui accompagnent la plus grande partie de ces naissances. La présence quasi symbolique d’un médecin dans les 5 dernières minutes ne justifie pas qu’il soit considéré comme ayant assuré l’accouchement alors que toutes les heures d’accompagnement - et de "surveillance" - précédentes ont été effectuées par une sage-femme.

Le tour de passe-passe est habituel. La présence du médecin, figure connue et donc rassurante est annoncée comme un gage de sérénité. Le jour J, la future mère découvre une sage-femme inconnue et tisse avec elle des liens de confiance. L’irruption tardive du médecin apparait alors souvent superflue.

Il ne s’agit pas d’exclure les médecins des salles de naissance. Un certain nombre d’accouchements pathologiques nécessite leur intervention et la compétence des obstétriciens nous est indispensable. Mais c’est une aberration de l’organisation française que de voir leur grande expertise couteusement (1) sous-utilisée pour le suivi de grossesses normales et pour venir "cueillir" un bébé sur le périnée de sa mère.

Pour en revenir aux motifs de la grève, il faut souligner l’inflation des indemnisations. Les procédures sont de plus en plus fréquentes et les tribunaux semblent vouloir pallier les carences de l’état en faisant porter par les assurances le poids de la prise en charge du handicap.
Bien évidemment, les professionnels de santé ne sont pas au dessus des lois. Mais de nombreuses situations résultent non pas d’une erreur médicale mais de l’impuissance de la médecine à tout traiter et guérir. Transférer la solidarité aux sociétés privées pour se dédouaner des problèmes soulevés est pour le moins pervers et conduit les sociétés d’assurance à majorer leurs primes.

Ainsi, la cotisation demandée à une sage-femme pratiquant des accouchements à domicile est de 19 000 € (2)… En dehors de quelques professionnelles bénéficiant de la stabilité tarifaire d’une assurance antédiluvienne, le plus grand nombre ne peuvent souscrire une couverture pour les naissances à la maison.
Ailleurs en Europe, l’assurance des sages-femmes, couvrant tous les aspects de leur pratique, reste tout à fait raisonnable. (900 € en Belgique)

Le système français et son calcul de l’indemnisation sert d’alibi aux compagnies d’assurance pour nous proposer ces tarifs inaccessibles.
Le combat des obstétriciens rejoindrait presque le notre…

1 en novembre 2004, les tarifs de l’acte accouchement des médecins et sages-femmes ont été « alignés ». Mais le tarif accouchement médecin ne comprend ni la surveillance du travail ni celle des suites de couches, assurées par les sages-femmes salariées des maternités privées financées parallèlement par l’assurance maladie.
2 pour une sage-femme, l’accouchement et les soins des sept jours suivants sont royalement payés 312.70 €

 

 

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14 novembre 2009

Arrogance

Nos amis les gynécologues doutent de la compétence des sages-femmes au point d’évoquer un « risque pour la santé publique » (à lire ici ...)

Quel est le motif d'une attaque aussi virulente ? Une proposition d'amendement venant corriger une curieuse anomalie dans un texte de loi.

Au mois de juillet dernier, la loi HPST est venue élargir les compétences des sages-femmes à la prescription de la contraception et au suivi gynécologique de prévention. Elargissement prévu à un « détail » près, nous pouvions prescrire une contraception orale mais pas son suivi biologique. En tout illogisme, celui-ci devait être demandé par un médecin.
Si la prescription de pilule est séparée de celle du bilan sanguin adéquat, comment s’assurer de l’absence de contre indication ? Des médecins se sont élevés contre nos nouvelles compétences mais personne n’a souligné cette incohérence, pourtant source potentielle d'une mauvaise prise en charge.
Ce silence pourrait laisser penser qu’il ne s’agissait pas de protéger la santé des femmes mais celle du porte monnaie des dits médecins craignant que nous venions marcher sur leur plates bandes… Je sais, j’ai parfois très mauvais esprit.

Par ailleurs, si « la prise en charge par les gynécologues médicaux de la contraception a permis de diviser par 4 la mortalité par cancer de l'utérus en 20 ans », c’est grâce à la généralisation du dépistage.
Les sages-femmes réalisent régulièrement examens des seins, frottis, touchers vaginaux, lors des consultations de grossesse ou du post-partum. Charge nous est donnée d’adresser la patiente à un médecin si nous suspectons une pathologie. Il s’agit donc de faire exactement la même chose en gynécologie que ce que nous pratiquons au quotidien en obstétrique, s’assurer de la normalité d’une situation, dépister les anomalies potentielles et savoir dans ce cas passer le relai au professionnel compétent.

Que nous nous devions d’être vigilantes, c’est évident.
Que la formation continue soit indispensable, bien entendu.
Que les pouvoirs publics se soucient plus de faire des économies que de préserver la santé des femmes, très certainement…

Mais dans certaines régions, obtenir un rendez-vous avec un gynéco prend souvent plusieurs mois et la prescription de pilule réalisée par le médecin traitant au détour d’une consultation pour un autre motif fait que l’examen gynécologique passe à la trappe.

Je m’offusque de lire que confier ce suivi de prévention aux sages-femmes ferait courir un risque pour la santé publique.

Le risque en santé publique, c’est cette arrogance médicale qui nous ravale au rang de simples matrones…
Et cette défiance qui pourrait nous pousser à dépasser nos limites de compétences par crainte de l’accueil qui nous sera donné lors d’une demande de relais.

Nous avons tous à gagner à travailler ensemble.
Mais y a des jours où c'est vraiment pas facile...

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02 novembre 2009

Altérité

Encore étudiante, je suis en stage au « bloc obstétrical » d’un grand centre hospitalier.
La communauté maghrébine est importante et beaucoup de femmes venant accoucher ne parlent pas ou très mal le français.
Elles sont prises en charge de façon standard par des équipes déjà très occupées et peu enclines à faire l’effort de les comprendre.

Elles ont bien du mal à rester allongées sur la table mais cette position leur est imposée. De temps en temps, une plus rebelle que les autres profite de notre absence pour détacher les fils de son monitoring et s’accroupir au sol.
Il ne vient à l’idée de personne de respecter son choix et la femme est rapidement réinstallée comme la médecine moderne (fin des années 70) l’exige.

A la fin de l’accouchement, le respect n’est toujours pas de mise. Afin que les femmes cessent de pousser - pour laisser la sage-femme réaliser le sacro saint dégagement de la tête - on leur pince le nez, geste surprenant censé les stopper dans leur élan.

Choquée par l’inhumanité de cette prise en charge, j’apprends quelques mots d’arabe. Très peu, juste de quoi amorcer un semblant de communication : « Bonjour, ça va, pousse, un peu, beaucoup, ne pousse plus, merci, fille, garçon, petit, gros, tout va bien, au revoir.… » Avec ma minable douzaine de mots au compteur, leurs notions de français, les gestes et les regards, on y arrive. Le but n’est pas de soutenir une conversation mais de faire un pas vers ces femmes. Et puis, je sais leur demander de cesser de pousser, plus besoin de les pincer…

Un peu de chaleur humaine.
Ce que l’hôpital laisse de coté en ne prévoyant pas de recours à un interprète.
Ce que mes futures consœurs sages-femmes ne cherchent plus à offrir, lassées et démotivées par ce quotidien difficile.

Un soir, une femme arrive en larme, expliquant avec ses mains et ses quelques mots de français qu’il est trop tôt pour accoucher, qu’elle n’est enceinte que de 6 mois. La sage-femme, au vu de son ventre conséquent, ne la croit pas et laisse l’accouchement se faire. Un peu plus tard, nous verrons naitre non pas un mais trois bébés, grands prématurés qui ne survivront pas.

Je ne sais si, en écoutant ce que disait cette femme,  nous aurions pu faire mieux - la médecine était moins performante qu’actuellement - mais nous n’avons même pas essayé…
Résultat conjoint d’une communication difficile et d’une certaine arrogance du « savoir » médical.

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19 octobre 2009

Subliminal

Dernières gardes avant d’obtenir mon diplôme et de voler de mes propres ailes.
Une des sages-femmes de la maternité accouchera cette nuit là, bien décidée à vivre la naissance à sa manière, sans l'intervention de l'équipe.
Lors de la poussée,  la sage-femme de garde et l'étudiante que je suis encore nous bornons à tenir le miroir lui permettant de contrôler elle-même la sortie de son bébé.
Demi-assise sur le lit, les pieds dans les étriers, elle guide son enfant, le regard rivé à l’image qui se reflète.  La tête apparait doucement, accompagnée par le souffle de sa mère plus ou moins appuyé pour maitriser le dégagement et préserver le périnée. Puis le petit fait son quart de tour, les épaules se placent dans le bon diamètre, encore une ou deux poussées et elle peut prendre son bébé sous les aisselles et l'attirer sur son sein.
Elle l’a mis au monde. Toute seule.

L’histoire fait le tour de la maternité en quelques heures. Il faut bien être sage-femme et sage-femme émérite pour pouvoir ainsi accoucher sans que nul ne touche à l’enfant, ne retienne sa tête, ne soutienne le périnée. Cette aventure est de l’ordre de l’exploit personnel, un Everest obstétrical…
Du haut de mon inexpérience, je m’extasie de concert…

Quelques semaines plus tard, je prends mon premier poste dans une maternité « alternative », respectueuse des femmes et confiante dans leurs compétences.

Je découvre une autre façon de travailler, d’accompagner, de respecter.
Je m’émerveille mais cherche ma place. J’ai été formée pour diriger, je dois apprendre à m’effacer. Installée entre les cuisses maternelles, un autoritaire « Madame ne poussez plus ! » nous laissait tout loisir de dégager la tête, geste "noble" s’il en était. Ici, les sages-femmes se placent de coté et ne guident que par quelques paroles. Nous n'agissons que si cela s’avère indispensable, rarement.

Loin de l’exploit de cette nuit hospitalière, simplement, les mères font naitre leur bébé elles-mêmes, sans que la sage-femme n' intervienne.

Cette simplicité ne se réduit pas aux dernières minutes de la naissance.  La confiance dans les ressentis maternels, le respect de l’autonomie modifient le déroulement - et le vécu - de tout l’accouchement.
A l’évidence, les femmes savent faire.

Ce qui était extraordinaire là-bas devient banal ici. Pourquoi ?
Les attitudes semblent similaires, les paroles encourageantes sont les mêmes. Mais il y a d'un coté la conviction de la compétence maternelle et de l’autre la défiance.
Rien n’est dit.
Mais le message passe.

C’est dans ce message subliminal qu’il faut chercher la source de l’incompréhension entre professionnels. Chacun est convaincu que seule sa façon d’exercer est possible. Chacun est conforté dans ses certitudes par son vécu quotidien.

Notre façon d’être dicte l’attitude des couples que nous accompagnons. 

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30 septembre 2009

50 !

Chiffre symbolique que je m’étais promis d’atteindre pour mes billets quotidiens.

Cela signifie à peu de choses près 50 soirées consacrées à écrire, et 50 levers matutinaux pour corriger rageusement ce qui m’apparaissait satisfaisant la veille, des textes écrits avec passion puis abandonnés pour leur insondable banalité, des ratures - heureusement virtuelles – innombrables, des insomnies par manque d’inspiration et d’autres pour une idée qui s’impose et la crainte d’oublier les mots en devenir, des enthousiasmes finissant dans un dossier joyeusement nommé « Ratés ».

C’est encore une mémoire ravivée,  où chaque souvenir évoqué en appelle un autre, tourbillon affolant de la somme de rencontres et d’histoires qui m’ont faite et me font encore.

C’est une passion toujours réaffirmée pour ce métier parce que nous y côtoyons l’essentiel, que toutes les émotions se mêlent et que nous sommes là pour les accompagner, parce que notre place est au cœur de l’humain et presque au cœur du cœur…

Ce sont surtout quelques lecteurs et commentateurs qui me font le plaisir de revenir régulièrement, et cette présence tient chaud au cœur. Pardon ne pas répondre plus souvent, le temps me file entre les doigts.

Mais j'écris aussi parce que je me désole devant l’inefficacité de nos combats pour une naissance respectée, parce que l’accouchement à domicile est honni de la majorité des équipes obstétricales et que les maisons de naissance sont dénaturées avant même d’exister.

Parce que je sais que l'accouchement est la force fragile où s’ancrent puissance féminine, solidité du couple parental et sérénité de l’adulte en devenir.

Parce que ces chroniques sont une autre façon de défendre ce à quoi je crois mais que ce combat se mène aussi dans la vraie vie et qu’il me prend temps et énergie.

Parce qu’il ne faudrait pas que l’écriture  se développe au détriment de mon travail quotidien  et de tous ceux qui nourrissent ces billets.

Je vais poursuivre ces récits mais me libérer de la règle du message journalier.

Une jeune mère m’a dit hier «je méconnaissais le rôle des sages-femmes. Elles portent la joie de vivre».
Charge essentielle et chronophage, vous en conviendrez…

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