24 juin 2013

Payer...

 

 

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Elle appelle à la première heure, se présente, perçoit mon hésitation, me donne quelques éléments permettant de la situer. Cela fait des années que nous ne nous sommes pas vues. Par politesse, elle demande de mes nouvelles. J’élude ; cet appel matinal n’a surement pas pour but de renouer des relations distendues.

Elle est enceinte ; un accident. C‘est elle qui prononce ce mot en ajoutant aussitôt "c’est de ma faute". Elle ne veut pas poursuivre cette grossesse et, bien que je ne demande rien, éprouve le besoin d’expliquer : un oubli de pilule* conjugué à une relation qu'elle sait sans lendemain.

Je ponctue prudemment ses paroles de quelques oui neutres, un peu en alerte. Cette femme que j’ai connue féministe, assurée, autonome, semble vouloir se justifier à chacune de ses phrases. Je veille à ne rien dire qui puisse conforter le sentiment d’une faute.

Elle hésite entre IVG médicamenteuse et aspiration. Elle est par contre décidée à ne pas avoir d’anesthésie générale. Son "Je ne veux surtout pas esquiver le moment", laisse à nouveau deviner le poids du prix qu'il faudrait payer.

Elle a vu son médecin qui a lancé les démarches en attestant de sa demande et la renvoie vers le centre d’orthogénie. Mais le centre est débordé et ne peut lui donner un premier rendez-vous que dans quinze jours.

Alors elle est à l’autre bout du fil, au petit matin, avec ses questionnements et ses silences. Le choix de la méthode semble n’être qu’un prétexte pour pouvoir parler de sa décision, de sa difficulté. Comme tant d’autres femmes, elle n’imaginait pas se retrouver un jour dans cette situation. Et elle évoque à nouveau sa responsabilité dans l’oubli du cachet.

J’aimerais pouvoir gommer un peu du poids qu’elle porte.  Elle se projette dans une IVG médicamenteuse faite à domicile. "Ça me permettrait plus facilement  de lâcher mes émotions. Maladroitement,  je l’interromps, il n’y aura pas forcément d’émotion à lâcher"…

Je n’en sais évidemment rien. Mais c’est le seul moyen que je trouve pour dénoncer la culpabilité qui sourde à chacun des mots qu'elle prononce.

Elle est enceinte et ne souhaite pas cet enfant. Elle a besoin d’une IVG. C’est tout.

 

Rappel : la pilule comme moyen contraceptif sur toute la période féconde, c'est à peu près 10 000 comprimés qu'il ne faudrait jamais oublier... 

 

 

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10 juin 2013

Effet secondaire ?

 

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En préparation à la naissance, nous abordons toujours le sujet de la contraception en rappelant cette évidence : une contraception, ça se choisit !
Cela permet aux femmes de ne pas sortir de la maternité en pensant que le petit comprimé quotidien est un incontournable.

Nous listons les différentes méthodes, leurs avantages et inconvénients J'évoque aussi " l'aménorrhée lactationnelle " dite méthode Mama  - quel est le publiciste fou qui l'a nommée ainsi  !? et puis nous parlons du chamboulement plus ou moins violent pour le couple qu'est l'arrivée d'un enfant, de la libido possiblement en berne, des retrouvailles pas toujours faciles... 

Elle découvre le dispositif intra utérin qui ne lui avait jamais été présenté.  

Quelques mois plus tard, revenant en rééducation postnatale, elle annonce, tout sourire "J’ai vu ma gynéco - celle qui la suit depuis une dizaine d'années - et je lui ai causé du stérilet (oui, faut dire dispositif intra-utérin mais le mot  reste bien ancré dans les esprits) et du coup, on a beaucoup discuté… D’habitude c’est pas comme ça, on cause pas mais là on a bien causé et elle a dit qu'elle était d’accord pour me le mettre."

Très déontologiquement, je suggère qu’à force de penser les médecins débordés, on ne s'autorise plus à poser des questions et qu'il suffit d'ouvrir le dialogue pour…

"Ah non !  me coupe-t-elle, j’avais souvent essayé de discuter mais ça marchait jamais. D’ailleurs, elle regardait même pas mes bébés. Et là, je suis arrivée avec le petit dernier, je l’ai posé sur le côté comme d'habitude, vu qu'elle les regarde pas, et puis là après, elle est venue lui dire bonjour, et tout…"

Et mon mauvais esprit me fait me demander si le suivi "low cost" des sages-femmes n’aurait pas comme impact inattendu d'améliorer le relationnel de certains gynécos…

 

PS : Oui, ce billet est une pique inutile et mesquine mais j'ai lu ça ce matin...

 

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19 mai 2013

Accès refusé

 

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Les bornes c’est toujours un peu embêtant. A 90 sur une nationale, on est bon, à 91 on l’est plus. La limite a ce petit caractère arbitraire qui t’énerve quand tu t’y coltines. 

L'exercice des sages-femmes connait de nombreuses limites ; certaines sont floues "Lorsque la sage-femme constate des antécédents pathologiques, elle adresse la femme enceinte à un médecin". L'antécédent pathologique, ça peut être tout et donc n'importe quoi et ça s'interprète au bon vouloir de chacun... D'autres limites sont clairement absurdes ; nous pouvons traiter l'infection urinaire chez la femme enceinte. Mais dès le lendemain de l’accouchement, c’est ballot, on a plus la compétence !
Et puis il y a la limite qui fait l'objet de ce billet ; les sages-femmes peuvent "pratiquer la rééducation périnéale en cas de troubles consécutifs à un accouchement".

Le bonjour est sonore, le sourire lumineux. Elle évoque son parcours un peu chaotique avec un humour distancié. Son second degré caustique me ravit. Tout de suite, le courant passe.
Je l'interroge afin de mieux cerner les motifs de sa consultation. Entre les lignes de ses réponses se dessine une personnalité atypique, foisonnante. Dans un autre contexte, nous aurions pu rapidement sympathiser. 
Ce qu’elle raconte de ses errances médicales donne plus encore l’envie de l’aider.
Je me concentre sur ses symptômes, évoque quelques débuts de pistes pas encore explorées pour le traitement. Elle happe chaque perche tendue, imagine déjà un progrès possible. D'évidence, nous allons "bien" travailler ensemble.

Une question encore, "Comment se sont passés grossesse(s) et accouchement(s) ?"
Elle secoue la tête, "Inutile de chercher de ce côté, je n’ai pas eu d’enfant".

Tilt !
La limite est franchie. J'ai oublié de poser la question de la maternité au moment de la prise de rendez-vous. Et la demi-heure passée ensemble était si riche que le sujet est venu tardivement.

Regrettant de ne pouvoir aller plus loin, j'explique la "limite" et m'en excuse. Je commence à lui indiquer les kinésithérapeutes qu'elle pourrait consulter.

Elle m'interrompt, visiblement déçue.
«J’ai eu une IVG, ça compte pas ? »

 

 

 

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03 janvier 2013

Conflit de générations

 

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L’année débute avec une mise en accusation des pilules contraceptives. J’avais commencé une revue de presse avec analyse détaillée mais je renonce tant tout et n’importe quoi a été dit dans les médias. Inutile de s’y attarder. Par ailleurs d’autres praticiens ont déjà publié d’excellents articles très documentés (cf Martin Winckler, ou Dominique Dupagne ). Inutile de s'escrimer à le refaire en moins bien !

Je soulignerai simplement que le principal risque de l’hallali actuel est de voir de nombreuses femmes arrêter sur le champ leur comprimé quotidien brutalement promu au rang de poison mortel. Le meilleur moyen de voir exploser le nombre de grossesses non désirées et le taux d’IVG…

Mais une seconde bataille est en train de se mener plus sournoisement. 

L’ANSM -Agence nationale de sécurité du médicament - a en effet émis la brillante idée de réserver la prescription des pilules de 3ème et 4ème génération aux spécialistes. Dominique Maraninchi, directeur général de l’ANSM a précisé mardi "Si notre mesure de mise en garde auprès des prescripteurs ne suffisait pas, il s'agirait de réserver les conditions de prescription et de délivrance (de ces pilules) pour en limiter l'utilisation, pour être sûrs qu'elles ne soient utilisées qu'en deuxième recours et la réserver à des spécialistes". 

Cette suggestion inscrit en creux l’incompétence supposée des autres prescripteurs, principalement les généralistes mais aussi les sages-femmes. 

Pourtant, un document de l’Afssaps, devenue depuis ANSM pour faire oublier son apathie dans l’affaire du médiator montre bien que ces G3 et G4 étaient majoritairement prescrites par les spécialistes. ( les sages-femmes n'apparaissent même pas dans ce document. Comme trop souvent oubliées lorsque l'on parle de suivi gynécologique... ). La "solution" évoquée par l’ANSM laisse donc plus que perplexe. D'autant que même les gynécologues semblent ne pas vouloir endosser ce rôle, "trop de responsablités" affirme le président du Syngof...

Laissons donc tout ce  petit monde s'amuser à coup de déremboursement et de passage de patates chaudes.

Le bénéfice inattendu de tout ce tapage, c’est que le choix d'une contraception sera enfin réellement discuté et non plus sèchement imposé ! 

Et si vous doutez de votre contraception actuelle, prenez rendez-vous avec votre sage-femme, votre médecin traitant, voire votre gynécologue (je ne pratique pas l'ostracisme obtus). Le débat est ouvert !

 

 

PS :  je ne résiste pas au petit plaisir de rappeler ce billet, tout à fait de circonstance bien que datant de juin 2012...

PS bis : à écouter : "Faut-il arrêter de prendre la pilule ?" sur France Culture aujourd'hui

 

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14 décembre 2012

Agenda

 

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Elle a délaissé tout suivi gynécologique depuis la pose de son stérilet il y a quatre ans et s'en préoccupe à nouveau. Motivée par l'expérience d'une amie venant de subir une conisation, faire un frottis lui apparaît soudain comme une quasi urgence.

Je cherche à lui trouver une plage horaire correspondant à ses disponibilités. Plutôt le jeudi ou le vendredi parce qu'elle ne travaille pas, plutôt assez vite car elle est inquiète, plutôt le matin car son enfant est à l'école, mais pas trop tôt car il faut l'y déposer...

Je propose une première date qui ne lui convient pas. Une autre qui tombe pendant ses règles. Une autre encore. Elle hésite, je l’entends feuilleter les pages de ce que j’imagine être son agenda. Elle marmonne pour elle même "Ce jour-là, j’ai déjà dentiste", hésite encore et dans un gros soupir, confirme "D'accord pour ce vendredi là, ce sera la journée des rendez-vous chia..."

Gentiment elle tente de se rattraper. Sa phrase se termine dans un chuintement indéterminé.

 

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26 septembre 2012

Genre

 

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Je joue parfois à la poupée… pendant les séances de préparation à la naissance, pour illustrer les positions fœtales, montrer le trajet de l'accouchement, mimer la mise au sein. Mais ma poupée a fait son temps, couleurs passées, membres s'articulant dans d’improbables positions, corps de tissu usé et rapiécé… elle pouvait encore faire illusion mais le plastique s’est fragilisé et doigts et orteils sont en train de se détacher un à un…
Plus zombie que nouveau-né !

Je me mets donc en quête d’un nouveau modèle qui devrait être simple à trouver ; un baigneur souple, proche de la taille d’un nouveau-né, si possible pas trop moche et pas trop cher.

De telles poupées existent chez les fournisseurs de matériels professionnels mais elles sont vendues une centaine d’euro ! Et le coût est presque doublé si l'on souhaite acquérir le sac à double épaisseur de gaze (pour les deux membranes amniotiques) fermé par un ruban pour simuler la poche des eaux et son cordon de tissu bicolore -rouge et bleu, comble du réalisme - se pressionnant sur le nombril...

Je cherche donc une poupée lambda et m’en vais d’un pas assuré dans une grande surface du jouet. J’ai testé avant l’hypermarché voisin mais la seule poupée disponible est le modèle américain blond à forte poitrine, peu adapté à mes démonstrations !

Il y a des années que je n’ai pas mis les pieds dans ce type de magasin. Je découvre un univers terrifiant, un dédale de boites de carton vomissant leur contenu de plastique aux couleurs agressives classés en catégories bien déterminées, 1er âge, garçon, fille.
Ainsi, passé la petite enfance, les filles et les garçons ne pourraient jouer aux mêmes jeux ?

Je traverse rapidement les rayons masculins, avec leurs lots de camions, de jeux de de construction et de figurines aux superpouvoirs. Je trouve enfin le rayon fille… rose comme il se doit ; il me saute aux yeux alors que le bleu des garçons m’avait laissé indifférente… Rose fuchsia, criard. J’ai visité deux enseignes mais les codes couleurs étaient similaires.

Et les poupées !  Un baigneur qui ne fait rien, ça n’existe plus ou alors en modèle minuscule. Mais dès qu'il atteint la taille respectable de 40 cm…  il se doit de sortir de la banalité ; alors il parle, nage, pisse et embrasse, ses dents poussent ou bien il s’enrhume (si si…)

C’est plein de piles bouton toxiques, ça coûte un bras mais surtout comment un imaginaire enfantin pourrait-il se laisser aller à rêver face à la tutelle électronique ?

Et puis c’est pas vendu tout seul. Dans la boite fuchsia parsemée de petites fleurs ou de cœurs d’un rose encore plus vif, il y a aussi la poussette, le siège auto, le tapis d’éveil, le biberon, la couche, le pot ; plus loin dans le rayon trônent la table à repasser, la tête à coiffer et la boite de maquillage …

Récemment des couples s’amusaient de découvrir que leurs fils aînés avaient tous réclamé une poupée à l’annonce du futur bébé… les mères étaient d’accord, les pères s’étaient montrés plus difficiles à convaincre, une poupée pour un garçon ?!!
Au vu de ces rayons pléthoriques et normés, je comprends un peu mieux; sortir de sa couleur c’est plus que téméraire, c’est transgresser le code !

Et moi, je n’ai toujours qu’une poupée en manque de doigts pour mimer la naissance…

 

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11 juin 2012

L'intrus

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Il y a plus de trente ans, elle franchissait le seuil du ministère de la santé, sa fille de quelques mois dans les bras. Elle venait, avec d’autres sages-femmes, défendre la possibilité pour elles d’accéder au plateau technique des maternités.

Le garde à l’entrée ne s’est pas offusqué de la présence de ce bébé. Il a simplement prié sa maman de ne pas encombrer les bureaux ministériels du couffin qu’elle avait pris soin d’emmener. Le berceau a donc été remisé dans un coin de l'accueil, le temps du rendez-vous…

Après la réunion, en traversant le hall, un attroupement d'uniformes bleu marine attire leur attention. Quelques mots s’échappent du groupe, rapt, bébé abandonné… A l'origine de ces hypothèses inquiétantes, le couffin forcément déserté qui attend le retour de l'enfant et de sa mère. Se frayant un passage parmi les uniformes, elle recouche son bébé et rassure ainsi la maréchaussée.

Bien des années plus tard, une autre sage-femme, jeune mère elle aussi, doit se rendre au ministère de la santé. Elle porte sa toute-petite en écharpe, tout contre elle. L'enfant dort paisiblement.

Mais le garde a changé et les mesures de sécurité sont devenues strictes. Sacs et valises passent au scanner et le portique oblige à se délester des téléphones et clefs qui font sonner le détecteur de métaux. Les procédures sont bien rodées.

Mais un bébé ? Que faire de cet inhabituel visiteur ?

Il faut en référer au responsable. Bien embêté le responsable ! Plusieurs coups de fils seront nécessaires pour obtenir le sésame. Le thème de la réunion - l'accompagnement des débuts de la parentalité - permet de dénouer l'épineuse question. Les bébés sont au final tout aussi concernés par le sujet que parents et professionnels !

Présence maternelle rassurante et sein à volonté, à aucun moment, le nourrisson n'a "perturbé" la séance.
Cela vaudra à sa mère chaleureuses félicitations et remerciements étonnés...

 

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08 mars 2012

15 minutes chrono

 

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En cette journée de la femme, je me la coule douce en publiant ce texte reçu récemment, à la fois ravie par l'humour distancié de son auteure et saisie par l'implacable efficacité du médecin ainsi portraituré. Hommage.

Chère 10lunes, à la suite des liens que tu as postés sur Facebook, je ne résiste pas à te faire la liste de ce qu’un médecin a réussi à me faire en 15 minutes, du bonjour dans la salle d'attente à ma sortie. De telles capacités laisseraient presque rêveuse. 

  • Création du dossier, avec tous les antécédents 
  • Déshabillage
  • Toucher vaginal - sans prévenir
  • Examen au spéculum - sans prévenir
  • Frottis - sans prévenir
  • Testing du périnée : j’ai bien essayé de me venger, mais elle a du avoir peur de se faire écraser les doigts et ne m’a même pas laissé le temps de lui montrer l’étendue de mes talents
  • Examen des seins
  • Prise de la tension - après le reste des hostilités - ben oui c’est plus rigolo de la faire monter avant !
  • Pesée
  • Rhabillage
  • Discussion autour du DIU* par rapport à mon contexte médical 
  • Prescription
  • Passage de la carte vitale et rédaction du chèque

J’ai même eu le temps d’insister pour une pose de DIU sans attendre le retour de couches.

Il faut dire que ça faisait bien 5 minutes que je lui avais parlé de mes cycles rares et irréguliers et de mon allaitement toujours en cours. C’est qu’à l’aube de fêter mes 2 ans d’aménorrhée**, j’aimerais avoir l’assurance d’une contraception efficace histoire de ne pas prolonger les mois sans règles pour d’autres raisons….

Enfin, excusons-la, elle pensait que mon allaitement était, je cite, « symbolique » (?!?)

Sinon, on va supposer que j'ai un mari fidèle, partenaire unique et stable de ma vie sexuelle et qu'il n'est donc nul besoin de questionner une nécessité de dépistage IST. Et que mes vaccinations anti-rubéole et autres sont à jour.

Tiens, au passage, je penserai à coller un post-it entre mes jambes pour la pose du DIU : "Lubrifiant, par pitié".

Bref, j’étais dans un état certain de sidération en arrivant sur le trottoir, et pleine d'étonnement de ne pas me retrouver avec le slip sur la tête...

Il se trouve qu’en tant que professionnelle de santé moi-même, j’essaie de choisir mes praticiens avec soin et que le parcours de ce médecin m’avait fait espérer, outre la compétence, écoute et douceur. Je n'ai pas été déçue…

 

*DIU : dispositif intra utérin (dénomination actuelle du stérilet)
** aménorrhée = absence de règles


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01 janvier 2012

S’il suffisait d’y croire ?

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Suivi de ses grossesses, préparations à la naissance, rééducations postnatales,  nous nous connaissons depuis des années.  Ce jour là, son appel est particulier, presque mystérieux, « Faut que je te voie, je t’expliquerai ». Rendez-vous est pris. 

L’histoire est finalement simple. Une escapade amoureuse prévue dans quelque temps et elle vient de calculer que, pif, paf, ses règles vont tomber juste à ce moment-là. Alors elle voudrait deux plaquettes de pilule à enchainer pour éviter tout saignement intempestif. Sa contraception est efficacement assurée par un DIU*. Les deux plaquettes, ce serait juste pour contrer les velléités d’expression de sa muqueuse utérine…

Choix a priori judicieux, mais elle présente quelques antécédents qui me semblent plus ou moins contre-indiquer la prise d’une pilule. Manquant d’éléments, je ne veux pas m’aventurer à une prescription. Elle comprend ma position et acquiesce à ma suggestion de consulter plutôt son médecin, détenteur de l’ensemble de son dossier médical.

Quelques temps plus tard, je la revois pour un autre motif et découvre à cette occasion la fin de l’histoire.

Elle n’est pas allée voir le médecin, peu enthousiaste à l'idée de lui confier des détails de sa vie amoureuse et sexuelle.

Elle s’est juste… concentrée… et son cycle régulier au jour près depuis des années s’est … décalé ! Deux jours gagnés au premier cycle, trois jours encore au suivant… ses règles se sont terminées juste avant l’escapade.               

Il suffisait d’y penser très fort.

 

Cette anecdote me semble une excellente façon de commencer l’année. 

Si chacun nous croyons vraiment à nos rêves, tous nos rêves, les plus modestes comme les plus grands, peut-être l’année 2012 les verra-t-elle se réaliser ?

Je souhaite à toutes et tous une excellente année 2012.

Je vous laisse, faut que j’aille me concentrer très fort sur les maisons de naissance !

 

*DIU = dispositif intra utérin (ex stérilet)

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Parmi les espoirs évoqués ici, l’un d’eux vient de se concrétiser. L’article 44 de la LOI n° 2011-2012 du 29 décembre 2011 relative au renforcement de la sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé donne enfin aux sages-femmes la possibilité d’assurer le suivi biologique de la contraception hormonale. 


 

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20 octobre 2011

Prolixe

 

Elle ne me parle pas, elle m’envahit…
La simple question des antécédents familiaux libère une vague d'histoires plus ou moins sombres, de la mort du grand père qui fumait trop à la constipation de la cousine. Je tente d’interrompre le flot de parole, précise mes questions, explique l’inutilité de fouiller sa mémoire pour me rapporter d'improbables détails.
C’est peine perdue.

Elle poursuit son monologue, rebondissant des aléas familiaux à ses difficiles conditions de travail en passant par une longue incursion météorologique car son métier lui impose de passer ses journées dehors. Elle enchaine sur ses maternités, ses accouchements rapides mais douloureux, s'attarde sur ses obligations professionnelles qui l’empêchent d’accompagner ses petits à l’école. Arrive ensuite un cortège de douleurs diverses et variées totalement hors de mon champs de compétence, ce que je tente, sans succès aucun, de lui faire entendre.

Je commence à penser que son médecin ne lui a prescrit cette rééducation que pour clore sa logorrhée et s’en délester sur quelqu'un d’autre ; la sage-femme, elle, aura bien le temps...

Je ne retrouve dans tous ses symptômes aucun motif justifiant une rééducation périnéale. Je tente encore quelques questions "ciblées" qui déclenchent une nouvelle vague de récits. Je ne peux plus placer un mot. Ma tentative de dossier est un champ de ruines, se résumant à quelques informations glanées au détour d'une phrase et une longue liste de maux divers, imprécis, inétiquetables... 

Mon retard et mon exaspération s’aggravent inéluctablement... je capitule.

Et me résout - enfin - à simplement l’écouter. Se dessine alors l'histoire d'une jeune femme solitaire. Ses conditions de vie sont rudes, son travail pénible, ses contraintes familiales pesantes et son compagnon exigeant... Elle assume tout cela au quotidien, sans aucune échappatoire possible et sans jamais d'occasion de voir ses difficultés reconnues.

Je commence à comprendre quelle sera ma fonction.

 

 

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