08 juillet 2012

Façon puzzle

 

2837857863_92e9e1c33e_zL'échographie est souvent pensée par les parents comme une première rencontre avec leur enfant. Le décalage entre ce rendez-vous attendu et la réalité de l'examen - chargé de délivrer un certificat de conformité - en est d'autant plus grand.

Ce que résumait récemment un père avec humour.

"Nous regardions l'écran, en ayant un peu de mal à comprendre ce qui s'y affichait. De temps en temps, l'échographiste nous gratifiait d'un commentaire laconique, énumérant des organes, annonçant des mesures.  

Il nous a expliqué que certaines dimensions permettaient de préciser l'âge de la grossesse.  A chaque mesure, l'écran affichait une date. Mais elle était chaque fois différente.

A se demander si ce bébé nous sera livré en kit à monter nous-mêmes ! "

 

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04 septembre 2011

Absolument sachant


Première échographie, dite de datation. En salle d’attente, les panneaux affichent de joyeux avertissements: "L’échographie ne peut pas tout dépister" - " La présence des enfants est interdite" - "Votre médecin détermine librement ses honoraires (... ) supérieurs au tarif du remboursement par l’assurance maladie".

C’est leur tour. La pièce est petite, logiquement sombre. Au centre, le divan d’examen en skaï bleu foncé est recouvert d’un papier blanc ; à sa gauche, une chaise à dossier bas et l’appareil d’échographie ; à sa droite, une autre chaise ; en face du lit, fixés au mur, un second écran et une triple patère permettant d’accrocher les vêtements.

Tout en se déchaussant, en patiente appliquée, elle énonce date des dernières règles et durée de ses cycles. Elle sait très bien où elle en est et - à peu près - quand ils ont conçu leur bébé.

Cette première échographie se fera par voie vaginale. Pratique tellement habituelle que l’échographiste n’explique rien et la prévient de ce qui va se passer par cette phrase sibylline  « Enlevez le bas ».
Elle s’allonge sur le lit. Ne sachant pas où poser son slip, elle le froisse dans sa main droite. Sa main gauche cherche celle de son homme, assis à ses cotés sur la chaise dédiée.

L’examinateur s’empare d'une sonde oblongue. La tenant verticalement, il y déroule ce qui s'apparente à un préservatif. Une giclée de lubrifiant puis la main s’incline, la sonde s’horizontalise puis s’enfonce dans son vagin, intrusion accompagnée d’une affirmation sans appel « ça ne fait pas mal ».

Attentif aux premières images sur l’écran, le couple tente d’oublier l’outil qui s'agite et s’oriente au creux du corps maternel.

Du noir, un peu, quelques contours blancs et surtout du gris, plus ou moins dense, plus ou moins homogène. Le squelette contrasté animé de quelques mouvements aide à donner sens aux images.

L’échographiste procède aux mesures. Sa main gauche pianote sur le clavier, tourne le curseur ; l'image se fige. De petites croix clignotent sur l'écran puis des chiffres s’affichent. Satisfait, il annonce une date de conception… qui précède de cinq jours la date donnée par les parents.
Elle s’en étonne et se retourne vers son compagnon pour le prendre à témoin… "Ce n’est pas possible, tu te souviens, ce jour là, tu étais encore en Italie."

Sans daigner leur jeter un regard, l’échographiste, impavide, confirme en fixant son écran que la grossesse a bien débuté pendant l'absence paternelle. *

Insupportable superbe d'une médecine qui s’invite dans l’intimité d’un couple et ose affirmer sans nuance la date de leur relation sexuelle.

 


* On considère que la datation est en moyenne précise à +/-3 jours mais que les bornes sont de +/-7 jours…

 

 


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14 mars 2010

Quentin

Ils ont vécu un premier espoir d’enfant brutalement anéanti par la découverte d’une grossesse extra utérine.

Cette seconde grossesse a débuté dans l’inquiétude. Au fil des jours, ils se sont rassurés et les premières échographies sont venues confirmer que tout allait bien. Ils ont découvert leur futur bébé s’agitant déjà dans le nid utérin. Ils sont confiants.

Ce nouveau rendez vous est celui de l’échographie morphologique. Arrivés à l’heure dite, ils patientent longtemps. Le médecin les prend enfin, marmonne un vague bonjour, ne s’excuse pas pour son retard. Les quelques mots adressés au père sont pour lui signifier qu’il dérange. Le cabinet n’est pas conçu pour que l’accompagnant soit à l’aise.

Son ventre est abondamment enduit de gel. Désagréable sensation de froid sur sa peau.

L’examen, minutieux, va durer 45 minutes. L’homme est concentré, le regard rivé à l’écran. D’une main, il pianote sur le clavier, ajuste des curseurs, enregistre des données. De l’autre, il tient fermement la sonde, la déplace, l’oriente, appuyant sans ménagement sur le ventre maternel. Tout à son observation, il occulte la femme détentrice de ce ventre, omet que ses gestes puissent lui être douloureux. Soucieuse de ne pas perturber l’examen, elle serre les dents.

Aucun commentaire sinon, de temps à autre, un soupir, un froncement de sourcil, toutes choses que les parents guettent comme autant d’indices, s'interrogeant en silence, est ce que tout va bien ?

Enfin, il repose la sonde, tourne le regard vers elle. Son ventre labouré lui fait mal. Elle attend les mots rassurants venant conclure la séance, les mots qui leur permettront de partir sereins.

Du bout des lèvres, il indique que tout semble aller bien, «du moins pour ce que l’on peut voir à cause de la paroi »  Façon peu élégante de lui signifier quelques rondeurs antérieures à celles de sa grossesse.

Il hésite, souhaite éliminer un dernier doute et repose la sonde.

Et les mots tombent, qui se voudraient obscurs « il y aurait bien une légère angulation des pieds».

Il aimerait déléguer les explications, les suites à donner à cette annonce et se contenter de les adresser à leur médecin. Pas de chance… elle est kiné, alors cette angulation, elle la traduit immédiatement en langage commun «des pieds bots?»  Oui cela pourrait être, il faudrait prévoir une amniocentèse.

Mais déjà il se lève, arrache quelques feuilles au distributeur et lui tend pour qu’elle essuie son ventre.

Son travail est terminé, il a fait sa part. Indifférent ou embarrassé face à leur inquiétude, pressé d’enchainer avec l’échographie suivante, il renvoie vers le gynéco pour les examens complémentaires, vers la secrétaire pour le règlement.

Assez de temps perdu.

Depuis, leur fils est né, en pleine santé. Et si ses pieds ont nécessité des soins particuliers, il gambade maintenant comme tous les enfants.



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19 août 2009

L’écran

Elle est enceinte de cinq mois et s’impatiente : « j’ai hâte d’être à la prochaine écho pour retrouver notre bébé ». Ainsi, l’enfant qu’elle porte dans son ventre et dont elle ressent les mouvements lui apparait-il plus présent sur l’écran.

J'entendais un échographiste dénoncer  l’emprise de la technique sur l’imaginaire parental en illustrant ainsi son propos : « ils repartent avec regret en jetant un dernier coup d’œil sur l’écran, comme s’ils laissaient leur bébé là, avec nous »

Dans l’album de famille, le premier cliché n’est plus celui du jour de la naissance mais la première image échographique. Et lorsqu’il s’agit d’une image 3D, le visage figé évoque, malgré l'impression sépia qui tente de faire illusion, la pierre sculptée plutôt qu’une vie à naitre .

Comment ce dialogue subtil entre une femme et son enfant à venir, les petites « bulles d’air », les premiers frôlements perceptibles, les premiers coups sous la main du père peuvent ils faire le poids face à l’image ?

Contrepartie des progrès techniques, les parents s’éloignent de ce qui n’appartient qu’à eux, leur propre ressenti. Cet enfant à rêver s’invite dans le concret. 
Les avancées médicales se payent cash.

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