06 septembre 2011

Gardez-moi de mes amis !


Le projet d’ouverture (2ème article affiché) d’un centre de naissance aquatique devrait être une excellente nouvelle (cependant teintée d’une réserve ; la propension de certains à vouloir imposer un modèle unique. Accoucher dans l’eau, accroupie, en chantant ou que sais je encore ne sont pas des méthodes. Ce sont des options envisagées avant, parfois reniées pendant, mais surtout transformées, conjuguées au gré des multiples ressentis et émotions du travail).

Mais saluons la bonne volonté de tous ceux qui souhaitent élargir le paysage obstétrical et proposer des alternatives à l’accouchement dirigé (péridurale /rupture poche des eaux /hormones de synthèse) si cher à nombre de nos maternités.

Pourtant, une phrase de ce communiqué de presse m’irrite : "A l'inverse des maisons de naissance (...) le centre de naissance aquatique proposera pour chaque naissance la présence du gynécologue obstétricien, augmentant ainsi la sécurité de l'accouchement. "
Ainsi, lors de naissances physiologiques - accoucher dans l’eau et hors maternité ne peut s’envisager qu’à cette condition- la présence d’un obstétricien améliorerait la sécurité ? Plus que ne le ferait une sage-femme ? Intrinsèquement sécurisant ?!

Soit l’accouchement est physiologique et l'obstétricien n’apporte rien, soit il bascule dans la dystocie - rappelons qu'il est de la compétence de la sage-femme de le diagnostiquer - et les compétences de l’obstétricien sont liées aux actes qu’il peut poser… au sein d’un plateau technique et donc après transfert.

Tout à son souci de défendre son projet, le Dr Richard caresse la faculté dans le sens du poil en brandissant l’argument de l’ultra sécurité sans craindre pour cela de tirer sur les déjà bien mal en point maisons de naissance...

Il y a une dizaine d’années, j’avais assisté à la présentation d’un de ses films devant un public plus qu’acquis à une prise en charge "détechnicisée" de la naissance physiologique. Cette fois là aussi, en présentant le bassin qu’il avait conçu, Thierry Richard souhaitait se prémunir de toute critique des partisans de l’obstétrique "traditionnelle". Le prototype de sa baignoire à palan était une improbable création hésitant entre la froideur technique du Métropolis de Fritz Lang et les gadgets dérisoires de l'Oncle de Jacques Tati. Le concept semble avoir été amélioré depuis mais la démonstration vidéo (N°1) me laisse toujours aussi perplexe.

Une seconde vidéo est également disponible sur le site, celle d’une naissance dans cette fameuse baignoire expérimentale. Afin de démontrer l’innocuité du procédé pour l’enfant, le praticien repousse les mains de la mère venant chercher son petit juste né et le maintient sous l’eau. La camera révèle le visage détendu du nouveau-né ; aucune inquiétude de ce coté là... Mais comment ne pas regretter que cet enfant, au lieu de se trouver blotti contre sa mère, soit retenu par des mains gantées de caoutchouc épais face à la paroi vitrée du bassin.

Thierry Richard est à coup sur passionné et convaincu. Mais il dessert ce qu’il veut défendre.
La naissance physiologique a pourtant déjà assez à faire avec ses opposants pour ne pas devoir en plus se protéger de ses partisans…



PS 1 : ce communiqué de presse relèverait-il de l'effet d'annonce ? Trop de réglementations contraignantes empêchent la création de lieux alternatifs. Le centre aquatique aura du mal à y échapper.

PS 2 : le programme électoral, lisible sur la même page - sobrement intitulée "la page du président" - risque de finir d'ôter toute crédibilité au projet.

 

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12 octobre 2010

Tropiques

Le carrelage bleu turquoise ruisselle de vapeur d’eau. Le bassin du même bleu, creusé dans le sol, est presque rempli. Les volets sont baissés, la lumière tamisée, les bruits feutrés. Ils sont attendus.

Une petite erreur de conception nous oblige à une curieuse organisation. Les femmes souhaitant accoucher dans l’eau ont pour consigne de nous prévenir bien avant leur venue. En effet, en aménageant cette baignoire de grande capacité, nous n’avons pas prévu l'arrivée d’eau au débit adéquat… le remplissage est long, très long.

Une autre fois, au cœur de la nuit, un ballet joyeux s’était organisé. Toute l’équipe s’affairait avec cuvettes, seaux et même berceaux de plexiglas auprès des divers robinets de la maternité pour aller ensuite les déverser dans le bassin. Une femme arrivée en fin de dilatation voulait y donner naissance à son bébé. Elle avait pu se glisser dans le bain chaud juste à temps…

Ce jour là, nous avons reçu la consigne bien assez tôt et l’eau coule depuis un long moment. 

Ils arrivent à petits pas. Elle est déjà repliée sur elle-même, à l’écoute des violents signaux envoyés par son corps. Nos échanges sont rythmés par le flux et le reflux de ses contractions.

Les accueillir d’abord ; moment complice où l’on se réjouit de ce heureux hasard qui nous fait nous retrouver. S'enquérir de ses sensations, de ses besoins, de ses envies. Sourire au compagnon qui a, pour évacuer son stress, inutilement minuté les contractions. Ne pas déroger à l’incontournable bilan médical, enregistrement du cœur fœtal, prise de tension, toucher vaginal.

Une fois ces formalités accomplies, ils se dirigent vers le bain tant attendu. Elle termine de se dévêtir entre deux contractions, debout au bord du bassin, s’appuyant sur son homme, prévenant et attentif.
Elle tâte l’eau de la pointe du pied, prudemment, comme en bord de mer, lorsque l’on attend la prochaine vague en se demandant si elle ne sera pas trop froide.

Elle s’avance, descend une marche, puis une autre ; l’eau arrive à ses mollets. Une marche encore et elle pourra s’immerger. Une contraction l’interrompt. Elle appuie son avant bras sur le mur, l’autre main se crispe un peu sur l’épaule de son homme. Elle souffle longuement, les yeux mi-clos. La contraction se termine, son regard s'éclaire, et je m’attends à la voir franchir la dernière marche. Mais elle s’écrie brusquement « C’est pas mon truc ! ». Dans l'instant, elle fait demi-tour et sort du bain.
Elle évoquait pourtant son futur accouchement dans l’eau à chacune de nos rencontres. Faille si fréquemment présente le jour dit entre ce que l’on imaginait et ce qui est.

Elle termine son travail sur les coussins posés au sol, à proximité du bassin, sans jamais souhaiter y retourner. Peut-être n’avait-elle besoin que de l’ambiance ainsi créée, cette chaleur dégagée par le bain toujours plein, le fin brouillard des infimes gouttelettes en suspension, le carrelage tiédi et ruisselant... presque un autre monde.
Un peu plus tard, assise sur le tabouret d'accouchement, soutenue par son homme à genou derrière elle, elle donnera naissance à son petit dans cette atmosphère chaude et humide, quasi tropicale.

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05 septembre 2009

Cartographie

Elle est à genou au fond d’une grande baignoire circulaire. C’est maintenant la fin du travail et l'envie de pousser s'impose doucement.  Elle commence par de petites expirations puis son souffle se fait plus insistant.
Elle ressent le besoin de changer de position et vient s’installer entre les jambes de son compagnon, lui même appuyé sur le bord du bassin. Les bras de son homme l’entourent et la soutiennent.
La tête de son enfant, presque lisse, sans cheveux, commence à apparaitre. Elle cherche à la toucher mais l’émotion, la chaleur de l’eau, la légère insensibilité des tissus dus à leur tension font qu’elle ne s’y retrouve pas. Elle gémit « je ne sais pas où il est ? »
Alors son compagnon prend sa main dans la sienne et, la posant alternativement sur son sexe dilaté et le crane de l’enfant, murmure à son oreille avec une immense douceur « là c’est toi » « là c’est le bébé ».

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