28 novembre 2009

Délaissée

Rencontre impromptue hors du cadre professionnel, bavardage poli un verre dans une main et un petit-four dans l’autre, elle est esthéticienne, j’explique que je suis sage-femme.
Elle a beaucoup à dire sur ce métier, elle a d’ailleurs accouché il y a quelques mois, justement dans la maternité où je travaille et elle en est extrêmement mécontente.

Difficile de ne pas l’encourager à m'en préciser les raisons.
Débute un long monologue ; arrivée en travail, à peine accueillie, elle est immédiatement installée dans une chambre avec pour seule information « ce n’est pas pour tout de suite ». Elle reste seule avec son compagnon, livrés à eux-mêmes alors que ses contractions sont très douloureuses. Elle sonne à plusieurs reprises mais personne ne vient la voir. Lassé de cette attente, son mari part à la recherche du personnel dans le couloir et ramène la première bouse blanche qu’il arrive à happer «par chance, c’était une sage-femme». Elle lui confirme l’imminence de l’accouchement et l’emmène en salle de naissance.
La blouse blanche disparait. Allongée sur le lit, les pieds dans des étriers métalliques, elle pousse. A ses cotés, une autre blouse - rose cette fois ci - brandit des ciseaux.
Consciente que son périnée "est trop serré", elle interpelle la blouse rose «qu’est ce que vous attendez pour me faire une épisiotomie ? »
«Je ne peux pas, je ne suis pas sage-femme » !
Alors, dans un dernier effort, elle se relève sur le lit, déchire son périnée avec ses doigts pour faire place à son enfant et le fait naitre…

Je reste sans voix devant ce récit apocalyptique. Elle poursuit sur son séjour tout aussi calamiteux - me donnant au passage quelques détails complémentaires qui me permettent de mémoriser le prénom de sa fille et sa date de naissance - et conclut pleine d’amertume que jamais elle ne remettra les pieds là bas. Bien évidemment.

A ma garde suivante, je consulte le registre et trouve le dossier correspondant, date, prénom, profession, tout colle…
Elle est arrivée 1h30 avant son accouchement, a été directement installée en salle de naissance. Les nombreux commentaires de la sage-femme sur le partogramme (notre feuille de route) montrent qu’elle était, sinon toujours, au moins très régulièrement présente. Enfin, surtout, son périnée n’a aucunement souffert, ni épisiotomie, ni déchirure, pas l’ombre d’un point.

Cette rencontre stupéfiante se rappelle à moi chaque fois qu’un témoignage me donnerait envie de m’en prendre à une équipe, un praticien.
Une histoire racontée avec tant de sincérité mais si éloignée de la réalité.

Je n'ai pas d'explication sur ce décalage, mais une hypothèse, l'obésité de cette femme, certainement difficile à vivre dans ce métier de l'esthétique. Dans son souvenir, elle a mis au monde son enfant toute seule, avec courage et abnégation. Cette naissance revisitée serait-elle le moyen de retrouver une estime de soi mise à mal par les standards actuels ?

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22 novembre 2009

Bad trip

Une jeune sage-femme me décrit ses premiers pas dans une maternité inconnue d’elle.
Dans ce lieu, à la naissance, l’enfant est immédiatement emmené dans une autre pièce, examiné, pesé, toisé, lavé et habillé. Ce n’est qu’ainsi, paré des attributs de l’humanité - cachez cette nudité que je ne saurais voir - qu’il est présenté à sa mère.

Lors du premier accouchement qu'elle accompagne, soucieuse de préserver ce temps originel et unique de la rencontre, elle pose, à l’encontre du protocole, le nouveau-né sur le ventre maternel. Pas bien longtemps, comment s'autoriser à bouleverser l’organisation du service dès son arrivée ? Quelques précieuses minutes volées aux habitudes avant la ritournelle de gestes enchainés mécaniquement sans plus savoir s’ils sont indispensables.
Quelques instants pour laisser une mère et son tout petit faire connaissance.

S’étant ainsi affranchie des règles du service, elle est vite rappelée à l’ordre par une consœur plus "expérimentée".
« Ici ce n’est pas comme ça qu’on fait, ce n’est pas notre trip »...

Ce "trip" renvoyant à la consommation de stupéfiants et à l’univers new âge en dit bien plus que le simple refus de modifier des habitudes. Il dénie l’importance de ces premiers instants et assimilent ceux qui soutiennent le contraire à des irresponsables.

Eternel conflit entre partisans et détracteurs de l’hyper-médicalisation de la naissance - en la qualifiant d’hyper, je choisis mon camp ! - qui s’impose ici de façon flagrante au détriment de l’humain.

Pourtant, combien de femmes, combien d’hommes aussi, décrivent cet instant où, lorsque le nouveau-né a plongé son regard dans le leur, ils se sont sentis définitivement, totalement, mère ou père de cet enfant là.

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12 novembre 2009

Méthode Coué

Elle a très, vraiment très envie d’accoucher et cherche à se convaincre de l’imminence de la naissance. Elle détaille chaque sensation, échafaude nombre d’hypothèses et utilise ses expériences passées pour améliorer la véracité de ses descriptions. Cela fait une demi-heure qu’elle enchaine ainsi plaintes diverses et questions. Ce ne serait rien si elle ne quêtait en permanence mon approbation.

Son dos est vraiment douloureux, surtout les reins et puis elle ne sentait pas cela les jours précédents. Ça doit bien être le début du travail ? Mais ses lombalgies sont positionnelles et tout dépend du fauteuil ou de la chaise choisis.

Elle évoque ensuite des pertes liquides. Aurait-elle fissuré sa poche des eaux ? L’hypothèse ne résiste pas à quelques questions permettant de préciser que non, aucun liquide ne s’écoule mais qu’elle ressent - parfois - une vague sensation d’humidité.

Mais alors, son ventre qui se durcit ? Je tombe dans ce nouveau panneau en confirmant que cela pourrait être des contractions. Mais il s’avère que son ventre se tend de façon très localisée, tension certainement plus liée aux mouvements du bébé qu’à un travail utérin. Pour emporter ma conviction, elle s’étire et se crispe, marmonnant «ouille ouille ouille !» pour faire bonne mesure. Ma main posée sur son ventre sent un utérus bien souple. Douleurs ligamentaires peut-être ?

Sans se décourager, elle tente une autre stratégie. Peut-être que son col s'est dilaté depuis sa dernière consultation ? Je dois impérativement le vérifier. J’avance quelques explications sur l’inutilité de ce constat chez une femme arrivant à la fin de sa quatrième grossesse. Mais elle insiste et je finis par céder.
Mon examen ne révélera rien de particulier, un col habituel de multipare. Je lui rappelle que cela ne veut rien dire et qu’elle peut se mettre en travail dans la journée comme dans quinze jours.

« Surement pas dans quinze jours, y a une lune demain !»

Je capitule et la laisse à ses rêves.

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09 novembre 2009

L'indicible

Son premier enfant est né par césarienne sous anesthésie générale et elle en garde un terrible non-souvenir. Pour cette seconde grossesse, pouvoir accoucher lui est un enjeu essentiel. L'obstétricien se montre confiant et rien ne laisse prévoir la nécessité d’une nouvelle intervention.

Dans les dernières semaines, elle passe souvent à la maternité, les radios de son bassin sous le bras, demandant encore et toujours à être rassurée sur ses bonnes dimensions et la possibilité d’un accouchement par voie basse. Hasard du calendrier, je suis souvent présente lors de ses visites. C’est donc moi qui, régulièrement, lui confirme que tout s’annonce bien. Elle semble à chaque fois soulagée.

Elle arrive en travail pendant l’une de mes gardes. Je suis heureuse d’être celle qui l’accompagnera vers cet accouchement tant désiré et me sens dépositaire de sa confiance.

Elle est en tout début de dilatation mais assez vite, tout se complique. Elle se tord de douleur, crispe sa main sur son sexe en criant que « ça pousse, ça pousse trop fort ».

Je vérifie son col, espérant que le travail ait évolué très rapidement mais rien n’a changé. Elle est à 2 cm de dilatation avec un bébé très haut, qui n’appuie pas.
Perplexe, je tente de la rassurer, masse son dos, lui propose un bain… elle s’apaise et je la laisse avec son compagnon.

Je suis rapidement rappelée par une sonnette insistante. Ce n’est plus de son ventre ou des ses reins qu’elle se plaint. Les deux mains plaquées sur les joues, dévissant violemment le cou comme si elle voulait en détacher son crane, elle sanglote « ma tête, ma tête, ma mère ne m’aimait pas ». Son homme la regarde, anéanti.

Je suis jeune sage-femme et me sens totalement démunie devant sa détresse. Je tente de l’aider mais à chaque contraction, le leitmotiv déchirant revient «ma mère, elle m’aimait pas» et je ne sais quoi faire. L'expression de sa souffrance n’a rien d’habituel et je suis totalement dépassée.

Une psychanalyste travaille dans la maternité et intervient de temps à autre lors des accouchements. Je la sais en séance et passe un coup de fil en lui demandant de venir au plus vite.  Les minutes s'égrènent dans son attente et je suis submergée par cette souffrance confinant au délire. N’y tenant plus, je vais frapper, impensable impair, à la porte de son cabinet.

Elle comprend l’urgence et abandonne sa patiente avec quelques mots d’excuses.
Je la laisse seule avec la mère… les cris cessent.
Elle ressort un peu plus tard et explique qu’une césarienne s’impose, hors de tout motif obstétrical, parce que l’acte d’accoucher est absolument intolérable à cette femme. Nous ne pouvons la laisser traverser cette indicible épreuve.

La mère pourtant si opposée à l’idée pendant la grossesse, accepte cette solution avec un immense soulagement. L'obstétricien, confiant dans le diagnostic, adhère à la décision et le bébé naitra peu de temps après par césarienne. Le séjour de cette femme s’est ensuite passé de façon apaisée, sans jamais aucun mot de regret sur les conditions de cette naissance.

Plus tard, elle m’a confié un peu de son passé, comme un début d’explication. Une enfance douloureuse marquée par la grande violence de sa mère à son égard,  jusqu’à une tentative de meurtre et son placement, encore petite fille, à l'assistance publique.

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02 novembre 2009

Altérité

Encore étudiante, je suis en stage au « bloc obstétrical » d’un grand centre hospitalier.
La communauté maghrébine est importante et beaucoup de femmes venant accoucher ne parlent pas ou très mal le français.
Elles sont prises en charge de façon standard par des équipes déjà très occupées et peu enclines à faire l’effort de les comprendre.

Elles ont bien du mal à rester allongées sur la table mais cette position leur est imposée. De temps en temps, une plus rebelle que les autres profite de notre absence pour détacher les fils de son monitoring et s’accroupir au sol.
Il ne vient à l’idée de personne de respecter son choix et la femme est rapidement réinstallée comme la médecine moderne (fin des années 70) l’exige.

A la fin de l’accouchement, le respect n’est toujours pas de mise. Afin que les femmes cessent de pousser - pour laisser la sage-femme réaliser le sacro saint dégagement de la tête - on leur pince le nez, geste surprenant censé les stopper dans leur élan.

Choquée par l’inhumanité de cette prise en charge, j’apprends quelques mots d’arabe. Très peu, juste de quoi amorcer un semblant de communication : « Bonjour, ça va, pousse, un peu, beaucoup, ne pousse plus, merci, fille, garçon, petit, gros, tout va bien, au revoir.… » Avec ma minable douzaine de mots au compteur, leurs notions de français, les gestes et les regards, on y arrive. Le but n’est pas de soutenir une conversation mais de faire un pas vers ces femmes. Et puis, je sais leur demander de cesser de pousser, plus besoin de les pincer…

Un peu de chaleur humaine.
Ce que l’hôpital laisse de coté en ne prévoyant pas de recours à un interprète.
Ce que mes futures consœurs sages-femmes ne cherchent plus à offrir, lassées et démotivées par ce quotidien difficile.

Un soir, une femme arrive en larme, expliquant avec ses mains et ses quelques mots de français qu’il est trop tôt pour accoucher, qu’elle n’est enceinte que de 6 mois. La sage-femme, au vu de son ventre conséquent, ne la croit pas et laisse l’accouchement se faire. Un peu plus tard, nous verrons naitre non pas un mais trois bébés, grands prématurés qui ne survivront pas.

Je ne sais si, en écoutant ce que disait cette femme,  nous aurions pu faire mieux - la médecine était moins performante qu’actuellement - mais nous n’avons même pas essayé…
Résultat conjoint d’une communication difficile et d’une certaine arrogance du « savoir » médical.

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31 octobre 2009

Bientôt maman, suite et fin

Le second volet du documentaire « Bientôt Maman » se consacrait à l’arrivée de l’enfant. Reflet d’une certaine réalité française, aucune des naissances évoquées n’échappe à la médicalisation. La péridurale est de règle.

Deux  femmes sont filmées sur toute la durée de leur accouchement.
Pour la première, la naissance est provoquée. Le bébé nait couvert de vernix et la sage-femme confirmera qu’il a un peu d’avance… Nous n’en saurons pas plus. Rien ne permet d’affirmer que ce déclenchement a eu lieu sans raisons médicales, mais rien ne dit le contraire. Manque d’explication qui peut laisser penser que les enfants doivent naitre à notre heure et non à la leur…

Une seconde mère subit une dilatation plus que paresseuse. La sage-femme, attentive, lui propose de nombreuses positions pour faciliter la descente du bébé et relancer le travail. Ce sera finalement l’évocation d’une issue chirurgicale qui dénouera la situation. Détail essentiel, la sage-femme prend soin d'évoquer un éventuel recours à la césarienne bien en amont de la décision. Si l’ultimatum chirurgical n’est pas facile à recevoir, il permet à cette femme de prendre conscience du délai donné et de lever "son" blocage. Comme déjà écrit ici, il n’est jamais simple de se séparer et de nombreuses mères trainent en chemin, encombrées par cette ambivalence, garder son enfant pour soi ou le (re)mettre au monde.

Une autre femme optera, lors de la dernière consultation de grossesse, pour une seconde césarienne. Elle refuse de tenter la voie basse car elle craint un nouvel échec. La sage-femme acquiesce immédiatement à sa demande, sans aucun commentaire, sans relever que programmer une  intervention pour se protéger de la déception d’une intervention potentielle est pour le moins  paradoxal. Pour respecter les choix des parents, faut-il se contenter d’abonder dans leur sens ?

Au final, aucune naissance spontanée. Il apparait qu’un accouchement ne peut se passer de perfusion, péridurale, poussée en position gynécologique et directives données par la sage-femme.

Les téléspectateurs que sont les futurs parents, baignés par ces images récurrentes, s’approprient cette vision standardisée de la naissance. Formatage encombrant dont ils devront d’abord se défaire pour pouvoir laisser éclore leurs propres envies et besoins.
Tous n’en ont pas l’occasion. Ils se satisfont alors d’un système qui les soumet plus qu’il ne les respecte.


PS : les vingt minutes de poussée de l’accouchement en clinique privée sont intégralement accompagnées par le gynécologue. Est-ce le reflet de la réalité ?  En cas d’accouchement « normal » en secteur privé - à l'hôpital, les sages-femmes poursuivent leur travail jusqu’à la naissance - quel est le temps de présence de l'obstétricien aux cotés d'une femme ? Les commentaires sont ouverts…

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29 octobre 2009

Brève tempête

C’est son troisième enfant.
La dilatation se fait dans la douceur ouatée du cœur de la nuit. La pièce est dans la pénombre, elle est demi-assise sur le lit, souffle longuement à chaque contraction. Peu de mots sont échangés. Son homme est présent à ses cotés, attentif et silencieux.

Je passe les voir régulièrement, ne m’attarde pas. Ils vont bien et n’ont nul besoin de mon aide.
Quelques heures plus tard, mon examen la découvre à dilatation complète. Je lui annonce qu’elle peut pousser si elle le souhaite. Elle me donne son accord.

Elle s’installe. Nous sommes, son compagnon et moi, debout de part et d’autre du lit et elle vient appuyer ses pieds sur nos hanches.
La contraction suivante arrive. Elle peut y aller, une inspiration profonde, elle y va… et la sérénité qui habitait la pièce la minute précédente se transforme en tourbillon agité. Paniquée, elle gesticule, appelle à l’aide, lance ses jambes qui menacent de nous crocheter au menton.

Le calme revient dès la suggestion de cesser de pousser. A l’évidence, elle n’est pas prête.
Je lui propose –un peu tard - de laisser monter l’envie physique. Rien ne presse, son enfant va bien.

Je la laisse seule avec son compagnon pour respecter l’intimité de cette attente.  Les soupirs profonds audibles depuis le bureau voisin m' informent qu’une nouvelle contraction vient de passer.
Une autre contraction s'annonce et la sonnette résonne. Je reviens auprès d’elle.
L’envie est bien là. Elle a d’ailleurs commencé à accompagner son bébé sans plus attendre. Nous soutenons ses jambes. En quelques poussées, le bébé nait, dans la même douceur, la même sérénité que celle qui présidait à la dilatation.

Le moment de panique n’aura été qu’un intermède fugace dont je suis la responsable. Mauvaise idée que de lui suggérer de pousser.
Les quelques minutes de sursis qu’elle s’est accordées lui étaient nécessaires pour prendre elle-même la décision. L’heure de la séparation ne pouvait lui être dictée ni par son utérus, ni par la sage-femme.

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27 octobre 2009

Grand écart

Ralerie facile…

Il suffit de comparer les propos tenus par le même professeur ici et .

Le premier document date de 2008. C’est un communiqué du CNGOF (Collège national des gynécologues et obstétriciens français) dont le professeur Lansac était président.  Nous pouvons y lire que la continuité des soins pose question en cas de transfert d’une maison de naissance attenante à la maternité au plateau technique de la même maternité, que la prise en charge d’une urgence désorganise l’équipe de garde (!) et que la seule bonne solution serait d’ouvrir les maternités aux sages-femmes libérales ( on doit pouvoir compter sur nos doigts les sages-femmes ayant obtenu cet accès) afin que les femmes bénéficient «de la sécurité de l’équipe médicale et du plateau technique »

Dans le second article,  le même professeur précise que faire 100 km pour accoucher ne pose aucun problème et que devoir «transférer les césariennes et autres cas problématiques n’a rien de choquant». D’ailleurs, «on ne peut pas mettre une équipe médicale dans chaque maternité ».

Dans un cas on nous ballade avec de fausses allégations sur la sécurité. En effet des études internationales démontrent que la prise en charge des accouchements physiologiques à distance des plateaux techniques obtient les mêmes résultats en termes de santé maternelle et néonatale qu'en maternité tout en diminuant le nombre des interventions.

Dans l’autre cas, on affirme banal de voyager dans la brousse pour bénéficier d’une césarienne, il faudrait simplement s’attacher à améliorer les transports.

Je ne connais pas la situation de Mayotte, si ce n’est que la maternité de Mamoudzou détient le record des naissances en France (9000naissances/an) .
Je m’étonne simplement que le même médecin puisse envisager un transfert de plusieurs dizaines de kilomètres avec sérénité là-bas quand il s’inquiète de la traversée d’un simple couloir ici.

Métropole versus Mayotte, autre version du « que vous soyez puissants ou misérables »…
La mauvaise foi sort seule gagnante de cette comparaison.

PS:  il existe de nombreuses autres approximations dans ce document du CNGOF… Par exemple  « l’entrée (lire transfert) en salle de naissance ne sera décidée que par le couple et les sages-femmes libérales ».
Faut-il comprendre que les parents n’ont pas à participer à la décision médicale ? Cette attitude serait contraire à la loi n°2002-303 relative aux droits des « malades » du 4 mars 2002..
Faut-il aussi comprendre que les sages-femmes sont incompétentes pour décider d’un transfert ? Toute l’organisation des soins obstétricaux en France serait à revoir. Les  accouchements sont tous suivis par les sages-femmes qui ont en charge la détection d’une éventuelle complication pour passer alors le relai aux obstétriciens.

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19 octobre 2009

Subliminal

Dernières gardes avant d’obtenir mon diplôme et de voler de mes propres ailes.
Une des sages-femmes de la maternité accouchera cette nuit là, bien décidée à vivre la naissance à sa manière, sans l'intervention de l'équipe.
Lors de la poussée,  la sage-femme de garde et l'étudiante que je suis encore nous bornons à tenir le miroir lui permettant de contrôler elle-même la sortie de son bébé.
Demi-assise sur le lit, les pieds dans les étriers, elle guide son enfant, le regard rivé à l’image qui se reflète.  La tête apparait doucement, accompagnée par le souffle de sa mère plus ou moins appuyé pour maitriser le dégagement et préserver le périnée. Puis le petit fait son quart de tour, les épaules se placent dans le bon diamètre, encore une ou deux poussées et elle peut prendre son bébé sous les aisselles et l'attirer sur son sein.
Elle l’a mis au monde. Toute seule.

L’histoire fait le tour de la maternité en quelques heures. Il faut bien être sage-femme et sage-femme émérite pour pouvoir ainsi accoucher sans que nul ne touche à l’enfant, ne retienne sa tête, ne soutienne le périnée. Cette aventure est de l’ordre de l’exploit personnel, un Everest obstétrical…
Du haut de mon inexpérience, je m’extasie de concert…

Quelques semaines plus tard, je prends mon premier poste dans une maternité « alternative », respectueuse des femmes et confiante dans leurs compétences.

Je découvre une autre façon de travailler, d’accompagner, de respecter.
Je m’émerveille mais cherche ma place. J’ai été formée pour diriger, je dois apprendre à m’effacer. Installée entre les cuisses maternelles, un autoritaire « Madame ne poussez plus ! » nous laissait tout loisir de dégager la tête, geste "noble" s’il en était. Ici, les sages-femmes se placent de coté et ne guident que par quelques paroles. Nous n'agissons que si cela s’avère indispensable, rarement.

Loin de l’exploit de cette nuit hospitalière, simplement, les mères font naitre leur bébé elles-mêmes, sans que la sage-femme n' intervienne.

Cette simplicité ne se réduit pas aux dernières minutes de la naissance.  La confiance dans les ressentis maternels, le respect de l’autonomie modifient le déroulement - et le vécu - de tout l’accouchement.
A l’évidence, les femmes savent faire.

Ce qui était extraordinaire là-bas devient banal ici. Pourquoi ?
Les attitudes semblent similaires, les paroles encourageantes sont les mêmes. Mais il y a d'un coté la conviction de la compétence maternelle et de l’autre la défiance.
Rien n’est dit.
Mais le message passe.

C’est dans ce message subliminal qu’il faut chercher la source de l’incompréhension entre professionnels. Chacun est convaincu que seule sa façon d’exercer est possible. Chacun est conforté dans ses certitudes par son vécu quotidien.

Notre façon d’être dicte l’attitude des couples que nous accompagnons. 

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18 octobre 2009

Autorité

Une série de  reportages réalisés dans une grande maternité et diffusés il y a quelques années.
Documentaire intéressant utilisant les habituelles ficelles narratives du genre, s’attacher à quelques professionnels pour nous les rendre proches et choisir des histoires émouvantes, extraordinaires ou douloureuses.
De nombreuses heures filmées puis largement coupées et montées pour mieux se conformer au projet du réalisateur.
Personne ne doit être dupe,  tout cela est scénarisé.

Peut-être cette sage-femme avait elle la mauvaise place, le mauvais rôle dans un synopsis déjà écrit. Peut-être était-il décidé qu’elle serait celle que l’on n’aime pas pour mieux faire aimer les autres.

Quelques circonstances atténuantes lui sont cependant accordées. La femme enceinte qu’elle accueille apparait indisciplinée voire inconsciente ; hospitalisée pour une menace d’accouchement prématuré, elle a quitté le service contre avis médical et revient un peu plus tard en ambulance car son accouchement s’est effectivement déclenché.

Il est certes décourageant de tenter de soigner, d’être nié dans ses efforts et de devoir ensuite prendre en charge les conséquences de cette négation…

Mais tout n’est pas excusable

Hors champs,  la femme gémit, se plaint de la douleur et réclame de l’aide. Elle s’écrie « j’ai mal, faites quelques chose !»

Et la sage-femme de répondre «vous me parlez sur un autre ton, ici c’est moi qui commande!»

Je pense à la détresse de cette mère, à l’inhumanité de la « soignante ».
Honteuse que son métier et le mien soit pareillement nommés.

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