01 octobre 2013

S'affirmer

 

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Ils viennent en famille pour la consultation du sixième mois. Leur petite fille de 18 mois les accompagne. Une toute  mignonne brunette avec qui je tente de faire connaissance.

Elle prend peu à peu ses marques, s'autorise à lâcher la main de des parents, accepte de s'intéresser aux jouets que je lui tends.
Son regard est malicieux et… fuyant. Annoncée par ses parents comme  "la dame qui s'occupe du bébé", me voilà désignée responsable de l'irruption prochaine d'un concurrent. Toutes mes tentatives d'approche échouent lamentablement. Elle ne me voit pas, ne m'entend pas. Bref, je n'existe pas.

La consultation se poursuit. Elle est calme, s'amuse avec les jouets, explore la salle.

Vient le temps de l'examen clinique. Poids, tension, palpation, hauteur utérine, bruits du cœur. Le petit se manifeste et ses mouvements sont bien perceptibles. Les parents commentent cette agitation, s'amusent et s'émeuvent de sentir leur enfant répondre à leurs appels, se demandent si leur fille pourrait aussi le percevoir.
La grande sœur est un peu plus loin, occupée avec une poupée. Je l'invite à venir "dire bonjour au bébé".

Tout d'un coup, je ne suis plus transparente et elle n'est plus mutique.
Bien campée sur ses deux jambes, elle me lance un regard de braise et clame sa réponse.
NON !

Voilà qui est clair.

 

Je déstocke ce petit intermède léger. Pas le temps d'écrire en ces temps de mobilisation autour de l'AAD qui s'organise du côté des professionnels comme du côté des parents. 
- une petite vidéo à faire tourner
- et un blog militant

A suivre

 

Illustration

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30 juin 2013

Avis de recherche ?

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Trois campagnes de prévention ont récemment eu lieu : supplémentation en folates (vitamine B9) en prévision d’une grossesse, contraception et frottis.
Trois campagnes où les sages-femmes avaient très logiquement leur place.

La première était la plus confidentielle. Les professionnels de santé ont reçu une affiche à apposer en salle d’attente, ainsi que  des plaquettes d’information à destination de leurs "patientes".

Qui peut prescrire ces folates ? Les médecins et les sages-femmes. Mais si ces dernières étaient bien mentionnées dans la brochure, un fâcheux oubli les avaient effacées de l’affiche. Nous étions donc censées placarder dans nos salles d’attentes un document omettant de nous citer…

Peu de temps après débute une campagne sur la contraception. Joie, nous sommes bien référencées parmi les multiples interlocuteurs possibles. "La contraception qui vous convient existe. Pour vous aider à la choisir, parlez-en à votre médecin ou à une sage-femme, demandez conseil à votre pharmacien ou rendez-vous sur choisirsacontraception.fr".
Je pourrais remarquer que les femmes parlent à leur médecin, leur pharmacien mais à une sage-femme. Ne chipotons pas.

L’omission des sages-femmes dans les campagnes de santé publique aurait pu n’être qu’un mauvais souvenir quand soudain, nouvelle annonce, nouvel oubli.  Un spot radio m’interpelle tous les matins en rappelant l’intérêt du frottis de dépistage. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes de la prévention si le spot ne se terminait ainsi  "Si vous n'avez pas fait de frottis depuis plus de 3 ans prenez rendez-vous avec votre médecin, c'est important".

Et nous voilà encore une fois gommées alors que nous effectuons régulièrement ces frottis, depuis des lustres en début de grossesse, plus récemment en post natal puis dans le cadre du suivi gynécologique de prévention.

Pourtant, là aussi le document explicatif disponible sur le site dans la rubrique "Vos interlocuteurs"  nous cite (dans une synthaxe un tantinet approximative) "Dans une nouvelle loi promulguée en 2009 (loi "Hôpital, patients, santé, territoires" (HPST), les sages-femmes sont désormais habilitées à réaliser des frottis, y compris en dehors de la grossesse. Par ailleurs, un arrêté daté de 2010 amène tout médecin ou sage-femme à questionner les femmes enceintes et à leur proposer la réalisation d'un frottis si cet examen n'a pas été fait dans les trois années précédant cette consultation".

Il aurait été judicieux d’ajouter que nous pouvions prescrire le vaccin, comme cela est précisé pour les médecins. Mais je chipote encore.

Mais est ce toujours du chipotage de souligner que le gynécologue est qualifié d’"acteur central du dépistage du cancer du col de l'utérus". Pourquoi serait-il plus "central" que le généraliste ou la sage-femme ?
Le gynécologue est l'acteur du diagnostic comme le texte le précise ensuite "En cas d'anomalie décelée sur le frottis, il réalise la démarche diagnostique (colposcopie, éventuellement biopsie du col". Peut-être vaut-il mieux ne pas encombrer ses consultations de rendez-vous pouvant être aussi bien assurés par d'autres.

Notre absence dans les annonces alors que les sages-femmes sont bien citées dans la documentation plus complète me laisse un petit gout amer. Très certainement, l’efficacité de la communication - nécessité d’un message bref et lisible - serait le prétexte invoqué.

Mais "parlez en à votre médecin ou à votre sage-femme", est ce vraiment prendre le risque de brouiller le message ?

N‘est-ce pas plutôt le moyen d'informer correctement les femmes pour leur permettre de choisir le praticien qu'elles souhaitent consulter ?

 

 

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28 avril 2013

Timbrée

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J’aime bien les jolis timbres ; pas pour accumuler les gravures crénelées dans de précieux albums, mais très banalement, pour le courrier. Comme un hommage rendu au papier, à l’objet. Si j’osais, je cachèterais mes envois à la cire…

Comme le cachet n’est plus vraiment de mise au temps du net, me reste l’option d’égayer mes enveloppes d’une vignette un peu plus originale qu’une banale Marianne.

Quand le stock s’épuise, je passe à la poste, espérant que le choix ne se limitera pas à «Recettes de terroir » ou « collector Claude François ». La dernière fois, il restait  d‘anachroniques «Meilleurs vœux » et les petits messages de Ben.  Va pour les messages. Pour faire bonne mesure, j’ai pris cinq carnets…

J’aurais pas du !

"J’aime écrire" m’arrache un demi rictus quand je poste un courrier en triple exemplaire (maternité/médecin traitant/gynéco) alors que les destinataires se montrent trop rarement enclins à m’écrire quoi que ce soit…

"Je suis timbré" me parait un double sens dangereux pour accompagner le règlement de mon assurance professionnelle.

"Entre nous" est un peu trop intime pour le médecin du travail que je souhaite convaincre de déclarer en inaptitude (provisoire) une femme enceinte malmenée par son employeur.

 "Enfin de l’art" n’est pas tout à fait bienvenu pour le traitement d’une infection vaginale entrainant divers symptômes inconfortables et malodorants.

"Vous êtes formidables" est un encouragement un tantinet excessif pour mes onéreuses cotisations retraites.

"Gardarem lo moral" serait de mauvais aloi pour cette femme redoutant une nouvelle grossesse trop vite venue.

"J’ai quelque chose à dire" semble un message trop explicite pour ma lettre de réclamation à l’Urssaf.

 "Pour l’instant tout va bien" est un poil anxiogène quand j’adresse copie des résultats à celle qui doit rapidement consulter un spécialiste.

"Les mots c’est la vie" n’est pas adapté à ce médecin bourru qui m’a expédiée en trois mots" Hum, oui, peut-être", lorsque je sollicitais son avis.

"Cette idée voyage" apparaît bien ironique pour le traitement d’une infection sexuellement transmissible.

"Et mots d’amour" ne convient strictement à personne si l’on veut rester strictement professionnelle !

Reste le très tautologique "Ceci est une lettre"...
Enfin m’en reste plus, curieusement les cinq sont déjà utilisés !

 

PS : à celles et ceux qui imaginent qu’il suffirait de choisir un autre timbre pour chaque situation… Essayez… pas si simple !!

 

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21 avril 2013

Géant

 

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Elle fait des gestes, de grands, de très grands gestes…

Elle débute une grossesse et c'est notre première consultation. Elle a déjà une petite fille, née quatre années plus tôt. Elle affirme, selon la formule consacrée, "Tout s'est très bien passé". Les neufs mois d'attente ont été sereins, l'accouchement s'est déroulé simplement, "presque" tout seul.

Le "presque", c'est juste un "petit forceps". Je tente de lui en faire préciser les circonstances. Mon intérêt semble la surprendre. Elle s'autorise du coup un récit détaillé, décrit très précisément toutes les étapes, les premières contractions ressenties à la maison, l'arrivée à la maternité, le monitoring, l'attente, l'immobilité, la péridurale salvatrice. Puis, au moment d'évoquer la dernière phase, son corps se met en mouvement. 

Elle mime bras tendus l’arrivée de l’obstétricien, suggérant d’immenses instruments de métal brandis par le médecin.

Repousse le bureau pour suggérer une puissante traction,

Zèbre l’air à grands coups de poignet pour expliquer l’épisiotomie,

Et conclut par de grands cercles de la main figurant le trajet d’une gigantesque aiguille venant joindre les chairs.

Quelque chose me dit que son excellent souvenir affirmé en conclusion mérite d’être un peu interrogé.

 

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07 janvier 2013

Coup de projecteur

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Des articles et forums lus sur le net, les témoignages de mes consoeurs, certains commentaires du blog, des questions posées par le biais de "contactez l'auteur", des échanges mails, et le presque quotidien du cabinet ... une convergence d'éléments démontrant la méconnaissance de notre métier.

La sage-femme cette inconnue… 

La sage-femme est la professionnelle de santé pouvant prendre en charge l’ensemble des événements physiologiques (normaux) de la maternité et du suivi gynécologique.

Maternité : suivi médical de la grossesse, préparation à la naissance, accouchement, suivi postnatal, allaitement, rééducation périnéale.

Gynécologie : suivi annuel, frottis, prescription de contraception (y compris pose d'implant et de dispositif intra utérin). 

En cas de pathologie, la sage-femme collabore avec le médecin spécialiste pour la prise en charge de la grossesse et de l’accouchement, lui passe le relais pour le suivi gynécologique.

La France compte 20000 sages–femmes en exercice. Elles exercent majoritairement au sein des maternités, mais aussi en cabinet libéral et en PMI.

 

En libéral, elles assurent tout ou partie des activités suivantes : consultation de grossesse et postnatale, préparation à la naissance, suivi au retour à domicile, suivi de l’allaitement, consultation nourrisson (suivi staturo pondéral), rééducation périnéale, échographie, suivi gynécologique (et, sur prescription d’un médecin, surveillance d’une grossesse qualifiée de pathologique).

Certaines de ces sages-femmes proposent un accompagnement global de la naissance : présentes du pré au postnatal, elles vous assistent lors de votre accouchement, que ce soit à domicile ou en plateau technique (au sein d’une maternité mais en toute autonomie)

Il y a 4000 sages-femmes libérales, donc forcément une pas trop loin de chez vous. Pensez à la contacter pour votre suivi gynécologique et dès que vous avez un projet de grossesse...

 

En maternité, vous aurez - très ! - souvent affaire aux sages-femmes. Elles assurent une partie des consultations, des échographies, la préparation à la naissance, sont les praticiennes qui vous prennent en charge au quotidien en cas d’hospitalisation pendant la grossesse, tout au long de votre accouchement et pendant votre séjour postnatal.

 

Elles sont aussi présentes dans les centres de protection maternelle et infantile (PMI) pour accompagner les femmes enceintes dont la grossesse nécessite, pour des raisons médicales, sociales ou psychologiques, une présence rapprochée.

Certaines exercent dans les centres de procréation médicalement assistée.

Enfin, vous trouverez des sages-femmes dans les centres d’orthogénie, pour assurer les consultations de contraception et pour accompagner les IVG.

 

Vous avez donc de très nombreuses raisons d'avoir affaire à une sage-femme. Pourtant, les jeunes diplômées peinent à trouver leur place.

Certains cabinets libéraux ont du mal à exister, faute d'agenda suffisamment rempli. A l'inverse, du fait de la diminution des postes, les sages-femmes salariées sont débordées et constatent chaque jour la dégradation de la qualité de leurs prises en charge. Il est demandé à chacune d’en faire toujours plus avec moins. Ce toujours plus se fait forcément au dépend de la qualité des soins, de l’attention portée à chacune.

 

Comment agir ?

- pour les libérales, le principal obstacle est la méconnaissance de leur champ de compétences. La sécurité sociale promettait en 2007 une mise en avant de leur profession. Nous l’attendons toujours. Faisons le ensemble grâce à la magie des réseaux sociaux !

- pour les salariées, les directions des établissements négligent leur surbooking quotidien. La pénurie n’est pas encore à un point tel que la sécurité soit en cause (quoique...) mais "la mère et l’enfant vont bien" n’est qu’un minimum, nécessaire mais pas suffisant ! Il faut que de nouveaux postes soient ouverts. Ecrivez, témoignez, dénoncez ce qui ne doit plus être.

 

Faites circuler très largement cet article autour de vous. Demandez à vos contacts de le relayer.
Faites mieux connaître ce métier dédié à la santé des femmes !

 

Edit du 9/01 : UN GRAND MERCI A TOUS. Ce billet a été largement relayé. Il reste cependant une possibilité qui n'a pas été assez exploitée, l'envoi par mail, qui permet de faire circuler l'info auprès d'un autre public que celui de FB ou twitter. Y a juste à cliquer sur la petite enveloppe, là, tout en bas à gauche... Je compte encore sur vous !

 

Pour aller plus loin

- Rôle des sages femmes dans le système de soin (rapport de la cour des comptes septembre 2011) 

- Une plaquette d'information restée confidentielle. A diffuser largement !

- Quelles sont les compétences générales de la sage-femme (site du conseil de l'ordre)

- Sur ce blog, "Sage-femme mode d'emploi", "Résister"

 

 ©Photo  A is for Angie

 


10 octobre 2012

Juste valeur ?

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C’était quelques jours avant la revalorisation de notre consultation (passée à 21€ depuis le 15 septembre).

Elle arrive en cours de grossesse parce que ses "exigences" horaires ne conviennent pas à son gynécologue qui lui aurait dit « Si vous voulez des rendez-vous après 18 heures, vous n’avez qu’à aller voir une sage-femme ». C’est en tout cas ce qu’elle me raconte pour expliquer notre rencontre un peu tardive. Le code du travail autorise*les absences pour les consultations règlementaires mais bien que salariée, sa situation professionnelle ne lui permet pas de faire jouer cet article sans risquer de perdre son emploi.

Je la reçois donc en fin de journée. Comme trop souvent, son médecin n’a pas jugé utile de me transmettre un dossier. Son parcours de vie émaillé de petits mais nombreux problèmes de santé occupe une bonne partie de la consultation. La partie suivante est consacrée à l'avalanche de ses questions inquiètes. C’est la première fois semble-t-il qu’elle peut évoquer la masse de scénarios angoissés accumulés depuis le projet de cette grossesse.

Examen clinique (après avoir argumenté l’inutilité du toucher vaginal systématique), prescription du bilan mensuel (en expliquant ce qui est recherché) ; il est presque 20 heures quand la consultation se termine.

-"Voilà vous me devez 19 €. Je vais prendre votre carte vitale, vous serez remboursée dans les cinq jours et j’attends pour poser votre chèque.

- Oui d’accord mais je croyais que pendant la grossesse on était couverte à 100% ?

- Tout à fait, vous serez remboursée de la totalité par la sécurité sociale, sans mutuelle.

- Oui mais pendant la grossesse on est bien prise en charge à 100% ?

- Bien sûr, c’est ce que je viens de vous dire.

- Mais si je suis à 100% pourquoi je devrais avancer l’argent ?

- Parce que la prise en charge 100% et le tiers payant, ce n’est pas pareil. De toute façon, je ne déposerai pas votre chèque à la banque avant que vous ne soyez remboursée.

- Ah bon, mais pourquoi je dois vous payer ?

.....

- Parce que notre rendez-vous a duré plus d’une heure, qu’il est tard et que je trouve normal d’être payée pour mon travail ! Pas vous ?

- Si si… " dit elle en extirpant - lentement - un chéquier de son sac.

Déontologiquement correcte, je n’ai pas évoqué les dépassements d’honoraires - connus et conséquents - de mon "confrère" gynécologue.

 

*Article L1225-16 du code du travail ; ça peut toujours servir !

 

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28 mai 2012

Le bûcher des vanités

 

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Notre profession est en pleine évolution, tout particulièrement en exercice libéral. De plus en plus de femmes font suivre leur grossesse par une sage-femme. Nous prenons aussi en charge les enfants dans les premières semaines (et parfois premiers mois, sachant que cette surveillance est alors complémentaire du suivi mensuel assuré par les médecins généralistes ou pédiatres). Enfin, en août 2009, l’extension de nos compétences au suivi gynécologique de prévention et à la contraception est venue compléter notre champ d’action. 

Spécialistes débordés, longs délais pour obtenir une consultation pédiatrique ou gynécologique, les femmes se tournent vers leur sage-femme (ou leur médecin traitant). Cette organisation des soins est une évidence de santé publique, libérant du temps de spécialistes pour les situations particulières. Dans tous les cas, si une pathologie est décelée, les sages-femmes passent le relais au praticien compétent, comme je l’ai déjà expliqué sur ce blog.

Ainsi, les femmes et les familles peuvent bénéficier d’une prise en charge de qualité, où chacun trouve sa place et s’articule avec les autres praticiens du réseau en fonction de la demande, de l’urgence et de la complexité des situations.

Voilà pour le monde idéal.

Parfois ce monde vacille. Nous ne sommes plus complémentaires mais concurrents et certains voient le développement de la profession de sage-femme comme une remise en cause de leurs propres compétences.

C’est ainsi qu’un médecin a porté plainte contre une collègue sage-femme de Savoie.
Les raison de sa plainte : son inquiétude pour la santé de plusieurs enfants.
Le rapport avec la sage-femme mise en cause ? Aucun !

Enfin si, la sage-femme a été en contact plus ou moins direct avec chacun d'eux.
Le premier est né à domicile, après une grossesse parfaitement normale et un accouchement tout aussi physiologique. Plusieurs semaines après la fin du suivi par la sage-femme, le sevrage, rendu nécessaire par l’hospitalisation de la mère, a été difficile.
Le second est son frère aîné de plusieurs années. Il est reproché à la sage-femme de ne pas avoir veillé à sa croissance lors des visites à domicile liées à la naissance du cadet.
La mère du troisième était suivie pendant sa grossesse par cette même sage-femme qui a détecté les premiers signes d’une pré éclampsie et a immédiatement demandé une hospitalisation.

Ainsi la sage-femme est désignée responsable des choix éducatifs d’une famille, refus de vaccinations, enfant non scolarisé en maternelle, alimentation biologique (qualifiée par le médecin "des habitudes alimentaires des adeptes de ce genre de secte") et de la pathologie d’une femme enceinte. 

Je veux croire que ce médecin s’est réellement inquiété de la santé de ces enfants. Mais c’est le procédé qui interroge. Pourquoi ne pas contacter directement la sage-femme ? Pourquoi ne pas chercher à recueillir auprès d’elle les informations permettant d’éclairer chaque situation ?
Pourquoi refuser la conciliation proposée par le conseil de l’ordre après son dépôt de plainte ?

Il ne s’agit plus alors de préoccupations de santé mais de querelles d’ego et de pouvoir.

En d’autres temps, des médecins ont accusé les sages-femmes de sorcellerie, conduisant parfois ces dernières à être brulées vives en place publique.
Saluons la douceur des temps modernes qui nous permet de gérer ces conflits de façon tout aussi publique mais devant un tribunal administratif.

Soutenez Sandrine Fiandino, le 7 juin à 11 heures au tribunal administratif de Lyon, 184 rue Duguesclin.

 

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21 mai 2012

Ginger et cher

 

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Un sondage, largement relayé sur le net, nous "révèle" que 75 % des femmes souffrent de nausées au cours de leur grossesse.

L'enquête a été réalisée sur 1061 femmes dont on ne sait si elles sont enceintes ou si elles font appel à leurs souvenirs. Les 75% annoncés en une du site se transforment en 72% dans la brochure téléchargeable dont 40% de façon occasionnelle. C'est moins impressionnant vu ainsi mais il faut savoir crier au loup assez fort pour être relayé dans les médias.

Pour faire bon poids, il nous est précisé que "pour 80% des femmes, les nausées persistent tout au long de la journée". Manque de bol, nous ne saurons pas d'où vient ce chiffre puisque la référence a disparu.

Loin de moi l'idée de minimiser l'enfer que vivent certaines femmes, pouvant les mener jusqu'à l'hospitalisation. Mais je déplore le procédé qui consiste à glisser allègrement du cas particulier à la généralité pour mieux faire passer la pilule.

La pilule en l'occurrence, c'est du gingembre.
Rien de nouveau ! Comme le distributeur le souligne lui même, la Haute Autorité en Santé précisait dès 2005, dans son livret "Comment mieux informer les femmes enceintes ? " : "Seuls le gingembre et l’acupuncture sont efficaces pour les nausées". 

Pas de progrès majeur donc, mais une campagne promotionnelle bien orchestrée avec l'annonce d'une fiche à télécharger "Parlez en à votre médecin ". Je glisserai rapidement sur l'oubli si coutumier des sages-femmes lorsque l'on évoque les professionnels du suivi de la grossesse... Cette fiche reprend tous les codes d'une notice pharmaceutique, histoire de s'acheter une légitimité, puis mentionne en bas de page et petits caractères gris clair "ce produit n'est pas un médicament".

Mais pourquoi tant d'esbroufe ? Certainement pour justifier le prix, 1295 € le kg de gingembre en gélule ! C'est trois à quatre fois le tarif des autres fournisseurs.

Mais si vous êtes enceinte et nauséeuse, on peut faire encore moins cher : faire infuser cinq à dix minutes10 g (dose maximum pour une journée) de gingembre frais râpé dans 250 ml d'eau. A boire au fur et à mesure des besoins...

Elle est pas belle la vie ?

 

Petit billet au titre calamiteux (pas pu m'empêcher) pour annoncer la SMAR dont le thème cette année est la naissance et l'argent. Quelques actions annoncées ici.


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18 mai 2012

Le droit à la faille

 

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Son parcours est chaotique, pas de diplôme, un enfant arrivé tôt dans sa vie, une séparation, la précarité, puis une rencontre et cette nouvelle grossesse. Elle s’interroge et s’inquiète de son devenir, de celui de sa famille recomposée, souhaite se donner un avenir professionnel… A chaque consultation, elle revient sur ces multiples questionnements pesant sur sa grossesse. Je tente de l’accompagner, suggère certaines pistes, cherche à lui ouvrir quelques portes.

Pour poser tout cela, il lui fallait un lieu, un interlocuteur. En piochant au hasard, c’est tombé sur moi.  Cela dépasse le cadre du suivi de grossesse mais je lui offre volontiers le temps dont elle a besoin.

Ce jour-là, je la croise en sortant de la maternelle avec un de mes enfants. Je suis pressée, et dans une "autre vie", la mienne.
Je la salue d’un sourire, sans m’arrêter et poursuis ma route, tenant la main de mon petit. Comme tous les enfants, il occupe déjà l’espace des récits de sa journée et de ses projets de goûter.

Au regard qu’elle me lance, je sens immédiatement que je l’ai blessée… comme si mon attention lors de nos rendez-vous n’était que façade.
Je me promets de m’en excuser à notre prochaine rencontre, d’expliquer la séparation que je souhaite préserver entre activité professionnelle et vie privée.

Mais je n’en aurai jamais l’occasion. Elle ne vient pas au rendez-vous suivant. Je laisse un  message sur son répondeur m’inquiétant de ne pas avoir de ses nouvelles. Lorsque je tente une seconde fois de la joindre, c’est son compagnon qui décroche, furieux, m’accusant de la harceler.

J’imagine que les conversations que nous avions lui sont apparues comme une totale mascarade. J’avais failli…c'était impardonnable. 

Je m’en suis voulu de ne pas avoir pris le temps de quelques mots en la croisant. Je lui en ai voulu de ne pas me laisser m’en expliquer. 

Cette vieille histoire m’a accompagnée, m'aidant à mesurer l'intensité de certaines attentes, la profondeur de la possible déception. Comme une  leçon à garder en mémoire.

Pas assez cependant. Il y a quelques semaines, une mère revue en consultation, envahie de questions après la naissance de son enfant. Un rendez-vous ajouté à une journée chargée, le retard déjà accumulé au moment de la recevoir, préoccupée par une autre consultation s’annonçant difficile, la paperasse à assurer, les coups de fil à donner, mon insomnie de la veille et le frigo vide… Je ne me suis pas montrée disponible.
J'en ai eu conscience sans parvenir à faire mieux. Fatiguée, pas envie, plus envie.

Elle est partie en me lançant le même regard que celui croisé un jour devant la maternelle. J’ai tenté de m’excuser un peu plus tard, par téléphone.
Mais c’était le répondeur…

 

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06 avril 2012

Dédale

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Nous nous rencontrons sous le fallacieux prétexte d'une rééducation périnéale. Nos premiers échanges le montrent d’évidence, elle se contrefout de son périnée.

Elle se voit basculer dans une phobie envahissante - en lien avec des grossesses antérieures mal vécues - phobie qui vient peu à peu diriger tous les moments de sa vie. Elle souhaite rencontrer un des psychologues de l’hôpital mais, planning surchargé oblige, la secrétaire doit la rappeler. Son périnée n'est qu'un prétexte pour parvenir à rencontrer quelqu'un.

Je ne peux, je ne sais pas l’aider.
Ce que j'annonce dès notre première rencontre, expliquant que ma compétence de sage-femme ne correspond pas à son besoin. Mais, dans l'attente de sa consultation hospitalière, elle demande à me revoir. J’accepte l’intérim. 

Nous nous revoyons donc une seconde fois, puis une troisième. Cela fait presque un mois qu’elle attend l'appel du secrétariat. Je tente d’appuyer sa demande en essayant à de nombreuses reprises de joindre le service. Le téléphone sonne presque toujours dans le vide. Sinon, c’est pour tomber sur un répondeur annonçant les heures d’ouverture, horaires correspondant parfaitement à ceux de mes appels. Et pas de possibilité de laisser un message. Je cherche à feinter en joignant l’accueil de l’hôpital (à quelques mètres du service), stratégie totalement vaine. « Oui c’est le bon numéro, oui y devrait y avoir quelqu’un, non je ne peux rien faire de plus… »

Elle revient. Elle ne dort presque plus, envahie par des pensées angoissantes, des cauchemars… Je suis inquiète car incapable d'évaluer la gravité de sa situation. La consultation tant attendue devient urgente. 

Le service reste injoignable et, hors de l'hôpital, mon "réseau" habituel est inopérant. Je n'ose l'orienter vers un libéral car elle n’a pas les moyens de régler une consultation. Certains la recevraient certainement mais je ne veux ni exploiter leur bonne volonté, ni mettre cette patiente d’une honnêteté scrupuleuse en difficulté. Les psychiatres du secteur sont eux aussi débordés. Un de mes correspondants appelé à l’aide me glisse l’idée des urgences psychiatriques… je tente.

Recherche sur les pages jaunes. Pas de numéro urgence psy indiqué. Je contacte le standard de l’hôpital ; faut joindre les urgences adultes me dit-on, sans me les passer. Nouvel appel aux urgences. Je fais l'erreur de m'annoncer comme sage-femme et la standardiste me bascule d’autorité sur les urgences  maternité.

Nouveau coup de fil, nouvelle attente, nouveau standard. Je m‘applique à mieux présenter la situation en taisant mon identité professionnelle. Cette fois, on semble me transférer vers le service ad hoc mais je suis accueillie par une petite musique suivie du rituel message "Le poste de votre correspondant est momentanément indisponible. Nous vous prions de bien vouloir renouveler votre appel ultérieurement".

Re-standard, qui me passe enfin le bon poste. Je déroule toute l’histoire sans reprendre mon souffle. Enfin, un très charmant infirmier psy comprend ma demande et me confirme que ma "stratégie" est la bonne. 

Ouf !

Cela fait juste 55 minutes que je suis au téléphone…

 

PS : Reçue longuement aux urgences, sa demande auprès d'un psychologue a été appuyée et le rendez-vous obtenu rapidement. Quelques entretiens plus tard, je la retrouve déjà soulagée et plus souriante. Happy end.

 

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