19 février 2010

Contre sens

La FHF, Fédération Hospitalière de France lance une campagne de promotion du service public. Louable combat en ces temps de marchandisation de la santé.

Mais y a un bug ...
Une des affiches concerne la maternité. Sous les photos d’une jeune maman (à la main joliment ornée d’une compresse et d’un sparadrap attestant de la disparition récente d’une perfusion), et d’un bébé potelé dans un incubateur, on peut lire :
« Plus de 500 000 naissances, soit environ 3/4 des accouchements, ont lieu à l’hôpital public, dont la plupart des grossesses à risques et des accouchements avec complications, ainsi que 100 % de la réanimation des nouveaux-nés. Autant de raisons pour choisir l’hôpital public ».

D’abord, on est plus proche des 2/3 que des 3/4 (données "provisoires" Insee : 828 000 naissances en 2008, 821 000 en 2009)… Sans ergoter inutilement, l’honnêteté exige de donner des chiffres justes.
Ensuite, l'affiche joue sur les mots en affirmant «100 % de la réanimation est assurée par le service public», propos un peu flou à la limite de la malhonnêteté. Il faudrait comprendre que l’ensemble des services de réanimation de nouveaux-nés appartiennent aux centres hospitaliers (dit type III). Pour un public moins au fait de terminologies médicales, cela laisse entendre que seuls les établissements publics sont en mesure de procéder aux gestes de réanimation sur un enfant venant de naitre, ce qui est bien évidemment faux.

Voilà de quoi alimenter l’angoisse de parents qui ne sont pas censés décrypter les subtilités d’une campagne de communication.  Autant mettre en sous titre "accoucher est dangereux... et plus encore dans le privé !"

Voilà comment je me retrouve à -presque- défendre les maternités privées, alors que les dépassements d’honoraires, les fonctionnements plus commerciaux que médicaux, l'exploitation du personnel sont régulièrement les sujets de ma colère.

Cette campagne maladroite va donner l’occasion au secteur privé de communiquer sur la manipulation des données pour se racheter une « virginité ».

Il y a quelques mois, c’est la FHP, Fédération de l'Hospitalisation Privée, qui faisait preuve de mauvaise foi en comparant les tarifs publics et privés - entre autres ceux de l’accouchement - bien évidemment au bénéfice du privé.
La réponse de la FHF est lisible ici. Elle souligne avec raison que les tarifs annoncés ne prennent pas en compte l’ensemble des frais, en particulier les honoraires des praticiens libéraux.

Mais la suite de l’argumentaire est encore une fois axée sur le risque, soulignant l’hypertechnicité des hôpitaux comme la garante de la meilleure qualité des soins. Pourtant, lors de grossesses et d’accouchements normaux, cet abus de technologie peut se révéler iatrogène*.
En 2003, dans le très officiel rapport de la Mission périnatalité, les Pr Bréart, Puech et Roze écrivent « Si la nécessité de soins intensifs ne fait aucun doute dans les situations à haut risque, le débat est beaucoup plus ouvert dans les situations à faible risque. Dans ces situations, il a été montré que l'excès de surveillance pouvait être iatrogène. Les données disponibles laissent penser qu'il faudrait à la fois faire plus et mieux dans les situations à haut risque, et moins (et mieux) dans les situations à faible risque ».

Pour défendre l’hôpital, je préfèrerais voir mises en avant les qualités d’un service accessible à tous, attentif au bien-être des patients, soucieux d'efficience plutôt que de rentabilité.
En somme, la définition d’un service public… (à aller défendre ici)

* pathologie provoquée par une acte médical ou un médicament.

PS : S’il vous prenait l’envie de souligner que j’ai opté pour le système privé puisque je suis sage-femme libérale, je répondrais que je l’ai choisi parce que c’est la seule façon de travailler comme bon me semble, en me donnant le temps nécessaire pour chaque femme rencontrée, sans contrainte de rentabilité imposée…
... mais qu’il me serait très agréable de pouvoir exercer de la même façon en étant salariée (ou au moins "forfaitisée") pour éliminer toute notion de paiement à l'acte.

Posté par 10lunes à 10:48 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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