01 avril 2012

Pas de fumet sans feu

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Cet article paru le 29 mars dans le Monde a fait du bruit dans le landerneau des sages-femmes. Ces propos évidemment mal compris et mal interprétés les avaient quelque peu révoltées.

Odile Buisson a souhaité préciser sa pensée :

En aucun cas, je n'ai souhaité  porter atteinte, ni à la profession de sage-femme, ni à l'autonomie des femmes.

Loin de toute position corporatiste, je souhaitais alerter sur les difficultés d’accès à la contraception et au suivi de prévention, pourtant gages de la sécurité sanitaire des femmes françaises. Cette fonction, longtemps tenue par des gynécologues médicaux aux compétences sous employées, est sans aucun doute du ressort des sages-femmes (comme des médecins généralistes). Examen gynécologique, bilans biologiques et frottis cervico-vaginal sont en effet des pratiques banales pour les sages-femmes puisqu'elles s’inscrivent très habituellement dans le cadre du suivi de grossesse. 

En aucun cas, je ne suggèrais que les sages-femmes outrepassent leurs compétences. Elles réalisent lors de leurs consultations un interrogatoire soigneux permettant de dépister les éventuels facteurs de risques; si tel est le cas, elles réadressent les patientes vers le médecin. Ce temps consacré au dépistage et à l’information est autant de temps libéré pour les consultations déjà chargées des spécialistes.

Par ailleurs, attribuer la longévité des françaises à l'existence de notre spécialité était un raccourci hasardeux. Rien ne permet de démontrer la corrélation entre ces deux facteurs. Pour preuve, la gynécologie médicale est très peu présente en Espagne et l'espérance de vie des espagnoles est pourtant supérieure à celle des françaises.

Comme je le soulignais, les femmes sont des citoyennes à part entière. Chacune d'elle est en droit de choisir d'être suivie par une sage-femme ou un médecin, d'accoucher avec ou sans péridurale, d'allaiter ou non son enfant. Ces décisions lui appartiennent pleinement. Et notre role de soignant n'est ni d'influencer, ni de dénigrer leur choix mais de les accompagner.

Je m’attache comme l’ensemble des praticiens médicaux, à exercer au sein d’un réseau où tous les acteurs de la santé se complètent et se coordonnent, dans le souci partagé de répondre aux attentes et aux besoins des citoyennes de première classe que sont les femmes…

En ce dimanche premier avril, je remercie Odile Buisson d'avoir pris le temps de cette salutaire mise au point.

 

PS : pour celles et ceux qui douteraient  de la véracité des paroles rapportées, je vous renvoie à la date de publication et à l'illustration de ce billet...

PS bis : on me rapporte aujourd'hui que certains s'interrogent encore sur la réalité de ces propos. Je confirme donc le message implicite du PS précédent : poisson d'avril !!!


Quand l'article d'Odile Buisson est paru, nous avons été nombreux(ses) à réagir. Très vite, au fil d'échanges sur Twitter, est venue l'idée d'une réponse groupée. 

Ce texte s'inscrit dans une démarche partagée avec la Poule Pondeuse et Souristine  ; chaque texte est individuel et rédigé en fonction de nos sensibilités personnelles. 
Néanmoins, femmes, médecin, sage-femme, nous partageons toutes une certaine idée de ce que pourrait (devrait?) être le suivi des femmes et la prise en charge de la naissance en France.


 

 

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23 mai 2011

Lettre à mes amis syngofiens

 

Mes très chers amis du Syngof, j'avais envie d'évoquer ici votre dernier communiqué, nouvelle démonstration de l'harmonie présidant au partenariat entre gynécologues et sages-femmes.

Je me réjouis avec vous de cette autre possibilité donnée aux femmes de consulter avec facilité. Elles n'ont plus à attendre de longues semaines un rendez-vous avec un médecin au planning saturé par des pathologies que lui seul peut gérer.

Je suis comme vous heureuse qu’elles soient reçues par des professionnels disponibles qui peuvent prendre  le temps d’examiner avec elles la méthode de contraception non seulement la plus adaptée à leur santé mais aussi à leur mode de vie, à leurs habitudes et préférences.

Je suis rassurée comme vous l’êtes par la qualité de la formation des jeunes diplômés, par la volonté d’actualisation des connaissances des plus anciens (les DU de gynécologie et d’orthogénie sont pris d’assaut).

Je me félicite de votre réflexion sur la meilleure façon d’articuler nos deux professions, nos compétences respectives, afin que chaque femme en demande de contraception, en attente de grossesse, enceinte, ou en post partum soit accompagnée par l’interlocuteur le plus adéquat.

Cette collaboration se révèlera fructueuse, n’en doutons pas.

Mais, très chers amis du Syngof, je vous en prie, soyez attentifs à la formulation de vos idées.
L'on finirait sinon par croire que votre unique souci est la défense de votre pré carré.


Ce billet est le énième traitant de ce thème. Une petite sélection ci-dessous
14/11/09

27/12/09
08/06/10
25/08/10

 

 

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02 septembre 2009

Préhistoire

Service de gynécologie, au cœur d’un vieil hôpital fatigué. Une toute jeune fille y est hospitalisée en chambre collective pour une infection gynécologique. La pièce s’étire d’une fenêtre à l’autre. Quatre lits sont alignés, séparés d’à peine plus que la largeur d’une table de nuit. Aucune intimité n’est possible.

C’est la grande visite. Derrière le chef de service, des membres de l'équipe soignante - "surveillante", sage-femme de l’étage et infirmière de jour - mais surtout le cortège des étudiants en médecine, élèves infirmières et futures sages-femmes.

Nous nous entassons dans la chambre. Comme de coutume, chaque cas est exposé au chef de service par l’un des étudiants. La chambre commune ne laisse aucune patiente ignorante de la pathologie des voisines ; respecter le secret médical n’est pas encore une préoccupation.

Vient le tour de l’adolescente. Elle est jeune, diaphane, assortie au blanc rêche de ses draps.
Outre ses trois voisines de chambre, nous sommes bien une vingtaine, hommes et femmes, entourant son lit.
Après la présentation de son dossier, le médecin l'informe qu'il va l’examiner pour confirmer le diagnostic. Sans autres explications, il écarte le drap,  empoigne ses chevilles pour l’installer en position gynécologique et relève le bas de la chemise fournie par l’hôpital.

Elle se raidit et ferme les paupières. La main gantée s’approche de son corps crispé, insiste puis se retire au bout de trop longues secondes. Le grand patron annonce qu’elle est «inexaminable» car trop contractée. Il faudra donc «la passer au bloc» pour une courte anesthésie afin de parfaire le diagnostic. L’étudiant prend note.

Le cortège recule pour aller s’entasser dans la chambre voisine.

Personne n’a osé suggérer qu’un peu d’humanité et l’intimité d’un cabinet de consultation pourraient éviter le recours aux hypnotiques.

PS: nous sommes en 1977

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