20 mars 2011

Mot à mot

 

Cette magnifique jeune femme arrive avec un tout aussi magnifique enfant dans les bras. Son sourire est éclatant, celui de sa fille tout autant.

Heureusement que nous avons ce moyen de communication car la langue est une vraie barrière. Elle bredouille qu’elle parle très peu le français, hélas pas du tout l’anglais ; par contre l’allemand ou le russe lui iraient bien… Je sais dire merci en russe et mes années d’allemand remontent au lycée… va pour le français ! Au pire, on se débrouillera avec un traducteur en ligne.

Finalement son français n’est pas si mauvais. Je choisis mes mots,  parle lentement, accompagne mes paroles de nombreux gestes et mimiques… elle aussi. Un peu laborieux mais on y arrive.

A la fin de cette consultation, nous somme l’une et l’autre plutôt soulagées d’avoir pu nous comprendre.
Nous sommes en train de nous dire au revoir et je souris à sa petite fille qui me gratifie aussitôt d’un enthousiaste «areu »… que je répète évidemment ; comment résister aux tentatives de séduction d’un nourrisson ?

Le visage de sa maman s’éclaire : « Areu ? Areu ? Allemand, on dit aussi ! »


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20 février 2011

Coups de fil

Dring
- Je suis enceinte de huit semaines et je suis très inquiète car je perds du sang. J’ai appelé mon médecin qui m’a dit de prendre rendez-vous pour une échographie mais c’est dans 3 jours.
Je ne peux rien faire de plus mais elle raccrochera 15 minutes plus tard, un peu apaisée d’avoir été écoutée.

Dring
- Je viens de recevoir un coup de massue
- Un coup de massue ?
- Oui, au sens figuré
(Je m’en doutais un peu ! ) Je sors de chez le médecin et il m’a prescrit une surveillance deux fois par semaine.
L'endocrinologue l’a menacée d’une mort fœtale si elle ne se conformait pas strictement à ses directives et l'a laissée partir en pleurs sans plus d'explication. Ce sera donc à moi de prendre le temps nécessaire pour la rassurer, aisément d’ailleurs car ses glycémies sont peu perturbées.

Dring
- J’ai accouché il y a 10 jours, j’ai vu mon gynécologue ce matin et il m’a dit que j’avais une descente d’organe.
Suivent une description précise de ses symptômes et de nombreuses questions sur l’évolution, la rééducation et une éventuelle chirurgie…
Que je tente d’interrompre sans succès en soulignant que si peu de temps après un accouchement, il s’agit plus d’un constat que d’un diagnostic définitif. Je raccroche en ayant le fort sentiment d’avoir terminé bénévolement pendant 20 minutes la brève consultation facturée par un autre.

Dring.
- Bonjour, je ne suis jamais venue chez vous et je voudrais savoir combien de temps à l’avance il faut vous appeler pour prendre des rendez-vous de rééducation périnéale ?
- ???
Au final, préparation suivie dans un autre cabinet qui a organisé la sélection des actes les plus rentables. La préparation à la naissance (92.22 € /45 mn)* c’est tout de suite, la rééducation périnéale (18.55 €/30mn) c’est dans au moins 6 mois…

Y a des jours où le travail coordonné des professionnels de santé semble un idéal inaccessible...

* Ce n’est pas toujours ainsi. La plupart des sages-femmes proposent des séances allant de 1h30 à 2 heures voire plus… pour le même tarif.

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19 octobre 2010

Eléments de langage

Les entretiens de Bichat des sages-femmes ont changé de lieu. Ils quittent l’ambiance solennelle quoiqu'un peu datée de la maison de la chimie pour le palais des congrès. Immense temple de verre, marbre et bois blond, ostentatoire plus que majestueux.

Le premier thème de la matinée «Agir en toute  physiologie » m’est cher ; perdue dans le dédale de couloirs et d'escaliers roulants à la lenteur confondante, je rate le début des interventions. L'exposé en cours compare les modalités de création d’un "espace physiologique" au sein de deux maternités. Le suivant concerne l’expérience d’un établissement parisien organisant les suites de couche en secteur physiologique (accueillant moins de la moitié des accouchées ! ) et secteur qualifié de haut risque. Ces présentations se concentrent sur les stratégies de mise en place, l’organisation des professionnels, les horaires des professionnels, la satisfaction des professionnels. Nous ne saurons rien de ce que vivent les parents au sein de ces services.
Le débat qui suit devrait pouvoir nous éclairer mais le dispositif permettant d'intervenir est décourageant. Seuls trois micros sur pieds sont disposés dans les allées. Il faut donc se lever, déranger l’ensemble des personnes assises dans la rangée, pour aller se dresser sur la pointe des pieds (les micros sont réglés pour des géants) afin de pouvoir être entendu.
Les échanges seront brefs et ne nous diront rien du vécu parental.

Suit la pause. Les couloirs bruissent de voix très majoritairement féminines. Une jeune sage-femme, accueillie en stage au cabinet pendant sa dernière année d'étude vient à ma rencontre. Passionnée par son métier, elle est pleine d’espoir pour l’avenir et persuadée que le regard des professionnels sur la physiologie évolue. Pour m'en convaincre, elle raconte la création, dans la maternité où elle exerce, d'une salle de "déambulation".

Déambulation... qu'en termes choisis ces choses là sont dites ! Cette salle ainsi nommée me semble exemplaire de nos dysfonctionnements actuels. La prise en charge de l’accouchement ne peut s'entendre que rigoureusement encadrée par divers protocoles, règles strictes et techniques reconnues. La naissance physiologique ne saurait s'en dégager.

Ainsi, il ne peut être question de s'appuyer simplement sur le ressenti des femmes. Dédier spécifiquement un lieu à la marche permet d’introduire une rigueur toute médicale dans un espace d’improvisation possible ; inconcevable autonomie, potentielle source de désordre… Une femme en travail ne peut se mouvoir au gré de ses envies.
Elle déambule dans la salle prévue à cet effet.

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13 septembre 2010

Trahie

Elle met du temps à se remettre de ce premier accouchement difficile ; un travail long, une péridurale manquant d’efficacité, une équipe débordée qui ne passe qu’en courant - ce qu'elle a accepté de bonne grâce du fait du remue ménage audible dans les salles d’accouchement voisines - et le constat final que son bébé ne se positionne pas comme il le devrait.
Cela s’est terminé en césarienne.

Un peu auparavant, un médecin a tenté de fléchir la tête fœtale. De son échec, elle ne lui en veut pas et le remercie au contraire d’avoir essayé de lui éviter la chirurgie.
Non, ce qui la hante encore est cette promesse non tenue «Si je vous fais mal, vous le dites et j’arrête ». Puis l’immobilité forcée par ses mollets liés aux jambières, cette main fouillant au creux de son corps et sa totale impuissance devant le non respect de la parole donnée. L'obstétricien lui a fait mal, très mal ; elle l’a dit, crié, et il a poursuivi son geste.

Cela a été bref, mais pendant ces instants, elle s'est sentie niée, réduite à n'être que le contenant d'un enfant à naitre.
Bien plus que la césarienne inévitable, c'est le souvenir de sa confiance trahie qui la fait souffrir.

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13 avril 2010

Le savant

Il sait !
Rien de ce qui vous arrive ne lui échappe. Tant que vous vous en remettez à lui, totalement confiante en son diagnostic, docile et admirative devant tant de science, il est charmant.
Relation cordiale, mais relation soignant /soignée (dominant/dominée ...) bien évidemment.

C’est dans ce registre que s’est déroulée sa première grossesse. Souffrant d’une pathologie chronique complexe venant compliquer sa maternité, elle s’est soumise sans broncher aux différentes consignes, contrôles réguliers, multiples examens complémentaires, rendez-vous préconisés avec de nombreux spécialistes. Rien d'autre ne comptait que mettre au monde son enfant dans les meilleures conditions pour lui, quel qu’en soit le prix pour elle.
Elle attendait impatiemment chaque consultation avec son obstétricien, appréhendait son verdict, repartait apaisée après la sentence rassurante. La science avait parlé.

L'accouchement a été difficile, travail laborieux et douloureux mais plus rien n'avait d'importance, son petit allait bien.

A nouveau enceinte deux années plus tard, elle revient en toute confiance vers le même praticien. Forte de l’expérience passée, elle comprend mieux les contraintes liées à sa maladie, les effets de celle-ci sur la grossesse, les éléments à surveiller.

Les mois passant, elle se sent déroutée par le suivi proposé qui lui apparait bien laxiste comparé au premier. Elle surveille les résultats de ses bilans, s’inquiète de certains chiffres et réclame une consultation supplémentaire qu'elle obtient avec difficulté.
Ses inquiétudes sont balayées de trois mots,"tout va bien".

Un peu court. La première fois, on lui prédisait les pires complications, cette fois-ci, il n’y aurait qu'à laisser faire. Elle peut imaginer que l’expérience acquise modifie la prise en charge actuelle mais souhaite se l’entendre préciser clairement.

Elle insiste donc et s’aventure à demander des explications, à souligner ce qui lui apparait incohérent dans son suivi. Le savant avenant se sent-il alors déchu ? Il tonne à nouveau "tout va bien !"  déjà debout pour la raccompagner à la porte, lui signifiant ainsi qu'il refuse de s’attarder sur ses questionnements.

Dépitée, elle revient la fois suivante accompagnée de son homme, afin de se sentir plus forte et d’oser affirmer ce qui ne lui convient pas. Elle parle mais le médecin ne veut rien entendre. Elle s'obstine. Furieux de son insistance, il annonce d'un ton sans appel qu'il va la confier à un autre de ses collègues, "puisque elle ne lui fait plus confiance" ...

Louable attitude qui permettra à cette femme de trouver écoute et réponses auprès d'un médecin plus enclin au dialogue mais qui lui fera aussi - résultat collatéral - quitter l’anonymat.
Dans les couloirs de la consultation, chacun désormais la reconnaitra et la saluera par son nom, soulignant ainsi que l'histoire de sa rébellion a fait le tour du service.

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20 novembre 2009

Revigorée

"A la fin de l’accouchement, je n’en pouvais plus, je me sentais épuisée, découragée. Mais la sage-femme m’a dit un truc vraiment super qui m’a complètement "reboostée" ».

« Que t-a t’elle dit ? » (moi aussi je veux la connaitre la phrase magique !)

« Je sais que vous en avez marre, je sais que vous êtes fatiguée »
...

Phrase si banale en apparence, mais prononcée avec tant de sincérité, tant d’empathie pour cette jeune femme qu’elle lui a donné l’énergie de faire naitre son bébé sans aide médicale.
Ce quelle précise avec beaucoup de fierté.

Quelques mots pour un triomphe personnel et une confiance renforcée.

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08 novembre 2009

Certifié conforme ?

Elle a 38 ans, a rencontré son compagnon, de 10 ans son ainé, il y a quelques mois.

Le désir d’enfant vient s’imposer à eux avec force.
Consciente que le temps lui est compté, elle prend rendez-vous avec sa gynécologue afin de mettre toutes les chances de son coté.

Le médecin la questionne « votre compagnon, il a déjà des enfants ? »
Un peu étonnée, elle répond que non, pas encore.
« Dommage, on aurait eu la preuve qu’il n’est pas stérile »

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07 novembre 2009

Décompte

Elle est à six mois de grossesse.
« J’ai appelé la maternité parce que j’ai eu des contractions cette nuit. La sage-femme m’a rassurée mais elle m’a dit de prendre du S… (antispasmodique), de compter mes contractions et de consulter si j’en avais plus de dix dans la journée. Là je suis très inquiète car j’en ai eu bien plus de dix ».

Je ne l’ai rencontrée qu’une seule fois mais elle avait déjà laissé entendre combien elle doutait de sa compétence à porter et mettre au monde un enfant. On vient de lui fournir de quoi nourrir son angoisse. La prescription de ce médicament, tout à fait banale au demeurant, est venue la renforcer dans la conviction de la pathologie. Ce quelle ressent est bien inquiétant puisque il lui faut prendre un traitement et s'assurer de son efficacité.

Elle a donc passé sa journée la main sur le ventre, comptant chaque crispation utérine ; quand elle se tourne, quand le bébé bouge, quand elle a envie d’uriner, quand elle se lève… Toutes réactions musculaires parfaitement normales mais qui lui font vite dépasser le seuil fatidique.
Elle s’imagine déjà avec un bébé prématuré.

Nous sommes à la fin de cette journée et son visage est marqué par la fatigue et l'inquiétude. En la questionnant plus longuement, il ne s’agissait pourtant que d’une bien mauvaise nuit rythmée par une contraction… par heure. Contractilité attendue au vu de sa description d’un sommeil agité marqué de retournements divers au creux du lit à la recherche d’un repos salvateur.

Il va falloir replacer le travail utérin dans son cadre physiologique, rappeler que les premières contractions ont lieu - si tout va bien ! - au moment de la conception puisqu’elles accompagnent l’orgasme, expliquer que palper son ventre pour en vérifier la souplesse suscite en retour une réponse musculaire, démonter le cercle vicieux stress/contraction. Bref démêler cet écheveau d’angoisse construit sur un bref échange téléphonique.

Restaurer sa confiance prendra bien plus de temps que les quelques minutes de cet appel.

Posté par 10lunes à 12:29 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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