03 septembre 2013

Post partum animal triste

 

jcw_pinup_vargas1-500x345

Merci les médias, quand je suis en mal d'inspiration, un petit article et ça repart.

Cette fois-ci, l'article est titré "La vraie histoire du sexe après l'accouchement". Je le lis, bougonne doucement. Il la joue un peu hussard le Dr Harvey ! Le vagin ne sera plus jamais comme avant, ça a l'air de signer la fin d'une époque : bonjour la parentalité, adieu l'orgasme.
Mais si le propos est un peu rude, dénoncer le ronronnement médiatique - qui aime à laisser croire qu'une grossesse est une location de neuf mois restant sans effet dès le départ de l'occupant - est salutaire.

Pour autant est-il normal de penser Plus jamais mon mec ne me touche ? Ce n'est pas ce que j'entends des femmes que je rencontre au quotidien même si rien n'est simple. Fatigue, manque de disponibilité, peur d'avoir mal et/ou de ne pas retrouver le plaisir sont des sujets récurrents dans les semaines suivant la naissance… L'arrivée d'un enfant bouleverse tous les aspects de la vie et il faut se laisser le temps de s'y adapter. Ce n'est sûrement pas assez dit.
Admettons qu'il faille un peu charger la barque pour que le message soit clairement audible.

Mais la barque coule aux paragraphes suivants. 

Mon vagin était devenu un hall de gare. Pourquoi  présenter l'envahissement des examens comme un incontournable ? Les touchers vaginaux sont le plus souvent inutiles lors de la grossesse et ne devraient pas se multiplier pendant un accouchement. Par ailleurs, une femme peut être examinée avec respect, douceur, en ayant attendu son autorisation. Ou l'on peut considérer son corps comme un domaine public, entrer dans une salle de travail sans prononcer un mot, enfiler un doigtier et fourrager brutalement en oubliant qu'il y a un être humain de l'autre côté du plastique. N'est-ce pas plutôt cela qu'il faut dénoncer ?

Pendant l’accouchement, la sage-femme rentre l’avant-bras dans ton vagin pour voir où en est ton col. Que nenni, l'index et le majeur suffisent grandement, pas besoin de l'avant-bras ! Pourquoi véhiculer ce genre d'image sinon pour conforter la "goritude" de la chose ? 

S’ajoutait à cette sensation un accessoire peu glamour mais obligé : pendant un mois après la naissance de son bébé, elle a porté constamment des couches, de très grosses serviettes. Effectivement la couche épaisse manque un tantinet d'élégance. Mais cela ne concerne que les premiers jours, ensuite les pertes diminuent et les protections se font plus discrètes. Alors oui, pas de tampons en postnatal immédiat (le glamour du fil qui dépasse ?) pas de moon cup non plus… Saigner est un aspect de la vie des femmes, tout simplement.

Les médecins recommandent d’attendre au moins quinze jours avant la reprise des rapports. Personnellement, je ne recommande rien sinon d'attendre d'en avoir envie et de prendre du temps ensemble ; pas forcément pour se grimper dessus, juste le temps de la tendresse, parce que le désir émerge rarement entre des pleurs à apaiser et un sac poubelle à descendre...

On nous sert ensuite les inévitables exemples de ceux pour qui ça n'est jamais reparti. L'arrivée d'un enfant ne soude pas un couple, ne le détruit pas non plus. Mais elle aiguise toutes les aspérités. Si ça n'allait pas très bien avant, ça ira rarement mieux après et ce n'est pas l'accouchement en lui-même qui est en cause.

Ce qui m'irrite au final, c'est que cet article écrit en filigrane qu'une nana n'est désirante et désirable que mince, tonique et aménorrhéique ; que tout changement corporel est forcément assassin pour le désir ; que récupérer d'un accouchement, c'est perdre ses kilos, masquer ses vergetures et remonter ses seins. Bien la peine de citer le Beautiful Body Project ! *

Je vous invite à ré(?)-écouter cette chanson de Moustaki magnifiquement interprétée par Reggiani (avec du Baudelaire en prime)

 

*extrait du volume 1 consacré aux mères

 

PS : j'ai volontairement omis plusieurs questions évoquées dans cet article car elles méritent à elles seules un billet. A venir... ?

 

 

Posté par 10lunes à 11:29 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
Tags : , ,


10 octobre 2011

Viril

 

Ils espèrent un nouvel enfant et celui-ci se fait attendre… comme le rendez-vous avec le gynécologue se fait attendre aussi, ils ont souhaité venir me voir, "pour faire le point" me dit-elle.

Le point sera rapidement fait. Une heure pour convenir avec moi que je ne suis pas la personne compétente en la matière, ce que je lui avais précisé lors de la prise de rendez-vous mais elle avait insisté.
Une heure et une consultation que je ne ferai pas régler parce que cela me mettrait mal à l’aise (puisque je ne suis pas la personne compétente…)

Une heure quand même pour évoquer leur désir d’enfant, la pression mise par la famille, les aléas divers de la vie qui font que, peut-être, ce bébé n’arrive pas du fait de quelques casseroles plus ou moins conscientes que le couple doit régler auparavant.

Une heure enfin à tenter de comprendre ce qui s’était passé lors de la première grossesse qu’elle décrit comme compliquée et très suivie. Elle affirme avoir tout oublié de ses difficultés précédentes pour n’en garder que le meilleur, son enfant !
Quels symptômes ? Ca n'allait pas fort. Quels bilans ? Elle ne les a pas. Quels traitements ? Elle ne sait plus vraiment, "une boite blanche avec une bande verte je crois"…

De cette marée d’approximations, doutes et hypothèses émerge une seule certitude, celle de son compagnon lançant fièrement "Moi, mes spermatozoïdes sont en bétons... et d’ailleurs, j’en ai plus que la moyenne ! "

Et dans son œil, toute la conviction de la virilité affirmée.

 

 

Posté par 10lunes à 08:45 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : ,

07 janvier 2011

Intimité

En fin de grossesse, ils se tracassent de savoir diagnostiquer l’avancée du travail, dans l’attente de l’arrivée de la sage-femme. Le futur père voudrait apprendre l’examen du col et de la dilatation.

La sage-femme se propose de les lui expliquer. Afin de pouvoir le guider, enfilant un doigtier et l’enduisant de lubrifiant, elle réalise elle-même un toucher vaginal.

Une fois son examen terminé, elle invite le père à faire de même. Il lui décrira ses perceptions et, forte de ce qu’elle vient de constater, elle pourra l’aider à décrypter ce qu’il ressent.

Bien évidemment, nul besoin pour lui de doigtier, mais force de l’habitude, avant d’introduire index et majeur dans le vagin de sa compagne, il les lèche avec application.

Posté par 10lunes à 08:00 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
Tags :

12 juin 2010

Apparences

Coup de fil en milieu d'après midi, une femme inconnue souhaite un rendez-vous rapide. Sa compagne a accouché il y a quelques semaines et l’allaitement se révèle difficile. Leur bébé pleure beaucoup, ne prends pas assez de poids. Inquiétude, fatigue, elles sont à bout. De passage chez des amis, ils leur ont suggéré d’appeler le cabinet.

Je les accueille un peu plus tard. L’une très grande, costaud, carrée, cheveux coupés très court, vêtue d’un jean informe et d’une très large chemise à carreau, porte une mallette métallique qui évoque les valises de bricolage. L’autre, petite, fluette, une longue mèche de cheveux balayant son visage, me présente leur bébé lové contre son pull moelleux.

Je ne peux avoir de certitude quant à la mère « biologique » mais, au vu de leur présentation respective, la distribution des rôles me parait évidente. Ne voulant pas donner le sentiment d’un jugement arbitraire, je prends soin lors de nos premiers échanges de ne pas sembler désigner celle qui allaite. 

Bien m’en a pris car au fil de la discussion, je comprends mon erreur. Celle qui vient d’accoucher est la plus grande … et lorsqu’elle ouvre sa boite à outil, c’est un tire-lait qui apparait.

Penaude, je me surprends en flagrant délit d'inepte préjugé.

Nous passons un long moment à décrypter les difficultés de cet allaitement. Inquiètes pour leur bébé, elles me semblent avoir été plutôt mal conseillées, notant avec attention les tétées, n’osant pas s’affranchir d'un délai minimal de deux heures, tentant de stimuler la lactation avec un tire-lait, évidemment sans résultat puisque l’appareil, devenu baromètre de la production maternelle, est le lieu de toutes les tensions. D'évidence, il faut d'abord restaurer leur confiance.

Nous reprenons tout cela posément, pesons le petit qui s’est réveillé entre temps. J’accompagne ensuite sa mise au sein pour observer sa position et sa succion. Le bébé tète avec application, sous le regard attentif et ému de ses parents. Quelques phrases rassurantes sur son tonus, son éveil et autres signes positifs évidents les apaisent.
Je propose encore quelques pistes. Il faudrait nous revoir mais elles repartent très tôt le lendemain.

Au moment de me régler, elles tendent une carte bancaire. Je n’ai pas de lecteur de carte, elles n’ont pas de chéquier. L’une et l’autre s’affairent à vider leur fond de poche pour réunir les 17 euros de la consultation.
Malgré leur recherche appliquée, le compte n’y est pas tout à fait. Elles s’en désolent et me demandent de leur indiquer la banque la plus proche. Il est déjà tard, j’ai encore un rendez-vous qui m’attend mais surtout cette rencontre a été lumineuse. La qualité de leur présence, leur extrême attention l'une à l'autre et à leur enfant m’ont plus que touchée. J'assure que je ne suis pas à quelques euros près et leur souhaite une belle route.

Je reçois le couple suivant, le dernier de la journée. Plus tard, j’entends encore deux fois le grelot de la porte, m'informant que quelqu’un est entré et reparti. Rien d'étonnant, divers documents sont à disposition et chacun peut venir les emprunter.

En raccompagnant les parents, j’aperçois une enveloppe posée sur un fauteuil de la salle d’attente. Signée de leurs deux prénoms, elle contient un billet de banque et juste un mot, "merci".

Elles ont pris le temps d'errer dans cette ville inconnue pour trouver un distributeur puis de revenir jusqu’au cabinet déposer cette enveloppe.
J'ai reçu ce soir là bien plus que quelques euros manquants.

Merci à vous pour cette si belle rencontre.

Posté par 10lunes à 08:54 - - Commentaires [32] - Permalien [#]
Tags :

31 mars 2010

A son corps défendu

Il est comte, vicomte ou marquis je ne sais plus mais il a pris soin de me faire savoir sa noble ascendance… Plutôt jeune, plutôt avenant.
Il l’accompagne à tous les rendez-vous, plein d’attention et de prévenance, aux petits soins pour elle.

Elle est extrêmement belle, extrêmement réservée et parle un français laborieux. Elle vient de l’autre bout du monde et porte leur enfant.

Belle histoire d’amour reliant deux pays, deux cultures, deux êtres humains.

Lors d’une consultation, je soulève la question de l’alimentation de cet enfant à venir. Avec ses mots maladroits, elle explique que dans sa famille, dans son pays, toutes les femmes allaitent leur bébé et qu’elle sera très heureuse de faire de même.

Il l’interrompt brutalement, et me lance, sans même la regarder «Il n’en est pas question, ça va lui abimer les seins et ses seins sont à moi».

Soudain le sentiment qu’il est allé faire son marché dans cet autre pays, ramenant comme un trophée la femme au corps parfait choisie avec soin.
Elle a baissé la tête.
Je tente de lui donner la parole mais elle s’est déjà rangée à ses arguments. Elle est sa propriété et cette évidence acceptée me glace.

Posté par 10lunes à 08:17 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : , , ,

25 octobre 2009

Contraires

Elle est plantureuse, immense, obèse.
Il est maigre, efflanqué, ascétique.
Elle parle sans interruption.
Il acquiesce d’un simple signe de tête.
Elle est submergée par l’émotion.
Il est impassible.

Elle est autoritaire.
Il est docile.
Elle ne pardonne rien.
Il ne connait pas la rancune.
Elle a eu une enfance difficile.
Il a eu une enfance heureuse.
Elle est en conflit avec ses proches.
Il a d’excellentes relations avec sa famille.

Elle seule parle et pose ainsi leurs différences.
Je suis perdue dans le flot d’informations déversées, les contradictions de son récit, les rebondissements divers, les coqs à l’âne et les têtes à queue.
A l’entendre, ils n’ont rien en commun si ce n'est cet enfant à venir.  Mais dans la phrase suivante, elle affirme avec force leur amour réciproque.
Au fil de son histoire, elle s’empêtre toujours plus dans ses dénégations et ses allégations de bien-être.

Une seule évidence, sa souffrance.

Posté par 10lunes à 14:03 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,