19 janvier 2013

Lol :(

 

6183597043_f98bdc56fb_b (1)Au début, je l’ai juste tweeté, évoquant une insondable stupidité méritant une péridurale du cerveau.

Et puis j’ai vu ce truc multirelayé par divers médias web, sites de vulgarisation médicale, sites "d’information" dédiés au féminin, pages facebook... La pseudo info est même arrivée dans ma boîte mail perso. J’ai lu des commentaires amusés, des admiratifs, des "Comme ça, ils sauront ce que c'est", des Lol et autres mdr...

Tout ça pour quoi ?

Pour une émission de télévision (Pays-Bas) à la noix où deux jeunes mecs se font poser des électrodes sur les abdominaux et subissent des stimulations électriques allant grandissant, soit-disant pour leur faire vivre ce que vit une femme lors d’un accouchement. 

L'extrait qui circule commence par des images de vraies naissances, sonorisées comme il se doit de bruits divers et cris plus ou moins étouffés. Au passage, j’aimerais qu’on rétablisse cette vérité : le cri de la poussée n’est pas corrélé à la douleur ; il  permet l'ouverture du périnée au passage de l'enfant. Une efficace protection du dit périnée prévue par dame nature.

On enchaîne sur des images des deux jeunes cons, plutôt hilares au début, et puis de plus en plus tordus de douleur.

Qui pourrait imaginer que les contractions utérines seraient équivalentes à des abdos trop sollicités ? Le mécanisme de l’accouchement est physiologique, le muscle répond normalement à une demande pour laquelle il est prévu. Rien à voir avec ce simulacre où les muscles sont artificiellement tétanisés.

Et puis, y aurait une  sage-femme… Elle tient la main, suggère des positions, cale un oreiller, masse, respire avec "l'accouchant". Toutes choses pouvant réellement aider lors d’un vrai travail utérin ; mais on joue à quoi là ??  En quoi un coussin préservant l’ouverture du bassin par la rotation externe des fémurs pourrait-il soulager une crampe ?

Ça doit se sentir, cette émission m’a mise en rogne. Parce qu'elle fait du spectaculaire racoleur en prétendant faire du scientifique, parce qu’en filmant ce simulacre d’accompagnement, on dénigre ce travail essentiel qui permet à une femme de lâcher prise pour laisser son corps s’adapter au mieux.

Le travail de mise au monde, mêlant corps et psyché, est autrement plus complexe que ce que veut nous faire croire cette piteuse blague à la fois sadique et potache.

 

©Photo

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25 octobre 2012

Bruits

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Le week-end dernier, un fait divers dramatique a occupé les médias qui ont unanimement relayé une version simpliste et reprise en boucle, à base de déserts médicaux et de fermetures des maternités de proximité. Après les médias se sont engouffrées les représentations professionnelles, reformulant les faits pour mieux les faire coïncider avec leurs propres combats. Les politiques ont renchéri - persistance de l'absurde agitation coutumière au mandat précédent ? - Le président a demandé publiquement l'ouverture d'une enquête administrative et MN Lienemann, sénatrice PS, réclamé un moratoire sur la fermeture de maternités. Enfin, Pelloux en a appellé aux maisons de naissance. Je devrais m'en réjouir mais là encore, il ne s'agit que d'attirer la lumière ; une maison de naissance n'est pas un lieu d'accueil pour un enfant prématuré.

Chez les sages-femmes, ça bruisse aussi. Elles se sentent oubliées, les médias ont causé maternités, gynécologues, mais pas d'elles. Il faudrait réagir. Ca discute, ça temporise... les uns et les autres finissent par publier leurs communiqués. 

Quelle que soit la justesse des causes défendues, cette curée où chacun tente d'utiliser l'émotion (le voyeurisme ?) me désole. Le monde médiatique semble ainsi fait que nous ne puissions débattre sur la place publique qu'à "l'occasion" d'un drame individuel ...

Mais la difficulté d'accès aux soins n'est pas que géographique. Dans le même temps, les syndicats de médecins négocient leurs (tarifs) pardon, leurs dépassements d'honoraires. Les raisonnements spécieux fleurissent, invoquant le non remboursement par l'assurance maladie des dits dépassements pour contester sa place dans ce débat. La belle idée de 1945, garantissant un égal accès aux soins pour tous, est balayée. Oui les tarifs médicaux ne sont pas toujours à la hauteur des études/des responsabilités/du temps passé/de l'investissement- cf ce billet de Fluorette, médecin généraliste, qui détaille comment son exercice se vit au quotidien. Mais comment peut-on parler de santé en parlant de loi du marché ?! Certains osent évoquer les cabinets débordant des spécialistes en secteur 2 pour expliquer que les gens se font soigner, quelque soit la part restant à charge ! Et quid de ceux qui n'ont pas ou plus les moyens ? Que sont devenues les valeurs solidaires ? 

Et si vous voulez avoir une idée de ce que serait la santé sur le modèle américain, quand les assurances privées sont aux commandes, ce qui semble en train de se profiler en France, je vous invite très fort à lire cet article paru en 2009. Mesurons notre chance et faisons tous en sorte que le système ne s'effondre pas.

La politique de santé ne se pense pas dans l'urgence mais il y a urgence à la repenser.

 

 

PS prosélyte... :

Si j'étais médecin, je serai syndiquée au SMG 
Et comme je suis sage-femme, je suis syndiquée .

 

 

©Megatron Matrix - Nam June Paik

26 février 2012

La forme sans le fond

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Un espace physiologique vient d'être inauguré à la maternité de Villefranche-de-Rouergue. La forme semble sympathique - quoiqu'un peu grise - pour ce que l'on peut en apercevoir dans ce bref reportage. Le commentaire du Pr Nisand (CHU de Strasbourg et non de Toulouse comme l'indique le sous-titre...) souligne que les femmes "préfèrent qu'on respecte la physiologie de leur accouchement".

J'aimerais que la médecine le préfère aussi...

Si la forme semble convenable, on est bien loin du fond ! En témoigne cet article de l'AFP où chaque mot mériterait une analyse de texte.

Le titre  "L'accouchement comme à la maison" est déjà un petit  - un gros - arrangement avec la réalité.

Nous avons cherché à créer une atmosphère de zénitude totale, pour donner le sentiment de materner la mère. Cette phrase sonne comme un aveu. Il ne s'agit pas de faire mais de donner l'impression.

- Lsalle physiologique de préparation à l'accouchement de Villefranche, la première en Midi-Pyrénées, correspond aux Maisons de naissanceLes espaces physiologiques sont sans nul doute une proposition intéressante mais n'ont rien à voir avec les maisons de naissance que l'on nous promet depuis ...1998.

Dans la salle aux murs gris clair, un investissement de 130.000 euros... Ca coûte cher de faire comme à la maison dans un hôpital !

- Le lit est assez grand pour que le mari soit allongé avec sa femme. C'est donc ainsi que la chef de service imagine un accouchement "naturel". 

L'accouchement lui-même se fait sur le lit, en position accroupie. Interprétation du journaliste ? L'accouchement en maternité ne pourrait se concevoir que normé ? 

Après l'accouchement, la petite Manon ne lui a pas été arrachée pour la pesée et les examens. Faut-il noircir la réalité des stuctures pour justifier les demandes aletrnatives ?

- Elle n'aurait pas voulu accoucher chez elle: En aucun cas je n'aurais souhaité mettre la vie de ma fille et la mienne en danger, il me fallait la sécurité d'un hôpital à côté. Opinion personnelle que l'on nous assène comme une évidence.

-Le Pr Israël Nisand est formel: Je suis contre les Maisons de naissance expérimentées en dehors des hôpitaux. Lors de l'élaboration du cahier des charges des MDN, les sages-femmes avaient pourtant accepté la proximité immédiate (qui ne correspond pas à la définition des MDN) afin d'obtenir le démarrage de l'expérimentation. Ce n'est pas l'éloignement qui inquiète certains de nos amis obstétriciens, mais notre autonomie...

- Sans compter que de nombreuses femmes ayant fait le choix d'un accouchement naturel, démédicalisé, sans intervention (injections, péridurale...) pour faire diminuer les souffrances, changent d'avis au moment des premières contractions: seules 3 à 4 % de ces futures mères vont jusqu'au bout de leur démarche, reconnaît Mme Bader.

C'est à la lecture de cette dernière phrase que ma colère a explosé.

Aménager de jolies salles ne sert à rien si les sages-femmes ne sont pas disponibles et désireuses d'accompagner les femmes autrement. Je m'en inquiétais il y a quelques mois. "La douleur et le stress se payent cash et le risque est de voir pulluler des statistiques démontrant l'inanité des ces équipements". 

Voilà, j'ai déjà raison et je m'en désole.

Les gens de mauvaise volonté retiendront que l'on a dépensé 130 000 € d'argent public pour satisfaire des femmes capricieuses changeant d'avis dès leurs premières contractions...

 

 

Edit de 11h 30 : on me glisse à l'oreille que cette maternité ne mérite pas de jugement hatif... Mon billet n'étant inspiré "que" par un article de presse, tout témoignage direct sera le bienvenu !


Edit de minuit : Témoignages reçus ! L'article de l'AFP ne semble pas du tout représentatif de la réalité de cette maternité. Loin d'une simple politique d'affichage, il existe une réelle volonté de Mme Bader, chef de service, comme de l'équipe de respecter les attentes des couples. Pour preuve, le nombre d'accouchements augmente de façon régulière et certains parents délaissent une maternité bien plus proche pour se rendre à Villefrance de Rouergue. Dont acte !

Reste ce mystérieux chiffre de 3 à 4% dont je continue à cherche la source (cette statistique serait une estimation "générale" ne concernant pas la maternité citée)


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26 janvier 2012

L'académie veille

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Me voilà encore à défendre le prado*… Pas tant pour ce qu'il est - nous le faisions déjà - mais pour dénoncer la manipulation des idées…

L’académie de médecine se préoccupe du sort des femmes et des nouveau-nés. Louable souci ! Mais nos académiciens sont au mieux mal informés, au pire de mauvaise foi.

Si les termes de « sortie précoce » sont largement utilisés par des médias méconnaissant la réalité hospitalière, ils étonnent dans la bouche d’experts de la médecine. Le programme expérimenté ne consiste pas à faire sortir les femmes plus rapidement de la maternité mais à leur proposer, après une sortie "normale"  un suivi prolongé qui n’était pas encore formalisé. Le prado permettra que chaque jeune mère soit informée de cette possibilité,(auparavant, les femmes qui bénéficiaient de cet accompagnement étaient principalement celles qui, suivies pendant leur grossesse par une sage-femme libérale, faisaient de nouveau appel à celle-ci à leur retour à domicile). 

Mais les sous-entendus parsemant le texte me laissent penser que la dénomination erronée ne relève pas du défaut d'information ...

Pourquoi insister sur la "décision médicale"  - en taclant dans le même temps celles qui décideraient d'elles même une sortie rapide - alors que la décision de sortie est explicitement précisée comme du ressort de l’équipe hospitalière.

Pourquoi souligner la nécessité d’une "parfaite connexion entre les maternités et les sages-femmes libérales" alors que nul ne se préoccupait jusqu'à présent de l'absence de suivi au retour à la maison. 

Pourquoi réclamer une sécurité équivalente à celle proposée en maternité qui laisse entendre que le retour à domicile met en danger la santé des femmes et des nouveau-nés ?

Pourquoi préciser le nombre de visites nécessaires qui suggère que les sages-femmes ne sont pas en capacité d’en décider avec les parents.

Pourquoi insister sur une disponibilité de la sage-femme "à tout moment" alors qu'il s’agit de mères et d’enfants sans souci particulier (c'est dans la définition même du prado) et que plus aucun médecin de ville, quel que soit l'état de santé de ses patients, n'assure cette permanence. 

Pourquoi évoquer "l’accompagnement attentif" de l’allaitement maternel alors que ce rôle est assuré au quotidien par les sages-femmes.

Et pourquoi conclure sur d’éventuels retards diagnostiques si ce n’est pour faire frémir les familles - femmes et bébés seraient-ils des bombes à retardement - et suggérer en quelques mots que les sages-femmes sont incompétentes.

 

En clair, ce communiqué n'est-il pas au service des médecins plutôt que des"patients", certains parmi les premiers s'inquiétant de voir les sages-femmes prendre enfin une place plus visible dans la périnatalité française ? 

 

 

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 * présentation du prado

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13 septembre 2011

Ambigus sous-entendus...

 

Samedi soir, le 20h de France 2 (28ème minute) a consacré un long reportage à l’accouchement à domicile.
Comme souvent, ce qui m’importe ne sont pas tant les images diffusées que le commentaire qui les accompagne.

Morceaux choisis.

Premier lancement du journaliste : «A suivre notre grand format sur ces femmes qui font le choix d’accoucher à domicile une pratique marginale mais qui inquiète les professionnels »
Le très générique terme de "professionnel" laisse entendre, à tort, que ce choix est décrié par la totalité des praticiens.

Passent quelques sujets politiques puis nouveau lancement : «Notre grand format maintenant avec, je vous le disais, cette pratique marginale certes mais qui inquiète toujours les professionnels. Environ 1500 femmes par an font le choix et bien d’accoucher, comme avant à domicile. Alors quelles sont leurs motivations, que risquent–elles réellement ? »
Remarquez le "comme avant" qui vient souligner combien cette idée semble désuète. "Qui inquiète toujours" : est-ce à dire que les "professionnels" n’ont pas changé d’avis depuis le premier lancement, cinq minutes plus tôt ?

Suit un reportage sur un couple dont la fille est née à la maison cet été.

La voix off souligne «Ils habitent au 6ème étage sans ascenseur». 
Il est vrai que cela compliquerait un transfert en urgence. Mais faut-il être riche pour avoir le droit d’accoucher comme on le souhaite ? Si les maisons de naissance tant attendues s’ouvraient, au moins y aurait-il une alternative à proposer quand les conditions de logement sont inadéquates.

«Les parents avaient fort heureusement prévenus les voisins car elle est née à 4 h du matin»
Ce "fort heureusement" suggère un accouchement sonore, sous-entendu complété dans la phrase suivante soulignant la durée du travail et l’absence de péridurale. «Sidonie la sage-femme fut le seul témoin. Elle a accompagné les parents pendant toute la durée du travail, une douzaine d’heure, sans péridurale bien sur».
Il faut donc comprendre bruyant parce que douloureux.

«Nathalie est architecte, Benoit photographe. Le couple se soigne à l’homéopathie, surveille son alimentation, ils désiraient un accouchement dans l’intimité, aussi naturel que possible»
Entendre : ce choix ne concerne que des bobos assez dingues pour croire que la santé peut passer par des granules et une alimentation bio.

«L’accouchement à domicile, Jacqueline Lavillonnière le pratique depuis plus de 30 ans. Cette sage-femme a parcouru des milliers de kilomètres d’abord dans l’Ardèche puis ici en Anjou. Elle pense avoir mis au monde près d’un millier de bébé fait maison»
Jamais Jacqueline Lavillonnière n’utiliserait cette formulation. Ce sont les mères qui mettent au monde et les sages-femmes les accompagnent.

«Elle assure toute la préparation et le suivi de l’accouchement »
Résumé un poil réducteur qui omet suivi de la grossesse, suivi postnatal et consultations du nourrisson…

«En France seules 70 sages-femmes pratiquent les accouchements à domicile, la plus souvent non assurés car le tarif des assurances est exorbitant. Les parents leurs font confiance, parfois plus qu’aux structures hospitalières»
Parfois plus, mais au moins autant, sinon, ils ne feraient pas ce choix !

«Jacqueline a déjà été traitée de sorcière et de sectaire. Elle est souvent confrontée à des médecins très hostiles à l’accouchement à domicile».
Jacqueline Lavillonnière : «Ils ont une vision déformée, forcément, puisqu’ils ne font que de la pathologie. De fait, ils n’imaginent même pas comment se déroule un accouchement physiologique. On a mis de la technique y compris sur les accouchements qui n’en avaient pas besoin».

«Le Pr Puech obstétricien à Lille reconnait que la France a trop médicalisé l’accouchement. Mais selon lui, les choses ont changé, dans les maternités, la prise en charge serait aujourd’hui plus humaine, plus personnalisée».
Les récents épisodes de Baby Boom l’ont démontré, les équipes sont parfaitement en mesure de proposer cette prise en charge personnalisée…

«Il déconseille l’accouchement à domicile, trop risqué».
Pr Puech : «Le risque d’hémorragie pour la maman, très peu fréquent, mais inopiné qui peut entrainer un transfert de la maman qui doit être rapide. Et aussi pour le bébé qui doit naitre, le risque de procidence du cordon, c'est-à-dire le cordon qui passe devant la tête du bébé et qui peut le comprimer et entrainer une souffrance fœtale».

Nous nous devons de prendre en compte les complications potentielles. Mais ce choix concerne des femmes en bonne santé, ayant une grossesse sans problème et dont l’accouchement se déroule normalement et sans intervention. Toute anicroche dans ce programme justifie un transfert vers la maternité. Ajoutez à cela la présence et l’attention constante de la sage-femme. Les statistiques concluent à d’aussi bons résultats qu’en maternité.
Je m'autorise un brin de mauvaise foi : est-il plus sécurisant d'accoucher seuls sur la route parce que les maternités ferment ou chez soi avec l'aide d'une sage-femme ?

Le reportage se conclut ainsi. «Pour celles qui ne souhaitent accoucher ni à la maison ni à l’hôpital, existe une alternative, les maisons de naissance comme ici en Belgique tenues par des sages-femmes avec en cas d’urgence un transfert organisé dans une clinique voisine. En France plusieurs projets existent mais les maisons de naissance n’ont pas encore vu le jour».

Comme d’habitude, nous devrons nous contenter de ce simple constat.

 

PS : ce même jour, Selina Kyle publie ce témoignage édifiant. Nous sommes loin des discours lénifiants sur le respect et l'accompagnement. Zero respect, zero choix !

 


 

Soutien à la maternité des Lilas : manifestation samedi 24 septembre à 10h30.


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24 août 2011

Baby bad story - 1



Le premier des cinq épisodes de Baby Boom a été diffusé - tardivement ! - sur TF1 hier soir.
C'était annoncé depuis plusieurs mois, mais la communication s'est intensifiée la semaine dernière où chef de service, médecin et responsable de chaine ont entonné avec une touchante unanimité le cœur des innocents… "Baby Boom est très réaliste, très beau et particulièrement riche en émotions. "

Ma nuit fut mauvaise …
Mauvaise du fait de sa brièveté mais surtout des pensées agitées qui l’ont envahie. Car ce premier épisode offre de multiples idées de billets tant les angles d’attaque sont nombreux ; la téléréalité, ses montages, ses codes et son ton racoleur, le système hospitalier englué dans des fonctionnements rigides, les émotions des parents, les propos des équipes, et ces histoires filmées qui en disent bien plus que ce que le réalisateur ne le pensait.

Comme par exemple cette anecdote se voulant amusante.
Premier plan : Un couple est filmé lors de son arrivée à la maternité. La caméra la montre dehors, seule et marchant très péniblement, puis son homme que l’on devine resté en arrière pour garer la voiture ou attraper la valise la rejoint devant la porte des urgences.
Message : On est bien dans la real life coco, on interfère pas ! L’équipe de tournage la filme et la voit, mais évidemment, personne n’intervient. Nous serons donc spectateurs, impuissants à espérer pour cette mère un bras secourable.

Plan suivant : ils sont assis dans un bureau que je suppose être celui de l’accueil. Elle tressaute sur sa chaise au rythme des signaux visiblement nombreux que lui envoie son corps. La secrétaire constate «Il va falloir se dépêcher » et continue à compléter le formulaire.
Message : le dossier administratif est une priorité tellement intégrée que si l’on veut bien tenter d’écourter les démarches, il est inimaginable de penser les reporter.

Plan suivant. Elle est emmenée en fauteuil roulant

Plan suivant. Ils sont installés en salle d’accouchement. La sage-femme s’affaire auprès d’eux, pose de monitoring ou de perfusion, je ne sais plus. La secrétaire de l’accueil rentre dans la salle, en cherchant son stylo «Je n’ai plus rien pour écrire »
Message : du fait de son déficit, l’hôpital public restreint les dotations en matériel à un stylo par secrétaire…

La secrétaire tourne et vire, assez bruyamment, dans la salle à la recherche de son indispensable stylo bleu.
Message : il n’est pas dérangeant de déranger.

Dernier plan. La mère se crispe. Elle a mal et en plus y a un truc qui la gène, emmêlé dans ses cheveux. Son homme passe la main derrière sa tête et en extirpe quelque chose :  bingo ! On a retrouvé le stylo de la secrétaire.

 

A suivre...

 

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22 août 2011

Tout et son contraire

 

L'intervention d’une sage-femme dans "Les grandes gueules", (le 18/08 entre 10 et 11h) m'a donné l'occasion d'écouter RMC. L’expérience fut éprouvante.
L'émission se voudrait informative mais s’apparente plutôt aux échanges arrosés d’un café du commerce, accompagnés des blagues graveleuses qui vont bien…
Elle débute avec quelques galéjades machistes sur "ces femmes qui déplorent d’être seules au milieu des hommes mais qui au final adorent ça"…
Puis les  intervenants abordent le périple du maire de la Seyne sur Mer (périple largement relayé ; au cœur de l’été, entre crise économique et combats libyens, un maire qui pédale doit être considéré comme une info rafraichissante).

Je souhaite revenir ici sur les interventions de Bernard Debré, professeur de médecine, urologue et député (UMP) qui argumente ainsi la nécessité de regrouper les plateaux techniques hospitaliers : "La médecine de proximité est dangereuse, on ne peut pas mettre du matériel ultrasophistiqué dans tous les hôpitaux".
Il précise un peu plus loin : "il faut parler de choses que l’on connait".
Belle déclaration d'intention qu'il s'empresse de ne pas respecter. Expert autoproclamé en périnatalité, il ose ensuite évoquer "l’enfant qui a un cordon autour du cou et qui s’étrangle, est ce que c’est prévisible ?"
Puis : "Il faut bien savoir que dans ces petites maternités, on n’est pas au courant, on ne sait pas bien faire. Le petit hôpital en bas de chez soi peut être horriblement dangereux. Il y a une présentation du siège, on ne sait pas le faire. Il y a un étranglement avec le cordon… c’est vu pendant l’accouchement, qu’est ce qu’on fait ?"
Il insiste encore "La taille est un facteur d’efficacité". Cette affirmation déclenche une nouvelle salve d'allusions machistes que je vous laisse imaginer...

Céline, la sage-femme,  s'est exprimée  sur les maisons de naissance. Elle a bien tenté d’élever le débat en évoquant les besoins des femmes. Mais son intervention a été brève et régulièrement interrompue par d'intempestifs commentaires ...

Qu'en retiendront les auditeurs distraits ?  Que les équipes de maternités de proximité sont incompétentes - merci pour elles  ! -  Et qu'un enfant peut s'étrangler avec son cordon. Inquiétude infondée fréquemment véhiculée par ceux qui n'y connaissent rien. Car s'il s'agit d'un circulaire du cordon (enroulé autour du cou), le dégager est un geste extrêmement banal que toute sage-femme peut pratiquer les yeux -presque- fermés ... A moins que Bernard Debré n'ait pensé à la procidence du cordon (je lui laisse le bénéfice du doute, imaginant qu'il a sciemment "simplifié" son discours pour le rendre accessible à ces ignares de parents). C'est un incident rare, qui se produit  généralement au moment de la rupture spontanée de la poche des eaux - donc pas forcément à la maternité - et nécessite une intervention médicale rapide. Pour les habitants de la Seyne du Mer, 55 minutes pour rejoindre la future maternité de Toulon, c'est dans ce cas précis bien trop !

Parfait argument pour justifier les maternités de proximité ...

 

Edit du 24/08 : la sage- femme s'appelle Céline ZIEGLER.

 


PS : pas d'autres suggestions pour "notre" anniversaire ?

 


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18 août 2011

Cible erronée



Lors d’une récente chronique sur France Inter, Agathe André a profité du très médiatisé combat du maire de la Seyne sur Mer pour tacler les associations militant pour "l’accouchement à domicile comme au bon vieux temps des matrones". Ce très méprisant terme de matrone renvoie à l’inconscience de ces femmes se livrant aux mains de toutes aussi inconscientes praticiennes...

De nombreuses associations parentales ou professionnelles militent pourtant pour l’élargissement de l’offre de soin. Appartenant à plusieurs d’entre elles, je veux dire à Agathe André qu’elle se trompe de combat. Nos revendications portent d’abord sur la liberté de choix. Les femmes, qu'elles soient adeptes de l'hypermédicalisation ou de la simplicité d'un accouchement à la maison sont, n’en déplaise à la journaliste, en capacité de décider de ce qui leur convient le mieux.
 
Aucun totalitarisme de la part des partisans de l’AAD mais un constat : le choix n’existe pas. Les associations déplorent que la seule option actuelle soit celle de l’accouchement technicisé dans des établissements de plus en plus imposants où les femmes passent de main en main. La valeur de chacun des intervenants n’est pas en cause, c’est leur multiplicité qui interroge et dérange.

Les partisans de l’accouchement à domicile militent pour que cette option fasse partie de l'offre de soin, non par défaut car cela serait effectivement un recul pour les droits des femmes, mais au contraire intégré dans l'éventail des possibilités. Chaque femme devrait pouvoir choisir - une fois éliminées les contre-indications - d’accoucher en maternité, en maison de naissance ou à domicile. Ces options ne s’opposent pas mais se complètent. Elles n’offrent pas les mêmes ressources, ne répondent pas aux mêmes attentes.

Je ne rejoins Agathe André que sur un seul point : la politique actuelle se contrefout des besoins des femmes, des couples et des enfants à venir et s'élabore loin des réalités de terrain, calculette à la main. Si les maisons de naissance parviennent à ouvrir un jour, ce sera grâce aux économies générées par leur prise en charge moins lourde et donc moins onéreuse que celle d’une équipe hospitalière.
Principe de réalité oblige, je me réjouirai de ces ouvertures quelles que soient les mauvaises raisons qui les permettront.

Pour conclure, je m'autorise à donner deux conseils à la journaliste :
-    celui de vérifier ses sources : l’épisiotomie n’est pas à préférer à la déchirure spontanée et certains établissements hospitaliers l'ont démontré en en réduisant drastiquement le nombre.
-    celui d’éviter de recycler ses anciens textes … Il n'est pas déshonorant de défendre les mêmes idées à deux années d’écart. Mais les répéter à la virgule près, c’est faire preuve d’un cruel manque de créativité !

La défense des droits des femmes commence par un indispensable préalable. Les respecter !
Les matrones, pondeuses et chanteuses vous saluent.

 

PS : Sur le même sujet, lire aussi cette analyse de Selina Kyle.

 

 

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14 mai 2011

TélescopageS

Deux faits divers dramatiques viennent très durement confirmer certaines des revendications portées ce 12 mai.
Au soir de la manifestation, rentrée dans ma province, me suis jetée sur les JT de la nuit pour apprendre ce qui se disait de notre mobilisation.
Le premier journal regardé (France 3) n’en disait absolument rien (!!!) mais développait largement l’histoire de cette jeune femme ayant accouché très prématurément et seule à hôpital de Montauban.
Le jour suivant, nouveau drame à Lille avec l’erreur d’une étudiante qui confond deux patientes et provoque une fausse couche chez une femme hospitalisée pour un cerclage.
Affligeantes histoires.

Pour la première, par charité, je ne m’étendrai pas sur la communication calamiteuse de la direction de l’hôpital, mettant en avant un nombre de sages-femmes conforme aux décrets (ben oui, on le sait bien qu’il faut revoir ces décrets, les normes sont minimalistes) et une trop grande prématurité interdisant tout essai de réanimation. Contre exploit médiatique que de défendre ainsi l’hôpital sans jamais un mot de compassion pour cette mère, sans imaginer que la grandeur de la médecine consiste aussi à savoir être là quand on ne peut plus rien…

Pour la seconde, l’erreur est exemplaire de la mal-communication entre soignants et soignés. Mais le surmenage perpétuel des équipes n’est il pas en partie responsable ? Pour communiquer, il faut la volonté de le faire, mais aussi le temps, la disponibilité…

Alors pourquoi aucun des médias développant ces faits divers* n’a l’idée de les rapprocher des slogans brandis par les manifestants « Une femme, une sage-femme », « Sages-femmes malmenées, sécurité en danger » etc… Pourquoi aucun ne cherche à analyser les causes de ces drames ? **
L’incurie de journalistes refusant de prendre le moindre recul, de tenter un semblant d’analyse, se vautrant dans le pathos sur le dos de parents éplorés aurait presque suffit à gâcher ma joie d'une manifestation réussie.

Pour la gâcher tout à fait, j’apprenais hier soir une nouvelle attaque de nos amis les obstétriciens.
Qui mérite une analyse de texte détaillée…

A la veille de la Journée des sages-femmes, le SYNGOF tient à reconnaître et à saluer leur rôle indispensable dans le confort et l'humanité qui entoure la naissance dans notre pays et qu’elles contribuent à renforcer.
Outre une rédaction manquant quelque peu de grâce, le mépris suinte dès cette première phrase qui nous dénie toute responsabilité médicale et nous renvoie à une caricature de nonnes épongeant avec dévouement le front des femmes en couche.

Mais il convient de demeurer vigilants sur la sécurité de l’accouchement qu'elle ne peuvent assumer seules et dès lors ne pas se laisser entraîner vers un assouplissement des procédures que notre pays a mis de longues années à faire vivre pour garantir à toutes les femmes et tous les nouveau-nés une sécurité constante.
Ainsi, nous ne pouvons assumer un accouchement seules ??? Alors que plus de la moitié des accouchements sont accompagnés/ réalisés/assistés (je cherche le mot juste !) par les seules sages-femmes ???  Et que la totalité des accouchements sont "surveillés" par les sages femmes qui ont en responsabilité le dépistage de toute anomalie ?

Il ne faudrait pas, attirés par des discours démagogiques, voire s’approchant du sectaire, de quelques-uns, que soit baissée la garde des normes et des recommandations.
On retrouve l’accusation sectaire, mise en cause facile, mille fois employée dès que l’on ose un tant soit peu s’affranchir du discours officiel. Pourtant nos propositions s’appuient sur des données scientifiques***, sur l’expérience de nombreux autres pays qui font autrement et mieux que nous. Nous n’invoquons pas la divine providence, nous pensons (si, si je vous assure, une sage-femme peut penser par elle même), nous analysons, nous randomisons…. et nous concluons que notre organisation française est dispendieuse, déshumanisée et pas assez sécuritaire !

Le travail d’équipe des sages-femmes, des gynécologues avec le renfort des nouveaux spécialistes de médecine générale doit toujours être réfléchi en conservant la préoccupation de ne pas laisser réaugmenter la morbi-mortalité périnatale.
Vous noterez le petit appel du pied vers les médecins généralistes, pourtant longtemps négligés par leur confrères spécialistes. Dans le domaine de la maternité et de la gynécologie "normales",  sages-femmes et médecins généralistes ont beaucoup à partager. Devant la fronde des sages-femmes et le soutien grandissant des usagers, on serre les rangs et on appelle à la rescousse ceux que l’on ignorait hier.

Les femmes le savent bien et dans leur quasi-totalité plébiscitent dans les sondages (Etude Magic Maman 2011)****, l’organisation actuelle. Rappelons, pour mémoire, que dans un sondage récent 96% des jeunes mamans estimaient avoir été bien prises en charge médicalement et 85% bien prises en charge humainement. Il faut y voir la signature du travail conjoint des sages-femmes et des gynécologues. Ne laissons pas refleurir périodiquement les modes délétères de l’accouchement "comme chez soi" !
Dans le même temps, laissons les maternités fermer et les femmes parcourir de nombreux kilomètres pour se rendre dans un lieu de naissance ; c’est bien connu, accoucher dans sa voiture sur le bas coté d’une départementale est une approche sécuritaire… Je n’ai pas connaissance d’un communiqué de presse du SYNGOF s’élevant contre les fermetures de maternité de proximité ( lors de l’AG du 12 mai, une sage-femme expliquait qu’après la disparition de son établissement, les femmes se retrouvaient à 80 km de la maternité la plus proche…).
En parallèle, continuons à ignorer les résultats positifs d'expériences étrangères, à hyper-techniciser les accouchements, à dépenser inutilement l’argent public. Continuons à refuser "l'assouplissement des procédures" (sic), à écarter toute innovation dans les prises en charge... ne touchons à rien.
Dormez braves gens, tout va bien !

Je l’ai déjà écrit ici, je ne fais la guerre à personne. Comme le SYNGOF ose le souligner, la périnatalité a besoin d'une équipe, c'est à dire des compétences - médicales ! - conjointes des sages-femmes, des généralistes et de divers spécialistes.
Mais de la même manière que je respecte le travail et les savoirs de ces praticiens, j’aimerais qu’ils respectent les miens.

 

*cf ce très complet billet de Knackie
**une exception découverte ce matin
***lire par exemple ici ou ici ou encore ici...
****cf ce communiqué du Ciane qui n'a pas tout à fait la même analyse...


Posté par 10lunes à 11:42 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
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