21 avril 2013

Géant

 

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Elle fait des gestes, de grands, de très grands gestes…

Elle débute une grossesse et c'est notre première consultation. Elle a déjà une petite fille, née quatre années plus tôt. Elle affirme, selon la formule consacrée, "Tout s'est très bien passé". Les neufs mois d'attente ont été sereins, l'accouchement s'est déroulé simplement, "presque" tout seul.

Le "presque", c'est juste un "petit forceps". Je tente de lui en faire préciser les circonstances. Mon intérêt semble la surprendre. Elle s'autorise du coup un récit détaillé, décrit très précisément toutes les étapes, les premières contractions ressenties à la maison, l'arrivée à la maternité, le monitoring, l'attente, l'immobilité, la péridurale salvatrice. Puis, au moment d'évoquer la dernière phase, son corps se met en mouvement. 

Elle mime bras tendus l’arrivée de l’obstétricien, suggérant d’immenses instruments de métal brandis par le médecin.

Repousse le bureau pour suggérer une puissante traction,

Zèbre l’air à grands coups de poignet pour expliquer l’épisiotomie,

Et conclut par de grands cercles de la main figurant le trajet d’une gigantesque aiguille venant joindre les chairs.

Quelque chose me dit que son excellent souvenir affirmé en conclusion mérite d’être un peu interrogé.

 

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22 mars 2013

Odile se contredit (3)

 

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Odile Buisson écrit vite ; elle publie le 21 février un livre évoquant la polémique des pilules de 3ème et 4ème génération sortie début janvier. Tellement vite que ses arguments trop rapidement déroulés s'opposent à eux-mêmes.

Ainsi cette femme, hospitalisée deux jours au huitième mois de grossesse pour des douleurs inexpliquées sans qu'aucune cause ne soit retrouvée, puis victime d’une grave hémorragie de la délivrance. "Il est toujours étrange de pressentir un danger sans pouvoir l'identifier", explique-t-elle après avoir conseillé à la patiente de se rendre dès les premières contractions dans une maternité  "apte à prendre en charge les grossesses à risques". C'est une hystérectomie qui permettra de sauver la mère. 

Et Odile de conclure, "l'histoire de cette patiente rappelle une vérité : une grossesse apparemment normale ne signifie pas que l'accouchement sera normal. Que serait-il advenu si elle n'avait pas accouché médicalement ?"

Faut-il souligner que des douleurs inexpliquées assez violentes pour justifier une hospitalisation de 48 heures ne sont pas vraiment à classer  "grossesse normale" ? 

Mais il serait dommage de se limiter à une seule hypothèse. Le débat peut très largement s'enrichir !
- Que serait-il advenu si cette femme avait accouché dans un établissement disposant d'un service de radiologie interventionnelle ? Son utérus aurait certainement pu être préservé.
- Que serait-il advenu si elle avait eu la malchance de résider à distance d’une maternité (leur nombre a été divisé par 2.5 sur les 40 dernières années) et de ne pas arriver à temps. Cela lui aurait peut-être couté la vie.
- La mauvaise foi ne m'étouffant pas, que serait-il advenu si elle n'avait pu quitter son domicile, bloquée chez elle du fait des intempéries ? Faut-il pour autant prévoir un chasse neige à la porte de chaque femme enceinte ?

Une politique de santé ne peut se concevoir à partir de cas particuliers.

Odile Buisson enchaîne "benoîtement" sur les maisons de naissance. Le raccourci est clair. Puisque personne ne peut prévoir comment se passera une naissance, accoucher hors d'une structure "apte à prendre en charge les grossesses à risques", c'est mettre la santé de la mère et de son enfant en danger.

Pourtant, l'accompagnement global favorisant une parfaite connaissance de la femme par la sage-femme étaye cet "étrange instinct" qui lui a fait conseiller de se rendre précocement à la maternité. Pourtant, le projet d'expérimentation impose l'attenance à une maternité. Surtout, comme le démontre cette étude britannique et contrairement à ce que Odile Buisson tente d'insinuer, pour les femmes présentant une grossesse à bas-risque, la sécurité de l'accouchement est identique quel que soit le lieu de naissance

Je l'ai déjà écrit, Odile ratisse large. A quelques pages d'écart, elle peut à la fois rappeler "la cour des comptes souligne que les maternités n'ont pas suffisamment accès aux services de radiologie interventionnelle" et dénoncer "la création de maternités gigantesques, véritables accouchoirs publics". Faudrait-il concevoir de multiples "petites"  maternités suréquipées ? Avec quel budget ? Quel personnel ? Sachant qu'elle relève ensuite que "certaines maternités disposant de financement ne trouvent pas de médecins..."

Mais Odile Buisson en reste au pamphlet. Il est plus aisé de dénoncer que de proposer.

Elle insiste un peu plus loin "La toute première cause des décès maternels est une hémorragie cataclysmique au décours de l’accouchement" en ajoutant "si les données épidémiologiques soupçonnent l'ocytocine utilisée pour réguler les contractions utérines, aucun lien formel n'a pu être établi". Odile Buisson écrit trop vite. Une  étude de l’Inserm publiée en décembre 2011 démontre au contraire que l’administration d’ocytocine pendant le travail augmente le risque d’hémorragie grave. 

Finalement les apôtres de la physiologie, les "extatiques de la matrice" n'auraient-ils pas raison de se défier? Le groupe de travail cité dans mon dernier billet précise  "La prise en charge de manière systématique de toute grossesse et de tout accouchement avec le même niveau d’intervention que celui requis par ceux qui présentent un risque comporte des effets négatifs tant pour les femmes que pour les équipes des maternités et la société."

Je m'autorise un dernier parallèle. Ce mémoire d'une sage-femme étudiant la prescription d'ocytocine dans une maternité de type 1 retrouve un taux de 45.4 % (et ce chiffre ne prend pas en compte les accouchements déclenchés ! ) Odile Buisson cite cette  étude du Ciane qui dénonce "la plupart des femmes ne sont pas prévenues de l'administration d'ocytocine pendant l'accouchement, administration rendue invisible par la pose systématique d'une perfusion". Elle ironise sur le titre de l'article - méprisamment qualifié d'articulet - "Les femmes n'ont pas leur mot à dire" "qui en dit long sur l'idée qui est véhiculée : les parturientes sont  les victimes d'une médecine totalitaire".  

Injecter sans en informer les femmes un produit qui majore le risque d'hémorragie serait donc à ranger dans la bientraitance médicale ? 

 

à suivre...

 

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13 octobre 2011

Cherchez l’erreur…


Ces derniers temps, la presse abonde (tout est relatif) d’articles dithyrambiques sur de nouvelles maternités reconstruites, remodelées, recolorées… Dénoncer l’hypertechnicisation de la naissance semble devenir de bon ton. Réjouissons-nous de voir les médias s’enthousiasmer pour des naissances plus "naturelles", vécues dans d’agréables salles d’accouchement peuplées de ballons et de "lianes" pour le confort de la mère.
Ainsi cet article sur la maternité de Montfermeil.

Si je ne doute pas de la bonne volonté des sages-femmes travaillant dans ce service, je doute fortement de celle de la direction imposant un système "de centralisation des monitorings (...) que l’équipe médicale de la maternité peut ainsi suivre à distance".

Parce que l’équipe médicale, entendons nous bien, ce sont les sages-femmes. Jamais vu un obstétricien rivé devant un écran pour décompter les contractions ou calculer le rythme de base du cœur fœtal et analyser ses variations. Cette surveillance est assurée par les sages-femmes qui, lorsqu’elles détectent une anomalie, la signalent au médecin. En cas de doute celui-ci, compulsant plus ou moins attentivement l’accordéon de papier quadrillé de vert pale ou l’écran de contrôle, vient confirmer le diagnostic.

Il n'y a pas de poste de spécialiste "es analyse du rythme cardiaque fœtal", la centralisation de l’ensemble des enregistrements ne dégage donc en rien l’équipe de ce travail.
Cette organisation vient simplement souligner que le slogan "Une femme / une sage-femme" est vide de sens pour les administratifs.

Aux yeux des décideurs, la sage-femme fera tout aussi bien son boulot - et de façon plus rentable - en surveillant du coin de l’œil ce qui se passe dans les autres salles tout en étant auprès d’une femme… Si tant est que l'on peut réellement se consacrer à l'une en restant en permanence attentif aux autres.

Toute femme ayant vécu un accouchement en comptant sur ses propres ressources sait les phases de découragement où l'on se sent totalement dépassée. Le recours à la péridurale est alors une tentation envahissante. Dans ces moments de doute, l'accompagnement rassurant de la sage-femme peut tout changer ; le niveau de la douleur s’abaisse, celui de la confiance remonte... et c’est reparti. Mais comment repartir sans soutien ?

Les lits ronds et roses, les ballons ronds et bleus, les écharpes roses et douces ne sont que poudre aux yeux si les équipes ne sont pas en nombre suffisant. La douleur et le stress se payent cash et le risque est de voir pulluler des statistiques démontrant l'inanité des ces équipements car les taux de péridurale et d'intervention restent inchangés...

Alors, oui à des maternités design, confortables et colorées mais pas sans sages-femmes DISPONIBLES !

 

 

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06 septembre 2011

Gardez-moi de mes amis !


Le projet d’ouverture (2ème article affiché) d’un centre de naissance aquatique devrait être une excellente nouvelle (cependant teintée d’une réserve ; la propension de certains à vouloir imposer un modèle unique. Accoucher dans l’eau, accroupie, en chantant ou que sais je encore ne sont pas des méthodes. Ce sont des options envisagées avant, parfois reniées pendant, mais surtout transformées, conjuguées au gré des multiples ressentis et émotions du travail).

Mais saluons la bonne volonté de tous ceux qui souhaitent élargir le paysage obstétrical et proposer des alternatives à l’accouchement dirigé (péridurale /rupture poche des eaux /hormones de synthèse) si cher à nombre de nos maternités.

Pourtant, une phrase de ce communiqué de presse m’irrite : "A l'inverse des maisons de naissance (...) le centre de naissance aquatique proposera pour chaque naissance la présence du gynécologue obstétricien, augmentant ainsi la sécurité de l'accouchement. "
Ainsi, lors de naissances physiologiques - accoucher dans l’eau et hors maternité ne peut s’envisager qu’à cette condition- la présence d’un obstétricien améliorerait la sécurité ? Plus que ne le ferait une sage-femme ? Intrinsèquement sécurisant ?!

Soit l’accouchement est physiologique et l'obstétricien n’apporte rien, soit il bascule dans la dystocie - rappelons qu'il est de la compétence de la sage-femme de le diagnostiquer - et les compétences de l’obstétricien sont liées aux actes qu’il peut poser… au sein d’un plateau technique et donc après transfert.

Tout à son souci de défendre son projet, le Dr Richard caresse la faculté dans le sens du poil en brandissant l’argument de l’ultra sécurité sans craindre pour cela de tirer sur les déjà bien mal en point maisons de naissance...

Il y a une dizaine d’années, j’avais assisté à la présentation d’un de ses films devant un public plus qu’acquis à une prise en charge "détechnicisée" de la naissance physiologique. Cette fois là aussi, en présentant le bassin qu’il avait conçu, Thierry Richard souhaitait se prémunir de toute critique des partisans de l’obstétrique "traditionnelle". Le prototype de sa baignoire à palan était une improbable création hésitant entre la froideur technique du Métropolis de Fritz Lang et les gadgets dérisoires de l'Oncle de Jacques Tati. Le concept semble avoir été amélioré depuis mais la démonstration vidéo (N°1) me laisse toujours aussi perplexe.

Une seconde vidéo est également disponible sur le site, celle d’une naissance dans cette fameuse baignoire expérimentale. Afin de démontrer l’innocuité du procédé pour l’enfant, le praticien repousse les mains de la mère venant chercher son petit juste né et le maintient sous l’eau. La camera révèle le visage détendu du nouveau-né ; aucune inquiétude de ce coté là... Mais comment ne pas regretter que cet enfant, au lieu de se trouver blotti contre sa mère, soit retenu par des mains gantées de caoutchouc épais face à la paroi vitrée du bassin.

Thierry Richard est à coup sur passionné et convaincu. Mais il dessert ce qu’il veut défendre.
La naissance physiologique a pourtant déjà assez à faire avec ses opposants pour ne pas devoir en plus se protéger de ses partisans…



PS 1 : ce communiqué de presse relèverait-il de l'effet d'annonce ? Trop de réglementations contraignantes empêchent la création de lieux alternatifs. Le centre aquatique aura du mal à y échapper.

PS 2 : le programme électoral, lisible sur la même page - sobrement intitulée "la page du président" - risque de finir d'ôter toute crédibilité au projet.

 

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22 mai 2011

SMAR

 

Ce billet vient rattraper un oubli de taille : évoquer la SMAR, Semaine Mondiale de l'Accouchement Respecté... qui se termine aujourd'hui.

Une insomnie m'a offert la rediffusion nocturne d'un documentaire consacré aux Monty Python ; l'occasion de revoir de nombreux extraits de leur filmographie. Et plus particulièrement, "The Miracle of life", scène d'accouchement inaugurant "Le sens de la vie" (1983)

Une femme au ventre proéminent, allongée sur le dos, pieds dans les étriers, observée par de nombreux spectateurs - sans son conjoint invité à sortir car "il ne fait pas partie des personnes concernées" - relève la tête pour demander ce qu'elle doit faire...
Le médecin répond d'un ton sans appel "Nothing, you're not qualified" ! puis se retourne pour s'extasier sur sa machine qui fait "ping".

Bientôt 30 ans depuis la sortie de ce film et l'amère impression que cette parodie tenait de la prophétie.

Les maternités ont peu à peu été envahies par un matériel sophistiqué, de plus en plus coûteux, de plus en plus prégnant.
La grande majorité des naissances se passent sous péridurale (76% en 2008) et les femmes se retrouvent branchées de toutes parts. Le cathéter analgésique s'insinue entre les lombaires, les capteurs du monitoring ceinturent le ventre, un tensiomètre se gonflant à intervalles réguliers enserre un bras, tandis que l'autre est piqué d'une perfusion dispensant sérum sucré et hormones de synthèse. Parfois, la technique s'impose encore un peu plus en ponctuant le torse maternel de trois électrodes reliées à un scope, voire en pinçant un oxymètre de pouls à l'extrémité d'un doigt.

Autant de machine en mesure de faire "ping"avec plus ou moins de discrétion...
La sécurité est à ce prix nous dit-on.

Les sages-femmes étaient dans la rue il y a une semaine pour dénoncer (entre autres !) leur sous-effectif.

Soutenir une mère pour reculer ou éviter le recours à la péridurale, écouter régulièrement un enfant pour la libérer du monitoring, guetter d'une main légère la contraction suivante pour en évaluer l'intensité, être attentive à cet enfant, à cette femme qui à coup sur ne fera ni chute de tension ni arrêt cardiaque (!) sans signes annonciateurs nous alertant ! Préserver un espace intime qui lui permettra de sécréter ocytocine et endorphine en toute efficacité...

Beaucoup moins d'onéreuses machines qui font ping.
Beaucoup plus d'humanité.
Et une technicité qui ne serait convoquée que par nécessité médicale, alors salutaire et bienvenue.

Récemment, une jeune mère qualifiait son accouchement de catastrophique tout en en faisant un récit parfaitement lisse, examens, surveillance et actes s'enchainant pour une prise en charge "irréprochable" dès son arrivée à la maternité...
Mais pourquoi cette émotion qui perlait à chacun de ses mots ?
Finissant par exploser "On s'est très bien occupé de moi mais personne ne s'est/ne m'a demandé comment j'allais !"

L'événement fondateur de la naissance devenu simple transition mécanique entre un enfant dedans et un enfant dehors.
Piiiiing...

 

 

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03 mai 2011

Consentir

"Ils veulent la césariser ! "
C’est par ce coup de fil laconique et furieux que j’apprends le déroulement de leur dernière consultation. Le premier bébé de ce couple de médecins - elle généraliste, lui urgentiste - a la mauvaise idée de se présenter par le siège. Au vu des mensurations du bassin, l’obstétricien vient de refuser la voie basse.

Ils rêvaient d’une naissance douce, d’une médicalisation minimale sinon absente, convaincus l’un et l’autre que l’accouchement est un acte naturel, qu’il ne peut que bien se passer si l’on prend soin d’en respecter le rythme et la physiologie.
Cette décision de césarienne vient brutalement interrompre leur rêve.

Ils arrivent rapidement, elle abattue, lui furieux.
Il me tend le compte-rendu du radiologue, espérant qu’en une phrase rassurante, je lui confirme le bien-fondé de sa colère. Mais les mesures sont mauvaises. Cela ne m’étonne pas ; je connais bien l’obstétricien qui les suit et je le sais peu enclin à médicaliser sans raison. Une présentation par le siège ne l’embarrasse pas… sauf si elle s’accompagne d’un bassin qualifié de limite.

Il s'emporte, affirme sa confiance, dénonce les excès de la médecine défensive…tonne contre ce gynécologue trop prudent sinon carrément peureux…
Il évoque ses amis obstétriciens éparpillés dans d'autres régions, énonce sa volonté de chercher parmi eux celui qui acceptera de les accompagner dans un accouchement par voie basse.

Je souligne que le bassin est réellement limite, que leur bébé s’annonce réellement gros et que très certainement, tous prôneront la même attitude.
Il tonne encore, m’accuse d’être de leur coté, du coté des timorés, des peureux, de ceux qui ne savent rien de la vraie vie et de la vraie obstétrique…
De temps à autre, il détourne le regard vers elle, quêtant son approbation. Mais elle reste muette, prostrée, pleurant son rêve d’accouchement volé.

Je tente d’expliquer encore… l’absence de certitude… le risque de rétention de tête dernière, le pari qu’on ne peut faire sur la santé d’un enfant.
Notre discussion est dans l’impasse. Il ne veut pas entendre mes arguments, je ne peux accepter les siens même si je comprends leur déception.

Ce qui mettra fin à notre duel  sera ma dernière provocation…
Il est médecin urgentiste, a déjà accompagné des naissances, est formé pour cela. Je le lui rappelle. Rien ne les empêche, s’il est, s'ils sont aussi certains d’avoir raison, de mettre ce bébé au monde tous les deux à la maison ; mais ils ne peuvent demander aux autres praticiens d’endosser la responsabilité de cette décision que la raison médicale réprouve…
C’est finalement d’être ainsi placés au pied du mur qui les convaincra. D'une certaine façon, ils retrouvent la liberté de choisir. Ce n'est plus l'obstétricien qui impose sa décision mais eux qui décident de suivre son avis.
Ils acceptent la césarienne.

 


J-10 !



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05 janvier 2011

Le chainon manquant*

France Inter hier soir. Une émission sur la naissance. Quatre invités, quatre hommes, quatre médecins, quatre professeurs. (3 obstétriciens, I.Nisand, Y.Ville, R.Henrion -ancien président de l’académie de médecine- et un pédiatre P.Vert).
Quid des sages-femmes, quid des parents ?
La naissance est chose sérieuse et ne peut être évoquée que par d’éminents spécialistes !

Sans surprise, l’émission s’ouvre sur les maisons de naissance "le projet marque le pas"...

Sans vous imposer une analyse exhaustive des débats, je retiens quelques points.
La demande pour un accouchement  moins technicisé est reconnue mais celle de l’accouchement à domicile balayée en quelques mots par I Nisand "on peut mourir à domicile". Sans surprise, il défend sa "maison de la naissance", huit salles d'accouchement au sein de la maternité de Strasbourg. Au détour d'une phrase, il reconnait enfin cette évidence, c’est la même chose qu'un espace physiologique. Effectivement, l'alternative - cependant intéressante -proposée à Hautepierre** n'est pas une maison de naissance. Les femmes sont accompagnées par les sages-femmes de garde, donc pas forcément connues et surtout pas forcément disponibles. Les sages-femmes se partagent entre les salles physiologiques et les autres et comme partout, elles font ce qu’elles peuvent…
Y Ville soulignera d’ailleurs l’intérêt du "1 pour 1" une femme, une sage-femme, organisation optimale qui supposerait une volonté forte des pouvoirs publics. Ce n’est pas le chemin que nous prenons actuellement…

I Nisand, dans son combat contre l'accouchement à domicile, envisage qu’une femme puisse accoucher à l’hôpital avec sa sage-femme et propose que l’on mette à la disposition des femmes et des sages-femmes qui le désirent le service public des maternités.
Louable intention ! Cette possibilité existe déjà, mais elle est très majoritairement refusée aux sages-femme libérales. Et lorsque la porte s’entrouvre, c’est souvent à la condition de se conformer strictement aux protocoles du services ; protocoles édictés pour pallier la multiplicité des intervenants, le manque de disponibilité des sages-femmes, protocoles standardisant les prises en charge en partant du principe qu'il vaut mieux en faire trop que pas assez.
Exactement à l’inverse de ce que l’accompagnement global permet de faire. Exactement à l'opposé de ce que parents et sages-femmes demandant cet accès au plateau technique souhaitent.
Dialogue de sourd...

Seront aussi abordées les sorties précoces. I Nisand présente le service d’hospitalisation à domicile de son établissement qu’il précise confié à « nos » sages-femmes (comme j’aime à entendre ce possessif).
Il défend la généralisation de cette organisation avec une nuance intéressante ; en ville, le service doit être assuré par les salariées, en rural (secteur plus difficile du fait des déplacements)…ben les libérales peuvent s’y coller. Que voilà une répartition harmonieuse ! Ne serait-il pas plus judicieux de travailler avec les libérales pour l’ensemble de ces visites (sachant que le prix de revient pour l'assurance maladie est alors divisé par 2 ou par 3 ?).***

Mais je retiendrai surtout cette réflexion d'Y Ville rappelant qu’en Angleterre, pour un nombre équivalent de naissances, il y a deux fois plus de sages-femmes et deux fois moins d'obstétriciens. Les chiffres sur la sécurité et la satisfaction autour de la naissance sont meilleurs là bas.

CQFD !

*le titre surréaliste de ce billet est du à la réflexion partagée par Y Ville puis I Nisand "la sage-femme est le chainon manquant"
** avec mon mauvais esprit habituel, je vous invite à observer tout particulièrement la diapositive N°9
***Il y aurait beaucoup à dire sur le développement de l’hospitalisation à domicile en périnatalité. J’y reviendrai dès que j’en aurai le temps (mes billets "d’actualités" en retard s’accumulent …).


12 décembre 2010

Salve 2

Nous assistons à un tir groupé  - d'où les titres des deux derniers billets - de communiqués divers mettant en cause toute alternative à la prise en charge habituelle de la maternité. Un nouvel exemple en est cette enquête° Ipsos commandée par le CNGOF (Collège des Gynécologues Obstétriciens Français) qui conclût fièrement que les femmes préfèrent très majoritairement accoucher à l’hôpital ( 64% ) ou en clinique ( 25% ).

C‘est heureux puisque la France ne propose guère d’autres choix.

2% souhaiteraient accoucher à domicile, ce qui fait malgré tout, rapporté aux 822 985 naissances dénombrées par l’INSEE en 2009, plus de 16 000 femmes concernées. La CNAM annonce de son côté 1945 "forfaits accouchement"* réglés aux sages-femmes pour l’année 2009. Entre ces deux chiffres, y a comme un décalage que les contre-indications à l’accouchement à domicile ne suffisent évidemment pas à expliquer. Plusieurs milliers de femmes renoncent chaque année à accoucher à la maison parce qu’aucune sage femme ne peut les accompagner (j’ai déjà exposé les raisons de cette désaffection).

Ne nous étonnons pas de ces 73% de femmes n’ayant jamais entendu parler des maisons de naissance. Il faudrait d’abord que ces lieux existent pour que les parents puissent se saisir de cette offre…l'ignorance n’est pas équivalente au refus d'en bénéficier.

Reste une question subsidiaire ; où les 9% de femmes (soit 75 000) qui ne veulent accoucher ni en maternité ni à domicile souhaitent-elles mettre leur enfant au monde ?

Je fais le pari qu’une maison de naissance leur irait bien. Faut juste les ouvrir…

° Cette enquête était prévue pour les 34ème Journées nationales du CNGOF qui se terminaient hier. On devrait prochainement pouvoir accéder à cette présentation sur leur site.

* 1945 est le nombre de "SF 118"- cotation de l'accouchement - payés directement aux sages-femmes libérales en 2009. Ce chiffre inclut quelques accouchements à domicile non programmés, et d’autres accompagnés par une sage-femme libérale sur un plateau technique. Il est extrêmement difficile de disposer de données précises.


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17 janvier 2010

Point de vue bis

Dans le vécu d’un accouchement, ce n’est pas tant la réalité des actes que l’accompagnement qui en est fait qui importe. "Bien accompagnée, on peut vivre sereinement…"  Mon ellipse a manqué de clarté mais c’est pourtant cela que je voulais souligner. Un accouchement difficile peut être transfiguré par une présence attentive, une naissance aisée peut devenir cauchemardesque parce que mal accompagnée.

Cette jeune femme souhaitait accoucher le plus naturellement possible. Elle y avait longuement réfléchi, s’y était préparée. Il n’était pas dans ses attentes de vivre l’enchainement péri/synto/forceps/épisio. Il n’était pas dans les projets de l’équipe de le lui imposer. Les circonstances ont fait que cela est devenu nécessaire et chacun s’y est adapté.
C’est aussi de la responsabilité des sages-femmes que d’aider et soutenir une femme devant renoncer à l’idéal projeté pendant la grossesse.

Il est vrai que certains établissements pêchent par une surmédicalisation systématique (une étudiante me racontait récemment avoir entendu une sage-femme s’alarmer «comment veux tu qu’elle arrive à pousser, elle n’est pas sous synto ?»)
Mais ne nous leurrons pas, la nature ne fait pas toujours bien les choses et l’intervention du médical peut s’avérer indispensable. Toute assertion inverse confinerait à l’irresponsabilité.

Il faut cependant souligner que le recours à la péridurale modifie la physiologie de l’accouchement. Dans le récit précédent, l’enchainement des actes n’est peut-être pas étranger à la demande d’analgésie.

Quand bien même, faudrait-il exiger le sacrifice des mères lorsqu’elles se sentent dépassées ? De quel droit  imposer à une femme de supporter ce qui lui devient insupportable ?

Il n’y a pas de réponse unique, pas d’accouchement idéal, pas de comportement maternel à modéliser. Chaque histoire est singulière. Chacune mérite toute notre attention et notre absence de jugement.

Ne tombons pas dans les travers du monde médical imposant trop souvent ses certitudes sans nuance. Rien n’est plus dangereux que la conviction de savoir ce qui est bon pour l’autre.

 

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01 novembre 2009

Conversation

Quelques mots happés au hasard d’une file d’attente.

Deux femmes en grande conversation arrivent juste derrière moi. Du coin de l’œil, j’aperçois un joli ventre rond moulé dans un t-shirt fleuri.
« C’est bête. S'il nait à la date prévue, sa grande sœur ne sera pas là »
« C’est ton troisième quand même, tu ne vas pas aller jusqu’au bout »
« Je sais pas mais je vois mon gynéco la semaine prochaine, je vais négocier la date avec lui»
« T’as bien raison, maintenant on peut choisir ce qu’on veut »

….

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