26 septembre 2012

Genre

 

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Je joue parfois à la poupée… pendant les séances de préparation à la naissance, pour illustrer les positions fœtales, montrer le trajet de l'accouchement, mimer la mise au sein. Mais ma poupée a fait son temps, couleurs passées, membres s'articulant dans d’improbables positions, corps de tissu usé et rapiécé… elle pouvait encore faire illusion mais le plastique s’est fragilisé et doigts et orteils sont en train de se détacher un à un…
Plus zombie que nouveau-né !

Je me mets donc en quête d’un nouveau modèle qui devrait être simple à trouver ; un baigneur souple, proche de la taille d’un nouveau-né, si possible pas trop moche et pas trop cher.

De telles poupées existent chez les fournisseurs de matériels professionnels mais elles sont vendues une centaine d’euro ! Et le coût est presque doublé si l'on souhaite acquérir le sac à double épaisseur de gaze (pour les deux membranes amniotiques) fermé par un ruban pour simuler la poche des eaux et son cordon de tissu bicolore -rouge et bleu, comble du réalisme - se pressionnant sur le nombril...

Je cherche donc une poupée lambda et m’en vais d’un pas assuré dans une grande surface du jouet. J’ai testé avant l’hypermarché voisin mais la seule poupée disponible est le modèle américain blond à forte poitrine, peu adapté à mes démonstrations !

Il y a des années que je n’ai pas mis les pieds dans ce type de magasin. Je découvre un univers terrifiant, un dédale de boites de carton vomissant leur contenu de plastique aux couleurs agressives classés en catégories bien déterminées, 1er âge, garçon, fille.
Ainsi, passé la petite enfance, les filles et les garçons ne pourraient jouer aux mêmes jeux ?

Je traverse rapidement les rayons masculins, avec leurs lots de camions, de jeux de de construction et de figurines aux superpouvoirs. Je trouve enfin le rayon fille… rose comme il se doit ; il me saute aux yeux alors que le bleu des garçons m’avait laissé indifférente… Rose fuchsia, criard. J’ai visité deux enseignes mais les codes couleurs étaient similaires.

Et les poupées !  Un baigneur qui ne fait rien, ça n’existe plus ou alors en modèle minuscule. Mais dès qu'il atteint la taille respectable de 40 cm…  il se doit de sortir de la banalité ; alors il parle, nage, pisse et embrasse, ses dents poussent ou bien il s’enrhume (si si…)

C’est plein de piles bouton toxiques, ça coûte un bras mais surtout comment un imaginaire enfantin pourrait-il se laisser aller à rêver face à la tutelle électronique ?

Et puis c’est pas vendu tout seul. Dans la boite fuchsia parsemée de petites fleurs ou de cœurs d’un rose encore plus vif, il y a aussi la poussette, le siège auto, le tapis d’éveil, le biberon, la couche, le pot ; plus loin dans le rayon trônent la table à repasser, la tête à coiffer et la boite de maquillage …

Récemment des couples s’amusaient de découvrir que leurs fils aînés avaient tous réclamé une poupée à l’annonce du futur bébé… les mères étaient d’accord, les pères s’étaient montrés plus difficiles à convaincre, une poupée pour un garçon ?!!
Au vu de ces rayons pléthoriques et normés, je comprends un peu mieux; sortir de sa couleur c’est plus que téméraire, c’est transgresser le code !

Et moi, je n’ai toujours qu’une poupée en manque de doigts pour mimer la naissance…

 

©Photo

 

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16 février 2011

Question de genre

La profession de sages-femmes, féminine depuis la nuit des temps, s’est ouverte aux hommes en 1982. Une génération est passée depuis.
Les hommes sont pourtant restés très minoritaires (moins de 2 % !) jusqu’aux nouvelles modalités d'entrée dans les écoles. Depuis 2002, c’est en fonction de leur place au concours de première année de médecine que les étudiants peuvent choisir leur filière (médecine, dentaire ou maïeutique). Actuellement, les hommes représenteraient, selon les écoles, entre 13 et 20% des étudiants.

Pourtant, lors de récentes journées réunissant plus d’une centaine d’étudiants militants, le genre masculin était sur représenté.
Nous évoquons notre profession avec la même passion, dénonçons les mêmes dérives, espérons les mêmes évolutions. Mais je ne comprends pas pourquoi les hommes se montrent plus nombreux, plus mobilisés, pour défendre autonomie et reconnaissance professionnelle.

Du coup, je suis allée chercher un peu ce qui s'écrivait sur le sujet. Par exemple ce texte de Philippe Charrier sur l'intégration professionnelle des étudiants hommes sages-femmes.
Il propose cette explication : «Tout au long de leur formation, se dessine une logique de contournement symbolique des "compétences dites féminines". Elle peut se résumer de la manière suivante : à défaut de pouvoir posséder ces compétences, (…) ces hommes sages-femmes assurent symboliquement l’accouchement de la profession.(...) La plupart endossent un rôle maïeutique non seulement envers la parturiente mais aussi envers le groupe professionnel.»
Ainsi, les hommes chercheraient leur légitimité dans ce métier historiquement féminin en le sur-investissant.Théorie intéressante.
Mais il poursuit « Autrement dit, les hommes peuvent être des éléments déclenchant une réflexion des praticiennes sur leur propre travail».
Et là, mon sang ne fait qu'un tour. Nos représentants professionnels sont très majoritairement des femmes. Il n'y a qu'à se pencher sur la composition des conseils d'administration de nos associations et syndicats pour le vérifier.
Aussi souhaiterais-je vivement que l’on ne nous dénie pas la possibilité de réfléchir sans l'aide "d'éléments déclencheurs masculins" !!

Cependant, pour la génération montante, les choses semblent s’inverser.
Nous portons les mêmes idées et laisser les hommes défendre seuls la profession ne serait pas forcément la trahir.
Juste réitérer un partage des rôles éculés.

Sages-femmes, mes sœurs, réveillez-vous ! Nos représentations se doivent d'être paritaires.


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