21 mai 2011

Esseulée

 

Il y a quelques mois, après la naissance de son quatrième enfant, toujours allaité avec bonheur, elle a choisi de prendre un congé parental pour mieux se consacrer à sa famille. Exerçant en libéral, elle a la certitude de reprendre son travail dans quelques temps et jouit même de la liberté de le faire quand elle le décidera ; situation - en apparence - idéale.

Elle m’explique pourtant combien elle se sent isolée chez elle, combien ces semaines rythmées par les horaires scolaires des ainés, les tétés du dernier, la préparation des repas, le ménage et les tournées de lessive lui pèsent.
De temps à autre, elle rencontre des amies mais les seules disponibles en journée ont comme elle cessé de travailler et les conversations tournent encore et toujours autour des enfants et de préoccupations domestiques.

Sa vie sociale lui manque.

Ce jour là, elle me raconte avec gourmandise sa récente sortie pour une occasion « imposée », se réjouissant des échanges - enfin éloignés de son quotidien familial - avec d’autres adultes.

Rien de très surprenant si ce n’est l’occasion en question...
... une sépulture.

Devant sa jubilation, je me hasarde à suggérer que ce devait être une personne à laquelle elle n’était pas très attachée ?
«Ah si, quand même !».

 


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25 novembre 2009

Déni

« Ma mère a fait un déni de grossesse »… Nous nous rencontrons pour la première fois et après quelques minutes consacrées au récit de son accouchement, elle jette cette phrase pour expliquer toute sa difficulté à exister auprès de son enfant.

Elle raconte ensuite une mère se félicitant de n’avoir pris que peu de poids pendant sa grossesse, d’avoir repris son travail très rapidement après l’accouchement. Devant cette description, un thérapeute s’est imprudemment autorisé à évoquer un déni de grossesse.
Ne pas prendre plaisir à la maternité serait-il comparable au fait de l’ignorer ?

Rien de ce qu’elle me décrit ne vient étayer l’hypothèse du déni. Elle est née dans les années 70 et les affirmations de sa mère sont à replacer dans le contexte du moment, libération des corps, revendications féministes, maternité pensée plus souvent comme un asservissement qu’un épanouissement.
Vécu certainement difficile pour la petite fille qu’elle était, mais sans rapport avec la violence de cet imaginaire déni.

Elle s’est emparée de ce mot. Le diagnostic suggéré sans précaution lui permet de relire son histoire à sa convenance et la fige dans son mal être.

Embourbée dans son passé, elle vit sa maternité comme un défi,  s’attachant à se démontrer différente de sa mère. Elle allaite sans joie, materne sans plaisir et s’interdit de reprendre le travail pour ne pas rééditer le parcours familial.
Aux yeux de tous, à tout prix, elle est et sera une bonne mère...

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