22 mars 2013

Odile se contredit (3)

 

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Odile Buisson écrit vite ; elle publie le 21 février un livre évoquant la polémique des pilules de 3ème et 4ème génération sortie début janvier. Tellement vite que ses arguments trop rapidement déroulés s'opposent à eux-mêmes.

Ainsi cette femme, hospitalisée deux jours au huitième mois de grossesse pour des douleurs inexpliquées sans qu'aucune cause ne soit retrouvée, puis victime d’une grave hémorragie de la délivrance. "Il est toujours étrange de pressentir un danger sans pouvoir l'identifier", explique-t-elle après avoir conseillé à la patiente de se rendre dès les premières contractions dans une maternité  "apte à prendre en charge les grossesses à risques". C'est une hystérectomie qui permettra de sauver la mère. 

Et Odile de conclure, "l'histoire de cette patiente rappelle une vérité : une grossesse apparemment normale ne signifie pas que l'accouchement sera normal. Que serait-il advenu si elle n'avait pas accouché médicalement ?"

Faut-il souligner que des douleurs inexpliquées assez violentes pour justifier une hospitalisation de 48 heures ne sont pas vraiment à classer  "grossesse normale" ? 

Mais il serait dommage de se limiter à une seule hypothèse. Le débat peut très largement s'enrichir !
- Que serait-il advenu si cette femme avait accouché dans un établissement disposant d'un service de radiologie interventionnelle ? Son utérus aurait certainement pu être préservé.
- Que serait-il advenu si elle avait eu la malchance de résider à distance d’une maternité (leur nombre a été divisé par 2.5 sur les 40 dernières années) et de ne pas arriver à temps. Cela lui aurait peut-être couté la vie.
- La mauvaise foi ne m'étouffant pas, que serait-il advenu si elle n'avait pu quitter son domicile, bloquée chez elle du fait des intempéries ? Faut-il pour autant prévoir un chasse neige à la porte de chaque femme enceinte ?

Une politique de santé ne peut se concevoir à partir de cas particuliers.

Odile Buisson enchaîne "benoîtement" sur les maisons de naissance. Le raccourci est clair. Puisque personne ne peut prévoir comment se passera une naissance, accoucher hors d'une structure "apte à prendre en charge les grossesses à risques", c'est mettre la santé de la mère et de son enfant en danger.

Pourtant, l'accompagnement global favorisant une parfaite connaissance de la femme par la sage-femme étaye cet "étrange instinct" qui lui a fait conseiller de se rendre précocement à la maternité. Pourtant, le projet d'expérimentation impose l'attenance à une maternité. Surtout, comme le démontre cette étude britannique et contrairement à ce que Odile Buisson tente d'insinuer, pour les femmes présentant une grossesse à bas-risque, la sécurité de l'accouchement est identique quel que soit le lieu de naissance

Je l'ai déjà écrit, Odile ratisse large. A quelques pages d'écart, elle peut à la fois rappeler "la cour des comptes souligne que les maternités n'ont pas suffisamment accès aux services de radiologie interventionnelle" et dénoncer "la création de maternités gigantesques, véritables accouchoirs publics". Faudrait-il concevoir de multiples "petites"  maternités suréquipées ? Avec quel budget ? Quel personnel ? Sachant qu'elle relève ensuite que "certaines maternités disposant de financement ne trouvent pas de médecins..."

Mais Odile Buisson en reste au pamphlet. Il est plus aisé de dénoncer que de proposer.

Elle insiste un peu plus loin "La toute première cause des décès maternels est une hémorragie cataclysmique au décours de l’accouchement" en ajoutant "si les données épidémiologiques soupçonnent l'ocytocine utilisée pour réguler les contractions utérines, aucun lien formel n'a pu être établi". Odile Buisson écrit trop vite. Une  étude de l’Inserm publiée en décembre 2011 démontre au contraire que l’administration d’ocytocine pendant le travail augmente le risque d’hémorragie grave. 

Finalement les apôtres de la physiologie, les "extatiques de la matrice" n'auraient-ils pas raison de se défier? Le groupe de travail cité dans mon dernier billet précise  "La prise en charge de manière systématique de toute grossesse et de tout accouchement avec le même niveau d’intervention que celui requis par ceux qui présentent un risque comporte des effets négatifs tant pour les femmes que pour les équipes des maternités et la société."

Je m'autorise un dernier parallèle. Ce mémoire d'une sage-femme étudiant la prescription d'ocytocine dans une maternité de type 1 retrouve un taux de 45.4 % (et ce chiffre ne prend pas en compte les accouchements déclenchés ! ) Odile Buisson cite cette  étude du Ciane qui dénonce "la plupart des femmes ne sont pas prévenues de l'administration d'ocytocine pendant l'accouchement, administration rendue invisible par la pose systématique d'une perfusion". Elle ironise sur le titre de l'article - méprisamment qualifié d'articulet - "Les femmes n'ont pas leur mot à dire" "qui en dit long sur l'idée qui est véhiculée : les parturientes sont  les victimes d'une médecine totalitaire".  

Injecter sans en informer les femmes un produit qui majore le risque d'hémorragie serait donc à ranger dans la bientraitance médicale ? 

 

à suivre...

 

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07 janvier 2013

Coup de projecteur

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Des articles et forums lus sur le net, les témoignages de mes consoeurs, certains commentaires du blog, des questions posées par le biais de "contactez l'auteur", des échanges mails, et le presque quotidien du cabinet ... une convergence d'éléments démontrant la méconnaissance de notre métier.

La sage-femme cette inconnue… 

La sage-femme est la professionnelle de santé pouvant prendre en charge l’ensemble des événements physiologiques (normaux) de la maternité et du suivi gynécologique.

Maternité : suivi médical de la grossesse, préparation à la naissance, accouchement, suivi postnatal, allaitement, rééducation périnéale.

Gynécologie : suivi annuel, frottis, prescription de contraception (y compris pose d'implant et de dispositif intra utérin). 

En cas de pathologie, la sage-femme collabore avec le médecin spécialiste pour la prise en charge de la grossesse et de l’accouchement, lui passe le relais pour le suivi gynécologique.

La France compte 20000 sages–femmes en exercice. Elles exercent majoritairement au sein des maternités, mais aussi en cabinet libéral et en PMI.

 

En libéral, elles assurent tout ou partie des activités suivantes : consultation de grossesse et postnatale, préparation à la naissance, suivi au retour à domicile, suivi de l’allaitement, consultation nourrisson (suivi staturo pondéral), rééducation périnéale, échographie, suivi gynécologique (et, sur prescription d’un médecin, surveillance d’une grossesse qualifiée de pathologique).

Certaines de ces sages-femmes proposent un accompagnement global de la naissance : présentes du pré au postnatal, elles vous assistent lors de votre accouchement, que ce soit à domicile ou en plateau technique (au sein d’une maternité mais en toute autonomie)

Il y a 4000 sages-femmes libérales, donc forcément une pas trop loin de chez vous. Pensez à la contacter pour votre suivi gynécologique et dès que vous avez un projet de grossesse...

 

En maternité, vous aurez - très ! - souvent affaire aux sages-femmes. Elles assurent une partie des consultations, des échographies, la préparation à la naissance, sont les praticiennes qui vous prennent en charge au quotidien en cas d’hospitalisation pendant la grossesse, tout au long de votre accouchement et pendant votre séjour postnatal.

 

Elles sont aussi présentes dans les centres de protection maternelle et infantile (PMI) pour accompagner les femmes enceintes dont la grossesse nécessite, pour des raisons médicales, sociales ou psychologiques, une présence rapprochée.

Certaines exercent dans les centres de procréation médicalement assistée.

Enfin, vous trouverez des sages-femmes dans les centres d’orthogénie, pour assurer les consultations de contraception et pour accompagner les IVG.

 

Vous avez donc de très nombreuses raisons d'avoir affaire à une sage-femme. Pourtant, les jeunes diplômées peinent à trouver leur place.

Certains cabinets libéraux ont du mal à exister, faute d'agenda suffisamment rempli. A l'inverse, du fait de la diminution des postes, les sages-femmes salariées sont débordées et constatent chaque jour la dégradation de la qualité de leurs prises en charge. Il est demandé à chacune d’en faire toujours plus avec moins. Ce toujours plus se fait forcément au dépend de la qualité des soins, de l’attention portée à chacune.

 

Comment agir ?

- pour les libérales, le principal obstacle est la méconnaissance de leur champ de compétences. La sécurité sociale promettait en 2007 une mise en avant de leur profession. Nous l’attendons toujours. Faisons le ensemble grâce à la magie des réseaux sociaux !

- pour les salariées, les directions des établissements négligent leur surbooking quotidien. La pénurie n’est pas encore à un point tel que la sécurité soit en cause (quoique...) mais "la mère et l’enfant vont bien" n’est qu’un minimum, nécessaire mais pas suffisant ! Il faut que de nouveaux postes soient ouverts. Ecrivez, témoignez, dénoncez ce qui ne doit plus être.

 

Faites circuler très largement cet article autour de vous. Demandez à vos contacts de le relayer.
Faites mieux connaître ce métier dédié à la santé des femmes !

 

Edit du 9/01 : UN GRAND MERCI A TOUS. Ce billet a été largement relayé. Il reste cependant une possibilité qui n'a pas été assez exploitée, l'envoi par mail, qui permet de faire circuler l'info auprès d'un autre public que celui de FB ou twitter. Y a juste à cliquer sur la petite enveloppe, là, tout en bas à gauche... Je compte encore sur vous !

 

Pour aller plus loin

- Rôle des sages femmes dans le système de soin (rapport de la cour des comptes septembre 2011) 

- Une plaquette d'information restée confidentielle. A diffuser largement !

- Quelles sont les compétences générales de la sage-femme (site du conseil de l'ordre)

- Sur ce blog, "Sage-femme mode d'emploi", "Résister"

 

 ©Photo  A is for Angie

 

12 octobre 2012

Voix off, flou on

 

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Le magazine de la Santé (France 5) consacrait cette semaine sa série "In vivo" aux sages-femmes. L'ensemble des émissions est disponible sur le site et une rediffusion est programmée demain samedi à 13h25.

Le reportage montre des sages-femmes autonomes, présentes dans tous les secteurs de la maternité, praticiennes accomplies, chaleureuses, efficaces, compétentes.

Pourquoi alors ma diffuse insatisfaction ? 

L'émission est ainsi présentée :
La grossesse n'est pas une maladie. Forte de cette évidence souvent oubliée, la maternité de l'hopital Necker redonne toute leur place aux sages femmes. Elles sont désormais seules en scène pour assurer la prise en charge des femmes avant, pendant et après leur acccouchement, tant qu'aucun problème médical n'apparait bien sûr. Echographie, accouchement, allaitement, babyblues, leurs compétences sont aujourd'hui pleinement reconnues.

Voilà ce qui me chagrine ! La voix off trouble le message porté par les images. L'exercice autonome des sages-femmes est présenté comme une innovation de l'hopital Necker alors que c'est ainsi dans toutes les maternités de France ; l'accent est mis sur la nouveauté, laissant penser que ces compétences nous ont récemment été octroyées. Si cela est vrai pour le "suivi gynécologique de prévention" (simplement cité au dernier épisode), c'est faux pour toutes les autres activités évoquées. Même l'échographie est une compétence de longue date des sages-femmes.

Mais surtout, la petite phrase "tant qu'aucun problème médical n'apparait" ponctuée par un "bien sûr" fortement appuyé, vient contredire la présentation, comme une affirmation de notre totale dépendance aux médecins. Elle omet que le dépistage de ces "problèmes médicaux" est de notre ressort et que nous prenons en charge certaines  - évidemment pas toutes - de ces situations sans avoir à en référer aux médecins.

Je n'évoque ici que l'introduction, répétée à chaque épisode. Mais ce sentiment de décalage entre les images et les mots persiste au fil des commentaires.
D'autres praticiens, sages-femmes et médecins, m'ont confirmé que cette impression de flou était partagée.

Peut-être sommes nous des chipoteurs acharnés. A chacun d'en juger après avoir vu mais surtout écouté ce documentaire.

 

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23 mars 2012

Maternité danger !

3719454599_7b04df600b_zLa nouvelle maternité de Port Royal a ouvert ses portes il y a un mois.

Fruit du regroupement deux maternités, ces nouveaux locaux devraient voir naître 6000 enfants chaque année.

Une communication soigneuse a précédé son ouverture. Mi février, journalistes et blogueuses  étaient invités à visiter la plus grande maternité d'Ile de France (de métropole ? ).

Vous pouvez retrouver l'ensemble des commentaires sur le blog de la maternité... Ils sont unanimement élogieux, saluant des équipements de pointe, des locaux agréables et spacieux - un  peu moins pour le centre d'orthogénie - et la prise en charge de tous les aspects de la santé féminine, de la PMA à la ménopause en passant bien évidemment par l'obstétrique.

Plan de com réussi pour faire oublier l'image d'usine à bébé que certains dénonçaient déjà.

Un bémol cependant souligné par de nombreuses blogueuses, Port-Royal semble laisser de coté toute velléité d'accouchement plus "naturel". Si ballons, tabourets de naissance et autres suspensions peuvent un jour venir compléter l'équipement, il sera plus difficile d'ajouter des baignoires. Ce matériel pourtant peu coûteux n'a pas été prévu.

Mais évitons de chipoter, la sécurité est plus importante que ces outils de "confort". Et rien n'a été négligé dans la conception de cette maternité de niveau III. Leur blog le souligne "Véritable centre de référence et d'excellence des Hôpitaux Universitaires Paris Centre (AP-HP), Port Royal offre le confort et la sécurité d'une maternité moderne et d'une expertise médicale de pointe, en plein coeur de Paris". 

Rien n'a été négligé sauf peut-être la dotation en personnel. La CGT le dénonçait dans un communiqué dès l'ouverture, Port Royal, c'est 30% de personnel en moins pour 20% d’activité en plus...

En tant de crise, faut préserver l'argent public. Les têtes pensantes ont sûrement imaginé que le matériel dernier cri pallierait facilement un personnel clairsemé. Un peu moins d'humanité certes mais une sécurité garantie...

Pourtant, moins de personnel c'est moins d'humanité et moins de sécurité.
La preuve vient d'en être donnée un mois à peine après l'ouverture.

L'histoire ressemble à une mauvaise blague. C'est le Canard Enchainé* de cette semaine qui le raconte. Au moment de la naissance, faute de mains pour l'accueillir**, un bébé a chuté au sol. Les sages femmes étaient toutes occupées avec d'autres patientes et la sage-femme qui prenait cette mère en charge a été appelée par un obstétricien pour gérer une hémorragie. La mère a accouché seule et son bébé est tombé d'une hauteur de un mètre !

Ce sont les cris de la mère qui ont alerté le personnel. Le bébé, bien évidemment soumis à une batterie d'examens, "devrait sortir avec sa mère" dit l'article du Canard. Espérons que cela soit sans séquelle.

La direction incrimine un accouchement "plus rapide que prévu" et le "positionnement du lit" (cf les tables d'accouchements en photo sur les blogs, les femmes sont comme souvent en position gynécologique avec les fesses au bord du vide)...

Bien sur, faut trouver un responsable ; il semble tout désigné.
Toujours selon le Canard, "la sage-femme qui, sur ordre du chirurgien, a du laisser la paturiente pour courir au bloc va être convoquée par la direction".

 

 

* l'article n'est pas disponible sur le net
** n'ayant pas d'autres infos que celle du journal, je ne peux expliquer pourquoi la maman ne l'a pas attrapé elle même, peut-être parce qu'elle était sous péri et n'a pas senti son bébé descendre, peut être parce que ses mouvements étaient gênés par brassard à tension et perfusion.

 

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12 mars 2012

Aveuglément ?

 

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"Naissance sans violence" oblige, les nouveau-nés passent quelques minutes sur le ventre maternel avant d'être replongés dans une eau tiède. En guise de baignoire, un berceau de plexiglas ; la matière transparente permet un éclairage indirect du plus bel effet sur les clichés que les parents ne manquent pas de nous demander de prendre.

Les mêmes berceaux se retrouvent dans les chambres. Leur pied télescopique permet de les ajuster à la position maternelle. Un petit réglage et le bébé est à bonne hauteur ; nous sommes habituées à jouer de la molette.

Pour une raison ignorée de tous, en salle de naissance, les berceaux sont réglés au plus bas niveau. Si bas que nous nous inquiétons à chaque fois de la fatigue paternelle - en 1980, le rôle du père est défini : il baigne  l’enfant - Il  est de bon ton de lui proposer de le relayer si la position lui devient trop inconfortable. Evidemment, aucun ne souhaite laisser sa place mais nous avons ainsi le sentiment de nous montrer à l’écoute...

Annonce du bain, petite phrase prévenant qu’il faudra rester penché, une autre précisant que nous pourrons si besoin prendre la suite… Ce triptyque est prononcé rituellement par mes collègues pendant toute ma phase d’observation, lorsque je "double" d’autres sages-femmes pour tenter de m’approprier les savoir-faire et savoir-être de l'équipe.

Une fois jugée capable de voler de mes propres ailes, après chaque naissance, j'annonce moi aussi le bain, évoque inconfort et possible relais…

Jusqu'au jour où un père, peut-être moins impressionné par l'univers médical, s'autorise une question: "Mais la petite molette sur le pied, à quoi sert-elle ?"  Grace à cette judicieuse remarque, plus aucun homme ne s’est cassé le dos devant une baignoire trop basse.

Vieille de 30 ans, cette anecdote me reste en mémoire, témoin malicieux de nos routines.

En situation d'urgence, ces routines, alors rebaptisées protocoles, sont salutaires car garantes de notre efficacité.
Mais au quotidien, dans ce nécessaire ajustement avec une femme, un couple, leur histoire, leurs attentes ; que penser d'habitudes si bien ancrées que nous en oublierions de réfléchir ?

Souhaitons que cela ne concerne que le réglage des berceaux…

 

NB du 14 03 : Comme de nombreux commentaires soulignent que le bain du nouveau-né dès la naissance n'est pas une excellente idée ; je précise que je suis bien d'accord mais que cette histoire à 30 ans...

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21 février 2012

Résister

 

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Mes débuts ont été bercés par quelques lieux, quelques noms, symboles du combat pour l’accouchement respecté, Les Bluets et Les Lilas à Paris, mais aussi Pithiviers, Pertuis, Céret, Châteauroux, Rouen.

Pithiviers et Pertuis ne font plus parler d’eux, la maternité de Céret a disparu comme celle de Châteauroux*.
Les parisiens se battent pour survivre et faire perdurer les valeurs qu'ils défendent.
La mobilisation pour les Lilas semble avoir porté ses fruits ; aux Bluets, la bataille ne fait que commencer…

Comme souvent, la province fait moins parler d’elle que la capitale. Un peu excentré - la Haute Normandie, c’est pas central - le Belvédère a taillé sa route tranquillement. Mais là-bas aussi, la maternité est menacée, non pas de disparaitre mais de perdre son âme.

Depuis les années 70, l’équipe du Belvédère défend une certaine idée de la naissance, de l’accueil du nouveau-né - Leboyer publiait "Pour une naissance sans violence" en 1974- mais aussi de ses parents. Déjà, on accueillait les enfants avec respect et douceur, l'équipe privilégiait la proximité de la mère et de son nouveau-né.
Quelques décennies plus tard, les relations avec les couples sont toujours envisagées comme un partenariat respectueux. Accompagner, donner  l’espace et le temps nécessaire, proposer de multiples façon de se préparer, respecter la physiologie, se montrer vigilant plutôt qu’interventionniste…

L’équipe sait se questionner, se remettre en question, interroge ses façons de faire pour faire mieux.

Mais là-bas comme ailleurs la T2A fait son œuvre. Cette façon de financer les établissements en comptabilisant chaque acte est tout sauf favorable à une maternité qui tente justement d’éviter tout acte superflu. Un accouchement physiologique, c’est d’abord de la présence, de la confiance, du temps, (ce qui n’exclût en rien l’intervention médicale, mais au plus juste niveau, quand elle s’avère indispensable).

Comme aux Bluets, on leur a fait croire qu’ils devaient faire plus pour éviter le déficit ; plus de consultations, de préparations, d’accouchements, plus de femmes, plus de bébés. Mais avec le même personnel !
Quotidiennement, l’équipe s’épuise et souffre de ne pouvoir donner autant qu’elle le voudrait.

Certains nous affirment que les femmes ont changé. La péridurale est un incontournable et avec elle les protocoles s’invitent. L'uniformisation des naissances, ce serait la faute à l’époque…

D'autres savent l'attention qu'il faut porter à chaque femme pour voir éclore ses attentes, ses choix. L’équipe du Belvédère est de ceux là et le temps de cet accompagnement ciselé n'est pas pris en compte par la T2A.

Ils ont choisi de se battre, soutenus par des parents motivés, mesurant l’importance de l’enjeu. Non, la santé ne peut se gérer comme une entreprise ! Il ne s’agit pas de dilapider l’argent public mais de l'investir utilement. 

Bien accompagner la naissance d’un enfant est une exigence d'humanité.
Soutenons le Belvédère !


*Il y a toujours des maternités dans ces villes… pas les mêmes.

 

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Mardi 21 février (ce soir quoi !) à 23h10 sur France 2, documentaire à ne pas manquer : "La naissance, une révolution".



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28 novembre 2011

Babyboom, décorticage tardif

 

Audrey Hepburn disait, le plus difficile dans la maternité, c’est cette grande inquiétude intérieure que l’on ne peut pas montrer. Et bien aujourd’hui, nous vous montrons TOUT.
Cette phrase pompeuse introduisait chaque épisode de Baby Boom…Une promesse d’honnêteté qui méritait, même très en retard (!), d’être explorée.

Histoire que personne ne soit dupe… décortiquons.

Le décor
Tristes salles d’accouchement. La modernité s’incarne dans les appareils médicaux mais déserte les carreaux de faïence kaki faussement égayés de quelques fleurs désuètes.
En comparaison, d’autres lieux de la maternité paraissent bien pimpants… En particulier l’office où l’équipe se réunit pour se détendre et partager un repas. Normal, il a été rénové pour l’émission ; le personnel a même eu droit à de la vaisselle neuve.
Quant à l’entrée des urgences, elle a été réaménagée en prévision du reportage puis "remise en état".  Les canapés de cuir, luxueux et détonants, dans lesquels les pères se reposaient en attendant l’heureux événement n’ont existé que le temps du tournage.

La mise en scène
L'étudiante sage-femme est en train de photographier le premier bébé qu'elle a "aidé à naitre" lové dans les bras de sa maman. Le père entre chargé d’un imposant bouquet. Pour l’offrir à sa compagne ? Que nenni ! C’est pour remercier l’étudiante. Comme elle fait des études de sage-femme et pas de théâtre, elle surjoue légèrement et s’extasie «C’est pour moi oh mais c’est gentiiiil» dès l’arrivée du bouquet sans attendre que le père précise qu’il lui est destiné…

Le racolage
A deux reprises au moins, nous avons droit aux piteux ressorts propres aux chaînes commerciales … quelques images pour nous faire craindre le pire et s’assurer - en titillant nos mauvais instincts - que nous resterons devant l’écran pendant les spots publicitaires.
Après un accouchement laborieux, l'enfant nait. Cri de la mère « Il respire pas ! ». La sage-femme emmène le bébé inerte et ... Il faudra attendre la fin de la coupure pub pour être rassuré sur la santé de ce nouveau-né !

Autre accouchement, l'enfant prend son temps. Avant de nous infliger un long tunnel publicitaire, la production extrait quelques mots de la sage-femme évoquant une possible césarienne puis expliquant à la caméra «Quand ça dérape notre métier devient le plus moche métier du monde ! ». Plan de coupe sur le visage anxieux des parents.
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Au final, l’histoire se résume à de très banales explications de la sage-femme, plutôt optimiste sur le déroulement du travail, qui ne fait que répondre à une question du père impatient «Qu'est ce qu’on peut faire si jamais ça n’avance pas ?».

La normalisation
La quasi totalité des émissions est consacrée à des accouchements standardisés répondant parfaitement à l’imaginaire que le public peut en avoir : femmes immobiles + péridurale  + position gynécologique. Standard à peine tempéré par les images d’une femme refusant l'analgésie, accompagnée par une sage-femme qui lui suggère d’autres positions.
Seules quelques variations contrôlées à travers une césarienne ou une naissance express tentent de donner l’illusion de la diversité…

L’équipe de Poissy - de ce que j’ai pu en apprendre par de courts échanges virtuels- s’attache pourtant à proposer bien autre chose que cet accompagnement stéréotypé. Preuve de cette ouverture, la phrase d’une sage-femme expliquant à ses collègues qu'il (ben oui, c’est un homme sage-femme) a examiné une femme debout… mais bien évidemment, pas d’images ni de cet examen, ni de quoi que ce soit d’autre qui pourrait dépasser du cadre.
A l’inverse, Poissy est une maternité de type III qui accueille des grossesses hautement pathologiques et gère des situations complexes ; nous ne le verrons pas non plus.

Le montage
L'obstétricien vient saluer chaleureusement des parents en salle d’accouchement. Au plan suivant, il explique face à la caméra le plaisir de retrouver lors de la naissance les couples qu'il a suivis. Retour au bloc obstétrical ; un coup de fil l’oblige à quitter la salle. Il s’avère que l’appel "urgent" concerne la gestion d'une commande de sushis. Le médecin règle les derniers détails du repas– en demandant au passage à une sage-femme de « faire une jolie table genre maîtresse de maison (sic) le temps qu'on finisse l'accouchement» et revient nonchalamment vers la  salle de naissance. Il s'attarde devant la porte. On entend le bébé naître. Il ne rentre qu'ensuite.
Tout cela est sans grande importance, la présence du médecin n’était pas requise.

Oui mais…
- Dr Tête-nue-sans-masque entre dans la salle et prononce quelques mots sympathiques.
- Le téléphone du Dr Tête-nue-sans-masque sonne en salle d’accouchement ; il s'apprête à sortir de la pièce.
- Sort dans le couloir le Dr Bonnet-de-bloc-et-masque-dénoué.
- Dr Bonnet-de-bloc-et-masque-dénoué paye la commande de sushis et cherche une maîtresse de maison.
- Dr Bonnet-de-bloc-et-masque-dénoué s’approche tranquillement de la salle d'accouchement.
- Dr Tête-nue-sans-masque rentre dans la salle...
Pourquoi ce médiocre montage sinon pour suggérer la duplicité du médecin, s'affirmant heureux d’assister à la naissance, s'absentant dans l’instant suivant pour une dérisoire histoire de sushis ...

L'impact
Dans les semaines précédant l’émission, la production a insisté sur la discrétion - plus de 40 caméras tout de même !- du dispositif mis en place. « Pour perturber le moins possible les naissances, la chaîne a opté pour des caméras dirigées à distance par une régie ».
Aucune perturbation du service donc ? Même en oubliant les puissantes lumières nécessaires aux images, le tournage a forcément influé sur la vie de l’équipe et des parents.

Telle cette anecdote, non diffusée évidemment.
Une femme arrive aux urgences à dilatation complète. L’équipe la brancarde à toute allure dans les couloirs pour l’emmener en salle de naissance. Arrivée au bloc obstétrical, bref temps d’arrêt pour demander où l’installer.
« La 4 est libre »
Le brancard repart, ça urge.
« Ah oui mais non, la 4 c'est une salle avec caméra…On attend une autre femme »
Le brancard amorce un demi-tour.
« Enfin, ah moins que la dame veuille bien être filmée ? »
La sage-femme s'entend prononcer :
«- Ah ben je sais pas. Madame ? Madame ! Vous voulez être filmée ?
- Nooooon ! s’époumone la femme en pleine contraction.
 - Bon ben non, on va où alors ? »


Contraintes techniques imposées par le tournage, aléas médicaux soigneusement évités, sélection des images, montage… Une sage-femme de Poissy après la diffusion du premier épisode m'a écrit : « Pour notre part à toutes c'est une déception. Ça ne représente pas notre pratique. »

Je la crois sans peine !

 

NB : Si vous ne l'avez pas déjà lue, ne manquez pas cette analyse affûtée publiée dès la diffusion du premier épisode sur "Maman Travaille.fr"

 

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08 novembre 2011

Austérité

 

La semaine dernière, le 13 h de France 2 célébrait la naissance du sept milliardième être humain en diffusant "Carnets roses", feuilleton consacré à la maternité des Bluets. Quelques couples suivis durant tout leur séjour, de l’attente de la naissance au presque départ, de l'information sur l'allaitement au premier bain du nouveau-né.
Un reportage se voulant proche de la réalité quotidienne, un peu plombé par les commentaires trop présents d’une journaliste se hasardant à d’obscures envolées lyriques «Ce petit être qui se déploie un peu gluant, un peu étrange ; dans quelques heures ce sera tout simplement un enfant »...

Les soignants interrogés, fidèles à l’histoire de cette maternité, apparaissent sincèrement préoccupés par le bien être des familles.

Mais l'essentiel est à entendre dans les quelques phrases de Virginie Gossez, sage-femme, dénonçant l'insidieuse violence du manque de temps et de disponibilité. L'équipe se sent maltraitante, les parents peuvent se sentir maltraités.

Le plan d'austérité cher à certains de nos politiques s'applique déjà à la naissance. Il faut faire plus avec moins -moins de personnel, de temps, de durée de séjour- pour faire soi-disant moins cher. C''est oublier que la physiologie se préserve, que la pathologie se prévient. A l'humanité empêchée de nos prises en charge se substituent des techniques onéreuses et des actes - et donc des coûts - supplémentaires.

Mais on ne peut réduire le rôle des maternités à l'extraction d'enfants du ventre de leur mère préservant la bonne santé physique des deux protagonistes. Je l'évoquais ici il y a plus d'un an, les Bluets - et d'autres - tirent la sonnette d'alarme. C'est tout au long de la grossesse, dans les heures de l'accouchement, dans les premiers jours avec un tout-petit que se construit le socle d'une famille. Augmenter la charge de travail, c'est contraindre les équipes à se centrer sur l'acte médical en abandonnant toute velléité d''accompagnement.

C'est le devenir de nos enfants que nous hypothéquons ainsi.

 

 

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13 octobre 2011

Cherchez l’erreur…


Ces derniers temps, la presse abonde (tout est relatif) d’articles dithyrambiques sur de nouvelles maternités reconstruites, remodelées, recolorées… Dénoncer l’hypertechnicisation de la naissance semble devenir de bon ton. Réjouissons-nous de voir les médias s’enthousiasmer pour des naissances plus "naturelles", vécues dans d’agréables salles d’accouchement peuplées de ballons et de "lianes" pour le confort de la mère.
Ainsi cet article sur la maternité de Montfermeil.

Si je ne doute pas de la bonne volonté des sages-femmes travaillant dans ce service, je doute fortement de celle de la direction imposant un système "de centralisation des monitorings (...) que l’équipe médicale de la maternité peut ainsi suivre à distance".

Parce que l’équipe médicale, entendons nous bien, ce sont les sages-femmes. Jamais vu un obstétricien rivé devant un écran pour décompter les contractions ou calculer le rythme de base du cœur fœtal et analyser ses variations. Cette surveillance est assurée par les sages-femmes qui, lorsqu’elles détectent une anomalie, la signalent au médecin. En cas de doute celui-ci, compulsant plus ou moins attentivement l’accordéon de papier quadrillé de vert pale ou l’écran de contrôle, vient confirmer le diagnostic.

Il n'y a pas de poste de spécialiste "es analyse du rythme cardiaque fœtal", la centralisation de l’ensemble des enregistrements ne dégage donc en rien l’équipe de ce travail.
Cette organisation vient simplement souligner que le slogan "Une femme / une sage-femme" est vide de sens pour les administratifs.

Aux yeux des décideurs, la sage-femme fera tout aussi bien son boulot - et de façon plus rentable - en surveillant du coin de l’œil ce qui se passe dans les autres salles tout en étant auprès d’une femme… Si tant est que l'on peut réellement se consacrer à l'une en restant en permanence attentif aux autres.

Toute femme ayant vécu un accouchement en comptant sur ses propres ressources sait les phases de découragement où l'on se sent totalement dépassée. Le recours à la péridurale est alors une tentation envahissante. Dans ces moments de doute, l'accompagnement rassurant de la sage-femme peut tout changer ; le niveau de la douleur s’abaisse, celui de la confiance remonte... et c’est reparti. Mais comment repartir sans soutien ?

Les lits ronds et roses, les ballons ronds et bleus, les écharpes roses et douces ne sont que poudre aux yeux si les équipes ne sont pas en nombre suffisant. La douleur et le stress se payent cash et le risque est de voir pulluler des statistiques démontrant l'inanité des ces équipements car les taux de péridurale et d'intervention restent inchangés...

Alors, oui à des maternités design, confortables et colorées mais pas sans sages-femmes DISPONIBLES !

 

 

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24 août 2011

Baby bad story - 1



Le premier des cinq épisodes de Baby Boom a été diffusé - tardivement ! - sur TF1 hier soir.
C'était annoncé depuis plusieurs mois, mais la communication s'est intensifiée la semaine dernière où chef de service, médecin et responsable de chaine ont entonné avec une touchante unanimité le cœur des innocents… "Baby Boom est très réaliste, très beau et particulièrement riche en émotions. "

Ma nuit fut mauvaise …
Mauvaise du fait de sa brièveté mais surtout des pensées agitées qui l’ont envahie. Car ce premier épisode offre de multiples idées de billets tant les angles d’attaque sont nombreux ; la téléréalité, ses montages, ses codes et son ton racoleur, le système hospitalier englué dans des fonctionnements rigides, les émotions des parents, les propos des équipes, et ces histoires filmées qui en disent bien plus que ce que le réalisateur ne le pensait.

Comme par exemple cette anecdote se voulant amusante.
Premier plan : Un couple est filmé lors de son arrivée à la maternité. La caméra la montre dehors, seule et marchant très péniblement, puis son homme que l’on devine resté en arrière pour garer la voiture ou attraper la valise la rejoint devant la porte des urgences.
Message : On est bien dans la real life coco, on interfère pas ! L’équipe de tournage la filme et la voit, mais évidemment, personne n’intervient. Nous serons donc spectateurs, impuissants à espérer pour cette mère un bras secourable.

Plan suivant : ils sont assis dans un bureau que je suppose être celui de l’accueil. Elle tressaute sur sa chaise au rythme des signaux visiblement nombreux que lui envoie son corps. La secrétaire constate «Il va falloir se dépêcher » et continue à compléter le formulaire.
Message : le dossier administratif est une priorité tellement intégrée que si l’on veut bien tenter d’écourter les démarches, il est inimaginable de penser les reporter.

Plan suivant. Elle est emmenée en fauteuil roulant

Plan suivant. Ils sont installés en salle d’accouchement. La sage-femme s’affaire auprès d’eux, pose de monitoring ou de perfusion, je ne sais plus. La secrétaire de l’accueil rentre dans la salle, en cherchant son stylo «Je n’ai plus rien pour écrire »
Message : du fait de son déficit, l’hôpital public restreint les dotations en matériel à un stylo par secrétaire…

La secrétaire tourne et vire, assez bruyamment, dans la salle à la recherche de son indispensable stylo bleu.
Message : il n’est pas dérangeant de déranger.

Dernier plan. La mère se crispe. Elle a mal et en plus y a un truc qui la gène, emmêlé dans ses cheveux. Son homme passe la main derrière sa tête et en extirpe quelque chose :  bingo ! On a retrouvé le stylo de la secrétaire.

 

A suivre...

 

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