26 septembre 2010

Ressuscité

A la naissance, leur enfant a crié, une fois.
Puis plus rien. Ce qu’elle résume en une phrase : « plus de son, plus d’image ».

Le bébé inerte est rapidement emmené par la sage-femme en salle de réanimation. Les parents restent seuls. Elle est rivée à son lit d’accouchement par les multiples tubulures délivrant diverses thérapeutiques et les appareils d'enregistrement poursuivant leur veille dans des clignotements silencieux. Lui est debout à ses cotés, pétrissant sa main dans l’attente de nouvelles.
Quelques minutes s’écoulent, forcément très longues.
Enfin, un médecin passe la tête par la porte entrouverte « Ne vous inquiétez pas, le cœur est reparti » et tourne les talons.

Ils sont à nouveau seuls. Cette annonce qui se voulait rassurante résonne pour eux bien autrement. Si le cœur est reparti, c’est qu’il s’était arrêté. Leur enfant est revenu du royaume des morts.

De retour chez eux, ils commencent cette nouvelle vie à trois dans l'angoisse, s’alarmant à chaque souffle à peine irrégulier, à chaque pleur difficilement consolable, à chaque phase de sommeil un peu prolongée… Combien de temps leur faudra-t-il pour reprendre confiance ?

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22 novembre 2009

Bad trip

Une jeune sage-femme me décrit ses premiers pas dans une maternité inconnue d’elle.
Dans ce lieu, à la naissance, l’enfant est immédiatement emmené dans une autre pièce, examiné, pesé, toisé, lavé et habillé. Ce n’est qu’ainsi, paré des attributs de l’humanité - cachez cette nudité que je ne saurais voir - qu’il est présenté à sa mère.

Lors du premier accouchement qu'elle accompagne, soucieuse de préserver ce temps originel et unique de la rencontre, elle pose, à l’encontre du protocole, le nouveau-né sur le ventre maternel. Pas bien longtemps, comment s'autoriser à bouleverser l’organisation du service dès son arrivée ? Quelques précieuses minutes volées aux habitudes avant la ritournelle de gestes enchainés mécaniquement sans plus savoir s’ils sont indispensables.
Quelques instants pour laisser une mère et son tout petit faire connaissance.

S’étant ainsi affranchie des règles du service, elle est vite rappelée à l’ordre par une consœur plus "expérimentée".
« Ici ce n’est pas comme ça qu’on fait, ce n’est pas notre trip »...

Ce "trip" renvoyant à la consommation de stupéfiants et à l’univers new âge en dit bien plus que le simple refus de modifier des habitudes. Il dénie l’importance de ces premiers instants et assimilent ceux qui soutiennent le contraire à des irresponsables.

Eternel conflit entre partisans et détracteurs de l’hyper-médicalisation de la naissance - en la qualifiant d’hyper, je choisis mon camp ! - qui s’impose ici de façon flagrante au détriment de l’humain.

Pourtant, combien de femmes, combien d’hommes aussi, décrivent cet instant où, lorsque le nouveau-né a plongé son regard dans le leur, ils se sont sentis définitivement, totalement, mère ou père de cet enfant là.

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01 octobre 2009

Soutien

Nous nous croisons dans le couloir de la maternité. Elle promène son nouveau-né qui, me dit-elle, lui demande énormément d’attention. Il dort peu et pleure fréquemment mais se console facilement lorsqu'elle le prend contre elle.

Je la connais bien pour l’avoir suivie pendant ses trois grossesses. Celle-ci a été marquée par le diagnostic d’un cancer du sein chez sa mère qui laissait peu d’espoir de rémission. Pendant ces neuf mois,  il lui a été bien difficile de conjuguer cette vie en devenir et cette autre en train de s’éteindre.

Nous évoquons d’abord l’accouchement qui s’est déroulé simplement, l’allaitement qui ne pose aucun problème, les deux ainés qui vont bien, le papa qui est content… Au fil de son récit, le bébé, détendu, semble s’endormir dans les bras maternels.

Je prends ensuite des nouvelles de la grand-mère. Elles ne sont pas bonnes. Les traitements entrepris restent inefficaces et la médecine la condamne à brève échéance.
Son petit, toujours calme, a maintenant les yeux grands ouverts et ne semble pas perdre une miette de nos échanges.

Elle poursuit en racontant comment tout cela envahit ses pensées, combien la douleur est présente, la crainte de la perte insoutenable.
Puis ajoute en souriant à son bébé « il n’y a que quand je m’occupe de lui que je me sens bien…»

Et ce petit bonhomme qui semblait si exigeant m’apparait alors seulement déterminé à soutenir sa mère.

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17 septembre 2009

Premiers pas

Nurserie de la maternité.
Pour la première fois, elle fait la toilette de son nouveau-né. Novice et maladroite, elle soutient son enfant dans le bain tiède en l’empoignant par le cou. Son anxiété rend ses gestes impulsifs, imprécis, et son tout-petit risque alternativement noyade et strangulation.

Une auxiliaire de puériculture est à ses cotés pour l’accompagner dans ses premiers pas de mère. Délicatement, jamais en imposant, toujours en suggérant, elle l'invite à déplacer sa main. « Peut-être aimeriez-vous…? », « Seriez-vous plus à l’aise si…? ». Tout doucement, le geste est corrigé, la tête de l’enfant se pose au creux du poignet, la main entoure le bras gracile sans risquer de lâcher prise… la mère se détend et commence à prendre plaisir à ce premier bain.

A aucun moment, cette jeune femme n’a pu se sentir accusée ou même soupçonnée d’incompétence.
Bien au contraire, une confiance renforcée dans sa capacité maternelle lui a été offerte par cette présence respectueuse ; précieuse réassurance qu’elle emportera avec elle.

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