15 juillet 2013

A baby is being born

 

Miniature_Naissance_Louis_VIII

Depuis de longues semaines, ma boite mail est envahie de multiples alertes concernant la maternité d'une certaine Kate. D'habitude, je zappe. La royale descendance me laisse plus qu'indifférente. Mais plusieurs d'entre vous ont attiré mon attention sur un article où il était question de positions d'accouchement.

Finalement, la royauté pourrait amener d'intéressants débats...

Reprenons les propos du Pr Deruelle qui annonce 60 à 80% de péridurale. Le chiffre semble minoré ; en 2010 nous étions déjà à 80%.  Il est difficile d'imaginer que le taux ait pu baisser alors que les équipes sont chaque jour plus pressurées au sein de maternités surbookées... Se passer de péri suppose souvent de pouvoir être soutenue par une sage-femme disponible.

Pour 80% des femmes la position sera donc surtout celle proposée par l'équipe, parce que la recherche d'une position antalgique n'a plus lieu d'être et parce qu'il faut faire avec les multiples capteurs et branchements qui accompagnent la pose de l'analgésie. S'ils n'empêchent pas toute mobilité, ils sont malgré tout une réelle entrave à la liberté de mouvement.

Par contre, affirmer que sans péridurale, les femmes s'allongent pour des raisons physiologiques liées à leur fatigue fera s'étrangler la première sage-femme venue. Les raisons en sont toutes autres. L'une d'elle est d'ailleurs citée dans l'article "l’imaginaire populaire et télévisuel a véhiculé l’image de la femme allongée". Ce conditionnement insidieux vient se conjuguer à l'aménagement des salles de naissance où trône (!) un large lit confirmant l'évidence de la position allongée. Les nouvelles salles dites natures, en proposant d'autres supports, aideront peut-être les femmes à retrouver plus de spontanéité.

Mais l'origine principale de la position gynécologique est clairement médicale, comme le montre cet extrait du Traité des maladies des femmes grosses et de celles qui sont accouchées, rédigé par François Moriceau obstétricien du XVIIème siècle.

"Car toutes les femmes n'ont pas coutume d'accoucher en même posture, les unes veulent que ce soit en se tenant sur les genoux comme font certaines femmes aux villages, les autres étant debout et ayant seulement les coudes appuyées sur quelque oreiller mis sur une table, ou sur le bord du lit et d'autres étant couchées sur quelques matelas mis par terre au milieu de la chambre. Mais le meilleur et le plus sûr est qu'elles soient couchées dans leur lit ordinaire. (…/...)
Ce lit doit être fait en telle façon que la femme ainsi prête à accoucher y soit couchée sur le dos, ayant le corps de moyenne figure, c’est-à-dire la tête un peu élevée et de telle sorte qu'elle ne soit entièrement couchée ni tout à fait assise (…/...)Etant en cette posture, elle écartera les cuisses l'une de l'autre en pliant un peu les jambes contre les fesses, qui seront médiocrement élevées par un petit oreiller mis dessous, s'il est besoin, afin que le coccyx ou croupion ait plus de liberté de se reculer en arrière et les pieds seront appuyés contre quelque chose qui résiste". 

Ce texte démontre à la fois la reconnaissance de la mobilité spontanée des femmes en travail et la mainmise du médical imposant ce qui ressemble fort à notre actuelle position gynécologique. A un détail près, elle était améliorée  d'un "petit oreiller" permettant une meilleure mobilité du bassin, innovation oubliée et récemment remise au gout du jour par le Dr de Gasquet...

Je me souviens d'une émission diffusée en direct à une heure de grande écoute, il ya une quinzaine d'années. Un obstétricien du moment y avouait avec une franchise aussi déconcertante que son évident mépris, "Oui, la position accroupie est plus physiologique mais moi, je ne suis pas contorsionniste"...

Non Pr Deruelle, les femmes ne s'allongent pas parce qu'elles sont fatiguées, elles s'allongent parce que tous les indicateurs les invitent à le faire. Comme vous le soulignez, elles pensent que la médecine sait mieux qu'elles et d'une certaine façon, vous appuyez cette croyance en affirmant "La sécurité doit toujours primer sur le physiologique" comme si l'un s'opposait à l'autre.

Pourtant, le courant semble s'inverser, doucement, trop ! L'expérimentation des maisons de naissance sera, n'en doutons pas, votée à l'automne ; les salles natures se multiplient.

Et si l'effervescence médiatique liée à la naissance d'un petit britannique amène un obstétricien français à parler d'accouchement accroupi ou à quatre pattes...tous les espoirs nous sont permis !

 

 

NB : Quelques idées de position sur le site de l'Afar

 

 

Posté par 10lunes à 09:00 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
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