28 avril 2013

Timbrée

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J’aime bien les jolis timbres ; pas pour accumuler les gravures crénelées dans de précieux albums, mais très banalement, pour le courrier. Comme un hommage rendu au papier, à l’objet. Si j’osais, je cachèterais mes envois à la cire…

Comme le cachet n’est plus vraiment de mise au temps du net, me reste l’option d’égayer mes enveloppes d’une vignette un peu plus originale qu’une banale Marianne.

Quand le stock s’épuise, je passe à la poste, espérant que le choix ne se limitera pas à «Recettes de terroir » ou « collector Claude François ». La dernière fois, il restait  d‘anachroniques «Meilleurs vœux » et les petits messages de Ben.  Va pour les messages. Pour faire bonne mesure, j’ai pris cinq carnets…

J’aurais pas du !

"J’aime écrire" m’arrache un demi rictus quand je poste un courrier en triple exemplaire (maternité/médecin traitant/gynéco) alors que les destinataires se montrent trop rarement enclins à m’écrire quoi que ce soit…

"Je suis timbré" me parait un double sens dangereux pour accompagner le règlement de mon assurance professionnelle.

"Entre nous" est un peu trop intime pour le médecin du travail que je souhaite convaincre de déclarer en inaptitude (provisoire) une femme enceinte malmenée par son employeur.

 "Enfin de l’art" n’est pas tout à fait bienvenu pour le traitement d’une infection vaginale entrainant divers symptômes inconfortables et malodorants.

"Vous êtes formidables" est un encouragement un tantinet excessif pour mes onéreuses cotisations retraites.

"Gardarem lo moral" serait de mauvais aloi pour cette femme redoutant une nouvelle grossesse trop vite venue.

"J’ai quelque chose à dire" semble un message trop explicite pour ma lettre de réclamation à l’Urssaf.

 "Pour l’instant tout va bien" est un poil anxiogène quand j’adresse copie des résultats à celle qui doit rapidement consulter un spécialiste.

"Les mots c’est la vie" n’est pas adapté à ce médecin bourru qui m’a expédiée en trois mots" Hum, oui, peut-être", lorsque je sollicitais son avis.

"Cette idée voyage" apparaît bien ironique pour le traitement d’une infection sexuellement transmissible.

"Et mots d’amour" ne convient strictement à personne si l’on veut rester strictement professionnelle !

Reste le très tautologique "Ceci est une lettre"...
Enfin m’en reste plus, curieusement les cinq sont déjà utilisés !

 

PS : à celles et ceux qui imaginent qu’il suffirait de choisir un autre timbre pour chaque situation… Essayez… pas si simple !!

 

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08 avril 2013

Odile n'aime pas du tout les sages-femmes (5)

 

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J'avais promis d'y revenir, Odile Buisson n'aime pas les sages-femmes. Evidemment peu de critiques directes, il ne faudrait pas prendre le risque d'une plainte.

La quatrième de couverture annonce la couleur en évoquant une "gynécologie low cost pratiquée par des intervenant non médecins" pour enchainer immédiatement "Toutes les conditions pour un grand bon en arrière sont réunies. Sale temps pour les femmes". Devinette : qui en France a le droit de réaliser des actes de gynécologie en dehors des gynécologues ?  Les médecins généralistes et les sages-femmes. Les premiers étant  médecins, qui est ici implicitement désigné responsable du "sale temps pour les femmes" ?

Odile Buisson attaque en restant inattaquable, distillant allusions, adjectifs choisis et insinuations.

Attaque quand elle évoque les "nouveaux métiers de santé". "Désormais, ce n'est pas au cabinet du Docteur Machin que vous irez pour votre surveillance de cancer mais à celui de Madame Michu, fraichement diplômée en 80 heures de cours"*. Les sages-femmes se savent doublement désignées, d’abord par le choix pas tout à fait innocent du féminin, cette Madame aurait pu tout aussi bien être un Monsieur Michu– désignées aussi par le temps de formation annoncé car 80heures est le temps moyen de formation théorique pour les DU (diplômes universitaires) de suivi gynécologique de prévention, certains DU étant d’ailleurs ouverts conjointement aux sages-femmes et aux médecins généralistes. Ce raccourci omet simplement que ces heures de cours se complètent d’heures de stage - est ce que le temps de formation d'un médecin se résume aux heures passées sur les bancs de la fac ? - de travail personnel, mais surtout qu'elles viennent s’ajouter à un diplôme obtenu après 5 années d'études (dont 500 heures de formation gynéco).

Attaque encore cette improbable liste de "petits métier" qu'elle se plait à imaginer "frotteur de col utérin, inciseur d'hémorroïdes, vaccineur de bébé, poseur de stérilet, toiletteur du 3ème âge, peseur de nouveau-nés".  Que quatre de ces six propositions soient déjà assurées par les sages-femmes n’est surement que le fait du hasard ! Il est par ailleurs savoureux de les voir ainsi soupçonnées de vouloir "faire de chaque morceau du corps humain une petite entreprise qui ne connaît pas la crise" alors que les sages-femmes revendiquent haut et fort les moyens d'une prise en charge plus globale.

Attaque toujours ce récit de grossesse non désirée survenue après la pose d'un stérilet par un "professionnel de santé" ( lire sage-femme, en dehors des médecins, elles sont actuellement les seules autorisées à poser des dispositifs intra-utérins). Odile Buisson se régale de la description échographique "d'un stérilet inséré dans le col utérin. L'absence de douleur et de saignement fait plutôt penser qu'il y a été malencontreusement placé lors de la pose". Et hop, preuve serait faite que les sages-femmes sont incapables de poser correctement un DIU. Oui mais non ! L'expulsion d’un DIU bien placé n'est pas toujours accompagnée de douleur et de saignements (cf cette notice précisant qu'il est bon de contrôler les fils après les règles)Que le gynécologue qui n'a jamais connu cet incident me jette la première pierre...

Saluant la santé des françaises dont le  taux de cancer du col est le plus bas d’Europe, Odile Buisson s’offusque "qu’il soit de plus en plus souvent répliqué : n’importe qui peut faire un  frottis" (n’importe qui en l’occurrence, ce sont les  médecins et les sages-femmes) et termine le paragraphe pas un méprisant "oui bien sur, les vétérinaires aussi… " Les vétérinaires apprécieront ! 

Evoquant la visite de la maison de naissance de Pontoise, Odile Buisson souligne  "D'emblée il est expliqué qu’il ne faut pas confondre les maisons de naissance avec les espaces physiologiques qui s'ouvrent dans les maternités publiques ou privées ; les premières sont indépendantes des médecins les secondes ne le sont pas". La formulation laisse à penser que la seule préoccupation des sages-femmes serait de se libérer de la tutelle des médecins. Mais travailler en autonomie signifie avant tout se dégager des nombreux protocoles mis en place afin de donner une cohérence aux prises en charge assurées par de multiples intervenants. Ces prises en charge standardisées n’ont que peu de place  en maison de naissance où la globalité du suivi permet une adaptation à chaque situation rencontrée.

Mais pour Odile Buisson, interroger nos façons de faire est forcément suspect. "Il existe chez les sages-femmes et parfois chez les médecins un petit lot d’extatiques de la matrice". Voyez comme le parfois des médecins laisse entendre le souvent des sages-femmes. Elle développe ensuite, "volonté de religiosité, morale conformiste et souvent bourgeoise de la sujétion à la douleur"… Oserai-je ce mauvais jeu de mot, la messe est dite et les sages-femmes qualifiées dans le paragraphe suivant de "nouvelles matrones ordinales".

Car les soignants mis en cause sont presque exclusivement les sages-femmes. Quand certains comportements de médecins pourraient être dénoncés, le "on" vient avantageusement remplacer le nom du professionnel. Ainsi dans le récit d'une femme ayant fait une fausse couche et plusieurs fois renvoyée par les urgences, ce n'est pas le médecin qui la refoule mais  "on" et "on" aussi qui lui dit qu'il faut attendre ; quand elle appelle le 15 ce n'est pas un médecin régulateur mais "on" qui se borne à  lui conseiller de consulter en ville. A l’inverse, quand elle est enfin reçue, l'interne est désolé et le médecin attentionné.

Les sages-femmes, elles, ne bénéficient pas de ce "on" générique et protecteur.  

Par exemple dans ce récit d’un accouchement difficile mettant plus qu’à mal le projet de naissance d’un couple. La sage-femme "rétorque sèchement", à la ligne suivant elle est qualifiée de "cerbère", deux phrases plus loin "elle se crispe et ne donne pas dans l’empathie" et lorsque la mère hurle et se débat, elle est attachée et "la sage-femme indifférente observe : elle est agitée". L’obstétricien sera pour une fois lui aussi qualifié de rustre et de sale type.

Loin de moi l’idée de défendre à tout prix ma corporation, être sage-femme ne garantit aucune qualité, ne préserve d'aucun défaut…
Mais à la fin de ce récit apocalyptique la femme est "très remontée contre les sages-femmes de l'hôpital". Le rustre a soudainement disparu.

Si les sages-femmes de Pontoise sont accusées de refuser une péridurale à leurs patientes, d'autres l'imposent. Dans une autre maternité, une jeune  femme arrive dans le service en fin de travail. "La sage-femme appelle l'anesthésiste", adroite ellipse qui évite de préciser si c'est du fait d'une demande maternelle. Il nous est expliqué que la future mère a passé "une nuit atroce, percluse de douleurs abdominales", en soulignant  qu’elle a été renvoyée la veille par la sage-femme … "La patiente lui dit, c'est trop tard, j'ai envie de pousser, je sens qu'il arrive. La sage-femme rétorque – vous l’aurez remarqué, une sage-femme ne répond pas, elle rétorque - qu'elle a encore du temps et la péri est posée".

Décidément, les sages-femmes ne semblent jamais respecter les souhaits des femmes.

Paradoxalement, Odile Buisson conclut son ouvrage en saluant  la création d’un Institut de santé génésique dirigé par Pierre Foldes "fédérant médecins, sages-femmes, infirmières, et membres d’autres professions".

Fédérer les professionnels, cela peut se faire au sein d’un même lieu, mais aussi d’une ville, d’un réseau de soin.
Fédérer, c'est mutualiser les compétences et les savoirs pour se mettre au service des patients.
Fédérer, c'est reconnaître et respecter chaque maillon de la chaîne de soin parce que la santé se construit avec chacun d'eux.
Mais comment imaginer ce partenariat quand l'un distille autant de mépris pour l’autre ?

Odile Buisson, j'aimerais croire que vous vous souciez réellement de défendre la santé des femmes et non l’hégémonisme médical...
Mais j'ai comme un doute.

 

NB: Il y a un an, j'avais choisi l'humour pour dénoncer d'autres propos incendiaires d'Odile Buisson. Mais la répétition des attaques est lassante...

 

*En aucun cas les sages-femmes ne surveillent un cancer… Par contre elles participent activement à leur dépistage.

 

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13 mars 2013

Sous le signe du lien

 

5398546351_035100ff3e_bAprès l'argumentation spécieuse d'Odile Buisson, voilà qu'un autre médiatique gynécologue aligne les affirmations tendancieuses.

Comme il serait dommage ne pas en avoir connaissance, je vous copie ci-dessous l'intégralité d'une interview diffusée sur France Bleue Alsace le 4 mars dernier.

Les maisons de naissance bientôt testées dans toutes la France ?

Le Sénat devrait voter dans les prochaines semaines une proposition de loi qui prévoit d’expérimenter ces structures attenantes aux maternités. Elles offrent aux femmes la possibilité d’accoucher sans être hospitalisées. Le suivi est assuré uniquement par une sage-femme. En ligne avec nous le professeur Israël Nisand gynécologue obstétricien à Strasbourg. Bonjour !

Bonjour.

Vous connaissez très bien ce dossier puisqu’il existe une forme de maison de naissance à Strasbourg depuis 2004. Vous en êtes d’ailleurs le responsable. Cela signifie qu’il y a aujourd’hui une vraie demande de la part des femmes ? Est-ce que c’est parce que l'accouchement est devenu trop médicalisé professeur Nisand ?

Non il n'y a pas de vraie demande parce que nous offrons 8 salles de maisons de naissance à Strasbourg depuis 2004 et ça correspond à 3 % des accouchements, donc il n’y a pas de réelle demande ce n’est pas en augmentation. Il y a une demande de certaines professionnelles de s’affranchir de la tutelle des médecins mais il n’y a pas de demandes de patientes.

Le Professeur Frydman, autre gynécologue médiatique, évoque lui une demande de 10 à 15 %*. C'est bien parce que ces salles physiologiques n'ont rien à voir avec une maison de naissance que la demande ne se développe pas. L'accompagnement global est une des clefs de voute du succès. Réduire le concept à une salle un peu plus accueillante bénéficiant d'une baignoire, c'est démontrer ne rien avoir compris ni à l'idée défendue, ni surtout aux attentes des femmes.

Donc c’est plus un débat purement médical alors, c’est ce que vous nous dites ?

C’est un débat assez corporatiste parce qu’il y a dans pratiquement toutes les maternités de France des secteurs physiologiques où l’on peut accoucher en faisant moins de médecine. Mais si on s’éloigne des salles d’accouchement, on s’éloigne aussi de la possibilité d’avoir une péridurale et cela c’est pas dit dans la chanson. Comme actuellement il y a une assez mauvaise météo pour les femmes, je dis que ces maisons de naissance à distance des salles d’accouchement où il n’y aura plus de péridurale possible c’est un peu une tromperie pour les femmes.

Les salles physiologiques sont loin, très loin, d'être présentes dans toutes les maternités de France.
Par ailleurs, opposer les unes aux autres est absurde.  Est-ce que l'on imagine opposer maternités de type 1 ou 3 ? Ce sont des offres de soin complémentaires, pas interchangeables.
Quant à tromper les femmes...

Oui parce que vous à Strasbourg, c’est vrai que les salles sont vraiment incluses dans la maternité, enfin les médecins peuvent venir à tout moment alors que la proposition loi ne prévoit pas ça. C’est ce que vous dénoncez ?

Voilà, voilà, c’est ce que je dénonce. C’est sûr qu’un certain nombre de sages-femmes ont envie de devenir chef de service et de s’affranchir de la tutelle des médecins mais je rappelle qu'un accouchement à tout moment peut tourner à une complication, que les sages-femmes n’ont pas la compétence pour gérer les complications et que s’il faut au moment d’une complication se mettre à se déplacer pour rejoindre une salle d’accouchement traditionnelle on est dans le mal fait aux femmes.

Marteler le mot complication ne fait pas une démonstration. Ces lieux sont destinés à des femmes ne présentant aucune situation particulière, et le dépistage de possibles complications est de la responsabilité et de la compétence de toute sage-femme. Cela dit, oui certaines femmes seront transférées de la maison de naissance à la maternité comme d'autres le sont d'une "salle d'accouchement traditionnelle" au bloc opératoire.

Et donc à ce titre là, je trouve que la question corporatiste qui est posée de savoir si les sages-femmes doivent ou non être chef de service ne justifie pas que l’on éloigne les femmes des endroits où l’on peut les soigner correctement.

La motivation des sages-femmes serait donc d'être calife à la place du calife ? L'argument semble tellement mesquin qu'il ne mérite pas que l'on s'y attarde. Dans cet autre billet, je soulignai le possessif du Pr Nisand évoquant "ses" sages-femmes.

Mais revenons au bien être des patientes est ce que ça ne peut pas quand même servir certaines femmes d’accoucher de façon plus naturelles aujourd’hui ? Il y en a qui le souhaitent.

Mais c’est le cas dans pratiquement toutes les maternités et de mon point de vue il suffisait de mettre l’accélérateur sur des salles d’accouchement dédiées à la maison de naissance à l’intérieur des salles d’accouchement.
Mais le fait de s’éloigner des salles d’accouchement et de faire des services d’accouchements bis avec le prétexte que à ces endroits on aura plus de sages-femmes pour s’occuper des femmes, et bien mettons les moyens sur les salles d’accouchement qui n’ont pas les moyens actuellement de s’occuper vraiment méticuleusement des femmes. Il n'y a pas besoin de créer de nouvelles structures pour cela. Il suffit de donner un peu plus de personnel dans les maternités pour qu’on n’ait plus d’accident de type Port-Royal et que l’on puisse s’occuper un peu mieux des patientes qui souhaitent démédicaliser leur accouchement. Mais créer de nouvelles structures pour ça, ça me parait très mauvais pour les femmes.

Là encore, il est absurde d'opposer les deux. Il faut à la fois plus de sages-femmes en structure et des sages-femmes en maison de naissance. Et quid de l'accompagnement global ?

Donc vous pensez que ce n’est pas le vrai argument, vous citez l’exemple de l’accident de Port-Royal est ce que ce n’est pas aussi pour désengorger les maternités tout simplement ?

Mais ça ne va jamais désengorger madame puisque la demande est à hauteur de 3 %. Ça ne va rien désengorger. Ça va mettre beaucoup de moyens sur un petit nombre d’accouchements alors que là où il y a besoin de gros moyens humains on ne les mettra pas.
Donc je préférerais que plutôt qu’on utilise des sages-femmes pour faire 150 accouchements par an ce qui est prévu dans les maisons de naissance, on rajoute ces moyens dans les endroits où y a beaucoup d’accouchements pour que les pépins… si vous voulez pour qu’on ait des pépins dans les maternités qui font beaucoup d’accouchements et des lieux d’accouchements physiologiques avec beaucoup de sages-femmes pour très peu d’accouchements ne me parait pas raisonnable, en tout cas ça va contre l’égalité des femmes entre elles.

En maison de naissance, le ratio serait d'environ 50 accouchements par sage-femme et par an. Mais il ne s'agit pas que d'accouchement. L'accompagnement global, c'est aussi le suivi médical, la préparation à la naissance, le suivi postnatal à domicile.
On compte en France environ 20 000 sages-femmes pour 800 000 naissances, soit une sage-femme "utilisée" pour 40 accouchements... 

Une dernière question puisque c’est un argument aussi pour cette proposition de loi, c’est le coût. On nous dit que l’accouchement dans ces lieux reviendrait moins cher qu’à l’hôpital, c’est vrai ou faux professeur Nisand ?

C’est une tromperie madame, c’est une tromperie. Quand on regarde les salles d’accouchement aujourd’hui, on a fait, tout le monde a fait des efforts pour que l’argent public soit utilisé correctement. Dire qu’avec 2 ou 3 sages-femmes (rires) on va faire 150 naissances là où on en fait 4000 par ailleurs je veux bien qu’on m’explique que ça va couter moins cher mais ça va couter bien plus cher et en plus ce sont des endroits ou en cas de douleur extrême on ne pourra pas faire de péridurale. Dans la maison de naissance de Strasbourg, 35 % des femmes qui avaient l’intention d’accoucher en maison de naissance finissent par demander, malgré l’acupuncture, malgré l’analgésie qu’on y fait, d’être transférées dans la pièce d’à côté pour bénéficier d’une péridurale.

Cela coutera moins cher et les transferts pour péridurale seront bien inférieurs.
Notre problématique est justement d'avoir l'occasion de le démontrer.
Rappelons que la proposition de loi ne concernerait au maximum qu'une dizaine de sites.
Il ne s'agit pas de révolutionner l'obstétrique française mais d'entrouvrir la porte à une expérimentation...

Le seul point positif est que le reproche d'une moindre sécurité semble abandonnné. Une récente étude le démontre - à nouveau ! - cette thèse ne tient pas.

En dehors de notre supposée lutte pour les chefferies, le seul argument multimartelé est l'absence de recours à la péridurale. Les sages-femmes seraient donc assez malhonnêtes pour taire cette information, les femmes assez stupides pour ne pas les interroger et les maternités assez perverses pour refuser le transfert en cas de besoin ? 

Prétendre défendre la cause des femmes en niant leur droit à décider pour elles-mêmes me semble un exercice périlleux.

Merci beaucoup professeur Israël Nisand pour ces explications.

 

 

Une petite étude présentant les résultats de maisons de naissance suisses (l'une d'elles se nomme "Dix lunes" mais aucun rapport avec le blog) 

 

 

*Y a-t-il des grossesses et des accouchements à bas risque ? C. Colmant a,b, R. Frydman a, Gynécologie Obstétrique & Fertilité 37 (2009) 195–199

 

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28 mai 2012

Le bûcher des vanités

 

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Notre profession est en pleine évolution, tout particulièrement en exercice libéral. De plus en plus de femmes font suivre leur grossesse par une sage-femme. Nous prenons aussi en charge les enfants dans les premières semaines (et parfois premiers mois, sachant que cette surveillance est alors complémentaire du suivi mensuel assuré par les médecins généralistes ou pédiatres). Enfin, en août 2009, l’extension de nos compétences au suivi gynécologique de prévention et à la contraception est venue compléter notre champ d’action. 

Spécialistes débordés, longs délais pour obtenir une consultation pédiatrique ou gynécologique, les femmes se tournent vers leur sage-femme (ou leur médecin traitant). Cette organisation des soins est une évidence de santé publique, libérant du temps de spécialistes pour les situations particulières. Dans tous les cas, si une pathologie est décelée, les sages-femmes passent le relais au praticien compétent, comme je l’ai déjà expliqué sur ce blog.

Ainsi, les femmes et les familles peuvent bénéficier d’une prise en charge de qualité, où chacun trouve sa place et s’articule avec les autres praticiens du réseau en fonction de la demande, de l’urgence et de la complexité des situations.

Voilà pour le monde idéal.

Parfois ce monde vacille. Nous ne sommes plus complémentaires mais concurrents et certains voient le développement de la profession de sage-femme comme une remise en cause de leurs propres compétences.

C’est ainsi qu’un médecin a porté plainte contre une collègue sage-femme de Savoie.
Les raison de sa plainte : son inquiétude pour la santé de plusieurs enfants.
Le rapport avec la sage-femme mise en cause ? Aucun !

Enfin si, la sage-femme a été en contact plus ou moins direct avec chacun d'eux.
Le premier est né à domicile, après une grossesse parfaitement normale et un accouchement tout aussi physiologique. Plusieurs semaines après la fin du suivi par la sage-femme, le sevrage, rendu nécessaire par l’hospitalisation de la mère, a été difficile.
Le second est son frère aîné de plusieurs années. Il est reproché à la sage-femme de ne pas avoir veillé à sa croissance lors des visites à domicile liées à la naissance du cadet.
La mère du troisième était suivie pendant sa grossesse par cette même sage-femme qui a détecté les premiers signes d’une pré éclampsie et a immédiatement demandé une hospitalisation.

Ainsi la sage-femme est désignée responsable des choix éducatifs d’une famille, refus de vaccinations, enfant non scolarisé en maternelle, alimentation biologique (qualifiée par le médecin "des habitudes alimentaires des adeptes de ce genre de secte") et de la pathologie d’une femme enceinte. 

Je veux croire que ce médecin s’est réellement inquiété de la santé de ces enfants. Mais c’est le procédé qui interroge. Pourquoi ne pas contacter directement la sage-femme ? Pourquoi ne pas chercher à recueillir auprès d’elle les informations permettant d’éclairer chaque situation ?
Pourquoi refuser la conciliation proposée par le conseil de l’ordre après son dépôt de plainte ?

Il ne s’agit plus alors de préoccupations de santé mais de querelles d’ego et de pouvoir.

En d’autres temps, des médecins ont accusé les sages-femmes de sorcellerie, conduisant parfois ces dernières à être brulées vives en place publique.
Saluons la douceur des temps modernes qui nous permet de gérer ces conflits de façon tout aussi publique mais devant un tribunal administratif.

Soutenez Sandrine Fiandino, le 7 juin à 11 heures au tribunal administratif de Lyon, 184 rue Duguesclin.

 

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12 février 2012

Limites de territoires

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C'est fatiguant à la fin... Après certains syndicats médicaux, ce sont maintenant des kinésithérapeutes qui nous prennent pour cible.

A l'origine de leur ire, une initiative de notre Conseil de l'ordre qui défend la possibilité pour les sages-femmes d'assurer la rééducation périnéale de femmes sans enfant*. 

De mon point de vue, cette revendication n'est pas une priorité. Ma seule réserve concerne les patientes vivant à distance de tout cabinet de kiné mais à proximité d'un cabinet de sage-femme. Eviter dans ce cas un long déplacement justifierait une dérogation (parfois déjà accordée par l'assurance maladie). Pour le reste, nous avons bien assez à faire avec les accouchées.

Je n'avais donc pas souhaité réagir au mécontentement compréhensible des kinés avant ce qui m'apparait comme une nouvelle attaque. Ainsi, les sages-femmes "phagocytent la rééducation du post partum" ?!  

Comme pour le suivi de la grossesse, je revendique le libre choix des femmes pour leur rééducation postnatale. C'est à elles de décider vers quel praticien elles souhaitent se tourner. Je déplore donc avec les kinés que la nomenclature les exclue de cette rééducation dans les trois mois suivant une naissance. Solidaire encore, je soutiens une cotation similaire de nos actes, en soulignant cependant que l'on ne peut comparer la rémunération d'un praticien se consacrant exclusivement à son patient à celle d'un autre prenant en charge plusieurs personnes simultanément (n'y voyez aucune inflexion corporatiste, ce bémol concerne nos deux professions... à des degrés différents.)

Mais nos amis viennent de se tromper de combat... Dans un courrier adressé à la caisse de Paris, le SMKRP écrit "En effet, il semblerait que certaines caisses primaires d'assurance-maladie remboursent des actes de rééducation fonctionnelle prescris (sic) par les sages-femmes. Cette information laisserait à penser que les sages-femmes prescrivent une rééducation qui n'entre pas dans leur domaine de  compétence".

Mauvais argument ! Lorsque nous prescrivons une rééducation périnéale, nous sommes à la fois aptes à la prescrire et à la réaliser. Il serait pourtant parfaitement abusif et irrespectueux des femmes comme de nos collègues kinés d'exiger que cette rééducation se fasse avec une sage-femme. 

A l'inverse, nous sommes  en conflit avec l'assurance maladie qui refuse de prendre en charge la rééducation abdominale postnatale si l'ordonnance est signée par une sage-femme et non par un médecin (cf cette action syndicale). Si la réalisation de cet acte n'est pas de notre compétence, sa prescription l'est et le soutien des kinésithérapeutes serait bienvenu.

Les sages-femmes assurent de plus en plus de suivi de grossesse et voient donc des patientes consultant pour sciatalgies, lombalgies... Le plus souvent, il s'agit d'une symptomatologie banale chez la femme enceinte, banale ne signifiant pas pour autant négligeable. Mais quelle que soit la situation, nous ne pouvons actuellement prescrire de traitements de kinésithérapie et sommes amenées à rediriger ces patientes vers un médecin. Cette double consultation est absurde ...

En dénonçant nos prescriptions, le SMKRP dénie aux femmes la possibilité de choisir leur praticien, leur complique l'accès à des soins remboursés parce qu'elles ont eu l'audace de ne pas s'adresser à un médecin, contribue à des dépenses superflues pour un système de santé déjà malmené. 

Et il énerve un tantinet les sages-femmes...

 

 * Les sages-femmes ne peuvent assurer la rééducation périnéale que chez les femmes ayant - un jour même lointain- accouché...  Cette restriction semble un peu dérisoire ; à 80 ans, les problèmes de prolapsus ou d'incontinence sont-ils à mettre sur le compte d'un accouchement vieux d'un demi-siècle ou de l'âge ?

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