09 août 2011

Une question de balance

 

Ils ont quitté la maternité au quatrième jour, un peu malmenés par une équipe préoccupée par leur bébé qui perdait toujours du poids. Seule l’assurance d’une consultation le lendemain a évité la sortie contre avis médical.

Les voilà donc tous les deux, presque étonnés de se retrouver dans ce lieu, devenu familier au fil des mois de la grossesse, avec ce nouvel interlocuteur, leur enfant.

Mes mots de bienvenue résonnent dans le vide. Ils restent silencieux, déjà tendus dans l’attente du verdict de la balance. Je m’incline devant ce préalable imposé à toute conversation et commence à examiner leur nouveau-né. Il me parait en pleine forme, bon tonus, pas d’ictère, une couche pleine … Je détaille ces informations rassurantes au fur et à mesure à voix haute.
Mais ils n’attendent qu’une seule chose, le chiffre.

Espérant les dérider, j’annonce me dépêcher de m’acquitter de la pesée pour les voir retrouver la parole. Leur silence confirme que je n’obtiendrais rien d’autre que quelques grommèlements anxieux tant que le poids n’aura pas été annoncé.
Je pose le bébé sur la balance : il a pris 60 g.
Je clame la bonne nouvelle et commence à le rhabiller.
Le silence persiste. Je cherche le regard de sa mère.
- « Tu me crois ou tu as besoin de le vérifier toi-même ? »
Son sourire contraint montre que ma tentative d’humour ne passe pas.

Alors, j’enlève le body, détache la couche et repose son enfant sur le pèse-bébé. Je m’efface sur le coté pour lui laisser la place. Lentement elle se lève et vient contempler le chiffre qui s’affiche.

Enfin, elle sourit.

 

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22 novembre 2009

Bad trip

Une jeune sage-femme me décrit ses premiers pas dans une maternité inconnue d’elle.
Dans ce lieu, à la naissance, l’enfant est immédiatement emmené dans une autre pièce, examiné, pesé, toisé, lavé et habillé. Ce n’est qu’ainsi, paré des attributs de l’humanité - cachez cette nudité que je ne saurais voir - qu’il est présenté à sa mère.

Lors du premier accouchement qu'elle accompagne, soucieuse de préserver ce temps originel et unique de la rencontre, elle pose, à l’encontre du protocole, le nouveau-né sur le ventre maternel. Pas bien longtemps, comment s'autoriser à bouleverser l’organisation du service dès son arrivée ? Quelques précieuses minutes volées aux habitudes avant la ritournelle de gestes enchainés mécaniquement sans plus savoir s’ils sont indispensables.
Quelques instants pour laisser une mère et son tout petit faire connaissance.

S’étant ainsi affranchie des règles du service, elle est vite rappelée à l’ordre par une consœur plus "expérimentée".
« Ici ce n’est pas comme ça qu’on fait, ce n’est pas notre trip »...

Ce "trip" renvoyant à la consommation de stupéfiants et à l’univers new âge en dit bien plus que le simple refus de modifier des habitudes. Il dénie l’importance de ces premiers instants et assimilent ceux qui soutiennent le contraire à des irresponsables.

Eternel conflit entre partisans et détracteurs de l’hyper-médicalisation de la naissance - en la qualifiant d’hyper, je choisis mon camp ! - qui s’impose ici de façon flagrante au détriment de l’humain.

Pourtant, combien de femmes, combien d’hommes aussi, décrivent cet instant où, lorsque le nouveau-né a plongé son regard dans le leur, ils se sont sentis définitivement, totalement, mère ou père de cet enfant là.

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