09 septembre 2013

Avis de tempête

 

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Le temps est à l'orage. Au départ, un court texte dans la dernière revue de l'Ordre (en page 6) arrivée dans les boites à lettre des sages-femmes par une chaude journée d'été.

Pratique des accouchements à domicile
Le Ministère des Affaires sociales et de la Santé nous ayant récemment interpelé sur la pratique des accouchements à domicile programmés par des sages-femmes sans couverture assurantielle, il nous a semblé utile d’apporter les trois précisions suivantes :
• Il appartient à notre Ordre d’assurer la meilleure garantie possible aux usagers et aux professionnels et donc de rappeler qu’une couverture assurantielle est indispensable à la pratique des accouchements à domicile lorsqu’ils sont programmés.
• Les sages-femmes libérales sont tenues de souscrire une assurance destinée à les garantir pour leur responsabilité civile professionnelle qui est susceptible d’être engagée en raison des dommages subis par des tiers et résultant d’atteintes à la personne survenant dans le cadre de leurs activités
• Le manquement à cette obligation peut être sanctionné au niveau disciplinaire mais aussi au niveau pénal.

On a tous espéré que ça en resterait là. L'Ordre, bien obligé de jouer sa fonction de garant de la déontologie, s'en acquitte en faisant un bref rappel de la loi. Basta.

Dans les paragraphes suivants, je vous demande de pardonner les nombreuses parenthèses, nécessaires à la compréhension du dossier pour ceux qui n'y sont pas plongés au quotidien.

Car le dossier est complexe ; la grande majorité des sages-femmes pratiquant des accouchements à domicile n'est pas assurée pour cet acte. Les quelques exceptions sont celles qui pratiquent depuis des décennies et qui bénéficient de la reconduction annuelle et tacite d'un contrat vieux comme Hérode.
Pour les autres, plus récemment arrivées sur le marché, la situation s'est sacrément compliquée depuis l'année 2000, date à laquelle la dernière offre d'assurance pour la pratique de l'accouchement à domicile a disparu.
Puis ça s'est re-compliqué en 2002 avec la loi Kouchner venant imposer - très normalement - aux professionnels de santé d'être assurés pour leurs actes. Travailler sans assurance, c'est risquer l'interdiction d'exercice et la bagatelle de 45 000 € d'amende.

Les  associations et syndicats de sages-femmes se sont mobilisés, les associations d'usagers également. De nombreuses démarches ont été entreprises que l'on peut résumer ainsi :

- Auprès des assureurs français. Aucun ne s'est montré intéressé; trop peu de professionnels concernés (donc peu de contrats potentiels) et des indemnisations possiblement onéreuses (évaluées à la très grande louche puisque même si les sages-femmes pratiquant l'AAD collectent leurs données, il leur est opposé que le risque est si faible qu'il est … incalculable !)

- Auprès des assureurs  étrangers ensuite. Mais aucun n'a donné suite (la jurisprudence française et le montant des indemnisations parfois octroyées par les tribunaux les dissuadent de toute proposition).

- Les sages-femmes se sont ensuite tournées vers le  BCT (bureau central de tarification) pour qu'il impose aux assureurs de les couvrir (sur le même principe que les assurances automobiles, si toutes les compagnies refusent de vous prendre en charge, le BCT désigne l'une d'elle qui est obligée de vous assurer). Le BCT est donc intervenu avec succès. Les assureurs ont été dans l'obligation de couvrir les sages-femmes.

Amère victoire !
Ils ont proposé une assurance au tarif des obstétriciens soit 19 000 € (en 2008). Pourtant les obstétriciens ne prennent pas en charge les mêmes situations (un accouchement à domicile suppose que tout se présente au mieux et qu'aucune intervention ne s'annonce nécessaire. Dans le cas contraire, il y aura transfert vers une maternité). Ils n'ont pas les mêmes revenus (l'UNASA annonce un revenu moyen 2012 de 91 297 € pour les obstétriciens et 24 697 € pour les sages-femmes). De plus, l'assurance maladie prend en charge jusqu'à 50% du coût de l'assurance des obstétriciens mais ne prévoit rien de tel pour les sages-femmes… 

Le blocage dure donc depuis des années. Ce n'est pas faute d'alerter politiques (en 2010, un député s'était aventuré à poser une question au gouvernement, la réponse est "savoureuse"... ) et pouvoirs publics. Cette situation est connue de tous et de longue date. La cour des comptes l'avait d'ailleurs souligné en 2011 et je l'avais évoqué ici.

Il est donc particulièrement irritant que chacun fasse mine de découvrir cette impasse et de s'en émouvoir. En ce moment, les sages-femmes libérales reçoivent un courrier de l'Ordre leur posant deux questions :
- pratiquez vous des accouchements à domicile programmés ?
- si oui, êtes vous couvertes par une assurance ?

Qu'est ce qu'elles peuvent bien répondre mes collègues concernées ?
- être honnête et risquer l'interdiction d'exercice et une amende correspondant à deux ans de revenus moyens ?
- être honnête et s'engager à cesser les AAD pour être en règle ?
- mentir et nier ?

A quoi sert de poser une question dont on connaît parfaitement la réponse sinon à demander aux sages-femmes de se désigner coupables ?

Sortons de cette hypocrisie. Le coût de l'assurance ne peut être déconnecté des revenus de ceux qui la payent.
Je n'ai aucune idée de la capacité d'intervention de l'état sur les tarifs des assureurs mais deux autres options sont possibles et indispensables !
- revaloriser subséquemment l'accouchement. Le tarif actuel, 313.60€ pour la prise en charge de l'accouchement ET des visites à domicile de suivi de la mère et enfant pendant 7 jours, est une insulte au travail des sages-femmes. Rappelons aussi que l'assurance maladie qui oppose la convergence tarifaire (même acte = même tarif pour tous les professionnels) à nos demandes de revalorisation vient d'inventer un magique coefficient multiplicateur pour revaloriser le tarif accouchement des obstétriciens (cf ce courrier syndical). 
- participer au financement de l'assurance des sages-femmes comme cela est fait pour les obstétriciens.

Toute autre attitude reviendrait à interdire aux femmes d'être accompagnée d'une sage-femme lors d'un accouchement à domicile…

 

PS militant
En tant que sage-femme solidaire de mes consoeurs, je vais répondre à ce courrier d'un ni oui ni non du plus bel effet (cf http://www.unssf.org/index.php?mact=CGBlog,cntnt01,detail,0&cntnt01articleid=220&cntnt01returnid=16) et j'encourage toutes les sages-femmes à faire de même.
En tant que femme et citoyenne, j'invite chacun à se poser la question du libre choix, du droit des femmes à disposer d'elles-même et du symbole que serait une interdiction déguisée de l'AAD. Un petit courrier à votre député ? (on peut même s'appuyer sur cet avis de la Cour Européenne des Droits de l'Homme)

 

Pub5e Colloque de la Société d'Histoire de la Naissance : 

Naître à la maison, d’hier à aujourd’hui Châteauroux, les 21et 22 septembre 2013

 

 

 

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19 mai 2013

Accès refusé

 

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Les bornes c’est toujours un peu embêtant. A 90 sur une nationale, on est bon, à 91 on l’est plus. La limite a ce petit caractère arbitraire qui t’énerve quand tu t’y coltines. 

L'exercice des sages-femmes connait de nombreuses limites ; certaines sont floues "Lorsque la sage-femme constate des antécédents pathologiques, elle adresse la femme enceinte à un médecin". L'antécédent pathologique, ça peut être tout et donc n'importe quoi et ça s'interprète au bon vouloir de chacun... D'autres limites sont clairement absurdes ; nous pouvons traiter l'infection urinaire chez la femme enceinte. Mais dès le lendemain de l’accouchement, c’est ballot, on a plus la compétence !
Et puis il y a la limite qui fait l'objet de ce billet ; les sages-femmes peuvent "pratiquer la rééducation périnéale en cas de troubles consécutifs à un accouchement".

Le bonjour est sonore, le sourire lumineux. Elle évoque son parcours un peu chaotique avec un humour distancié. Son second degré caustique me ravit. Tout de suite, le courant passe.
Je l'interroge afin de mieux cerner les motifs de sa consultation. Entre les lignes de ses réponses se dessine une personnalité atypique, foisonnante. Dans un autre contexte, nous aurions pu rapidement sympathiser. 
Ce qu’elle raconte de ses errances médicales donne plus encore l’envie de l’aider.
Je me concentre sur ses symptômes, évoque quelques débuts de pistes pas encore explorées pour le traitement. Elle happe chaque perche tendue, imagine déjà un progrès possible. D'évidence, nous allons "bien" travailler ensemble.

Une question encore, "Comment se sont passés grossesse(s) et accouchement(s) ?"
Elle secoue la tête, "Inutile de chercher de ce côté, je n’ai pas eu d’enfant".

Tilt !
La limite est franchie. J'ai oublié de poser la question de la maternité au moment de la prise de rendez-vous. Et la demi-heure passée ensemble était si riche que le sujet est venu tardivement.

Regrettant de ne pouvoir aller plus loin, j'explique la "limite" et m'en excuse. Je commence à lui indiquer les kinésithérapeutes qu'elle pourrait consulter.

Elle m'interrompt, visiblement déçue.
«J’ai eu une IVG, ça compte pas ? »

 

 

 

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25 octobre 2012

Bruits

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Le week-end dernier, un fait divers dramatique a occupé les médias qui ont unanimement relayé une version simpliste et reprise en boucle, à base de déserts médicaux et de fermetures des maternités de proximité. Après les médias se sont engouffrées les représentations professionnelles, reformulant les faits pour mieux les faire coïncider avec leurs propres combats. Les politiques ont renchéri - persistance de l'absurde agitation coutumière au mandat précédent ? - Le président a demandé publiquement l'ouverture d'une enquête administrative et MN Lienemann, sénatrice PS, réclamé un moratoire sur la fermeture de maternités. Enfin, Pelloux en a appellé aux maisons de naissance. Je devrais m'en réjouir mais là encore, il ne s'agit que d'attirer la lumière ; une maison de naissance n'est pas un lieu d'accueil pour un enfant prématuré.

Chez les sages-femmes, ça bruisse aussi. Elles se sentent oubliées, les médias ont causé maternités, gynécologues, mais pas d'elles. Il faudrait réagir. Ca discute, ça temporise... les uns et les autres finissent par publier leurs communiqués. 

Quelle que soit la justesse des causes défendues, cette curée où chacun tente d'utiliser l'émotion (le voyeurisme ?) me désole. Le monde médiatique semble ainsi fait que nous ne puissions débattre sur la place publique qu'à "l'occasion" d'un drame individuel ...

Mais la difficulté d'accès aux soins n'est pas que géographique. Dans le même temps, les syndicats de médecins négocient leurs (tarifs) pardon, leurs dépassements d'honoraires. Les raisonnements spécieux fleurissent, invoquant le non remboursement par l'assurance maladie des dits dépassements pour contester sa place dans ce débat. La belle idée de 1945, garantissant un égal accès aux soins pour tous, est balayée. Oui les tarifs médicaux ne sont pas toujours à la hauteur des études/des responsabilités/du temps passé/de l'investissement- cf ce billet de Fluorette, médecin généraliste, qui détaille comment son exercice se vit au quotidien. Mais comment peut-on parler de santé en parlant de loi du marché ?! Certains osent évoquer les cabinets débordant des spécialistes en secteur 2 pour expliquer que les gens se font soigner, quelque soit la part restant à charge ! Et quid de ceux qui n'ont pas ou plus les moyens ? Que sont devenues les valeurs solidaires ? 

Et si vous voulez avoir une idée de ce que serait la santé sur le modèle américain, quand les assurances privées sont aux commandes, ce qui semble en train de se profiler en France, je vous invite très fort à lire cet article paru en 2009. Mesurons notre chance et faisons tous en sorte que le système ne s'effondre pas.

La politique de santé ne se pense pas dans l'urgence mais il y a urgence à la repenser.

 

 

PS prosélyte... :

Si j'étais médecin, je serai syndiquée au SMG 
Et comme je suis sage-femme, je suis syndiquée .

 

 

©Megatron Matrix - Nam June Paik

12 octobre 2012

Voix off, flou on

 

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Le magazine de la Santé (France 5) consacrait cette semaine sa série "In vivo" aux sages-femmes. L'ensemble des émissions est disponible sur le site et une rediffusion est programmée demain samedi à 13h25.

Le reportage montre des sages-femmes autonomes, présentes dans tous les secteurs de la maternité, praticiennes accomplies, chaleureuses, efficaces, compétentes.

Pourquoi alors ma diffuse insatisfaction ? 

L'émission est ainsi présentée :
La grossesse n'est pas une maladie. Forte de cette évidence souvent oubliée, la maternité de l'hopital Necker redonne toute leur place aux sages femmes. Elles sont désormais seules en scène pour assurer la prise en charge des femmes avant, pendant et après leur acccouchement, tant qu'aucun problème médical n'apparait bien sûr. Echographie, accouchement, allaitement, babyblues, leurs compétences sont aujourd'hui pleinement reconnues.

Voilà ce qui me chagrine ! La voix off trouble le message porté par les images. L'exercice autonome des sages-femmes est présenté comme une innovation de l'hopital Necker alors que c'est ainsi dans toutes les maternités de France ; l'accent est mis sur la nouveauté, laissant penser que ces compétences nous ont récemment été octroyées. Si cela est vrai pour le "suivi gynécologique de prévention" (simplement cité au dernier épisode), c'est faux pour toutes les autres activités évoquées. Même l'échographie est une compétence de longue date des sages-femmes.

Mais surtout, la petite phrase "tant qu'aucun problème médical n'apparait" ponctuée par un "bien sûr" fortement appuyé, vient contredire la présentation, comme une affirmation de notre totale dépendance aux médecins. Elle omet que le dépistage de ces "problèmes médicaux" est de notre ressort et que nous prenons en charge certaines  - évidemment pas toutes - de ces situations sans avoir à en référer aux médecins.

Je n'évoque ici que l'introduction, répétée à chaque épisode. Mais ce sentiment de décalage entre les images et les mots persiste au fil des commentaires.
D'autres praticiens, sages-femmes et médecins, m'ont confirmé que cette impression de flou était partagée.

Peut-être sommes nous des chipoteurs acharnés. A chacun d'en juger après avoir vu mais surtout écouté ce documentaire.

 

©Photo

 

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01 octobre 2012

Prix d'excellence

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Il faudra que je pense à remercier le Syngof qui se montre attentif à mes pannes d’inspiration et me donne régulièrement - un peu trop - matière à billets.

Voici donc un nouveau communiqué tout poli tout lissé pour s’étonner «de l’appel lancé par l’ordre des sages-femmes incitant les femmes françaises à les consulter en gynécologie»

"L’appel" est pourtant plus que discret ; il ne s’agit que d’une page sur le site de l’ordre intitulée «Histoire de la profession» qui, entre autres éléments, cite la compétence accordée aux sages-femmes depuis juillet 2009 dans le suivi gynécologique de prévention.

Le Syngof lance des attaques récurrentes contre notre profession. Les arguments utilisés sont eux aussi récurrents. Mes réponses finissent par l'être tout autant.

J'aurais donc pu bouder ce énième avatar de "c'est qui qu'est le meilleur" si, dans sa volonté de convaincre, le Syngof n'avait pas usé d'un nouveau qualificatif à notre égard. Soudaine reconnaissance «Elles [les sages-femmes] excellent en salle de naissance ». Cette reconnaissance se tempère cependant rapidement par le «dévouement» qui suit. Chers confrères, plutôt que de dévouement, parlons de compétences. Je ne me dévoue pas à mes patientes, j’exerce mon métier. Et si j’y trouve de grandes satisfactions, abnégation et renoncement, grands compagnons du dévouement, ne font pas partie de ma vie.

Donc nous excellons en salle de naissance alors que l'année dernière, le même Syngof souhaitait «demeurer vigilant sur la sécurité de l’accouchement qu'elles [les sages-femmes] ne peuvent assumer seules». Loin de moi l'idée d'affirmer l'inutilité des obstétriciens. Mais la tournure de la phrase et le contexte du moment laissaient à penser que nous n'étions que de stupides exécutantes.

La lutte de territoire semblant se déplacer sur le terrain de la gynécologie, le Syngof nous accorde enfin toutes les qualités en obstétrique.

Quoique..  le petit lapsus de ce communiqué de presse prouve que rien n’est gagné. Nous excellons (permettez-moi de me régaler de ce verbe)  mais «depuis toujours, les femmes françaises ont une relation privilégiée avec leur gynécologue - le "gygy" cher à Borée ? - ou généraliste pour tout ce qui concerne le suivi de leur grossesse ».

"Depuis toujours" est à la louche aussi précis que "ça fait bien longtemps", oublie l’histoire de l’obstétrique pratiquée par les ventrières bien avant que les arracheurs de dents (ancêtres des chirurgiens) ne viennent s’en mêler. L'imprécision du terme évite de s'interroger sur la répartition optimale des rôles entre sages-femmes et médecins. Mais surtout, cette affirmation convaincue élude une réalité : de plus en plus de femmes choisissent de s'adresser aux sages-femmes. 

Le résultat de l'excellence sans doute...

 

 

©Photo

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17 juin 2012

So fashion

 

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En 1663, Louis XIV fait appel à un chirurgien pour l'accouchement de sa maîtresse, Louise de la Vallière. Etre accouchée par un chirurgien devient alors un must et la mode se répand rapidement dans les milieux aristocratiques et la grande bourgeoise.
C'est le début du déclin de la profession de sage-femme autrefois seule habilitée à assister les femmes en couches.

Trois siècles et demi plus tard, le mouvement pourrait s'inverser. Ainsi qu'en témoigne cet article paru dans le New York Times, top modèles et autres célébrités se tournent vers les sages-femmes, saluant la prise en charge globale qu'elles proposent, et délaissent les obstétriciens. 

Cela s'inscrit dans un courant plus large, également présent en France, prônant un retour au naturel, mêlant alimentation biologique ou santé holistique, cherchant une naissance préservée, dé-technicisée, en maternité ou à domicile.

Le Etats-Unis ont toujours un petit temps d'avance. Les sages-femmes françaises devraient donc redevenir prochainement ce qu'elles n'ont jamais cessé de revendiquer, les professionnels référents de la maternité physiologique.

Toutes nos explications, tous nos efforts de communications sont restés vains, les études attestant de la sécurité de nos prises en charge ont été négligées, même les enjeux économiques n'ont pu convaincre.
Mais gageons que ces arguments deviendront audibles le jour où accoucher avec une sage-femme sera un critère de réussite sociale...

Se transformer en "signe extérieur de richesse" pour enfin se faire entendre ?

 

 

©Photo : Jeff Koons "Hanging Heart" - Château de Versailles


 

26 janvier 2012

L'académie veille

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Me voilà encore à défendre le prado*… Pas tant pour ce qu'il est - nous le faisions déjà - mais pour dénoncer la manipulation des idées…

L’académie de médecine se préoccupe du sort des femmes et des nouveau-nés. Louable souci ! Mais nos académiciens sont au mieux mal informés, au pire de mauvaise foi.

Si les termes de « sortie précoce » sont largement utilisés par des médias méconnaissant la réalité hospitalière, ils étonnent dans la bouche d’experts de la médecine. Le programme expérimenté ne consiste pas à faire sortir les femmes plus rapidement de la maternité mais à leur proposer, après une sortie "normale"  un suivi prolongé qui n’était pas encore formalisé. Le prado permettra que chaque jeune mère soit informée de cette possibilité,(auparavant, les femmes qui bénéficiaient de cet accompagnement étaient principalement celles qui, suivies pendant leur grossesse par une sage-femme libérale, faisaient de nouveau appel à celle-ci à leur retour à domicile). 

Mais les sous-entendus parsemant le texte me laissent penser que la dénomination erronée ne relève pas du défaut d'information ...

Pourquoi insister sur la "décision médicale"  - en taclant dans le même temps celles qui décideraient d'elles même une sortie rapide - alors que la décision de sortie est explicitement précisée comme du ressort de l’équipe hospitalière.

Pourquoi souligner la nécessité d’une "parfaite connexion entre les maternités et les sages-femmes libérales" alors que nul ne se préoccupait jusqu'à présent de l'absence de suivi au retour à la maison. 

Pourquoi réclamer une sécurité équivalente à celle proposée en maternité qui laisse entendre que le retour à domicile met en danger la santé des femmes et des nouveau-nés ?

Pourquoi préciser le nombre de visites nécessaires qui suggère que les sages-femmes ne sont pas en capacité d’en décider avec les parents.

Pourquoi insister sur une disponibilité de la sage-femme "à tout moment" alors qu'il s’agit de mères et d’enfants sans souci particulier (c'est dans la définition même du prado) et que plus aucun médecin de ville, quel que soit l'état de santé de ses patients, n'assure cette permanence. 

Pourquoi évoquer "l’accompagnement attentif" de l’allaitement maternel alors que ce rôle est assuré au quotidien par les sages-femmes.

Et pourquoi conclure sur d’éventuels retards diagnostiques si ce n’est pour faire frémir les familles - femmes et bébés seraient-ils des bombes à retardement - et suggérer en quelques mots que les sages-femmes sont incompétentes.

 

En clair, ce communiqué n'est-il pas au service des médecins plutôt que des"patients", certains parmi les premiers s'inquiétant de voir les sages-femmes prendre enfin une place plus visible dans la périnatalité française ? 

 

 

©Photo

 * présentation du prado

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16 décembre 2011

Tirs groupés

 

Les sages-femmes libérales sortent de l'ombre et cette exposition semble contrarier certains autres praticiens. Plutôt que de penser nos prises en charge comme complémentaires, quelques réactions évoquent fortement la bataille de territoire.

Ainsi, sur Impact-santé, la FMF s'exprime par la voix de son président, le Dr Hamon, qui qualifie le Prado "de scandale de la fin de l’année et évoque un risque sanitaire puisque seule une équipe de soins pluridisciplinaire est en mesure de repérer des situations à risques comme les déprimes post-partum"

Confier le suivi des accouchées et de leurs enfants aux sages-femmes est donc un risque sanitaire ? C'est bien embêtant puisque cela se passe ainsi depuis ... des lustres !
Par ailleurs, le Dr Hamon invente un nouveau concept, la "déprime" du postpartum. Nous connaissons le blues du post partum (ou babyblues), épisode bref, sans gravité et qui ne demande qu'un accompagnement empathique pour aider à le traverser, et la dépression du post partum, réelle pathologie à prendre en charge médicalement... mais qui se révèle à quelques semaines de l'accouchement. La sortie de maternité avancée ou retardée de quelques jours n'y change rien.
A l'inverse, le dépistage de ces situations passe par un accompagnement prolongé dans le temps, souvent assuré par... les sages-femmes ! Nous revoyons les mères pour leur allaitement, les questions liés aux soins du nouveau-né, la rééducation périnéale... elles évoquent avec nous leur fatigue et leurs difficultés... toutes occasions qui permettent de faire le point en amont ou en aval de la consultation postnatale, de se préoccuper d'un épisode dépressif et de mettre en route le réseau médical pour une prise en charge adaptée. Complémentaires vous dis-je.

Sur Egora, autre article sur les transferts de compétences qui évoque l'extension récente (20 octobre) de nos droits de prescription en listant "antibiotiques, contraceptifs, homéopathie, anti-inflammatoires non stéroïdiens, anti-sécrétoires gastrique". 

Faut-il rappeler aux rédacteurs que notre compétence en matière de contraception date de 2004 pour le postpartum et 2009 pour le suivi gynécologique.  C'est une compétence certes récente mais qui n'a pas été modifiée par cet arrêté sur les médicaments. Feindre de la découvrir permet à nouveau de s'en offusquer... et de quelque peu se ridiculiser.  "...Ceci dans le but notamment d’améliorer le suivi de la contraception des femmes et des jeunes filles. «On se demande quand les sages-femmes les rencontrent», ironise le Dr Michel Combier, le président de l’Unof . C'est vrai ça, quand est-ce qu'une sage-femme peut bien rencontrer les femmes et les jeunes filles ? Au quotidien, parce qu'elles s'adressent à nous.

Dans le même article "(les sages-femmes) « ont renoncé à la prescription de l’IVG médicamenteuse, ce qui signifie qu’elles ont conscience de leurs limites ».
A ma connaissance, nous n'avons renoncé à rien, le projet de loi présenté par la députée Bérangère Poletti a été écarté sous la pression des lobbies anti avortement. Cette proposition d'expérimentation ne concernait pourtant que les sages-femmes hospitalières et de fait, les sages-femmes exerçant dans les CIVG sont déjà impliquées dans cette prescription.

Leur accorder la possibilité de prescrire une contraception « ne serait pas sans risques, alors que le sujet « très sensible », justifie une prise en charge longue, surtout auprès des adolescentes".
La contraception est un sujet sensible, merci de le souligner ! Nous le savons, prenons le temps de débattre avec les femmes du moyen contraceptif qui leur sera le plus adapté et les revoyons aussi souvent, aussi longtemps que nécessaire. En obstétrique comme en gynécologie, nos compétences concernent les situations exemptes de pathologie et nous passons le relai quand ce n'est pas ou plus le cas. Nous ne prétendons pas faire mieux mais aussi bien que les médecins avec souvent la possibilité d'y consacrer plus de temps.

Enfin, dans le Quotidien du médecin "Les professionnels de santé ont découvert le PRADO ces derniers jours et ils s’offusquent de n’y avoir pas été associés. «À J +2, les femmes et les enfants sont fragiles et on les éjecte des maternités alors que le retour clas sique à domicile est de 4 à 5 jours », s’insurge le Dr Jean-Paul Hamon, président de la FMF".
Il semble ignorer les contingences hospitalières. La tarification à l'activité impose aux établissements de faire "tourner" au maximum leurs lits. La durée de séjour se réduit depuis plusieurs années sans prise en charge à domicile. Officialiser un tel suivi est plutôt un progrès.

« Nous sommes pris pour des pions », s’insurge pour sa part le Dr Alice Touzaa, du Syndicat des gynécologues médicaux". Pourtant, le suivi postnatal immédiat ne concerne pas les gynécologues médicaux qui, à ma connaissance, ne se déplacent pas à domicile. Loin de moi l'idée de le leur reprocher. C'est encore une fois le constat de notre complémentarité, constat que le SGM a décidément ( voir ici et ici) du mal à accepter.

Je suis plus que lassée de ces incantations sécuritaires chaque fois qu'il est question des compétences des sages-femmes. Comment espérer parvenir à collaborer efficacement quand les uns se défient autant des autres ?

 

PS : contrairement à ce que ce billet pourrait laisser penser, ma position sur le Prado reste la même. J'affirme l'intérêt d'un suivi cohérent de l'ante au postnatal et déplore que l'accompagnement du retour à domicile ne soit pas encore (expérimentation à venir) lié à celui de la grossesse.


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13 octobre 2011

Cherchez l’erreur…


Ces derniers temps, la presse abonde (tout est relatif) d’articles dithyrambiques sur de nouvelles maternités reconstruites, remodelées, recolorées… Dénoncer l’hypertechnicisation de la naissance semble devenir de bon ton. Réjouissons-nous de voir les médias s’enthousiasmer pour des naissances plus "naturelles", vécues dans d’agréables salles d’accouchement peuplées de ballons et de "lianes" pour le confort de la mère.
Ainsi cet article sur la maternité de Montfermeil.

Si je ne doute pas de la bonne volonté des sages-femmes travaillant dans ce service, je doute fortement de celle de la direction imposant un système "de centralisation des monitorings (...) que l’équipe médicale de la maternité peut ainsi suivre à distance".

Parce que l’équipe médicale, entendons nous bien, ce sont les sages-femmes. Jamais vu un obstétricien rivé devant un écran pour décompter les contractions ou calculer le rythme de base du cœur fœtal et analyser ses variations. Cette surveillance est assurée par les sages-femmes qui, lorsqu’elles détectent une anomalie, la signalent au médecin. En cas de doute celui-ci, compulsant plus ou moins attentivement l’accordéon de papier quadrillé de vert pale ou l’écran de contrôle, vient confirmer le diagnostic.

Il n'y a pas de poste de spécialiste "es analyse du rythme cardiaque fœtal", la centralisation de l’ensemble des enregistrements ne dégage donc en rien l’équipe de ce travail.
Cette organisation vient simplement souligner que le slogan "Une femme / une sage-femme" est vide de sens pour les administratifs.

Aux yeux des décideurs, la sage-femme fera tout aussi bien son boulot - et de façon plus rentable - en surveillant du coin de l’œil ce qui se passe dans les autres salles tout en étant auprès d’une femme… Si tant est que l'on peut réellement se consacrer à l'une en restant en permanence attentif aux autres.

Toute femme ayant vécu un accouchement en comptant sur ses propres ressources sait les phases de découragement où l'on se sent totalement dépassée. Le recours à la péridurale est alors une tentation envahissante. Dans ces moments de doute, l'accompagnement rassurant de la sage-femme peut tout changer ; le niveau de la douleur s’abaisse, celui de la confiance remonte... et c’est reparti. Mais comment repartir sans soutien ?

Les lits ronds et roses, les ballons ronds et bleus, les écharpes roses et douces ne sont que poudre aux yeux si les équipes ne sont pas en nombre suffisant. La douleur et le stress se payent cash et le risque est de voir pulluler des statistiques démontrant l'inanité des ces équipements car les taux de péridurale et d'intervention restent inchangés...

Alors, oui à des maternités design, confortables et colorées mais pas sans sages-femmes DISPONIBLES !

 

 

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12 août 2011

Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d'amour me font.



Deux ans d'existence. Pour l'occasion, je m'essaie à répertorier les recherches de ces derniers jours ayant conduit sur Dix lunes.

Evidemment, la plupart arrive très banalement avec quatre mots : blog/dix/lunes/sage-femme... minuscule ou majuscule, chiffre ou lettre, singulier ou pluriel, mélangez, secouez autant que vous le voulez, Google mon ami vous amènera ici.
Certains comptent moins bien : 9 lunes blog sage femme ou 13 lunes sage femme blog

Et puis il y a aussi...

Ceux qui vont être très déçus

  • nue et ligotée sur la table il a un scalpel
  • la sage femme me leche la chatte

Ceux qui ont un vrai problème

  • sf fille qui fait des bebes mais a qui on ne veut pas en faire : cornélien en effet

Ceux qui souhaitent s'informer

  • les sages femmes libérales peuvent-elles assurer un suivi de grossesse : oui !
  • suivi par une sage femme jusqu'au 7ème mois : puisque je vous dis que oui
  • puis je faire venir une sage femme libérale à mon domicile : oui (sauf pour la catégorie "vont être très déçus")
  • comment faire pour faire tombé des point : "sauté" ?

Ceux qui évitent tout mot inutile

  • sage femme ordonnance prise sang : oui évidemment
  • sage-femme contraception consultation diaphragme : oui toujours

Ceux qui nous informent

  • je ne viendrais pas cette après-midi : essentielle information
  • je vois vraiment pas le rapport avec leur nom : existentielle question

Ceux qui gagneraient à discuter entre eux

  • césarienne de confort remboursée / césarienne programmée attachée combien de temps
  • accouchement domicile paniquée / AAD inopiné

ou pas ...

  • qui a bien vecu sa cesarienne pour siege / cesarienne difficille de sans remettre psychologiquement

Ceux qui se méfient de la médecine

  • l'art de la désinformation maternité : quand les savoirs s'affrontent
  • toucher vaginal et intimite de la femme : quasi antinomique
  • gynécologie métier inutile : je n'irai pas jusque là

Ou pourraient s'en méfier

  • refus médecin premiere prescription pilule : où l' on se dit que la relation soignant/soigné pourrait gagner en dialogue...  
  • peut on detecter une trisomie avec un frottid pendant la grossesse : où l' on se dit que le dialogue soignant/soigné pourrait gagner en clarté...

Ceux qui cherchent un renseignement

  • liste de maisons de naissances france 2010 : réponse facile, il n'y en a pas ! Mais quelques lieux s'en rapprochent fort, en particulier le CALM et Pontoise.
  • blog sage femme knakie : y a qu'à demander, c'est ici
  • nom des sages femmes hommes : sage-femme évidemment ! (non, je ne dirai pas maïeuticien)
  • reportage mater poissy sur quelle chaine : heu...

Et puis il y a parfois ces mots sombres lancés sur une toile dont on aimerait savoir remonter le fil. Sinistres révélateurs de nos solitudes accolées sur le net.

  • rattraper un accouchement mal vécu
  • battement du coeur inaudible fin de 9eme mois
  • poche des eaux bombee a 5 mois

Je ne peux terminer cette énumération sans citer cette ancienne recherche dont la lecture m'avait serrée le cœur : phrases pour dire que l'on a perdu son bb.
Chère inconnue, j'espère très fort que depuis la vie se sera montrée plus clémente avec toi.

 


PS: Pour ces deux années d'écriture, je réclame très impoliment vos commentaires ! Critiques, attentes, propositions ...


Posté par 10lunes à 07:43 - - Commentaires [64] - Permalien [#]
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