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Dix lunes
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grossesse
23 septembre 2009

Bientôt maman, épisode 3

Consultation. Un obstétricien avenant pianote sur son clavier. Il questionne une jeune femme sur ses antécédents mais ne la regarde pas, les yeux vissés à son écran informatique.
« La date de vos dernières règles ? »
« Je ne sais pas ... »
« Même approximative ? »
« Février »

Il tourne - enfin - la tête vers elle, sourit gentiment et la rassure, «ben voilà, c'est approximatif».

De nouveau sur son écran, il lance, «pas de douleurs particulières au niveau de l'abdomen ? »
«Heu...C'est quoi l'abdomen ?»
Surpris il lève les yeux et précise «le ventre »
«Si, ça tire un peu sur les cotés»...

Il reformule « c'est latéral alors »  se conformant ainsi au code implicite qui interdit de noter les symptômes dans un langage courant.

Le gynéco rassure sur la douleur "c'est un grand clas sique" et enchaine immédiatement «je vous donnerai des bandelettes urinaires à faire chaque semaine».
Dialogue de sourd quasi parfait puisque la jeune femme, toujours à ses "douleurs latérales", s'assure d'avoir bien compris en demandant «c'est pour ça ?» en désignant son ventre.

PS: désolée de la césure sur le mot "clas sique" mais les très impénétrables mystères informatiques font que le mot n'apparait pas si je tape les lettres sans cet espace !!

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19 septembre 2009

Bientôt maman, épisode 1

Bientôt maman est un documentaire récemment diffusé sur France 5.

En préalable prudent à ce billet * : Bien évidemment, la spontanéité des échanges est perturbée par la présence d'une équipe de tournage, par le micro qui plane au dessus des têtes et l'objectif de la caméra qui désigne sa cible. Chacun craint de prononcer une irréparable stupidité qui sera ensuite livrée aux téléphages.
Bref, nous le savons, la maternité filmée n'est pas tout à fait la vraie vie.

Mais tout de même...

Première séance de préparation à la naissance. Une bonne douzaine de femmes et de rares représentants de la gente masculine font cercle, sagement alignés sur des chaises. Certaines, studieuses, ont posé une feuille sur leurs genoux afin de noter les précieux conseils qui vont leur être dispensés. A l'extrémité du cercle, facilement identifiable par sa blouse et son pantalon rose, la sage-femme. Elle est pleine d'allant, tonique, souriante. Soucieuse de capter l'attention et de séduire son public, elle alterne explications, questions et petites incises humoristiques.

En guise d'introduction, elle explique que l'intitulé des séances est «préparation à la naissance et à la parentalité»: «et quand vous entendez parentalité, vous entendez quoi ?»

Se conformant à l'ambiance scolaire définie par le ton de la question, le groupe reste silencieux jusqu'à ce qu'une voix timide ose murmurer «parents ?». Un «très bien !» vient la féliciter.

«Ça veut dire qu'on entend maman et papa» reprend la sage-femme «et donc les papas sont les bienvenus. Peut-être que tous les hommes ne sont pas là car ils ne sont pas libres ou ils ne voulaient  pas venir parce que la préparation à l'accouchement, c'est une histoire de bonne femme, qu'on va faire le petit chien et puis vous allez parler de vos accouchements »

            Si la formulation infantilisante dérange, il est cependant nécessaire de se débarrasser de ces a priori réducteurs.  La préparation à la naissance est trop souvent caricaturée comme une alternance de ahanements cadencés et d'échanges passionnés sur la taille des soutiens-gorge...

Mais elle ajoute, martelant les mots, «Raconter des histoires d'accouchements, ça n'intéresse personne ! Je ne vais surement pas faire raconter les histoires d'accouchement des unes et des autres, ça n'a aucun intérêt. Si vous avez envie de raconter des histoires d'accouchement, on verra, mais de toute façon, c'est moi qui module, c'est pas vous...»

Qu'importe si certains désirent revenir sur leurs expériences passées, si d'autres s'intéressent à leurs récits, si tous souhaitent une parole circulant librement. Le pouvoir est ainsi annoncé sans partage.
Caricature quand tu nous tiens...

*et à quelques autres ! L'inspiration quotidienne est un challenge difficile à tenir.  Je tente pour le moment de m'y conformer... mais ne vais pas me priver de la sécurité de quelques billets d'avance nourris par les différents intervenants de ce documentaire !

18 septembre 2009

Juste à temps

Elle est dans son neuvième mois.

Son premier trimestre est habité par les nausées et vomissements.

Au début de second trimestre, une infection virale potentiellement dangereuse pour son enfant est décelée. Au fil des semaines, de nombreux contrôles, bilans sanguins, amniocentèse, scanner et autres joyeusetés s'enchainent.
Son angoisse est permanente, nourrie par l’attente minante de chaque résultat, les avis complémentaires demandés, la prudence des professionnels qui ne peuvent se prononcer.

Le huitième mois arrive et après une dernière concertation des experts, elle peut enfin être rassurée.

C’est sans compter la mauvaise fée qui la laisse séjourner longuement dans une salle d’attente de la maternité aux cotés de deux enfants souffrant de varicelle… Quand la situation est découverte, c’est le branle bas général avec contrôle sanguin pour toutes les femmes enceintes présentes afin de s’assurer de leur immunité.

De nouveau, elle attend des résultats dans l'anxiété.
Finalement, tout va bien, ses anticorps la protègent.

Il lui reste moins d’un mois pour profiter sereinement de cette grossesse qui se révèle, bien tardivement, parfaitement normale.

15 septembre 2009

Séparation

Cette fin de grossesse est plus que pénible. Elle est lourde de ce bébé, des œdèmes, du trop de kilos pris. Elle se mobilise avec difficulté, ses gestes sont ralentis, du fait de son poids mais aussi d’une multitude de petites douleurs. Son corps n’en peut plus.

Elle espère depuis plusieurs semaines se mettre en travail, consulte régulièrement et tente invariablement de négocier un déclenchement pour écourter ce qui lui apparait chaque jour un peu plus comme une épreuve.
Il lui est toujours refusé, son col n’est pas favorable et accéder à sa demande risquerait de compliquer l’accouchement.
Elle repart chaque fois extrêmement déçue, accusant l'équipe de mésestimer son mal-être.

N-ième consultation, le col s’est un peu modifié et la tension commence à s’élever au delà des limites admises. Il ne s’agit plus simplement d’un déclenchement pour lassitude, il existe une indication médicale.

Sachant avec quelle persévérance elle a demandé à ce que l’on abrège cette grossesse, la décision de déclenchement lui est joyeusement annoncée. Enfin, elle va se sentir entendue…
Son cri est déroutant « oh non, pas tout de suite, pas aujourd’hui ! »

Si elle ne supporte plus l’état de grossesse, elle réalise au pied du mur qu’y mettre fin impliquera dans le même temps de ne plus porter son enfant.

Il n’est pas si simple de se séparer.

13 septembre 2009

Le temps des pleurs

Ils sont très en retard et je ne peux m’empêcher de leur en faire la remarque, précisant que nous n’aurons que peu de temps.

Elle s’est assise, ou plutôt recroquevillée, sur le fauteuil. Lui est à ses cotés, silencieux. Il m’est facile de comprendre que mon accueil sans chaleur ne suffit pas à expliquer leur mutisme. Je leur présente mes excuses et affirme ma disponibilité.
Ses yeux s’emplissent de larmes. Elle tente une phrase mais sa voix éteinte par l’angoisse est à peine audible. Elle l’implore du regard. Alors c’est lui qui raconte, tourné vers sa compagne, tendu vers elle et sa souffrance.

Et c’est une sale histoire.
Un enfant espéré depuis des années,  l’attente d’abord, puis les examens, le diagnostic de stérilité et le laborieux parcours de la procréation médicalement assistée.

Enfin, une grossesse survient. Le premier contrôle échographique révèle deux embryons. Dès l'annonce de la gémellité, elle est envahie par l’inquiétude. Elle avait perdu toute confiance dans sa capacité à porter un enfant, alors deux…

Elle me contacte peu de temps après, craignant une  fausse couche. Devant l’immensité de son angoisse, je la renvoie vers un médecin échographiste ( il est trop tôt pour entendre les battements de cœur) et lui propose cependant de nous voir rapidement. Après l’échographie, rassurée, elle souhaite différer le rendez-vous.

Nous sommes donc à cette première rencontre, programmée depuis plus de deux mois. Elle tombe bien ou mal, c’est selon. Car depuis peu, ils ont appris que l’un des bébés, atteint d’une grave malformation, ne pourrait survivre. La question est maintenant de savoir quand il va cesser de vivre et quelles conséquences cela aura pour son jumeau. Devant le risque, les médecins proposent une interruption sélective de grossesse sur le fœtus atteint, mais ce geste n’est pas dénué de danger pour le second.

Eux sont perdus devant cette alternative - agir ou laisser faire - qui n’en est pas vraiment une.

Ils sollicitent mon avis. Je ne peux en rien les guider. Je ne connais du dossier que ce que le père m’en rapporte et cette situation est de toute façon bien éloignée de mes compétences.

Je ne peux leur offrir que peu, mon temps et mon écoute ; dans le tourbillon diagnostique et la difficulté de choisir une stratégie «thérapeutique», l’équipe qui les prend en charge, si elle fait preuve d’une grande humanité, manque de temps pour les accompagner.

Elle pleure longuement, sans bruit. Il ne la quitte pas du regard, souffrant plus encore de sa souffrance à elle que de sa peine à lui. Le temps s'étire en silence.
Ils repartent avec ma promesse d’être disponible autant que nécessaire.

Elle me contactera une dernière fois quelques semaines plus tard pour me donner l’épilogue. Comme on le craignait, l’interruption sélective a entrainé le décès du deuxième jumeau… elle vient d’accoucher de ses deux enfants morts.

La vie est parfois chienne.

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9 septembre 2009

Pour quelques euros de plus

Eric Woerth nous explique doctement : "Quand on augmente d'un euro le forfait hospitalier, on fait rentrer 80 millions dans les caisses de la Sécurité sociale".
Le gouvernement lance comme ballon d’essai une augmentation de 25 % du forfait hospitalier. Il lui restera ensuite à mesurer la virulence des réactions indignées pour ajuster le tir et annoncer avec une feinte générosité une majoration inférieure au taux initial.

Je me permets de suggérer à nos dirigeants une autre piste pour réaliser quelques économies : faire connaitre la possibilité d’être suivie par une sage-femme pendant la grossesse. En effet, le tarif des consultations est de 19 € pour une sage-femme, 22 € pour un médecin généraliste et 28 € pour un médecin spécialiste (si l'on se réfère aux tarifs conventionnels).

Je ne défends pas un accaparement hégémonique du suivi de grossesse par les sages-femmes. Pouvoir faire appel aux autres praticiens compétents dans la prise en charge de la pathologie est essentiel.

Mais, pour une grossesse basique, chez une femme basique - ce qui, vous me l’accorderez, arrive fréquemment - le suivi de grossesse par une sage-femme est à la fois moins couteux et tout aussi performant. S’ajoute à cela l’accompagnement apaisé, donc apaisant, d’un professionnel dont l’exercice est dédié à la physiologie.

Aussi, lorsque la grossesse se passe bien, une femme enceinte devrait être informée de l’ensemble des possibilités de suivi et pouvoir se tourner vers le praticien qui lui convient, qu’il s’agisse de son médecin traitant, son gynécologue, son obstétricien… ou sa sage-femme !

Chaque consultation assurée par une sage-femme permet d’économiser entre 3 et 9 €. Ce qui, rapporté aux 7 consultations habituelles de la grossesse pourrait représenter quelques millions d’euros en plus dans les caisses de la sécurité sociale, avec la même de qualité de soin et sans augmentation de la participation des assurées.

Elle est pas belle la vie ?

Alors à quand une petite campagne médiatique  pour  informer les femmes de cette possibilité : Vous pouvez vous adressez à une sage-femme pour le suivi de votre grossesse.

PS pour les esprits chagrins : il ne s’agit en aucun cas d’un suivi au rabais. Le dépistage de situations pathologiques et l’orientation vers d’autres praticiens est totalement de la compétence des sages-femmes.

6 septembre 2009

Alerte sanitaire

"La fromagerie Germain procède au retrait de la vente d’un lot de fromage Epoisses au lait pasteurisé, après un contrôle en magasin ayant mis en évidence la présence d’une bactérie Listéria".*

Fait remarquable dans ce communiqué, le fromage contaminé est un produit pasteurisé.

«Pas de fromage au lait cru» est pourtant l’une des multiples recommandations qu’une femme enceinte se doit de suivre pour démontrer son attachement à être une «bonne» mère. L'avertissement sera assorti d'un autre conseil -«consommez des produits laitiers»- qu’il faudra donc choisir pasteurisés.

Cette récente alerte confirme, s'il en était besoin, que l'affirmation sans appel, lait cru/danger - lait pasteurisé /sécurité, devrait être nuancée.

Nos positions  se présentent souvent comme incontestables. « Je vous interdis ceci et vous impose cela mais c’est pour votre bien et celui de votre enfant »; quotidiennement, les professionnels de santé jouent les despotes au grand cœur.

Mais ce manque de nuance du discours médical doit-il être mis sur le compte de la préoccupation sanitaire ou de l’irréprochabilité médico-légale ?


*Suite du communiqué : Il s’agit du lot 174 identifié par le numéro d’estampille sanitaire FR 52 092 01 CE, dont les dates limites d’utilisation sont le 24, 26, 28, 29, et 31 août.

Ces produits sont commercialisés sous plusieurs marques : Chalancey, Germain, Auchan, Lincet, Patrimoine, Gourmand et Nos régions ont du Talent. Ils sont susceptibles de se trouver dans toute la France et toutes les enseignes, fait savoir la société. Les consommateurs doivent bien entendu s’abstenir de les manger et les rapporter au point de vente.

La listériose est non seulement une maladie qui peut être très grave, notamment chez les sujets fragiles - femmes enceintes, personnes immuno-déprimées et personnes âgées – mais la durée d’incubation peut aller jusqu’à 8 semaines ce qui ne peut que compliquer le diagnostic en cas d’apparition des symptômes tels que la fièvre éventuellement accompagnée de maux de tête.

Un numéro spécial - le 0800.35.29.19.- a été mis en place par la fromagerie. »

1 septembre 2009

Un ton plus haut

Service maternité, la vaste salle d’attente d’un grand centre hospitalier. Quelques bacs de fausses plantes vertes tentent vainement de délimiter de plus petits espaces. Les chaises de plastique inconfortables, soudées les unes aux autres, laissent peu de place pour étaler les rondeurs. Des magazines fatigués trainent sur des tables basses. Aux cotés des couvertures passées et déchirées s’étalent de riantes brochures sur les interdits de la grossesse, alcool, tabac, régime alimentaire…

Pas de lumière du jour. Ce sont les bureaux de consultations et les secrétariats disposés tout autour qui bénéficient de fenêtres. Au centre reste ce large espace à l’éclairage artificiel et la ventilation ronronnante.

De nombreuses femmes, quelques hommes aussi, s’ennuient en silence. 
Régulièrement, l’un des cabinets s’ouvre, un médecin s’avance, dossier à la main, et annonce le nom de la patiente suivante. Une femme se lève alors avec plus ou moins d’aisance et emmène son ventre rond jusqu’à la porte.

Parfois, personne ne réagit et il faut répéter l’appel.

L’un des médecins a opté pour une autre stratégie. Lorsqu’il ouvre la porte, il ne prend pas le risque d’être amené à répéter deux fois le même nom ; il le hurle et, à chaque fois, fait sursauter la salle.

Ce jeune couple vient pour son second rendez-vous. Heurté par cet accueil tonitruant, le père a prémédité sa riposte. Lorsque leur tour arrive, leur nom est  sans surprise crié à travers le hall.
Alors, il se lève d’un bond et hurle tout aussi fortement, «c’est nous» en s’avançant vers le bureau.

28 août 2009

Harcèlement

Elle est suivie par une autre sage-femme du cabinet. Inquiète, désemparée, épuisée, c’est la troisième fois qu’elle demande une consultation en urgence. Hasard du planning, c’est la troisième fois que je la reçois.

Dès notre première rencontre, elle évoque le harcèlement moral pratiqué de façon coutumière dans son entreprise.  La forme est habituelle, en exiger toujours trop pour  renvoyer ensuite aux employés leur incapacité à faire face, égrener de petites phrases méprisantes qui font douter chacun de ses compétences et de sa valeur.

Malgré sa grossesse, l’entreprise continue à exiger d’elle des déplacements aussi  épuisants qu’inutiles. Guerre d’usure efficace, elle doute de sa fatigue, de son ressenti… «Peut-être que je m’écoute trop ?»

Son corps la rappelle à l’ordre, douleurs ligamentaires, sciatalgies, contractions utérines répétées. Rien de réellement inquiétant, juste une sonnette d’alarme.
Je l’arrêterais bien quelques jours mais elle refuse. Puisqu’il n’y a rien de grave, le week-end arrivant, elle va se reposer.
Je l’invite à contacter le médecin du travail, soulignant qu’il est en mesure de faire aménager son poste et de contre indiquer les déplacements.

Elle revient quelques semaines plus tard. Le tableau est le même ; elle n’a pas appelé la médecine du travail car elle est convaincue que ce sera inutile. Elle est stressée, insomniaque et épuisée.  Devant mon insistance, elle accepte un arrêt de quelques jours. Je lui conseille à nouveau de contacter le médecin, confiante sur la suite qu’il donnera à sa demande.

Un mois passe, nouvel appel, au début de son dernier trimestre. Pour la première fois c’est elle qui sollicite  un arrêt. Toujours rien de réellement préoccupant mais il est évident qu’elle est à bout.

J’évoque encore la médecine du travail, elle  répond démarches inefficaces. Ses tentatives n’ont rien donné et le médecin se serait simplement étonné de l’immobilisme de l’inspection du travail, prévenue elle aussi. Je parle syndicats, elle répond turn-over des employés.  Elle ne vient pas prendre un cours de mobilisation militante, je n’insiste pas et poursuis la consultation.

Elle m’explique alors, «ma chef m’a dit, maintenant que tu as une remplaçante, je ne comprends pas ce que tu fais encore au boulot ! »
Je réalise que c’est sur ordre d’un chef qui ne veut pas avoir à payer deux personnes pour le même poste que,  pour la première fois, elle souhaite être arrêtée.
Il lui a été tant demandé que sa hiérarchie s’attendait à un départ anticipé.  Mais elle a tenu bon, sa seule façon de tenir tête.
Maintenant elle dérange.

Je m'abstiens d'un commentaire  sur l’assurance maladie dont la fonction n'est pas d’aider à la gestion des entreprises… Qu’y peut-elle, elle n’est que l’otage.

Je signe le papier.

25 août 2009

Fausse-couche

Elle a laissé un message pour annuler la consultation. Un curetage, hier. Il n’est plus nécessaire de se voir mais elle aimerait cependant me parler.

Je l’appelle et elle répond d’un ton léger. Derrière elle, les bruits joyeux de son premier enfant qui joue et chantonne. Oui, elle va bien, « ça » s’est bien passé…

Elle raconte « l’œuf clair », découvert lors de l’échographie. Elle me répète aussi les quelques mots accompagnant l’annonce pour la dédramatiser : «la grossesse s’est arrêtée très précocement, à son début».

Très tôt donc. Mais cette première échographie se réalise vers la fin du premier trimestre. Cela faisait bientôt trois mois qu’elle se pensait enceinte, imaginait son petit, se projetait dans une vie avec deux enfants…

Ce n’est pas en décomptant le nombre de cellules embryonnaires que l’on peut calculer le poids de la peine.
Je lui dis simplement qu’elle a le droit d’être triste.
Et ça lui fait du bien.

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