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Dix lunes
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medias
14 mai 2011

TélescopageS

Deux faits divers dramatiques viennent très durement confirmer certaines des revendications portées ce 12 mai.
Au soir de la manifestation, rentrée dans ma province, me suis jetée sur les JT de la nuit pour apprendre ce qui se disait de notre mobilisation.
Le premier journal regardé (France 3) n’en disait absolument rien (!!!) mais développait largement l’histoire de cette jeune femme ayant accouché très prématurément et seule à hôpital de Montauban.
Le jour suivant, nouveau drame à Lille avec l’erreur d’une étudiante qui confond deux patientes et provoque une fausse couche chez une femme hospitalisée pour un cerclage.
Affligeantes histoires.

Pour la première, par charité, je ne m’étendrai pas sur la communication calamiteuse de la direction de l’hôpital, mettant en avant un nombre de sages-femmes conforme aux décrets (ben oui, on le sait bien qu’il faut revoir ces décrets, les normes sont minimalistes) et une trop grande prématurité interdisant tout essai de réanimation. Contre exploit médiatique que de défendre ainsi l’hôpital sans jamais un mot de compassion pour cette mère, sans imaginer que la grandeur de la médecine consiste aussi à savoir être là quand on ne peut plus rien…

Pour la seconde, l’erreur est exemplaire de la mal-communication entre soignants et soignés. Mais le surmenage perpétuel des équipes n’est il pas en partie responsable ? Pour communiquer, il faut la volonté de le faire, mais aussi le temps, la disponibilité…

Alors pourquoi aucun des médias développant ces faits divers* n’a l’idée de les rapprocher des slogans brandis par les manifestants « Une femme, une sage-femme », « Sages-femmes malmenées, sécurité en danger » etc… Pourquoi aucun ne cherche à analyser les causes de ces drames ? **
L’incurie de journalistes refusant de prendre le moindre recul, de tenter un semblant d’analyse, se vautrant dans le pathos sur le dos de parents éplorés aurait presque suffit à gâcher ma joie d'une manifestation réussie.

Pour la gâcher tout à fait, j’apprenais hier soir une nouvelle attaque de nos amis les obstétriciens.
Qui mérite une analyse de texte détaillée…

A la veille de la Journée des sages-femmes, le SYNGOF tient à reconnaître et à saluer leur rôle indispensable dans le confort et l'humanité qui entoure la naissance dans notre pays et qu’elles contribuent à renforcer.
Outre une rédaction manquant quelque peu de grâce, le mépris suinte dès cette première phrase qui nous dénie toute responsabilité médicale et nous renvoie à une caricature de nonnes épongeant avec dévouement le front des femmes en couche.

Mais il convient de demeurer vigilants sur la sécurité de l’accouchement qu'elle ne peuvent assumer seules et dès lors ne pas se laisser entraîner vers un assouplissement des procédures que notre pays a mis de longues années à faire vivre pour garantir à toutes les femmes et tous les nouveau-nés une sécurité constante.
Ainsi, nous ne pouvons assumer un accouchement seules ??? Alors que plus de la moitié des accouchements sont accompagnés/ réalisés/assistés (je cherche le mot juste !) par les seules sages-femmes ???  Et que la totalité des accouchements sont "surveillés" par les sages femmes qui ont en responsabilité le dépistage de toute anomalie ?

Il ne faudrait pas, attirés par des discours démagogiques, voire s’approchant du sectaire, de quelques-uns, que soit baissée la garde des normes et des recommandations.
On retrouve l’accusation sectaire, mise en cause facile, mille fois employée dès que l’on ose un tant soit peu s’affranchir du discours officiel. Pourtant nos propositions s’appuient sur des données scientifiques***, sur l’expérience de nombreux autres pays qui font autrement et mieux que nous. Nous n’invoquons pas la divine providence, nous pensons (si, si je vous assure, une sage-femme peut penser par elle même), nous analysons, nous randomisons…. et nous concluons que notre organisation française est dispendieuse, déshumanisée et pas assez sécuritaire !

Le travail d’équipe des sages-femmes, des gynécologues avec le renfort des nouveaux spécialistes de médecine générale doit toujours être réfléchi en conservant la préoccupation de ne pas laisser réaugmenter la morbi-mortalité périnatale.
Vous noterez le petit appel du pied vers les médecins généralistes, pourtant longtemps négligés par leur confrères spécialistes. Dans le domaine de la maternité et de la gynécologie "normales",  sages-femmes et médecins généralistes ont beaucoup à partager. Devant la fronde des sages-femmes et le soutien grandissant des usagers, on serre les rangs et on appelle à la rescousse ceux que l’on ignorait hier.

Les femmes le savent bien et dans leur quasi-totalité plébiscitent dans les sondages (Etude Magic Maman 2011)****, l’organisation actuelle. Rappelons, pour mémoire, que dans un sondage récent 96% des jeunes mamans estimaient avoir été bien prises en charge médicalement et 85% bien prises en charge humainement. Il faut y voir la signature du travail conjoint des sages-femmes et des gynécologues. Ne laissons pas refleurir périodiquement les modes délétères de l’accouchement "comme chez soi" !
Dans le même temps, laissons les maternités fermer et les femmes parcourir de nombreux kilomètres pour se rendre dans un lieu de naissance ; c’est bien connu, accoucher dans sa voiture sur le bas coté d’une départementale est une approche sécuritaire… Je n’ai pas connaissance d’un communiqué de presse du SYNGOF s’élevant contre les fermetures de maternité de proximité ( lors de l’AG du 12 mai, une sage-femme expliquait qu’après la disparition de son établissement, les femmes se retrouvaient à 80 km de la maternité la plus proche…).
En parallèle, continuons à ignorer les résultats positifs d'expériences étrangères, à hyper-techniciser les accouchements, à dépenser inutilement l’argent public. Continuons à refuser "l'assouplissement des procédures" (sic), à écarter toute innovation dans les prises en charge... ne touchons à rien.
Dormez braves gens, tout va bien !

Je l’ai déjà écrit ici, je ne fais la guerre à personne. Comme le SYNGOF ose le souligner, la périnatalité a besoin d'une équipe, c'est à dire des compétences - médicales ! - conjointes des sages-femmes, des généralistes et de divers spécialistes.
Mais de la même manière que je respecte le travail et les savoirs de ces praticiens, j’aimerais qu’ils respectent les miens.

 

*cf ce très complet billet de Knackie
**une exception découverte ce matin
***lire par exemple ici ou ici ou encore ici...
****cf ce communiqué du Ciane qui n'a pas tout à fait la même analyse...


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28 avril 2011

Im-Pass

Depuis quelques jours, les médias annoncent l’arrivée du «Pass contraception» dans les lycées d'Ile de France.
Rendre la contraception accessible à tous les jeunes sans avoir à passer par la carte vitale parentale et les relevés de sécu familiaux apparaît une excellente idée ; pas aux yeux de la PEEP cependant dont la vice présidente intervenait mardi dans le journal de 13h de France 2 et s’offusquait que l’on contourne ainsi l'autorité parentale…

Morceaux choisis…

On disqualifie les parents d’un rôle important, celui d’assurer la santé de leurs enfants
La pilule n’est pas un médicament anodin. Moins anodin que de subir une IVG ?

Elle doit se prendre avec un grand nombre de précautions et je ne suis pas certaine que les jeunes adolescentes de 15 ou 16 ans lorsqu’elles vont rencontrer leur gynécologue aient toute la capacité, la connaissance pour répondre à l’interrogatoire familial qui sera nécessairement fait puisqu'on sait que la pilule génère -Allons y pour un petit couplet anxiogène ! Les méfaits annoncés de la contraception, comme un retour aux années 60 - dans certains cas des thromboses graves, des embolies, des AVC, voire des phlébites et para phlébites. La phlébite pire qu’un AVC ? Il faudra nous expliquer cette curieuse gradation !

Question de la journaliste : Qu’est ce qui vous choque, que l’on préserve l’anonymat des élèves vis-à-vis de leurs parents ?
On devrait d’abord inciter les jeunes à avoir un vrai dialogue avec leurs parents. Les parents doivent être associés à la démarche. Lorsqu’une jeune fille prend la pilule elle doit la prendre régulièrement. Ca doit être accompagné - Est ce à la famille de se préoccuper de la prise quotidienne ?

Elle doit quand même avoir un point d’appui et une écoute. Qui peuvent lui être donnés par une autre personne que ses parents. C’est à la jeune fille de choisir vers qui se tourner, sur qui s’appuyer.

La journaliste : Le nombre d’IVG de mineures ne baisse plus depuis des années. Il y en a 13 000 par an, c’est énorme!
Ce sont des chiffres de 2006 qui n’ont pas été remis au goût du jour (sic). Les mineures représentaient 5 % des femmes ayant eu une IVG en 2001 et 6 % en 2005, 2006 et 2007 (voir ici ). I. Nizand évoque 15 000 jeunes filles concernées l’année dernière.

On a dans tous les établissements scolaires des séances d’éducation sexuelle qu'on a beaucoup orientées vers la préservation des maladies sexuellement transmissibles et c’est peut-être une erreur parce que le préservatif ne fait pas tout. Les préservatifs ne sont pas fiables à 100 %. Raccourci dangereux qui pourrait laisser penser que les préservatifs ne protègent pas des MST...

On est en 2011 et la contraception reste une affaire de femme. En même temps, ce sont les femmes qui se retrouvent enceintes ; mieux vaut compter sur leur propre vigilance !

On doit responsabiliser les garçons à connaitre le corps d’une femme (re-sic), qu’est ce qu’un cycle, comment ça se passe. Et revenir au vieil Ogino en leur proposant de compter les jours "dangereux" ?

La contraception n’est pas un médicament anodin.

On l’aura compris, au sein d'un discours prétextant se préoccuper de la santé des "jeunes filles" et appeler les "jeunes hommes à se montrer respectueux" s’inscrivent en filigrane l’inanité d’une sexualité adolescente et la volonté de la contraindre à l’inexistence. Que le nombre d’IVG bondisse n’est qu’un épiphénomène ; la bonne éducation de nos filles est à ce prix !


Autre raison de mon ire : Le martelage médiatique de ce pass-contraception omet curieusement un mot, celui de sage-femme.
Les journalistes ont systématiquement court-circuité notre profession dans leurs papiers. La plupart n’ont exposé que la gratuité d'une consultation chez un gynécologue, certains se sont aventurés à un plus rassembleur "médecin", plus rarement encore le planning familial a été cité mais jamais je n'ai entendu évoquer la possibilité de consulter une sage-femme (option nommément proposée par le pass).

Ainsi, les jeunes rebelles à la consultation gynécologique, parfois intimidées par leur trop connu médecin de famille, éventuellement éloignées d’un centre de planification, ne sauront pas qu'elles peuvent aussi se tourner vers un autre professionnel, la sage-femme.
Je n’imagine aucunement voir des hordes adolescentes se ruer vers nos cabinets… mais le rôle de l’information n’est-il pas d’informer ?

Notre transparence médiatique est décidément aussi flagrante qu’irritante.


Edit du soir : voir ici pour avoir une idée plus précise de ce pass


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