23 février 2011

Cortège

A quelques jours du terme, ils attendent sereinement la naissance de leur premier enfant. Dernier passage à la maternité pour une consultation et une ultime séance de préparation à l'accouchement puis ils repartent chez eux, à une bonne trentaine de kilomètres.

Tard le lendemain soir, les premières contractions s'installent puis s'enchainent avec de plus en plus de force et de rapidité. Le temps de réaliser, de penser à partir et de réunir quelques affaires, ils sont dans leur voiture. Mais, à peine franchi le portail de leur ferme, l’envie de pousser la saisit… Il n'est plus temps d’aller à la maternité.
Ils choisissent avec sagesse de rester à la maison et de faire appel au médecin du village.

L’histoire se passe il y a presque 30 ans, à l’époque où le médecin de campagne, "corvéable" à merci, se déplaçait à toute heure du jour et de la nuit, disponible pour celui qui nait comme pour celui qui se meurt.

Le médecin les rejoint juste à temps pour voir le bébé naitre. Il ligature le cordon, recueille le placenta dans une bassine, certifie que tout va bien et qu’ils peuvent maintenant partir à la maternité pour les dernières formalités.
Puis il s’en va.

Les parents, décidément sereins, conviennent ensemble qu’il n’est pas utile de traverser la campagne au cœur de la nuit avec leur tout-petit. Nul ne les attend car la maternité n'est pas encore informée de la naissance. Autant, rester tranquillement à la maison jusqu'au lever du soleil.
Au creux du lit, protégés du froid par un édredon de plume, ils passent une nuit paisible, contemplant leur bébé qui tête le sein maternel avec vigueur.

Je les verrai arriver le lendemain matin.
Elle d’abord, grande, élancée, la chevelure opulente, son tout-petit, emmailloté de langes et de serviettes, blotti au creux de ses bras. Une couverture de laine brune enroule ses épaules et fait office de cape.
Lui tout aussi grand, tout aussi altier, marche juste derrière elle, les bras encombrés d’un objet que je n'identifie pas tout de suite.

C’est en m’approchant que je comprends leur curieux cortège.
Un des pans de la couverture se soulève au passage d'un lien nacré.
Lien aboutissant à la cuvette tenue par le père.
Cuvette contenant le placenta toujours relié au nouveau-né par le -long - cordon que personne ne s'est autorisé à couper.


Hier aux maternelles, un débat consacré aux maisons de naissance visible pendant quelques jours ici. L'occasion de faire un point sur l'absurdité du village gaulois résistant aux attentes de femmes et de couples toujours plus nombreux, de découvrir quelques images d'une structure belge ou celles d'un député québécois manifestant pour l'ouverture d'une MDN dans son quartier.
Et un grand merci à
Nadia Daam pour son coup de pub au blog dans la chronique suivant le débat !

Posté par 10lunes à 10:10 - - Commentaires [31] - Permalien [#]
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