19 septembre 2009

Bientôt maman, épisode 1

Bientôt maman est un documentaire récemment diffusé sur France 5.

En préalable prudent à ce billet * : Bien évidemment, la spontanéité des échanges est perturbée par la présence d'une équipe de tournage, par le micro qui plane au dessus des têtes et l'objectif de la caméra qui désigne sa cible. Chacun craint de prononcer une irréparable stupidité qui sera ensuite livrée aux téléphages.
Bref, nous le savons, la maternité filmée n'est pas tout à fait la vraie vie.

Mais tout de même...

Première séance de préparation à la naissance. Une bonne douzaine de femmes et de rares représentants de la gente masculine font cercle, sagement alignés sur des chaises. Certaines, studieuses, ont posé une feuille sur leurs genoux afin de noter les précieux conseils qui vont leur être dispensés. A l'extrémité du cercle, facilement identifiable par sa blouse et son pantalon rose, la sage-femme. Elle est pleine d'allant, tonique, souriante. Soucieuse de capter l'attention et de séduire son public, elle alterne explications, questions et petites incises humoristiques.

En guise d'introduction, elle explique que l'intitulé des séances est «préparation à la naissance et à la parentalité»: «et quand vous entendez parentalité, vous entendez quoi ?»

Se conformant à l'ambiance scolaire définie par le ton de la question, le groupe reste silencieux jusqu'à ce qu'une voix timide ose murmurer «parents ?». Un «très bien !» vient la féliciter.

«Ça veut dire qu'on entend maman et papa» reprend la sage-femme «et donc les papas sont les bienvenus. Peut-être que tous les hommes ne sont pas là car ils ne sont pas libres ou ils ne voulaient  pas venir parce que la préparation à l'accouchement, c'est une histoire de bonne femme, qu'on va faire le petit chien et puis vous allez parler de vos accouchements »

            Si la formulation infantilisante dérange, il est cependant nécessaire de se débarrasser de ces a priori réducteurs.  La préparation à la naissance est trop souvent caricaturée comme une alternance de ahanements cadencés et d'échanges passionnés sur la taille des soutiens-gorge...

Mais elle ajoute, martelant les mots, «Raconter des histoires d'accouchements, ça n'intéresse personne ! Je ne vais surement pas faire raconter les histoires d'accouchement des unes et des autres, ça n'a aucun intérêt. Si vous avez envie de raconter des histoires d'accouchement, on verra, mais de toute façon, c'est moi qui module, c'est pas vous...»

Qu'importe si certains désirent revenir sur leurs expériences passées, si d'autres s'intéressent à leurs récits, si tous souhaitent une parole circulant librement. Le pouvoir est ainsi annoncé sans partage.
Caricature quand tu nous tiens...

*et à quelques autres ! L'inspiration quotidienne est un challenge difficile à tenir.  Je tente pour le moment de m'y conformer... mais ne vais pas me priver de la sécurité de quelques billets d'avance nourris par les différents intervenants de ce documentaire !

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07 septembre 2009

Suivez le guide

"L’odyssée de la vie"*, documentaire annoncé à grand renfort de communication sur la prouesse technique et le réalisme de la réalisation 3D n'a pas su me séduire.

Si la première partie concernant l’embryogénèse était effectivement spectaculaire, je suis ensuite restée perplexe devant cet angélique enfant pataugeant dans un vaste bain de liquide amniotique.

Puis je me suis interrogée sur la nécessité médicale imposant à cette jeune femme hospitalisée pour menace d’accouchement prématuré de passer quasi instantanément d'une perfusion pour stopper les contractions à une autre pour les provoquer.

Et je me suis étranglée en entendant Niels Tavernier, lors d’une émission de radio, répondre à une auditrice qui déplorait le peu de visibilité des sages-femmes dans son film  - soulignant combien leur accompagnement lui avait été essentiel  - qu’elles étaient au contraire bien présentes «puisque c’était une sage-femme qui faisait la visite de la maternité».

*première diffusion  en 2005

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31 août 2009

Demandez le programme

« Faut-il programmer le jour et l'heure de son accouchement ? »
C'est le titre d'un article paru dans une revue féminine il y a déjà quelques temps. Un médecin y affirmait : «l'accouchement programmé offre une plus grande sécurité pour la mère et l'enfant car la présence de l'équipe médicale est assurée».
Naïvement, vous pensiez  que c'était aux équipes de se tenir prêtes à accueillir les couples à toutes heures du jour ou de la nuit ? Que nenni ! Voici que les femmes enceintes se doivent d'être disponibles à notre convenance.

Quelques lignes plus loin, le même auteur précise «il n'y a pas de bénéfice médical réellement prouvé».
Avec un mauvais esprit certain, je m'empresse de rapprocher ce constat de la « présence assurée de l'équipe ».
Devons-nous en conclure que nous ne servons pas à grand-chose ?

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21 août 2009

« Docteur T et les femmes »

Sorti en 2001, c’est un film que l’on peut se permettre de ne pas connaitre…

Il relate la vie d’un gynéco américain, quinquagénaire grisonnant et musclé ( séduisant ?) dont le cabinet aux ravissantes secrétaires reçoit moult femmes de tous âges prêtes à se battre pour passer sur sa table d’examen - en présence d’une assistante, nous sommes au pays du sexuellement correct !

En résumé : il est beau, riche,  célèbre et entouré d’une nuée de femmes dans son travail comme en privé, mais sa vie est, au final, peu satisfaisante. 

Par la magie du cinéma, le docteur T blasé et lassé de tout, se trouve propulsé au fin fond du désert mexicain, dans un hameau perdu, au moment d’un accouchement… Celui-ci se passe mal mais le bon docteur intervient, sauvant du même coup la mère, l’enfant et sa propre vie en quête de sens.  Happy end.

Nous n’étions que quelques dizaines de spectateurs.

On entend les cris de la mère. Le docteur T entre dans la cabane, la femme est allongée, en sueur, épuisée. Les visages sont graves.
Dans la salle, on observe, on commente et on soupire.

Le médecin approche, tend les mains
A l’écran, le film passe brusquement de la fiction à de vraies images de naissance.
Je le comprends quelques secondes avant le reste des spectateurs et guette leurs réactions.

Entre les cuisses maternelles, on aperçoit juste le sommet du crane
L’atmosphère a changé de densité.

La tête se dégage, l’enfant nait et crie
L’émotion est perceptible, le silence respectueux.

Et je quitte la salle forte de cette précieuse certitude : même dans ce multiplexe sans âme, la naissance conserve un peu de son caractère sacré.

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