Service maternité, la vaste salle d’attente d’un grand centre hospitalier. Quelques bacs de fausses plantes vertes tentent vainement de délimiter de plus petits espaces. Les chaises de plastique inconfortables, soudées les unes aux autres, laissent peu de place pour étaler les rondeurs. Des magazines fatigués trainent sur des tables basses. Aux cotés des couvertures passées et déchirées s’étalent de riantes brochures sur les interdits de la grossesse, alcool, tabac, régime alimentaire…

Pas de lumière du jour. Ce sont les bureaux de consultations et les secrétariats disposés tout autour qui bénéficient de fenêtres. Au centre reste ce large espace à l’éclairage artificiel et la ventilation ronronnante.

De nombreuses femmes, quelques hommes aussi, s’ennuient en silence. 
Régulièrement, l’un des cabinets s’ouvre, un médecin s’avance, dossier à la main, et annonce le nom de la patiente suivante. Une femme se lève alors avec plus ou moins d’aisance et emmène son ventre rond jusqu’à la porte.

Parfois, personne ne réagit et il faut répéter l’appel.

L’un des médecins a opté pour une autre stratégie. Lorsqu’il ouvre la porte, il ne prend pas le risque d’être amené à répéter deux fois le même nom ; il le hurle et, à chaque fois, fait sursauter la salle.

Ce jeune couple vient pour son second rendez-vous. Heurté par cet accueil tonitruant, le père a prémédité sa riposte. Lorsque leur tour arrive, leur nom est  sans surprise crié à travers le hall.
Alors, il se lève d’un bond et hurle tout aussi fortement, «c’est nous» en s’avançant vers le bureau.