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Elle est en position "mains - genoux", expression rencontrée des années plus tard dans un article sur les postures d’accouchement ; la formulation "à quatre pattes" devait apparaître trop triviale au rédacteur…
 
Elle est ainsi parce qu'elle l’a souhaité, non parce que je le lui ai proposé. Malgré pas mal de naissances accompagnées en position autre que gynécologique,  je n'ai pas encore expérimenté cette variante. Pour être honnête, j'aurais préféré faire mes armes sur une situation plus banale. Son bébé se présente en "occipito-sacré", visage dirigé vers le pubis maternel, à l’inverse donc de la position habituelle.

Elle est médecin et cela m'aide certainement à accepter sa totale liberté de mouvement… C’est comme un contrat entre nous, une responsabilité partagée.  Prévenue de mon inexpérience, elle accepte de me faire confiance. De mon coté, je sais pouvoir m'appuyer sur ses ressentis, sur la force tranquille qui la guide depuis le début du travail.

De la phase d'expulsion ne me restent que de confus souvenirs de projections géométriques. Du fait de la position maternelle, mes repères anatomiques sont inversés ; je passe mon temps à retourner mentalement femme et enfant pour pouvoir m’appuyer sur mes critères habituels, tiraillée entre mon souci de "m'y retrouver" pour m’assurer que tout évolue bien et celui de ne pas atteindre sa sérénité. Il me faut être à l’écoute, rassurante, alors que mes neurones surchauffent en élaborant d’improbables schémas…

Et puis tout s’apaise. Le petit arrive sur le périnée et si la position de la mère m’est inhabituelle, celle de la tête fœtale redevient banalement rassurante.

Je l'encourage à souffler doucement pour laisser le périnée tendu s’ouvrir un peu plus, encore un peu plus. La tête apparaît dans un premier jaillissement de liquide, le reste du corps suit dans un bruit de succion. Je n’ai qu’à tendre les mains pour accueillir l’enfant, le glisser entre les cuisses maternelles. Elle se redresse à genou et le serre dans ses bras, triomphante.

Un gros bébé, une position foetale réputée plus agressive pour le périnée, et pas une égratignure…

J’en serais presque fière si la petite voix de ma conscience ne me chuchotait que tout le mérite en revient à la mère.

 

©Photo