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Leur enfant est né un peu plus tôt que prévu. C'est donc à trois qu'ils assistent à la dernière séance de préparation, heureux et fiers de présenter leur tout-petit aux deux autres couples. Les questions pleuvent.

C'est lui qui raconte, faisant un récit détaillé de toutes les étapes de l'accouchement. Il débute par  la description minutieuse de la perte des eaux, enchaine sur le départ à la maternité, évoquant au passage son rôle essentiel dans le bouclage de la valise, décrit l'accueil de la sage-femme, le premier examen. Avec fierté, il explique comment il a soutenu sa compagne en la massant, l'étirant, la berçant et souligne combien il était fatigué... Vient la poussée, "Elle s'est accrochée à mon cou, j'en ai encore des courbatures" et enfin la naissance. Pas un détail ne manque à sa narration.

Volubile, occupant l'espace de ses gestes amples, c'est une vraie pièce de théâtre qu'il est en train de jouer. Dans son enthousiasme, c'est le "on" qui préside. Le "on est arrivé" passe très bien, "on a accouché" nous attendrit, mais "on avait des contractions toutes les trois minutes" semble un peu exagéré.
Sa femme l'écoute avec le petit sourire de celle qui ne dit rien mais n'en pense pas moins...

Quand la question du recours à la péridurale leur est posée, il continue sur sa lancée. "On a pas pris la péri parce qu'on allait bien.
Sans lui faire remarquer sa maladresse, sa voisine se tourne vers elle et l'interroge directement. Comment as tu vécu les contractions ? Ca faisait mal ?
Et quand c'est lui qui ouvre la bouche pour se lancer dans une énième tirade, sa compagne pose doucement la main sur son avant bras pour l'interrompre, "Je t'ai laissé tout raconter mais pour la douleur, tu vas peut-être me laisser parler ? "

 

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