12 décembre 2009

Suggestionnée ?

Journal de la santé, reportage annoncé sur la césarienne.

En plateau, une jeune femme témoigne de son parcours obstétrical ; une première césarienne pour présentation du siège, une seconde il y a deux ans - pour des jumelles - préférée à la voie basse que rien ne contre-indiquait car elle gardait un bon souvenir de la première naissance.
Heureuse coïncidence, cette césarienne avait été filmée pour les besoins de la même émission.

Voyage dans le temps. Nous retrouvons cette femme, ventre rond et tendu, quelques minutes avant le passage au bloc. Nous assistons ensuite à l'extraction des deux petites filles et le reportage se termine sur l’image attendue des enfants nichées dans chacun des bras maternels sous le regard ému de leur père. Le commentaire souligne que tout s’est bien passé.
Happy end.

Mais il s’agit d’une émission médicale à visée pédagogique ; un petit aparté didactique est inséré dans le récit de la naissance. Le chirurgien, interrogé sur les risques inhérents au choix de la césarienne, s’empresse de confirmer, risque infectieux, hémorragique… Il parle, vêtu de bleu, ganté, masqué devant un champ du même bleu tendu verticalement. Il ne faut pas une grande expérience du bloc opératoire pour imaginer que de l’autre coté du tissu stérile se trouve le visage - et les neurones - de la dame. D’ailleurs, le champ de la caméra s’élargit et l'on découvre les mains gantées qui s’affairent à recoudre l’abdomen béant. En écoutant dérouler la liste des complications possibles, je me demande quel peut être l'effet d’entendre qu’il existe un risque majoré lorsque l'on est allongée là ventre ouvert …

Me reviens en mémoire une étude lue il y a bien longtemps faisant état de l’impact des paroles au cours d’une intervention sous anesthésie générale. Je vous résume très grossièrement ce que j’en avais retenu * : Lors d’une banale intervention, si le chirurgien s’exclame avec conviction « P…n, ça pisse le sang ! », le patient  présenterait plus de complications postopératoires que s'il y a réellement hémorragie mais que le chirurgien sifflote. (j'ai bien écrit "très grossièrement" !)

Si la parole peut faire effet sur un opéré plongé dans un sommeil artificiel, quel peut être son impact sur celle qui n’est qu’anesthésiée localement par une péridurale ?

Inutile d’échafauder des hypothèses anxieuses, le reportage précisait que tout s’était bien passé.

Retour sur le plateau et la jeune femme poursuit son récit. Surprise ! Cette seconde césarienne s’est beaucoup moins bien déroulée. Elle a fait une hémorragie, est restée en observation pendant plusieurs heures avant que le chirurgien ne vienne lui annoncer que « sa vie n’était plus en jeu »….

Si l’hémorragie est effectivement une complication possible en cas de césarienne, si la distension utérine du fait de la grossesse gémellaire majore le risque, je ne peux cependant m’empêcher de m’interroger sur l’éventuel rapport entre les réponses du médecin en pleine intervention et les suites opératoires.


* si par hasard un lecteur connaissait les références de cette étude, je suis preneuse !

Posté par 10lunes à 12:31 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags :


08 décembre 2009

Rugissante

Elle vient de rompre la poche des eaux dans le bain qui l’aidait à se relaxer. Le ressenti différent la fait quitter l’eau chaude. Désireuse de connaitre où en est sa dilatation, elle vient s’allonger sur le lit le temps de l’examen,  rapide toucher vaginal pour confirmer l’avancée du travail, écoute du cœur foetal.  Tout va bien, elle est à 7 cm et son petit attend tranquillement sa sortie du monde utérin.

Une fois ces quelques gestes accomplis, je ne lui propose pas explicitement de se relever tant il est évident qu’elle fait comme bon lui semble. C’est sans compter le conditionnement insidieux qui laisse penser aux femmes que l’on s’allonge pour mettre au monde.
La contraction suivante semble plus douloureuse et inconfortable. Ne voulant pas l’influencer, je reste silencieuse mais une nouvelle contraction la voit se tendre de façon asymétrique, une main repoussant son genou, le dos très étiré sur la flanc droit pendant que sa jambe gauche se fléchit. Le lit bloque ses mouvements et je l’encourage à en descendre.

Elle se lève et commence à marcher dans l’espace restreint délimité par les divers équipements imposés en salle de naissance, lit, chariots de matériel, monitoring, etc … Elle marche à petits pas lorsque une nouvelle contraction survient.
Alors, fléchissant les jambes, mains posées sur les genoux, bras tendus, dos étiré, tout en décrivant de larges cercles avec son bassin, elle se met à rugir. Venant de sa gorge serrée, un seul mot se répète « desssscend, desssscend, desssscend ».
Mes mains sur ses épaules,  je bouge avec elle, l’accompagnant dans son déhanchement.

Une autre contraction et le son, plus retenu encore, laisse penser que la poussée n’est pas loin. A la suivante, elle poursuit le même mouvement mais le chant guttural sort d’une gorge encore plus serrée.

Un dernier rugissement, la tête apparait et je n’ai que le temps de tendre les bras pour accueillir un bébé qui glisse rapidement au son de la voix maternelle…

Posté par 10lunes à 12:51 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , ,

07 décembre 2009

Heureux métier

Une collègue de PMI*, au bord de la retraite.

Une jeune femme avenante nous apporte le menu dans le restaurant où nous faisons étape.
Leurs regards se croisent et deux grands sourires illuminent leurs visages.  Quelques nouvelles du petit - "déjà trois ans !" - sont échangées. Dans la brève conversation arrachée au temps de la commande émergent quelques bribes d’une histoire mêlant grossesse, jeunesse, précarité et isolement. J'entends le soutien de cette sage-femme, aidant cette jeune mère à trouver l’énergie de sortir d’une impasse annoncée, sans qualification professionnelle, seule avec un enfant .

C’est le coup de chaud dans la salle et la jeune serveuse doit reprendre son service au pas de course. Mais avant, spontanément, elle claque deux gros baisers sur les joues de « sa » sage-femme.

Qui se retourne vers moi en disant "savoir d'où elle vient et la voir comme ça maintenant, je re-signe tout de suite !"

* Protection maternelle et infantile

Posté par 10lunes à 12:04 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : ,

06 décembre 2009

Camouflées

La chambre de pré travail est une pièce toute en longueur accueillant trois lits placés parallèlement, séparés par un simple rideau. Impossible d’ignorer ce que fait la voisine, comment elle respire, gémit, se résigne ou se révolte. Pas moyen de marcher, le seul espace disponible est occupé par le lit. Seule la femme allongée dans le premier box peut bénéficier de la présence de son compagnon car on ne peut aller vers les deux lits suivants sans troubler le semblant d’intimité installé par les pans de tissus.

Un couloir sépare cette chambre de pré travail des salles d’accouchement. Ses murs sont vert pale, le sol vert bouteille, coupé par un épais trait rouge qui symbolise l’accès à l’espace stérile. Le bloc opératoire réservé aux césariennes est situé tout au bout mais c’est le même couloir qui dessert les salles de naissance

Nous allons et venons d'un secteur à l'autre. A chaque traversée de la ligne écarlate, nous enfilons sur nos blouses une camisole de coton épais, ajoutons calot et sur-chaussures, qu’il nous faudra ensuite retirer pour partir en sens inverse.
Lorsque le temps de la naissance arrive, il faut compléter cet attirail déjà encombrant d'une troisième camisole stérile, d'un masque et de gants. Ainsi vêtues, la chaleur devient rapidement étouffante.

Trente ans plus tard, je garde le souvenir aigu de ces habillages et déshabillages chronophages décourageant nos visites, de notre inconfort en salle d’accouchement nous donnant l’envie d’en finir au plus vite. Cette inutile débauche de précautions hygiénistes se faisait aux dépends des femmes dont nous étions censées prendre soin. 

Je m’étonne maintenant de notre docilité, de notre incapacité à émettre la moindre critique devant ces rituels absurdes.
Soumises au point de nous offusquer lorsque les médecins, appelés pour certains accouchements plus difficiles, nous rejoignaient en costume de ville, dédaignant nos déguisements, stériles par essence …

Posté par 10lunes à 12:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

02 décembre 2009

Vocable

Elle raconte sa dernière consultation, hésite, cherche ses mots.
"Ensuite, il m'a posé un écarteur"
Pendant quelques secondes je me demande quelles pouvaient être la raison et la destination de cet écarteur... Puis tout s'éclaire :
"Vous voulez dire un spéculum ?"
Elle confirme, un peu confuse de son erreur de vocabulaire.
Je réponds que bien au contraire, le mot me semble bien choisi et beaucoup plus explicatif quant à sa fonction !

Posté par 10lunes à 12:20 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :


01 décembre 2009

Incomprise

Elle arrive à la maternité, silencieuse, effacée, toute de noir vêtue.
Régulièrement, son souffle long signale le travail utérin. Je l’accompagne en salle de naissance, l’encourage à trouver la position qui lui convient, à ne pas se laisser happer par le lit qui trône au centre de la pièce. Elle souhaite marcher et tourne en rond dans cette salle un peu trop petite. Je reste à ses cotés, dans l'attente du retour de son homme parti chercher quelques affaires.  Elle m’apparaît concentrée, sereine. Les deux mains plaquées sur les reins, elle s'immobilise et respire avec application à chaque contraction puis reprend sa lente déambulation.

Soucieuse de ne pas la déranger, je reste immobile et silencieuse, l’encourageant d’un sourire, d’un regard.
Elle passe et repasse lentement devant moi. Cela fait bien une demi heure que nous sommes ensemble, elle concentrée sur sa respiration, moi attentive à ne pas la troubler.

Soudain, elle s’arrête, son visage se crispe. Me lançant un regard plus que noir, elle rugit « CA MARCHE PAS VOT' TRUC ! »

Je comprends - tardivement - que son calme apparent n’est que façade. Ce que je prenais pour de la concentration n’était que résignation…  Sa colère salvatrice devant mon indifférence supposée lui permet d'appeler à l'aide.
Aide que je lui offre enfin, une fois ma conscience de sa douleur avivée.

Posté par 10lunes à 12:44 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,

29 novembre 2009

Numérisés

La grippe H1N1 commence à changer les habitudes et de nombreuses maternités limitent les visites aux accouchées. Je peine à comprendre ce que peut changer cette interdiction qui se compensera par une invasion dès le retour à domicile, de plus en plus rapide du fait du surbooking des établissements.
Il serait plus légitime d'insister sur une règle de bon sens élémentaire, pas de visite à un nouveau-né lorsque l'on est malade et contagieux, quelque soit le lieu. Nous pourrions surtout saisir l’occasion pour rappeler qu’un bébé n’a nul besoin d’être pris, embrassé, cajolé par de multiples inconnus. Les bras familiers de ses parents lui sont tout à fait suffisants.
A l'heure de la rentabilité exigée des établissements de santé, prendre le temps d'expliquer devient un luxe. Le message sera donc simple et on choisit d'interdire.

Mais ce qui me fait réagir aujourd’hui n’est pas la limitation des visites mais les commentaires qui en sont fait dans cet article trouvé ici.

Les proches sont donc des empêcheurs de travailler en rond. Non seulement ces visites troublent nos routines professionnelles mais elles retardent la prise de poids des enfants…  Même si l’on peut pressentir que le journaliste s’est emparé d’une phrase lancée -je l'espère- comme une boutade par la sage-femme, l’imprimer noir sur blanc est une atteinte au bon sens.

Bien sur, le cortège des visites peut envahir une chambre, fatiguer la mère, déranger le bébé, chacun voulant s’émouvoir de ce tout-petit niché au creux de ses bras.
Bien sur il est parfois lassant pour une femme de subir de multiples récits d’accouchement, chaque autre femme passant venant immanquablement convoquer les moments marquants de ses propres expériences.

Cependant, ce défilé des plus ou moins proches au pied du berceau est un rituel d'accueil, reconnaissant le nouveau-né et sa mère comme membres de la "tribu". Présenter l’isolement comme le summum du confort et de la "sérénité" est un déni d’humanité, déni difficile à compenser par une simple webcam…

Posté par 10lunes à 12:24 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , ,

28 novembre 2009

Délaissée

Rencontre impromptue hors du cadre professionnel, bavardage poli un verre dans une main et un petit-four dans l’autre, elle est esthéticienne, j’explique que je suis sage-femme.
Elle a beaucoup à dire sur ce métier, elle a d’ailleurs accouché il y a quelques mois, justement dans la maternité où je travaille et elle en est extrêmement mécontente.

Difficile de ne pas l’encourager à m'en préciser les raisons.
Débute un long monologue ; arrivée en travail, à peine accueillie, elle est immédiatement installée dans une chambre avec pour seule information « ce n’est pas pour tout de suite ». Elle reste seule avec son compagnon, livrés à eux-mêmes alors que ses contractions sont très douloureuses. Elle sonne à plusieurs reprises mais personne ne vient la voir. Lassé de cette attente, son mari part à la recherche du personnel dans le couloir et ramène la première bouse blanche qu’il arrive à happer «par chance, c’était une sage-femme». Elle lui confirme l’imminence de l’accouchement et l’emmène en salle de naissance.
La blouse blanche disparait. Allongée sur le lit, les pieds dans des étriers métalliques, elle pousse. A ses cotés, une autre blouse - rose cette fois ci - brandit des ciseaux.
Consciente que son périnée "est trop serré", elle interpelle la blouse rose «qu’est ce que vous attendez pour me faire une épisiotomie ? »
«Je ne peux pas, je ne suis pas sage-femme » !
Alors, dans un dernier effort, elle se relève sur le lit, déchire son périnée avec ses doigts pour faire place à son enfant et le fait naitre…

Je reste sans voix devant ce récit apocalyptique. Elle poursuit sur son séjour tout aussi calamiteux - me donnant au passage quelques détails complémentaires qui me permettent de mémoriser le prénom de sa fille et sa date de naissance - et conclut pleine d’amertume que jamais elle ne remettra les pieds là bas. Bien évidemment.

A ma garde suivante, je consulte le registre et trouve le dossier correspondant, date, prénom, profession, tout colle…
Elle est arrivée 1h30 avant son accouchement, a été directement installée en salle de naissance. Les nombreux commentaires de la sage-femme sur le partogramme (notre feuille de route) montrent qu’elle était, sinon toujours, au moins très régulièrement présente. Enfin, surtout, son périnée n’a aucunement souffert, ni épisiotomie, ni déchirure, pas l’ombre d’un point.

Cette rencontre stupéfiante se rappelle à moi chaque fois qu’un témoignage me donnerait envie de m’en prendre à une équipe, un praticien.
Une histoire racontée avec tant de sincérité mais si éloignée de la réalité.

Je n'ai pas d'explication sur ce décalage, mais une hypothèse, l'obésité de cette femme, certainement difficile à vivre dans ce métier de l'esthétique. Dans son souvenir, elle a mis au monde son enfant toute seule, avec courage et abnégation. Cette naissance revisitée serait-elle le moyen de retrouver une estime de soi mise à mal par les standards actuels ?

Posté par 10lunes à 13:02 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,

25 novembre 2009

Déni

« Ma mère a fait un déni de grossesse »… Nous nous rencontrons pour la première fois et après quelques minutes consacrées au récit de son accouchement, elle jette cette phrase pour expliquer toute sa difficulté à exister auprès de son enfant.

Elle raconte ensuite une mère se félicitant de n’avoir pris que peu de poids pendant sa grossesse, d’avoir repris son travail très rapidement après l’accouchement. Devant cette description, un thérapeute s’est imprudemment autorisé à évoquer un déni de grossesse.
Ne pas prendre plaisir à la maternité serait-il comparable au fait de l’ignorer ?

Rien de ce qu’elle me décrit ne vient étayer l’hypothèse du déni. Elle est née dans les années 70 et les affirmations de sa mère sont à replacer dans le contexte du moment, libération des corps, revendications féministes, maternité pensée plus souvent comme un asservissement qu’un épanouissement.
Vécu certainement difficile pour la petite fille qu’elle était, mais sans rapport avec la violence de cet imaginaire déni.

Elle s’est emparée de ce mot. Le diagnostic suggéré sans précaution lui permet de relire son histoire à sa convenance et la fige dans son mal être.

Embourbée dans son passé, elle vit sa maternité comme un défi,  s’attachant à se démontrer différente de sa mère. Elle allaite sans joie, materne sans plaisir et s’interdit de reprendre le travail pour ne pas rééditer le parcours familial.
Aux yeux de tous, à tout prix, elle est et sera une bonne mère...

Posté par 10lunes à 12:57 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,

22 novembre 2009

Bad trip

Une jeune sage-femme me décrit ses premiers pas dans une maternité inconnue d’elle.
Dans ce lieu, à la naissance, l’enfant est immédiatement emmené dans une autre pièce, examiné, pesé, toisé, lavé et habillé. Ce n’est qu’ainsi, paré des attributs de l’humanité - cachez cette nudité que je ne saurais voir - qu’il est présenté à sa mère.

Lors du premier accouchement qu'elle accompagne, soucieuse de préserver ce temps originel et unique de la rencontre, elle pose, à l’encontre du protocole, le nouveau-né sur le ventre maternel. Pas bien longtemps, comment s'autoriser à bouleverser l’organisation du service dès son arrivée ? Quelques précieuses minutes volées aux habitudes avant la ritournelle de gestes enchainés mécaniquement sans plus savoir s’ils sont indispensables.
Quelques instants pour laisser une mère et son tout petit faire connaissance.

S’étant ainsi affranchie des règles du service, elle est vite rappelée à l’ordre par une consœur plus "expérimentée".
« Ici ce n’est pas comme ça qu’on fait, ce n’est pas notre trip »...

Ce "trip" renvoyant à la consommation de stupéfiants et à l’univers new âge en dit bien plus que le simple refus de modifier des habitudes. Il dénie l’importance de ces premiers instants et assimilent ceux qui soutiennent le contraire à des irresponsables.

Eternel conflit entre partisans et détracteurs de l’hyper-médicalisation de la naissance - en la qualifiant d’hyper, je choisis mon camp ! - qui s’impose ici de façon flagrante au détriment de l’humain.

Pourtant, combien de femmes, combien d’hommes aussi, décrivent cet instant où, lorsque le nouveau-né a plongé son regard dans le leur, ils se sont sentis définitivement, totalement, mère ou père de cet enfant là.

Posté par 10lunes à 11:13 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , ,