20 novembre 2009

Revigorée

"A la fin de l’accouchement, je n’en pouvais plus, je me sentais épuisée, découragée. Mais la sage-femme m’a dit un truc vraiment super qui m’a complètement "reboostée" ».

« Que t-a t’elle dit ? » (moi aussi je veux la connaitre la phrase magique !)

« Je sais que vous en avez marre, je sais que vous êtes fatiguée »
...

Phrase si banale en apparence, mais prononcée avec tant de sincérité, tant d’empathie pour cette jeune femme qu’elle lui a donné l’énergie de faire naitre son bébé sans aide médicale.
Ce quelle précise avec beaucoup de fierté.

Quelques mots pour un triomphe personnel et une confiance renforcée.

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19 novembre 2009

Souvenirs mêlés

Ils sont présents tous les deux, leur petit niché au creux des bras maternels. C’est le père qui parle. Tout va bien, l’accouchement, un peu long, s’est cependant très bien passé, la sage-femme était charmante, la prise en charge rassurante, son petit garçon magnifique.

La conversation se poursuit autour de la vie à trois, des nuits entrecoupées, de sa découverte de la paternité.
Puis il revient sur le récit de la naissance et soudain tout va mal. C’était trop long, l’équipe n’était pas assez disponible, le cœur du bébé ralentissait. A la naissance, le teint bleu du nouveau-né l’a fait rapidement emmener dans une autre salle pour y être aspiré.
Les mots s’étranglent en évoquant ces quelques minutes passées à observer, impuissant, le personnel s’affairer autour de son enfant.

Son récit n’a plus rien de commun avec celui, si lisse, du début de l'entretien.  Son regard embué, ses mains crispées attestent de son émotion toujours présente. Je souligne que la prise en charge, banale du point de vue médical,  a pu être très inquiétante pour lui.

Sa voix se brise… «C’était comme pour mon père»

A notre première rencontre, au tout début de cette grossesse, il pleurait sur ce qu’il ne pourrait plus jamais partager avec son père, mort récemment en service de réanimation.

Entremêlement des souvenirs récents et passés, le ballet médical autour de l’enfant cyanosé est venu se confondre avec cet autre ballet plus dramatique.

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16 novembre 2009

Dé-Primés

La grève des obstétriciens du privé voit fleurir les articles sur le sujet. On y trouve une phrase récurrente «Les gynécologues obstétriciens libéraux assurent environ 30% des accouchements en France dans des cliniques privées».

Mon mauvais esprit habituel me conduit à souligner que ce sont les sages-femmes qui accompagnent la plus grande partie de ces naissances. La présence quasi symbolique d’un médecin dans les 5 dernières minutes ne justifie pas qu’il soit considéré comme ayant assuré l’accouchement alors que toutes les heures d’accompagnement - et de "surveillance" - précédentes ont été effectuées par une sage-femme.

Le tour de passe-passe est habituel. La présence du médecin, figure connue et donc rassurante est annoncée comme un gage de sérénité. Le jour J, la future mère découvre une sage-femme inconnue et tisse avec elle des liens de confiance. L’irruption tardive du médecin apparait alors souvent superflue.

Il ne s’agit pas d’exclure les médecins des salles de naissance. Un certain nombre d’accouchements pathologiques nécessite leur intervention et la compétence des obstétriciens nous est indispensable. Mais c’est une aberration de l’organisation française que de voir leur grande expertise couteusement (1) sous-utilisée pour le suivi de grossesses normales et pour venir "cueillir" un bébé sur le périnée de sa mère.

Pour en revenir aux motifs de la grève, il faut souligner l’inflation des indemnisations. Les procédures sont de plus en plus fréquentes et les tribunaux semblent vouloir pallier les carences de l’état en faisant porter par les assurances le poids de la prise en charge du handicap.
Bien évidemment, les professionnels de santé ne sont pas au dessus des lois. Mais de nombreuses situations résultent non pas d’une erreur médicale mais de l’impuissance de la médecine à tout traiter et guérir. Transférer la solidarité aux sociétés privées pour se dédouaner des problèmes soulevés est pour le moins pervers et conduit les sociétés d’assurance à majorer leurs primes.

Ainsi, la cotisation demandée à une sage-femme pratiquant des accouchements à domicile est de 19 000 € (2)… En dehors de quelques professionnelles bénéficiant de la stabilité tarifaire d’une assurance antédiluvienne, le plus grand nombre ne peuvent souscrire une couverture pour les naissances à la maison.
Ailleurs en Europe, l’assurance des sages-femmes, couvrant tous les aspects de leur pratique, reste tout à fait raisonnable. (900 € en Belgique)

Le système français et son calcul de l’indemnisation sert d’alibi aux compagnies d’assurance pour nous proposer ces tarifs inaccessibles.
Le combat des obstétriciens rejoindrait presque le notre…

1 en novembre 2004, les tarifs de l’acte accouchement des médecins et sages-femmes ont été « alignés ». Mais le tarif accouchement médecin ne comprend ni la surveillance du travail ni celle des suites de couches, assurées par les sages-femmes salariées des maternités privées financées parallèlement par l’assurance maladie.
2 pour une sage-femme, l’accouchement et les soins des sept jours suivants sont royalement payés 312.70 €

 

 

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15 novembre 2009

Pré-jugés

Coup de fil de l’hôpital pour me demander d'assurer le suivi d'une mère et de son tout-petit en passe de quitter la maternité .
La sage-femme tient à m’avertir de certaines difficultés. Les parents, qualifiés de « peu coopérants », se montrent méfiants vis à vis de la prise en charge médicale. Le père en particulier semble opposé à tout soin pour son enfant. Ne feraient-ils pas partie d’une secte ? Du fait de la tension des relations, l’équipe accepte la sortie mais exige un relai à domicile car le nouveau-né a perdu beaucoup de poids et doit être surveillé de près.

Je connais bien la mère, suivie très régulièrement pendant sa grossesse du fait d’une pathologie diagnostiquée chez son bébé. A l’adolescence, cette jeune femme a connu de graves problèmes de santé. Les médecins avaient qualifié ses douleurs, avant de découvrir leur origine fonctionnelle, de psychosomatiques. Elle en a gardé une méfiance certaine et une sourde révolte contre ceux qui disent savoir et qui n’écoutent pas. Je ne connais pas le père mais il a également été confronté au monde hospitalier.
Ce passé médical commun et douloureux a été ravivé par le diagnostic posé pour leur enfant.

Lorsque je les rappelle, je suis déjà sur la défensive, imprégnée du récit peu amène de la sage-femme. J’espère parler à la mère, misant sur nos rencontres précédentes pour présenter ma venue sous un jour plus chaleureux qu’un contrôle téléguidé par l’hôpital. C’est le père qui décroche. Je me présente, explique l’objet de mon appel et demande à convenir d’un rendez vous. Il ne pense pas ma venue nécessaire. Je suis obligée d’insister, d’en appeler à mes visites passées, d’argumenter sur le caractère quasi obligatoire de mon passage au vu de la sortie précoce de la maternité pour obtenir un semblant d’acquiescement.

Le lendemain, je me présente à l’heure dite. Je sonne et, après un long moment au seuil de la porte, une personne inconnue vient m’ouvrir et me laisse plantée au milieu du salon vide. Je n’ose aller vers la chambre car je ne veux pas paraitre m’imposer… plus encore. Le temps s'écoule et je me sens de plus en plus indésirable. Les mots de la sage-femme, la difficulté à faire accepter ma visite, cette attente insolite me font craindre le pire. Je m’interroge sur ce père que je ne connais pas et pour lequel j’éprouve, de façon croissante au fil de ces minutes solitaires, une réelle défiance.

Il finit par venir me trouver et m’invite à le suivre auprès de sa femme. Avant tout examen, je souhaite prendre le temps de parler de l’accouchement et du séjour à la maternité. Au fil de leurs deux récits croisés, je découvre une toute autre version que celle relayée par l'hôpital. Ils ne se sont pas opposés à la prise en charge de leur enfant mais ont exigé de la comprendre, d’être informés des examens, des résultats, des traitements envisagés. Ce besoin d’explications d’abord perçu par l’équipe comme un manque de confiance, s’est ensuite, du fait de certaines de leurs convictions écologiques plutôt radicales, transformé en soupçon d’appartenance sectaire et de refus de soin.

Conclusion un peu rapide, trop bien transmise par l’hôpital, hélas trop bien admise, au risque de faire échouer un accompagnement post-natal pourtant nécessaire.
Préjugé palpable lors de mon appel qui a irrité ce père, contrarié de trouver une fois encore sur sa route une professionnelle de santé sure de son fait. C’est la mère, mise en confiance par mes visites lors de la grossesse, qui l’a convaincu d’accepter ma venue.

Les choses ainsi posées, nous pouvons enfin nous pencher sur la question du moment : comment ce bébé tête t-il ?

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14 novembre 2009

Arrogance

Nos amis les gynécologues doutent de la compétence des sages-femmes au point d’évoquer un « risque pour la santé publique » (à lire ici ...)

Quel est le motif d'une attaque aussi virulente ? Une proposition d'amendement venant corriger une curieuse anomalie dans un texte de loi.

Au mois de juillet dernier, la loi HPST est venue élargir les compétences des sages-femmes à la prescription de la contraception et au suivi gynécologique de prévention. Elargissement prévu à un « détail » près, nous pouvions prescrire une contraception orale mais pas son suivi biologique. En tout illogisme, celui-ci devait être demandé par un médecin.
Si la prescription de pilule est séparée de celle du bilan sanguin adéquat, comment s’assurer de l’absence de contre indication ? Des médecins se sont élevés contre nos nouvelles compétences mais personne n’a souligné cette incohérence, pourtant source potentielle d'une mauvaise prise en charge.
Ce silence pourrait laisser penser qu’il ne s’agissait pas de protéger la santé des femmes mais celle du porte monnaie des dits médecins craignant que nous venions marcher sur leur plates bandes… Je sais, j’ai parfois très mauvais esprit.

Par ailleurs, si « la prise en charge par les gynécologues médicaux de la contraception a permis de diviser par 4 la mortalité par cancer de l'utérus en 20 ans », c’est grâce à la généralisation du dépistage.
Les sages-femmes réalisent régulièrement examens des seins, frottis, touchers vaginaux, lors des consultations de grossesse ou du post-partum. Charge nous est donnée d’adresser la patiente à un médecin si nous suspectons une pathologie. Il s’agit donc de faire exactement la même chose en gynécologie que ce que nous pratiquons au quotidien en obstétrique, s’assurer de la normalité d’une situation, dépister les anomalies potentielles et savoir dans ce cas passer le relai au professionnel compétent.

Que nous nous devions d’être vigilantes, c’est évident.
Que la formation continue soit indispensable, bien entendu.
Que les pouvoirs publics se soucient plus de faire des économies que de préserver la santé des femmes, très certainement…

Mais dans certaines régions, obtenir un rendez-vous avec un gynéco prend souvent plusieurs mois et la prescription de pilule réalisée par le médecin traitant au détour d’une consultation pour un autre motif fait que l’examen gynécologique passe à la trappe.

Je m’offusque de lire que confier ce suivi de prévention aux sages-femmes ferait courir un risque pour la santé publique.

Le risque en santé publique, c’est cette arrogance médicale qui nous ravale au rang de simples matrones…
Et cette défiance qui pourrait nous pousser à dépasser nos limites de compétences par crainte de l’accueil qui nous sera donné lors d’une demande de relais.

Nous avons tous à gagner à travailler ensemble.
Mais y a des jours où c'est vraiment pas facile...

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12 novembre 2009

Méthode Coué

Elle a très, vraiment très envie d’accoucher et cherche à se convaincre de l’imminence de la naissance. Elle détaille chaque sensation, échafaude nombre d’hypothèses et utilise ses expériences passées pour améliorer la véracité de ses descriptions. Cela fait une demi-heure qu’elle enchaine ainsi plaintes diverses et questions. Ce ne serait rien si elle ne quêtait en permanence mon approbation.

Son dos est vraiment douloureux, surtout les reins et puis elle ne sentait pas cela les jours précédents. Ça doit bien être le début du travail ? Mais ses lombalgies sont positionnelles et tout dépend du fauteuil ou de la chaise choisis.

Elle évoque ensuite des pertes liquides. Aurait-elle fissuré sa poche des eaux ? L’hypothèse ne résiste pas à quelques questions permettant de préciser que non, aucun liquide ne s’écoule mais qu’elle ressent - parfois - une vague sensation d’humidité.

Mais alors, son ventre qui se durcit ? Je tombe dans ce nouveau panneau en confirmant que cela pourrait être des contractions. Mais il s’avère que son ventre se tend de façon très localisée, tension certainement plus liée aux mouvements du bébé qu’à un travail utérin. Pour emporter ma conviction, elle s’étire et se crispe, marmonnant «ouille ouille ouille !» pour faire bonne mesure. Ma main posée sur son ventre sent un utérus bien souple. Douleurs ligamentaires peut-être ?

Sans se décourager, elle tente une autre stratégie. Peut-être que son col s'est dilaté depuis sa dernière consultation ? Je dois impérativement le vérifier. J’avance quelques explications sur l’inutilité de ce constat chez une femme arrivant à la fin de sa quatrième grossesse. Mais elle insiste et je finis par céder.
Mon examen ne révélera rien de particulier, un col habituel de multipare. Je lui rappelle que cela ne veut rien dire et qu’elle peut se mettre en travail dans la journée comme dans quinze jours.

« Surement pas dans quinze jours, y a une lune demain !»

Je capitule et la laisse à ses rêves.

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11 novembre 2009

Savourer

Elle a mis son quatrième enfant au monde il y a quatre mois. Elle vient pour une rééducation postnatale mais ce jour là, sa mine défaite m’invite à négliger son tonus musculaire. A ma première question, elle fond en larmes. Son bébé ne se satisfait plus au sein, pleure beaucoup, dort peu. Tout le monde autour d’elle l’encourage à cesser cet allaitement, arguant que quatre mois c’est déjà beaucoup. Son compagnon la soutient mais il est bien le seul.

C’est son dernier enfant, son dernier allaitement et elle s’était promis de le savourer longuement. Arrêter maintenant serait un renoncement, une immense déception.
Mais le doute est là. N’est elle pas en train d’affamer son bébé, plus préoccupée de son propre plaisir que du bien être de son enfant ? Entre son désir et les avis donnés sans nuances, la culpabilité s’installe sournoisement.

J’évoque une crise de croissance ayant brusquement augmenté les besoins du bébé - je tais l’impact négatif des paroles égrenant le doute, prononcées sans penser à mal par un entourage ignorant. Je l’encourage à persister, lui proposant de passer une journée ou deux au fond de son lit, en peau à peau avec son petit,  avec des tétées aussi fréquentes qu’il le voudra. C’est la demande qui fait l’offre, et ses seins, plus stimulés, vont augmenter leur production.

Elle repart déterminée à passer autant de temps que nécessaire sous la couette. Nous sommes vendredi soir et  son homme pourra prendre en charge la maisonnée le temps du week-end afin de lui permettre cet allaitement intensif.

Un coup de fil le lendemain m’apprendra que tout est rentré dans l’ordre le soir même. Revenue chez elle avec un moral et une confiance retrouvés, elle a mis son petit au sein. La tétée s’est bien passée et il a dormi six heures de suite.  Depuis, ils ont retrouvé leur rythme et tout va pour le mieux.

Quelques mots de réassurance auront suffi.

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09 novembre 2009

L'indicible

Son premier enfant est né par césarienne sous anesthésie générale et elle en garde un terrible non-souvenir. Pour cette seconde grossesse, pouvoir accoucher lui est un enjeu essentiel. L'obstétricien se montre confiant et rien ne laisse prévoir la nécessité d’une nouvelle intervention.

Dans les dernières semaines, elle passe souvent à la maternité, les radios de son bassin sous le bras, demandant encore et toujours à être rassurée sur ses bonnes dimensions et la possibilité d’un accouchement par voie basse. Hasard du calendrier, je suis souvent présente lors de ses visites. C’est donc moi qui, régulièrement, lui confirme que tout s’annonce bien. Elle semble à chaque fois soulagée.

Elle arrive en travail pendant l’une de mes gardes. Je suis heureuse d’être celle qui l’accompagnera vers cet accouchement tant désiré et me sens dépositaire de sa confiance.

Elle est en tout début de dilatation mais assez vite, tout se complique. Elle se tord de douleur, crispe sa main sur son sexe en criant que « ça pousse, ça pousse trop fort ».

Je vérifie son col, espérant que le travail ait évolué très rapidement mais rien n’a changé. Elle est à 2 cm de dilatation avec un bébé très haut, qui n’appuie pas.
Perplexe, je tente de la rassurer, masse son dos, lui propose un bain… elle s’apaise et je la laisse avec son compagnon.

Je suis rapidement rappelée par une sonnette insistante. Ce n’est plus de son ventre ou des ses reins qu’elle se plaint. Les deux mains plaquées sur les joues, dévissant violemment le cou comme si elle voulait en détacher son crane, elle sanglote « ma tête, ma tête, ma mère ne m’aimait pas ». Son homme la regarde, anéanti.

Je suis jeune sage-femme et me sens totalement démunie devant sa détresse. Je tente de l’aider mais à chaque contraction, le leitmotiv déchirant revient «ma mère, elle m’aimait pas» et je ne sais quoi faire. L'expression de sa souffrance n’a rien d’habituel et je suis totalement dépassée.

Une psychanalyste travaille dans la maternité et intervient de temps à autre lors des accouchements. Je la sais en séance et passe un coup de fil en lui demandant de venir au plus vite.  Les minutes s'égrènent dans son attente et je suis submergée par cette souffrance confinant au délire. N’y tenant plus, je vais frapper, impensable impair, à la porte de son cabinet.

Elle comprend l’urgence et abandonne sa patiente avec quelques mots d’excuses.
Je la laisse seule avec la mère… les cris cessent.
Elle ressort un peu plus tard et explique qu’une césarienne s’impose, hors de tout motif obstétrical, parce que l’acte d’accoucher est absolument intolérable à cette femme. Nous ne pouvons la laisser traverser cette indicible épreuve.

La mère pourtant si opposée à l’idée pendant la grossesse, accepte cette solution avec un immense soulagement. L'obstétricien, confiant dans le diagnostic, adhère à la décision et le bébé naitra peu de temps après par césarienne. Le séjour de cette femme s’est ensuite passé de façon apaisée, sans jamais aucun mot de regret sur les conditions de cette naissance.

Plus tard, elle m’a confié un peu de son passé, comme un début d’explication. Une enfance douloureuse marquée par la grande violence de sa mère à son égard,  jusqu’à une tentative de meurtre et son placement, encore petite fille, à l'assistance publique.

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08 novembre 2009

Certifié conforme ?

Elle a 38 ans, a rencontré son compagnon, de 10 ans son ainé, il y a quelques mois.

Le désir d’enfant vient s’imposer à eux avec force.
Consciente que le temps lui est compté, elle prend rendez-vous avec sa gynécologue afin de mettre toutes les chances de son coté.

Le médecin la questionne « votre compagnon, il a déjà des enfants ? »
Un peu étonnée, elle répond que non, pas encore.
« Dommage, on aurait eu la preuve qu’il n’est pas stérile »

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07 novembre 2009

Décompte

Elle est à six mois de grossesse.
« J’ai appelé la maternité parce que j’ai eu des contractions cette nuit. La sage-femme m’a rassurée mais elle m’a dit de prendre du S… (antispasmodique), de compter mes contractions et de consulter si j’en avais plus de dix dans la journée. Là je suis très inquiète car j’en ai eu bien plus de dix ».

Je ne l’ai rencontrée qu’une seule fois mais elle avait déjà laissé entendre combien elle doutait de sa compétence à porter et mettre au monde un enfant. On vient de lui fournir de quoi nourrir son angoisse. La prescription de ce médicament, tout à fait banale au demeurant, est venue la renforcer dans la conviction de la pathologie. Ce quelle ressent est bien inquiétant puisque il lui faut prendre un traitement et s'assurer de son efficacité.

Elle a donc passé sa journée la main sur le ventre, comptant chaque crispation utérine ; quand elle se tourne, quand le bébé bouge, quand elle a envie d’uriner, quand elle se lève… Toutes réactions musculaires parfaitement normales mais qui lui font vite dépasser le seuil fatidique.
Elle s’imagine déjà avec un bébé prématuré.

Nous sommes à la fin de cette journée et son visage est marqué par la fatigue et l'inquiétude. En la questionnant plus longuement, il ne s’agissait pourtant que d’une bien mauvaise nuit rythmée par une contraction… par heure. Contractilité attendue au vu de sa description d’un sommeil agité marqué de retournements divers au creux du lit à la recherche d’un repos salvateur.

Il va falloir replacer le travail utérin dans son cadre physiologique, rappeler que les premières contractions ont lieu - si tout va bien ! - au moment de la conception puisqu’elles accompagnent l’orgasme, expliquer que palper son ventre pour en vérifier la souplesse suscite en retour une réponse musculaire, démonter le cercle vicieux stress/contraction. Bref démêler cet écheveau d’angoisse construit sur un bref échange téléphonique.

Restaurer sa confiance prendra bien plus de temps que les quelques minutes de cet appel.

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