La chambre de pré travail est une pièce toute en longueur accueillant trois lits placés parallèlement, séparés par un simple rideau. Impossible d’ignorer ce que fait la voisine, comment elle respire, gémit, se résigne ou se révolte. Pas moyen de marcher, le seul espace disponible est occupé par le lit. Seule la femme allongée dans le premier box peut bénéficier de la présence de son compagnon car on ne peut aller vers les deux lits suivants sans troubler le semblant d’intimité installé par les pans de tissus.

Un couloir sépare cette chambre de pré travail des salles d’accouchement. Ses murs sont vert pale, le sol vert bouteille, coupé par un épais trait rouge qui symbolise l’accès à l’espace stérile. Le bloc opératoire réservé aux césariennes est situé tout au bout mais c’est le même couloir qui dessert les salles de naissance

Nous allons et venons d'un secteur à l'autre. A chaque traversée de la ligne écarlate, nous enfilons sur nos blouses une camisole de coton épais, ajoutons calot et sur-chaussures, qu’il nous faudra ensuite retirer pour partir en sens inverse.
Lorsque le temps de la naissance arrive, il faut compléter cet attirail déjà encombrant d'une troisième camisole stérile, d'un masque et de gants. Ainsi vêtues, la chaleur devient rapidement étouffante.

Trente ans plus tard, je garde le souvenir aigu de ces habillages et déshabillages chronophages décourageant nos visites, de notre inconfort en salle d’accouchement nous donnant l’envie d’en finir au plus vite. Cette inutile débauche de précautions hygiénistes se faisait aux dépends des femmes dont nous étions censées prendre soin. 

Je m’étonne maintenant de notre docilité, de notre incapacité à émettre la moindre critique devant ces rituels absurdes.
Soumises au point de nous offusquer lorsque les médecins, appelés pour certains accouchements plus difficiles, nous rejoignaient en costume de ville, dédaignant nos déguisements, stériles par essence …