Lors d’une récente chronique sur France Inter, Agathe André a profité du très médiatisé combat du maire de la Seyne sur Mer pour tacler les associations militant pour "l’accouchement à domicile comme au bon vieux temps des matrones". Ce très méprisant terme de matrone renvoie à l’inconscience de ces femmes se livrant aux mains de toutes aussi inconscientes praticiennes...

De nombreuses associations parentales ou professionnelles militent pourtant pour l’élargissement de l’offre de soin. Appartenant à plusieurs d’entre elles, je veux dire à Agathe André qu’elle se trompe de combat. Nos revendications portent d’abord sur la liberté de choix. Les femmes, qu'elles soient adeptes de l'hypermédicalisation ou de la simplicité d'un accouchement à la maison sont, n’en déplaise à la journaliste, en capacité de décider de ce qui leur convient le mieux.
 
Aucun totalitarisme de la part des partisans de l’AAD mais un constat : le choix n’existe pas. Les associations déplorent que la seule option actuelle soit celle de l’accouchement technicisé dans des établissements de plus en plus imposants où les femmes passent de main en main. La valeur de chacun des intervenants n’est pas en cause, c’est leur multiplicité qui interroge et dérange.

Les partisans de l’accouchement à domicile militent pour que cette option fasse partie de l'offre de soin, non par défaut car cela serait effectivement un recul pour les droits des femmes, mais au contraire intégré dans l'éventail des possibilités. Chaque femme devrait pouvoir choisir - une fois éliminées les contre-indications - d’accoucher en maternité, en maison de naissance ou à domicile. Ces options ne s’opposent pas mais se complètent. Elles n’offrent pas les mêmes ressources, ne répondent pas aux mêmes attentes.

Je ne rejoins Agathe André que sur un seul point : la politique actuelle se contrefout des besoins des femmes, des couples et des enfants à venir et s'élabore loin des réalités de terrain, calculette à la main. Si les maisons de naissance parviennent à ouvrir un jour, ce sera grâce aux économies générées par leur prise en charge moins lourde et donc moins onéreuse que celle d’une équipe hospitalière.
Principe de réalité oblige, je me réjouirai de ces ouvertures quelles que soient les mauvaises raisons qui les permettront.

Pour conclure, je m'autorise à donner deux conseils à la journaliste :
-    celui de vérifier ses sources : l’épisiotomie n’est pas à préférer à la déchirure spontanée et certains établissements hospitaliers l'ont démontré en en réduisant drastiquement le nombre.
-    celui d’éviter de recycler ses anciens textes … Il n'est pas déshonorant de défendre les mêmes idées à deux années d’écart. Mais les répéter à la virgule près, c’est faire preuve d’un cruel manque de créativité !

La défense des droits des femmes commence par un indispensable préalable. Les respecter !
Les matrones, pondeuses et chanteuses vous saluent.

 

PS : Sur le même sujet, lire aussi cette analyse de Selina Kyle.