06 janvier 2012
Pas touche !
De passage à la maternité, une de mes collègues et amies m’interpelle, elle souhaite me parler d’une patiente… Nous nous éloignons un peu du brouhaha des "transmissions" accompagnant le changement de garde.Elle m’interroge sur une jeune femme dont j’ai suivi la grossesse
«- Elle était comment ?
- Euh, comment ça comment ? Elle était… normale ! Mais pourquoi ta question ? »
Présente à l'accouchement, elle a accompagné longuement cette mère qui ne souhaitait pas de péridurale.
Postures, étirements, bain… La dilatation avance tranquillement. Puis le travail change de cadence, les contractions s'intensifient. La mère se plaint de son dos. Espérant la soulager, la sage-femme commence à la masser.
Un cri « Ne me touchez pas ! » interrompt son geste.
Pensant que son massage n’est pas adapté, elle tente, avant la prochaine contraction, de savoir comment procéder « Plus fort ? Moins fort ? Plus haut ? Plus bas ? ».
Mais la jeune femme se fâche «Ne me touchez pas, pas du tout, ni là ni ailleurs !»
Elle se plie évidemment à son désir, restreint les examens au strict minimum et se limite à guider de quelques mots la phase de poussée. Le bébé naît sans autre intervention de sa part. C’est la mère qui l’accueille dans ses mains.
Après la naissance, elle est chaleureusement remerciée par les parents. Mais elle reste préoccupée - quelle maladresse a-t-elle commise pour se faire ainsi repousser ? - et me charge de transmettre sa question.
Lors du suivi post natal, la mère revient sur son accouchement. Elle en garde un merveilleux souvenir et évoque l’accompagnement de la sage-femme, très à l’écoute, très présente, respectueuse, en un mot parfaite …
Je m'autorise à glisser :
«- Tu lui as dit que tu ne voulais pas qu'elle te touche ?
- Ah oui, je lui ai dit ça. Elle me tenait la main, elle me massait le dos, elle caressait mon bras et moi je ne supportais pas…
- Pour ton premier, la sage-femme ne te touchait pas ?
- Ah si, c’était pareil, MAIS J'AVAIS PAS OSE LE DIRE ! »
Cette histoire m’est revenue après la lecture d’un billet de Jaddo. Lors des échanges qui ont suivis (sur Twitter), je soulignais combien souvent les sages-femmes sont dans cette présence très physique.
L’accouchement court-circuite les mots. L‘échange avec une femme en plein travail - et sans péridurale - passe bien moins par la parole que le regard, le souffle et le toucher ; main posée, main tenue, massage… Cette façon d'être avec les femmes m'est restée coutumière, même en dehors de l'accouchement.
Et du coup, je m'interroge sur mon possible envahissement...
En ce début d'année, je tente un autre mode de communication en créant un compte FB "Dix lunes et un peu plus". Le moyen de partager plus d'informations et d'aborder aussi d'autres sujets qui me tiennent à coeur (droit des femmes, accès aux soins, politique de santé...)
Commentaires sur Pas touche !
- :/ oh....que dire...cela doit dépendre des femmes je pense ! et il est vrai que parfois les choses ne sont pas dites, par peur de choquer la personne, le professionnel...pour mon dernier accouchement sans péridural, ma sage femme ne m'a pas accompagnée mais la puéricultrice qui l'assistait oui
et franchement ça rassure, cela a été pour moi très rassurant en plus d'avoir mon époux, ça avait un côté très maternelle donc serein (pour moi). Peut être faudrait il de façon subtil demander aux futures mamans comment elles désirent être accompagnées par la sage femme durant le travail ?
- Au cours de mon accouchement, je n'ai pas souvenir d'avoir été "touchée" par la sage-femme pendant le travail (en dehors des gestes purement médicaux). Je ne sais pas si elle ne m'a réellement pas touchée, ou si je n'ai pas prêté attention à ces gestes parce qu'ils me convenaient sur le moment.
Je ne me souviens que d'un seul geste : mon accouchement s'est terminé par une césarienne, en urgence, j'étais paniquée, en larmes, sans mon mari, et l'anesthésiste qui se trouvait derière moi m'a caressé la joue juste avant que l'opération ne commence. J'ai été surprise de ce geste, d'autant que je ne pouvait pas vraiment voir son auteur. J'ai sursauté, j'étais mal à l'aise sur le moment, mais en même temps j'ai compris le message qu'il me transmettait. J'aurais sans doute préféré des mots, le fait de ne pas pouvoir le voir au moment du geste était aussi perturbante, mais je n'en garde pas un mauvais souvenir pour autant, car je l'ai compris.
Et je suis heureuse de ce débat qui s'ouvre et que vous vous interrogiez sur la possibilité du sentiment d'envahissement des personnes que vous examinez. Certes je ne peux pas dire aujourd'hui si tel ou tel geste me conviendra lors d'un prochain accouchement, mais je sais aussi que pour mon premier accouchement, si j'avais été dans la situation de la jeune femme dont vous parlez, je n'aurais pas osé le dire non plus, et donc demander à la patiente si tel ou tel geste lui convient, si le massage la soulage, lui donnera peut être l'occasion de s'exprimer (aider à ouvrir ce dialogue qui n'est pas toujours spontané de la part du patient). - Je trouve curieux que cette SF, qui a dû accompagner bien d’autres femmes dans leur accouchement, et qui a donc déjà eu l’occasion d’observer les réactions violentes, voire animales de certaines d’entre elles, se soit offusquée de cette parole un peu brutale.
Dans le cadre d’un accouchement, surtout sans péridurale, vient un moment où les conventions sociales tombent et où le souci de ne pas blesser les sentiments d’autrui passe au second plan. Quand une femme, sur le point de donner naissance à son bébé, rentre dans sa bulle, se replie sur soi, pour être entièrement et uniquement à l’écoute de son corps et de sa douleur, elle sait presque instinctivement ce qui lui fera du bien et va rejeter, parfois avec violence, les gestes qui ne lui conviennent pas. Que ta collègue s’estime heureuse : comme dit Saphaëlle, certaines en viennent même à mordre ou insulter leur mari
…
- Merci pour ce billet 10 lunes.
Je me suis longtemps interrogée sur la relation soignant/soigné par le toucher.
Pour mon premier accouchement, je ne me souviens pas si on m'a touchée ou pas, je me souviens juste que je ne voulais pas qu'on le fasse, ni mon mari, ni personne. Et je suis suffisamment convaincante pour avoir fait passer le message sans le dire textuellement lol!
Pour le deuxième, la SF qui nous a accompagné, en maternité, était je pense déstabilisée par cette demande d'accouchement sans péri et tout le bazar, et nous a laissé quasiment tout le temps seuls (et tant mieux).
Et c'est ma copine, SF dans cette mater, qui est arrivée une demi-heure avant la naissance et a pris le relais, c'était au moment où je n'en pouvais plus de douleur, j'étais à quatre pattes et elle a posé sa main sur mes reins en me proposant un massage. Je crois avec le recul que je lui ai crié "NOOOON!" (faudra que je lui demande lol), pas en voulant être méchante, mais par douleur. Je ne voulais pas qu'on me touche. Point barre.
Et j'ai apprécié qu'elle pose simplement sa main et m'en fasse la demande avant d'aller plus loin. Est-ce que ta collègue lui a seulement demandé avant? Ça parait tout bête, mais qu'est-ce que j'appréciais que la SF qui m'a suivie pendant la grossesse me demande mon autorisation avant chaque geste! Pas comme cette c.... de gynéco que j'avais pour ma première grossesse!
Pour faire suite au message de Kaline, je me suis aussi demandé comment je prendrais une caresse sur la tête comme j'ai pu le voir dans certains documentaires, lors d'anesthésies.
Je crois que je le prendrais mal. Je comprends l'importance du toucher, ses bienfaits, et tout ce que le toucher peut apporter et transmettre, au-delà des mots. Je comprends que ce geste de l'anesthésiste ait été voulu rassurant.
Mais ça ne l'empêche d'avoir été à mon avis déplacé, car sur la tête, même si plein de bonnes intentions.
Toucher un adulte sur la tête en Thaïlande par exemple est extrêmement dégradant! Alors que c'est le pays roi du massage, que tout le monde se masse, enfants, adultes, vieillards, car cela fait partie intégrante de leur quotidien pour mener une vie saine!
Et je ne suis même pas sûre que toucher la tête d'un enfant soit une bonne chose (même si je le fais
), on dit d'ailleurs qu'il vaut mieux éviter de toucher la tête d'un nourrisson, c'est particulièrement vrai au début de l'allaitement.
Même à un stade plus "primaire", avec les animaux, par exemple, il faut aborder un cheval en lui touchant d'abord l'épaule, puis l'encolure, et enfin la tête. Normalement on devrait faire de même avec un chien. Un chien qui se laisse caresser la tête est un chien en position hiérarchique inférieure à l'homme (et ça devrait toujours être le cas pour éviter tout accident, mais bref).
Tout ça pour dire qu'à mon humble avis le toucher est bon mais qu'il y a la façon de le faire, de le proposer, et l'endroit où on le fait.
Je me suis beaucoup posé la question car si je réussi mon concours cette année je serais confrontée à ces situations, et j'en suis venue à la conclusion que je proposerai probablement un toucher de type massage, par une main d'abord posée sur un bras ou une épaule. Et que j'attendrai la réponse
- J’ai lu le billet de Jaddo et les commentaires qu’il a suscité. Et je trouve que, toutes les 2, vous vous prenez bien trop la tête pour savoir si, oui ou non, il faut toucher ou pas toucher. Comme l’ont déjà dit de nombreux intervenants sur son site, si ça ne convenait pas au patient, celui-ci aurait déjà foutu le camp. Dans le cadre d’un accouchement, c’est particulier: mais on est toutes dotées d’une bouche, non ? Sans cela, je ne vois vraiment pas comment vous pourriez deviner quelle attitude convient ou pas : vous êtes pas médium, si ?
J’ai tout de même l’impression que ce genre de billet, chez Jaddo comme chez toi, c’est une manière détournée de s’entendre dire par ses lecteurs « maiiis nooon, t’inquiètes pas, t’es un(e) super médecin/SF, continue comme ça et puis, si tu t’interroges sur tes pratiques, ça prouve que tu te soucies du patient et que tu es prête à te remettre en cause, bref, t’es trop géniaaaale!! » Je me trompe? En somme, de la vraie vanité déguisée en fausse modestie… - Tiens, cette histoire de ne pas toucher la tête d'un nourrisson, particulièrement u début d'un allaitement, ça m'interpelle car c'est exactement ce qu'on fait la SF ou l'auxiliaire de puericulture (sais plus, ça remonte à 17 ans)sur ma fille ainée, déclenchée à 37sa, et qui ne tetait pas. Elles ne lui ont pas touche la tête, elles la lui ont labouré avec leurs ongles, pour la "stimuler et la reveiller". Ma puce dormait tout le temps, même au biberon. Inutile de dire que mon allaitement a ete allegrement foire, avec abces à la clé (comme le tire-lait ne tirait rien, elles en ont conclu que je n'avais pas de lait...alors que j'avais des seins engorgés à l'extrême...).
Donc voilà, c'est ma question du jour.
Sinon, pour les massages, je sais que pour mon avant-dernière, je preferais les massages de mon mari à ceux de la sage-femme, car il avait plus de force dans les mains, et ça me soulageait mieux. Pour ce qui concerne mon dernier-né, je ne supportais tout simplement pas qu'on me touche. - @3 ptites fourmis et @chouke, Je ne savais pas qu'il était déconseillé de toucher la tête d'un bébé, notamment dans le cadre d'un allaitement. Pour quelle raison, d'ailleurs? Par contre, je me souviens, à la maternité, des SF et de l'aide-soignante qui chatouillaient les pieds de ma fille ou qui lui faisaient des petits guilis dans le cou, lorsqu'elle semblait un peu trop endormie, pour l'encourager à téter:ça marchait plutôt bien...
- Que de questions abordées ici ! Pour la question du toucher : quand la SF a posé ses doigts à travers mon périnée pour essayer de trouver le menton de bébé sans me prévenir, ça m'a complètement sortie de ma bulle et dérangée. Alors je lui ai dit qu'elle me faisait mal, elle m'a répondu que c'était pour m'aider. Du coup elle a continué et 'non' je n'ai pas osé dire que ça ne me convenait pas. Cette longue culture de soumission "aux soignants qui savent" est très lourde.
Ensuite, mon premier était un peu prématuré et nourri à la sonde, je tirais mon lait et j'essayais de le faire téter toutes les 3 heures. Une puéricultrice m'a également dit de le stimuler par des caresses sur la fontanelle et, pour nous, cela a bien fonctionné. J'ai pu allaiter longtemps comme je le souhaitais. - Personne ne peut avoir de réponse définitive à cette difficile question... que l'on peut se poser étant soignant ou non: l'amie qui vient me raconter son angoisse, sa tristesse souhaite-t-elle que je la prenne dans mes bras? N'ose-t-elle pas me le demander? ou au contraire subit-elle ce contact que je lui impose en voulant bien faire?
Et plus généralement, l'inconnue qui m'aborde au parc pour me parler de sa vie souhaite-t-elle que je la questionne? serait-ce pour elle une preuve de mon intérêt? ou préférera-t-elle que je l'acquiesce en silence?
Ou même encore: L'enfant dont j'ai le bonheur d'être la mère souhaite-t-il mes caresses? mes baisers? ou n'est-ce pas moi qui en ait besoin pour ne pas me sentir inutile ou impuissante?
Etant extérieure au monde des soignants, ma réponse locale et limitée est celle-ci: on peut ouvrir les bras de tout son coeur et lire dans les yeux de l'autre s'il convient de les refermer... - @Juliette, je n'avais pas pensé à toi, mais si la pensée t'a fait plaisir, alors elle est tienne
Je souscris à 100% à ta maxime, réellement. J'y ajoute simplement deux nuances : la première, c'est que si le blâme est systématique, il est tout aussi vain que l'éloge systématique (en plus d'être porteur de 'bad vibes'). La deuxième, c'est que la forme n'est pas inutile, et qu'une critique a plus de chances d'être entendue et constructive qu'un coup de griffe agressif. - @Jolune, « Blâme systématique » ? Etant donné que je n’avais jamais posté sur ce blog jusqu’à aujourd’hui (blog que je lis pourtant régulièrement... et que j'apprécie la plupart du temps), je me demande bien comment je pourrais m’être rendue coupable de ce genre de travers… Est-ce à dire que les commentaires élogieux sont les seuls admis ici ?
- Pendant mon AAD, notre sf est restée assez dans son coin. Laissant mon compagnon etre pret physiquement de moi.
A un moment elle a tenter un massage et un simple non a suffit pour lui faife arreter son geste. La relation que javais etabli avec elle m'a permis de lui dire ce dont javais vraiment besoin.
Pouvoir demander ET refuser est un reel privilege!
Quand javais besoin de presence et de contact elle repondait. Quand je nen avais pas besoin tout autant. Quand il y a de la confiance les femme savent dire. - ne pas toucher la tête du bébé :Pour répondre à la question posée dans certains commentaires "mais pourquoi ne pas toucher la tête du bébé?", j'ai une idée de piste pour la réponse, dans les informations données par Suzanne Colson lors de sa conférence aux JDD. Voici mes notes : http://doula.be.over-blog.com/article-32372072.html Et je dirais qu'un bébé qui a besoin d'être stimulé pour téter n'a pas les mêmes réflexes qu'un bébé "en pleine santé" donc les caresses sur la fontanelle me semblent ok.
Au niveau du toucher, j'apprécie beaucoup la réflexion de Mme Déjantée, dont je plussoie la dernière phrase "on peut ouvrir les bras de tout son coeur et lire dans les yeux de l'autre s'il convient de les refermer..." La question de la peur d'envahir l'autre ne se pose effectivement pas que dans le cadre soignant-soigné, c'est dans tous nos rapports et toutes nos relations qu'on se base tout le temps sur ce qu'on lit entre les lignes pour oser (ou non) toucher l'autre.
C'est chouette d'être venue sur FB, DixLunes! - Je me souviens des yeux de la sage femme au dessus de son masque, son regard plongé dans le mien, "respirez" disaient les yeux. Je me souviens d'une élève SF, pour une autre naissance, qui tenait mes poignets et moi les siens, pour me guider, me soutenir dans les contractions.
Chaque femme est différente et particulièrement dans ces moments-là je pense, pas facile pour vous de savoir ce qui soutient. A nous de vous le dire, même si, après mon dernier accouchement, j'ai présenté mes excuses à l'équipe: je n'avais pas été franchement charmante dans la douleur fulgurante d'un déclenchement... - Comme beaucoup je dirais qu'il convient tout simplement de rester à l'écoute de la femme en face de vous et de ne pas s'offusquer d'une réponse abrute. Si il y a bien un moment dans la vie entre la prime enfance et la sénilité ou les conventions sociales sont dures à respecter c'est celui-là.
Pour ma part, je me sais très vite envahie par les personnes très tactiles car ce n'est pas du tout dans mon éducation. Pour mon accouchement sans péri, j'avoue ne pas me souvenir de geste particuliers, je suis sure de n'avoir pas eu de massage et je n'en ressentais pas du tout le besoin. La SF a su m'accompagner autrement surtout par ses paroles et sa présence, peut-être m'a t-elle tenu la main par moment, ça, ça peut encore me convenir mais je ne m'en souvient plus. - Réponse fleuve…
Comme vous êtes nombreuses à le souligner, chaque femme est différente et la même femme aura certainement des besoins différents d’un accouchement à l’autre.
Il ne s’agissait donc pas de tirer des conclusions générales mais de souligner combien, en souhaitant "bien" faire, nous pouvons être dans une totale incompréhension des attentes d’une femme.
D’où la nécessité de nous guider, d’oser formuler ses besoins. Qu’une femme le dise de façon paisible au cours d’une consultation ou de façon abrupte dans l’intensité d’un accouchement n’est pas important..
@ saphaelle il faut simplement que cela soit exprimé…la question n’est pas de nous choquer ou pas
@petrolleuse : la sage-femme ne s’est en aucun cas offusquée, elle avait envie de mieux comprendre ce qui avait provoqué la colère de la mère. Une façon d’interroger sa pratique pour mieux faire une autre fois.
@juliette : évidemment, j’aime assez que l’on trouve ici ou dans la vraie vie que je fais bien mon travail de sage-femme... alors les mécanismes inconscients qui président à la rédaction d’un billet….
Mais là pour le coup, je ne parlais pas de moi. Et s’il y a une idée directrice à ce blog, c’est bien de mettre en lien les problématiques des parents et des professionnels tant je pense que nous les méconnaissons mutuellement… Si chaque femme est "dotée d’une bouche", elle n’ose pas forcément s’exprimer. -cf @fjell et "la culture de soumission aux soignants" - Ainsi la jeune femme évoquée n'a rien dit lors de son premier accouchement. Et c’est la colère intacte de la première naissance qui la fait ainsi exploser à la seconde.
Donc oui, nous sages-femmes devons avoir à l’esprit qu’il n’est pas toujours facile de dire…
Quand aux remarques sur la façon de toucher les bébés. Je savais que certains nouveaux-nés pouvaient se détourner du sein pour avoir été maintenus contre lui avec autorité. Le geste est donc à proscrire. Mais je n'ai découvert que très récemment ( fin 2011!)le travail de S Colson sur la position maternelle... et je lis chez @Julie que ça date de 2009 !
Enfin, heureusement que tout le monde n'est pas d'accord avec tout le monde car où seraient le débat et la réflexion ? Mais mon coté bisounours aimerait qu'ici l'on débatte plutôt que l'on s'affronte. - Quand on m'a césarisée en urgence, que j'étais dans cette salle froide sans un regard, sans une personne proche, j'ai quand même demandé à l'anesthésiste de me tenir la main. Pour ma part, ce geste que cet anesthésiste a eu avec Kaline, qu'est-ce qu'il m'aurait fait du bien à mon coeur déchiré, un peu de compassion, un peu de douceur, un peu d'humanité.
Comme quoi, vraiment, tout est différent d'une personne à l'autre... - Je vais prendre le temps de lire tous les autres commentaires juste après, c'est intéressant.
J'ai accouché le 26 décembre d'un petit garçon de 4kg600 (55 cm) sans péridurale. C'était un choix, l'accouchement a été difficile, plus long que pour mes accouchements précédents car bébé beaucoup plus gros...
Et j'ai dit la même chose à la SF qui m'assistait et à mon mari. "Ne me touchez pas"
Pourquoi... ? Euh... je crois que c'était juste épidermique, un ordre de mon corps qui n'a pas eu le temps de passer par mon cerveau...
Une sensation un peu électrique qui aurait fait des interférences aux autres sensations de poussée, de concentration, etc...
J'ai accouché à Poissy comme prévu alors je vais aller en parler dans le topic baby boom
- J'ai hésité à commenter. Mais j'avais déjà lu le billet de Jaddo, et renoncé à commenter, malgré la lecture des commentaires. Comme ici aussi je ne trouve pas la réponse que j'attendais dans les commentaires, je vais tenter d'apporter une petite pierre.
Je suis psychomotricienne de formation, et, actuellement, je travaille avec mes mains, je touche mes patients.
Le toucher, dans la relation thérapeutique, a toute sa place, très différente de celle qu'il prend dans toute autre relation sociale. Le toucher, j'en ai entendu parler pendant ma formation initiale, beaucoup. Et je suis franchement surprise de ne lire personne parler de notions comme le "dialogue tonico-émtionnel" de De Ajuriaguerra (je me trompe peut-être dans les doubles lettres pour le nom, ça remonte!).
Vous y trouveriez une partie des réponses: le toucher participe à un dialogue émotionnel, direct, en parallèle des mots. Il est beaucoup décrit entre la mère et le nouveau-né. C'est lui qui fait qu'elle love son bébé contre elle, s'adapte à son tonus, trouve instinctivement le bon rythme pour le bercer, etc.
Il y a aussi "Le moi-peau", de Didier Anzieu, qui peut éclairer sur le pourquoi on peut avoir besoin, ou au contraire ne pas supporter le toucher.
J'espère vous avoir donné des pistes de recherches, à vous et à Jaddo si vous lui transmettez. - A Amélie (je porte le même prénom et fait le même boulot
): Les notions que tu décris et que je connais bien aussi, sont des notions assez propres à notre boulot.
Je bosse depuis un peu plus de 10 ans et n'ai jamais trop entendu d'autres professionnels les nommer en ces mêmes termes.
J'ai aussi le sentiment d'avoir appris beaucoup avec ce qu'on appelle le dialogue tonico émotionnel et à sentir quand je suis trop intrusive ou pas justement, sans avoir besoin de mots. Et çà j'ai quand même l'impression que notre formation nous donne cette sensibilité là.
Ceci étant le rapport au corps n'est pas le même dans nos boulots. le notre ne nécessitant pas d'examen physique comme les sages femmes ou les médecins. On ne voit pas non plus des femmes en plein accouchement!!!
Il y aurait beaucoup à dire là dessus. Il y aurait beaucoup à dire aussi sur le dialogue que tu décris entre une mère et son bébé. Le mot instinctivement me gêne. Je crois plutôt que c'est une découverte, une adaptation de l'un à l'autre, comme dans une rencontre. Et que parfois çà ne se fait pas ce dialogue...
Et Ajuriaguerra je crois que c'est la bonne orthographe!! - JulietteTrès intéressant comme question...
Je me permets de sortir de ma réserve et de rester anonyme pour répondre à Juliette plus particulièrement. Je peux comprendre que tu n'appréhendes pas l'importance de cette question et que tu te dises que les femmes n'ont qu'à le dire, "elles ont une bouche".
Je voudrais toutefois parler à travers le prisme de mon propre vécu pour t'expliquer en quoi cela peut être primordiale. J'ai accouché plusieurs fois, je suis quelqu'un qui va plutôt bien aujourd'hui, (dans ma peau d'adulte et de mère de famille) mais j'ai de grosses casseroles. J'ai subi des abus sexuels dans l'enfance et j'ai suivie plusieurs thérapies. Ce passé a eu des répercussion sur mes accouchements et mes maternités.
Je n'ai rencontré les sage-femmes qui m'ont assistées que lors des accouchements. Je n'étais pas capable de leur expliquer mon histoire et de toute façon -hélas- tous les soignants ne sont pas capables de l'entendre. Me toucher sans me demander mon avis, ou me faire un TV sans me prévenir, peut provoquer chez moi une vraie angoisse et faire resurgir des choses très dures. Cela a même failli bloquer un des mes accouchement...
Si je ne critiquerais jamais un soignant qui, animé de bonnes intentions, serait à l'origine d'une de ces bouffées de panique, je trouve merveilleux que l'on se pose la question. J'ai une bouche, je sais m'exprimer, mais ressentir des douleurs dans cette zone de mon corps (lorsque le bébé sort particulièrement) ça me rappelle ce que j'ai subi.
Alors quand 10 lunes se pose ce genre de questions, elle ne se met pas en position d'être complimentée ou vaniteuse, elle se met surtout dans la position d'être encore plus humaine avec des personnes comme moi.
@ 10lunes : je m'excuse de cette longue intervention, j'espère que je ne suis pas impolie ou intrusive. Si c'est le cas je ne me sentirais pas blessée de voir ce long commentaire supprimé. - 10lunes, ça fait longtemps que je suis ce blog, je le trouve magnifique ... combien de récits ont su me tirer les larmes ... mais c'est la première fois que je laisse un commentaire je crois.
Je suis une maman, 3 adorables princesses, mises au monde dans la douleur et les angoisses que chaque accouchement comportent.
J'ai vécu chacun de mes accouchements d'une façon différente mais si il y a bien une chose identique qui est revenu à chaque, c'est le fait que je ne supportais pas qu'on me touche ! Que ce soit mon cher et tendre ou les sages femmes, c'était par trop invasif pour moi, chacun main prise, ou sur mon dos pénétrait violemment dans cette bulle que je m'étais fabriqué et qui contenait ma douleur et j'avais l'impression que ça la faisait sortir un peu plus ...
Les équipes soignantes l'ont admirablement bien compris et on m'a laissé tranquille, bien que j'ai du me rebeller au début ... j'ai chaque fois eu peur de les froisser mais non, elles ont gardé le sourire et leur accompagnement s'est juste fait un peu plus discret ... elles m'ont laissé dans ma bulle.
En effet on est toutes différentes ! j'ai assisté (malgré moi ) à l'accouchement de ma meilleure amie, mains tendues et massages à profusion pour elle, un bon moyen de la soulager ! - NE ME TOUCHEZ PASJ'ai hésité un moment avant de poster un commentaire sur ce billet.
Tout simplement parce qu'il me parle et me renvoie à des souvenirs douloureux, concernant mon accouchement cata... Parce qu'il me fait m'interroger.
En arrivant à la maternité, avec la force des contractions, la violence de la douleur, je ne supportais ni le monito de contrôle, ni le contact.
Et cette sf est arrivée, posant ses mains sur moi. Réaction épidermique, je lui ai ordonné de ne surtout pas me toucher. Simplement, je ne pouvais pas supporter la main simplement posée.
J'étais dans une bulle de douleur, comme dit par quelqu'un d'autre. Et j'avais, je pense besoin qu'on m'y laisse.
Cette sf a t elle mal pris mon refus ? Est-ce pour cette raison que par la suite, au lieu de trouver une façon différente de m'accompagner, on a cédé allègrement à mon désespoir et ma demande de péri ?
Ai-je provoqué la suite catastrophique des événements ? Par cette simple phrase ?
Alors, oui, pour répondre à Juliette, on a une bouche. Mais tous les soignants sont ils capables de comprendre ce qu'exprime la bouche ? Les besoins différents ? Je n'en suis pas convaincue. - Pour ma part, à la fin du travail, les contractions que la SF accompagnait par des massages sur les hanches étaient presque "faciles", alors que les autres étaient... hum... rock n'roll
Dans la bulle dans laquelle je me trouvais à ce moment-là, j'aurais été bien en peine de demander un massage, (voire même, de savoir que j'en avais besoin), mais Dieu sait s'il a été le bienvenu...
Par contre, quand elle a voulu faire un TV en pleine contraction, là j'ai su rugir sans problème : Arrêêêêêêêêêêêêêêêêêête !!!!!!!!!
- Bonjour,
Je suis psychomotricienne et la question du toucher dans notre profession est une question qui se pose en permanence également. Comment le patient vit-il notre intervention tactile, mais aussi, comment est-il touché de façon émotionnelle.
Dans chaque rencontre, il y a deux personnes, deux corps, deux vécus, deux histoires qui se rencontrent.
Je viens de vivre un accouchement et de devenir maman pour la première fois et cette question me traverse aujourd'hui d'une autre façon que professionnellement. En tout cas, la présence et les interventions tactiles de la sage-femme qui m'a accompagnée m'ont été d'un grand soutien, d'autant plus que ma propre maman vit à 700km et que sa proximité m'a beaucoup manqué dans ce passage de vie et de statut.
Je regrette de n'avoir pu évoquer ce manque avec cette sage-femme avant ce moment de grande vulnérabilité.
Peut-être, dans l'expérience que vous exprimez ici, peut on se poser la question du vécu et de la relation de cette nouvelle mère à sa propre mère, peut-être même peut-on aller jusqu'aux relations précoces qu'elle a vécu, bébé, avec sa propre mère. Nous entrons dans la sphère quasi-inaccessible de l'inconscient.
Je pense vraiment que les sage-femmes représentent quelque-chose de l'ordre de très maternel pour les femmes que vous accompagnez. Nous avons chacune notre propre représentation de la maternité.
Je vous conseille un ouvrage qui vous aidera certainement dans votre réflexion à ce sujet:
"La peau et le toucher, un premier langage" de Ashley Montagu - Je lis après avoir commenté les précédents posts, et je me rend compte que d'autres collègues psychomotriciennes vous conseillent la même lecture!
Questionnez-vous sur comment vous et votre collègue avez été touchées sur le plan émotionnel dans une telle réaction et comment cela a pu influencer le reste du travail et de l'accouchement.
Vous faites un métier formidable!
Bonne continuation! - En lisant ton billet, 10 lunes, je souris car je me rappelle le travail pour ma fille où je beuglais à mon mari "maaaaaasssseeeeeuuuu" entre les contractions et "arrêeeeeeete" pendants celles-ci... J'ai aussi envoyé un cinglant "me touchez pas" à la sf... qui n'a pas eu l'air choquée, elle était habituée aux accouchements naturels. Complètement dans ma bulle, j'aurais été incapable d'y mettre les formes!
- Comme Kaline, je n'ais pas souvenir des gestes de la sage femme durant mon accouchement. Pas qu'ils aient ete inexistants, pas qu'ils aient ete trop présents mais juste que la sage femme a reussi a etre dans ce qu'il fallait quand il fallait.
JE n'avais pas besoin de plus, ni de moins, c'etait comme il fallait.
- Des mots mais pas forcément la libertéBien sûr on a toutes une bouche pour dire ce que l'on veut ou pas. Mais celle ci est parfois fermée par notre conditionnement. Notamment, le suivi de grossesse pour ma fille, ponctué des touchers vaginaux à chaque visite, sage-femme puis la stagiaire, puis le déclenchement, ponctué de touchers vaginaux, sage-femme puis la stagiaire, décollement des membranes hyper douloureux, césarienne, visite post-natale avec son toucher vaginal, gyneco puis le stagiaire. A chaque fois, on m'a demandé mon accord pour commencer (sans forcément expliquer, faut pas rêver), à chaque fois j'ai accepté, conditionnée par ma bonne éducation, et par l'enchainement des actes. Bref, j'avais abdiqué ma liberté de décider. Alors, je confirme que vous avez raison de vous interroger sur la nécessité de toucher, d'autant que l'on se situe dans un contexte si proche de la sexualité, de la construction de l'identité de mère. La clef est peut être dans le commentaire qui dit que le toucher doit être fait 'pour elle'. Demander à la mère si 'elle veut' qu'on la touche, se demander si cela lui sert à elle!?
Deuxième grossesse, à chaque visite prénatale, à chaque question 'je vous examine', je réponds 'je n'y tiens pas'. Parfois, le gyneco accepte et explique même à la sage-femme qu'il va mesurer la hauteur uterine par dessus le jean, bref que ni lui ni moi n'avons besoin d'un contact, parfois le gyneco m'explique l'intéret de me faire prendre conscience de mon périnée, et j'accepte l'examen. Pendant l'accouchement à domicile, très long, j'accepte les touchers vaginaux de ma sage-femme car ils me servent à me rassurer sur la progression, j'accepte volontiers ses massages, je cherche parfois le contact de sa main. Transfert en maternité, je renoue avec le "pas assez", une sage-femme absente qui ne passe qu'en coup de vent quand j'appelle avec la sonnette pour me jeter un 'c'est normal, faut attendre', qui alterne avec le "trop", la sage femme qui revient après un délai arbitraire pour me faire pousser en gardant 2 doigts dans mon vagin. Je hurle qu'elle arrête de me toucher. Elle me réponds 'pas de soucis, je pose juste mes doigts à l'entrée'. J'ai eu beau pleurer, elle n'a jamais compris que je ne voulais pas du tout être touchée, une question de survie de mon intimité à ce moment là, peut être une sur-réaction liée à la première naissance. La 'punition' ne s'est pas fait attendre, les spatules et tous ces gens qui prennent possession de mon corps.
Alors, oui, continuez à vous poser des questions, à chaque femme que vous rencontrez, pour qu'elle n'aie pas besoin de s'en poser pendant les années qui suivront. - Je voudrais dire cela: je suis d'accord avec celles qui disent que les sages-femmes - les soignants en général - ne peuvent pas deviner, et que, si on ne veut pas être touché, on peut le dire. Seulement, quelquefois, on ne le peut pas, justement: je suis autiste, très légère, je peux vivre quasi-normalement, j'ai 3 enfants et j'ai toujours refusé d'être signalée à la MDPH. Je travaille, j'ai un mari...rien ne se voit...ou presque. Je dois "préparer" tous mes rdv médicaux; me "passer dans la tête" ce qui va arriver, ce qui est possible,probable....et alors que je peux en parler derrière mon écran jamais je ne pourrai dire à quelqu'un qui me touche de ne pas le faire. Or, un accouchement est beaucoup moins prévisible qu'un vaccin chez chez le généraliste qui va me toucher le bras et c'est tout . Avec les années j'ai appris à ne plus hurler de panique quand on m'approche, ça ne veut pas dire que la panique n'est pas là. Et puis comme le disait un des commentaires, le soignant "sait", et cette tradition est lourde: de la même façon je ne pouvais littéralement pas regarder mes échographies: que dire à un gynéco qui vous lance "Ben si ça commence comme ça, il va être heureux le bébé:"? Même si j'avais pu le faire, il m'avait déjà jugée a priori. Comment refuser de toucher la tête de son bébé entre ses jambes, de le prendre nu et gluant dans ses bras? Celles qui peuvent faire ces gestes ont de la chance, je les envie. Moi j'ai bien senti que j'étais dans le camp des mauvaises mères, et on m'a de fait envoyé le psy. Mais je ne pouvais pas dire pourquoi je ne pouvais pas le faire.
Je ne juge pas, mais c'est un peu regrettable, et je trouve bien que la question du toucher soit évoquée ici.
ET PS pour répondre en deux mots à 10 lunes: ce qui bloque c'est le geste que je n'ai pas su prévoir, le reste passe à peu près. Et quand on accouche, il s'en passe des trucs pas prévus
...Je crois que dans mon cas cela se serait mieux passé si les soignants m'avaient annoncé tout ce qu'ils allaient faire, puis m'avaient laissée les instants nécessaires pour "digérer" (c'est d'ailleurs en partie ce qui s'est passé pour mon 2ème, et ce fut le "moins pire" de mes accouchements). Mais je suis consciente que ce n'est pas possible.
Et désolée pour le pavé.
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