3458656069_18418e186bDe passage à la maternité, une de mes collègues et amies m’interpelle, elle souhaite me parler d’une patiente… Nous nous éloignons un peu du brouhaha des "transmissions" accompagnant le changement de garde.
Elle m’interroge sur une jeune femme dont j’ai suivi la grossesse
«- Elle était comment ?
 - Euh, comment ça comment ? Elle était… normale ! Mais pourquoi ta question ? »

Présente à l'accouchement, elle a accompagné longuement cette mère qui ne souhaitait pas de péridurale.
Postures, étirements, bain… La dilatation avance tranquillement. Puis le travail change de cadence, les contractions s'intensifient. La mère se plaint de son dos. Espérant la soulager, la sage-femme commence à la masser.
Un cri « Ne me touchez pas ! » interrompt son geste.
Pensant que son massage n’est pas adapté, elle tente, avant la prochaine contraction, de savoir comment procéder « Plus fort ?  Moins fort ? Plus haut ? Plus  bas ? ».
Mais la jeune femme se fâche «Ne me touchez pas, pas du tout, ni là ni ailleurs !»

Elle se plie évidemment à son désir, restreint les examens au strict minimum et se limite à guider de quelques mots la phase de poussée. Le bébé naît sans autre intervention de sa part. C’est la mère qui l’accueille dans ses mains.

Après la naissance, elle est chaleureusement remerciée par les parents. Mais elle reste préoccupée  - quelle maladresse a-t-elle commise pour se faire ainsi repousser ? - et me charge de transmettre sa question.

Lors du suivi post natal, la mère revient sur son accouchement. Elle en garde un merveilleux souvenir et évoque l’accompagnement de la sage-femme, très à l’écoute, très présente, respectueuse, en un mot  parfaite … 
Je m'autorise à glisser :
«- Tu lui as dit que tu ne voulais pas qu'elle te touche ?  
- Ah oui, je lui ai dit ça. Elle me tenait la main, elle me massait le dos, elle caressait mon bras et moi je ne supportais pas…
- Pour ton premier, la sage-femme ne te touchait pas ?
- Ah si, c’était pareil,  MAIS J'AVAIS PAS OSE LE DIRE ! »  
 


Cette histoire m’est revenue après  la lecture d’un billet de Jaddo. Lors des échanges qui ont suivis (sur Twitter), je soulignais combien souvent les sages-femmes sont dans cette présence très physique.
L’accouchement court-circuite les mots. L‘échange avec une femme en plein travail - et sans péridurale - passe bien moins par la parole que le regard, le souffle et le toucher ;  main posée, main tenue, massage… Cette façon d'être avec les femmes m'est restée coutumière, même en dehors de l'accouchement.

Et du coup, je m'interroge sur mon possible envahissement...




En ce début d'année, je tente un autre mode de communication en créant un compte FB "Dix lunes et un peu plus". Le moyen de partager plus d'informations et d'aborder aussi d'autres sujets qui me tiennent à coeur (droit des femmes, accès aux soins, politique de santé...)