Bruits

Le week-end dernier, un fait divers dramatique a occupé les médias qui ont unanimement relayé une version simpliste et reprise en boucle, à base de déserts médicaux et de fermetures des maternités de proximité. Après les médias se sont engouffrées les représentations professionnelles, reformulant les faits pour mieux les faire coïncider avec leurs propres combats. Les politiques ont renchéri - persistance de l'absurde agitation coutumière au mandat précédent ? - Le président a demandé publiquement l'ouverture d'une enquête administrative et MN Lienemann, sénatrice PS, réclamé un moratoire sur la fermeture de maternités. Enfin, Pelloux en a appellé aux maisons de naissance. Je devrais m'en réjouir mais là encore, il ne s'agit que d'attirer la lumière ; une maison de naissance n'est pas un lieu d'accueil pour un enfant prématuré.
Chez les sages-femmes, ça bruisse aussi. Elles se sentent oubliées, les médias ont causé maternités, gynécologues, mais pas d'elles. Il faudrait réagir. Ca discute, ça temporise... les uns et les autres finissent par publier leurs communiqués.
Quelle que soit la justesse des causes défendues, cette curée où chacun tente d'utiliser l'émotion (le voyeurisme ?) me désole. Le monde médiatique semble ainsi fait que nous ne puissions débattre sur la place publique qu'à "l'occasion" d'un drame individuel ...
Mais la difficulté d'accès aux soins n'est pas que géographique. Dans le même temps, les syndicats de médecins négocient leurs (tarifs) pardon, leurs dépassements d'honoraires. Les raisonnements spécieux fleurissent, invoquant le non remboursement par l'assurance maladie des dits dépassements pour contester sa place dans ce débat. La belle idée de 1945, garantissant un égal accès aux soins pour tous, est balayée. Oui les tarifs médicaux ne sont pas toujours à la hauteur des études/des responsabilités/du temps passé/de l'investissement- cf ce billet de Fluorette, médecin généraliste, qui détaille comment son exercice se vit au quotidien. Mais comment peut-on parler de santé en parlant de loi du marché ?! Certains osent évoquer les cabinets débordant des spécialistes en secteur 2 pour expliquer que les gens se font soigner, quelque soit la part restant à charge ! Et quid de ceux qui n'ont pas ou plus les moyens ? Que sont devenues les valeurs solidaires ?
Et si vous voulez avoir une idée de ce que serait la santé sur le modèle américain, quand les assurances privées sont aux commandes, ce qui semble en train de se profiler en France, je vous invite très fort à lire cet article paru en 2009. Mesurons notre chance et faisons tous en sorte que le système ne s'effondre pas.
La politique de santé ne se pense pas dans l'urgence mais il y a urgence à la repenser.
PS prosélyte... :
Si j'étais médecin, je serai syndiquée au SMG
Et comme je suis sage-femme, je suis syndiquée là.
©Megatron Matrix - Nam June Paik
Commentaires sur Bruits
- Je me doutais bien que vous auriez une réaction sur le drame du week-end dernier.
J'ai beaucoup pensé à cette pauvre femme qui a dramatiquement perdu un enfant, qui doit beaucoup souffrir d'entendre son cas relayé par les médias pour faire sortir toutes sortes d'idées parfois intelligentes, mais parfois aussi absurdes...
Chacun y va de son commentaire, de son "Et si..."
Personnellement, je pense d'abord à la mère qui a perdu son bébé, au père, à leur famille en souffrance.
Et puis je pense à ceux que j'entends dire "Et si...". Et si la maternité avait été plus proche, aurait-elle pu, pour autant, sauver la vie de ce bébé arrivé bien trop tôt?
Certes, tout le monde n'est pas égal face à l'accès aux soins d'urgence.
Mais nous avons bien trop tendance à exploiter les faits divers pour échaffauder mille théories, sans penser aux vies détruites ou gâchées.
Encore une fois, faut-il qu'il y ait des morts pour que la France bouge? - Et que pense la principale intéressée de tout ce battage médiatique? Réponse ici:
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20121023.OBS6677/accouchement-sur-l-a20-ma-grossesse-n-etait-pas-a-risque.html?xtor=RSS-17 - Elle ne livre que son témoignage personnel. Et toute enquête journalistique digne de ce nom doit s'appuyer sur le récit des témoins, même si ce dernier peut être critiqué ou mis en doute. Mais puisqu’apparemment, tout le monde se croit autorisé à donner son opinion sur ce qui s'est produit, il me semble que sa "version" mérite aussi d'être entendue, non? Version qui elle, au moins, s'écarte de la "version simpliste et reprise en boucle [qui a été] unanimement relayée par les médias" (pour te citer...).
- Bonjour 10Lunes, j'avais vaguement entendu parlé de cette histoire. Vaguement, parce que comme toi, les médias me gonflent... et que je limite mes minutes devant le JT, et j'évite de lire la presse à scandale.
Comme toi, plusieurs sujets me tiennent à coeur... et malheureusement, ce sont des sujets qui ne sont pas reconnus ou respectés ici... Alors... bah...
Je ne regarde plus les infos.
Mais la contrepartie est dure : les autres regardent les infos. Les mamans à l'école, les amies. Et les discus vont bon trains. De choses qu'elles ne connaissent pas du tout...
Bref.
Je suis souvent fatiguée... fatiguée de chercher à me faire comprendre. Alors, j'écris sur la toile, et dehors, je me tais...
Quant à la sécu, mille fois d'accord avec toi. J'ai écris y a pas longtemps à ce sujet, d'ailleurs http://salwammm.wordpress.com/2012/10/24/la-secu-les-medecins-et-moi/
Pleins de bonne chose... - J'ai banni depuis longtemps aussi le J.T, dont un certain Delahoussedecouette qui semble être là plus pour faire de la figuration que pour faire partager l'actualité digne de ce nom.
On nous montre des images qui n'ont pas leur place, justes bonnes à faire de l'audience même si on nous prévient hypocritement que "Attention elles peuvent choquer ! "
Les reportages sont des marronniers dont on nous expose une partie des faits, celle que l'on veut bien nous montrer, bien souvent déformée.
Les débats de fin de J.T sont d'un plat et bien souvent il n'y a aucun échange. C'est un jeu de questions de réponses sans réelle recherche d'approfondissement. Pendant que l'invité répond à côté de la question, le journaliste à la mèche décolorée prenant des postures de top-modèle ne se donne jamais la peine de relever la réponse quand bien même celle-ci se révèle être à côté de la plaque !
ça va mieux en le disant !












