08 avril 2013

Odile n'aime pas du tout les sages-femmes (5)

 

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J'avais promis d'y revenir, Odile Buisson n'aime pas les sages-femmes. Evidemment peu de critiques directes, il ne faudrait pas prendre le risque d'une plainte.

La quatrième de couverture annonce la couleur en évoquant une "gynécologie low cost pratiquée par des intervenant non médecins" pour enchainer immédiatement "Toutes les conditions pour un grand bon en arrière sont réunies. Sale temps pour les femmes". Devinette : qui en France a le droit de réaliser des actes de gynécologie en dehors des gynécologues ?  Les médecins généralistes et les sages-femmes. Les premiers étant  médecins, qui est ici implicitement désigné responsable du "sale temps pour les femmes" ?

Odile Buisson attaque en restant inattaquable, distillant allusions, adjectifs choisis et insinuations.

Attaque quand elle évoque les "nouveaux métiers de santé". "Désormais, ce n'est pas au cabinet du Docteur Machin que vous irez pour votre surveillance de cancer mais à celui de Madame Michu, fraichement diplômée en 80 heures de cours"*. Les sages-femmes se savent doublement désignées, d’abord par le choix pas tout à fait innocent du féminin, cette Madame aurait pu tout aussi bien être un Monsieur Michu– désignées aussi par le temps de formation annoncé car 80heures est le temps moyen de formation théorique pour les DU (diplômes universitaires) de suivi gynécologique de prévention, certains DU étant d’ailleurs ouverts conjointement aux sages-femmes et aux médecins généralistes. Ce raccourci omet simplement que ces heures de cours se complètent d’heures de stage - est ce que le temps de formation d'un médecin se résume aux heures passées sur les bancs de la fac ? - de travail personnel, mais surtout qu'elles viennent s’ajouter à un diplôme obtenu après 5 années d'études (dont 500 heures de formation gynéco).

Attaque encore cette improbable liste de "petits métier" qu'elle se plait à imaginer "frotteur de col utérin, inciseur d'hémorroïdes, vaccineur de bébé, poseur de stérilet, toiletteur du 3ème âge, peseur de nouveau-nés".  Que quatre de ces six propositions soient déjà assurées par les sages-femmes n’est surement que le fait du hasard ! Il est par ailleurs savoureux de les voir ainsi soupçonnées de vouloir "faire de chaque morceau du corps humain une petite entreprise qui ne connaît pas la crise" alors que les sages-femmes revendiquent haut et fort les moyens d'une prise en charge plus globale.

Attaque toujours ce récit de grossesse non désirée survenue après la pose d'un stérilet par un "professionnel de santé" ( lire sage-femme, en dehors des médecins, elles sont actuellement les seules autorisées à poser des dispositifs intra-utérins). Odile Buisson se régale de la description échographique "d'un stérilet inséré dans le col utérin. L'absence de douleur et de saignement fait plutôt penser qu'il y a été malencontreusement placé lors de la pose". Et hop, preuve serait faite que les sages-femmes sont incapables de poser correctement un DIU. Oui mais non ! L'expulsion d’un DIU bien placé n'est pas toujours accompagnée de douleur et de saignements (cf cette notice précisant qu'il est bon de contrôler les fils après les règles)Que le gynécologue qui n'a jamais connu cet incident me jette la première pierre...

Saluant la santé des françaises dont le  taux de cancer du col est le plus bas d’Europe, Odile Buisson s’offusque "qu’il soit de plus en plus souvent répliqué : n’importe qui peut faire un  frottis" (n’importe qui en l’occurrence, ce sont les  médecins et les sages-femmes) et termine le paragraphe pas un méprisant "oui bien sur, les vétérinaires aussi… " Les vétérinaires apprécieront ! 

Evoquant la visite de la maison de naissance de Pontoise, Odile Buisson souligne  "D'emblée il est expliqué qu’il ne faut pas confondre les maisons de naissance avec les espaces physiologiques qui s'ouvrent dans les maternités publiques ou privées ; les premières sont indépendantes des médecins les secondes ne le sont pas". La formulation laisse à penser que la seule préoccupation des sages-femmes serait de se libérer de la tutelle des médecins. Mais travailler en autonomie signifie avant tout se dégager des nombreux protocoles mis en place afin de donner une cohérence aux prises en charge assurées par de multiples intervenants. Ces prises en charge standardisées n’ont que peu de place  en maison de naissance où la globalité du suivi permet une adaptation à chaque situation rencontrée.

Mais pour Odile Buisson, interroger nos façons de faire est forcément suspect. "Il existe chez les sages-femmes et parfois chez les médecins un petit lot d’extatiques de la matrice". Voyez comme le parfois des médecins laisse entendre le souvent des sages-femmes. Elle développe ensuite, "volonté de religiosité, morale conformiste et souvent bourgeoise de la sujétion à la douleur"… Oserai-je ce mauvais jeu de mot, la messe est dite et les sages-femmes qualifiées dans le paragraphe suivant de "nouvelles matrones ordinales".

Car les soignants mis en cause sont presque exclusivement les sages-femmes. Quand certains comportements de médecins pourraient être dénoncés, le "on" vient avantageusement remplacer le nom du professionnel. Ainsi dans le récit d'une femme ayant fait une fausse couche et plusieurs fois renvoyée par les urgences, ce n'est pas le médecin qui la refoule mais  "on" et "on" aussi qui lui dit qu'il faut attendre ; quand elle appelle le 15 ce n'est pas un médecin régulateur mais "on" qui se borne à  lui conseiller de consulter en ville. A l’inverse, quand elle est enfin reçue, l'interne est désolé et le médecin attentionné.

Les sages-femmes, elles, ne bénéficient pas de ce "on" générique et protecteur.  

Par exemple dans ce récit d’un accouchement difficile mettant plus qu’à mal le projet de naissance d’un couple. La sage-femme "rétorque sèchement", à la ligne suivant elle est qualifiée de "cerbère", deux phrases plus loin "elle se crispe et ne donne pas dans l’empathie" et lorsque la mère hurle et se débat, elle est attachée et "la sage-femme indifférente observe : elle est agitée". L’obstétricien sera pour une fois lui aussi qualifié de rustre et de sale type.

Loin de moi l’idée de défendre à tout prix ma corporation, être sage-femme ne garantit aucune qualité, ne préserve d'aucun défaut…
Mais à la fin de ce récit apocalyptique la femme est "très remontée contre les sages-femmes de l'hôpital". Le rustre a soudainement disparu.

Si les sages-femmes de Pontoise sont accusées de refuser une péridurale à leurs patientes, d'autres l'imposent. Dans une autre maternité, une jeune  femme arrive dans le service en fin de travail. "La sage-femme appelle l'anesthésiste", adroite ellipse qui évite de préciser si c'est du fait d'une demande maternelle. Il nous est expliqué que la future mère a passé "une nuit atroce, percluse de douleurs abdominales", en soulignant  qu’elle a été renvoyée la veille par la sage-femme … "La patiente lui dit, c'est trop tard, j'ai envie de pousser, je sens qu'il arrive. La sage-femme rétorque – vous l’aurez remarqué, une sage-femme ne répond pas, elle rétorque - qu'elle a encore du temps et la péri est posée".

Décidément, les sages-femmes ne semblent jamais respecter les souhaits des femmes.

Paradoxalement, Odile Buisson conclut son ouvrage en saluant  la création d’un Institut de santé génésique dirigé par Pierre Foldes "fédérant médecins, sages-femmes, infirmières, et membres d’autres professions".

Fédérer les professionnels, cela peut se faire au sein d’un même lieu, mais aussi d’une ville, d’un réseau de soin.
Fédérer, c'est mutualiser les compétences et les savoirs pour se mettre au service des patients.
Fédérer, c'est reconnaître et respecter chaque maillon de la chaîne de soin parce que la santé se construit avec chacun d'eux.
Mais comment imaginer ce partenariat quand l'un distille autant de mépris pour l’autre ?

Odile Buisson, j'aimerais croire que vous vous souciez réellement de défendre la santé des femmes et non l’hégémonisme médical...
Mais j'ai comme un doute.

 

NB: Il y a un an, j'avais choisi l'humour pour dénoncer d'autres propos incendiaires d'Odile Buisson. Mais la répétition des attaques est lassante...

 

*En aucun cas les sages-femmes ne surveillent un cancer… Par contre elles participent activement à leur dépistage.

 

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02 avril 2013

Odile n'aime pas les maisons de naissance (4)

 

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Parfois, on se surprend à acquiescer. Odile Buisson constate "Un certain nombre de femmes se disent fatiguées de devoir subir tant de médecine pour un acte si naturel". Mais ce n'est que pour mieux les cataloguer. "Certains groupements associatifs (...) se chargent de repasser le cerveau des bougresses. Le credo de ces associations est un hymne à la tradition. Fonction principale d’une femme : mère ! Comment devenir une mère en accouchant dans le ressenti de la douleur".

Seuls des esprits faibles manipulés par des "groupements"(lire secte) pourraient souhaiter se réapproprier le moment de la naissance ?

Odile Buisson visite la presque maison de naissance de Pontoise. Comme à son habitude, la charge est lourde. Si une première description factuelle évoque avec honnêteté un "espace de liberté, convivial, respectant l’intimité du couple", très vite elle s'interroge sur ce qu'ils viennent y chercher. "Est ce vraiment l’accouchement dit naturel (...) ou plutôt les conditions d’écoute et d’attention exceptionnelles ?"
L'un ne va pas sans l'autre ! Et trouver écoute et attention de la part des soignants est une attente, plus que légitime, de toute femme enceinte, quel que soit le lieu de son accouchement.

Plus fort encore, Odile Buisson envisage que ce soit "le luxe de l'hôtellerie" qui attire les parents. Je laisse chacun juger de ce supposé luxe à travers les photos disponibles sur le site du centre hospitalier de Pontoise. Que ce lieu soit accueillant, nul ne peut en douter, mais luxueux ? Imaginer que les femmes y viennent pour les locaux est d'autant plus absurde que la maison de naissance n'est pas un lieu d'hébergement. On y accouche - et encore, pas tout à fait puisque l'expérimentation n'est toujours pas inscrite dans la loi - mais l'on n’y séjourne pas.

Odile Buisson poursuit sa charge en comparant un peu rapidement les fonctionnements "la maison (...) mobilise deux sages-femmes pour 100 accouchements annuels soit une sage-femme pour 50 accouchements. Dans la maternité, elles ne sont que six sages-femmes pour assurer 4700 accouchements". Si ces chiffres étaient exacts, une telle disparité serait effectivement scandaleuse.
En réalité le temps de travail des sages-femmes de la maison de naissance correspond à 1,80 équivalent temps plein (elles sont salariées) pour 100 femmes suivies par an. Le centre hospitalier en a assuré lui 4760 en 2012 avec 60 sages-femmes mais aussi de nombreux autres personnels. Rien de choquant pour autant ; le centre hospitalier est un type 3 qui gère des situations complexes mobilisant les équipes.

Odile Buisson ne conçoit l’accouchement qu’"effroyablement douloureux". Elle le martèle dans les médias"sur une échelle de 0 à 10, la douleur de l’accouchement est cotée à 12", formule efficace mais forcément erronée*.  A se demander comment font les 20% de françaises qui n'ont pas recours à la péridurale ? Et qui n’accouchent pas en maisons de naissance puisqu’elles n’existent pas encore...

Ce qui la chagrine le plus serait cette "petite ombre restrictive (...) quand une maman vient accoucher, elle doit renoncer définitivement à une éventuelle péridurale, même si en raison de l’effroyable intensité de ses douleurs elle la réclame, il faudra qu’elle s’en passe coûte que coûte". Cela est présenté comme une différence majeure avec les espaces physiologiques des maternités où "une femme submergée par la douleur peut obtenir une péridurale dès qu’elle la demande".
Bien évidemment, il est toujours possible de transférer une mère vers le plateau technique si une péridurale est souhaitée. Mais les sages-femmes ont l'honnêteté de se montrer exhaustives dans leur présentation, précisant que certaine femmes demandent une analgésie puis décident de s'en passer grâce au soutien qui leur est apporté. Situation qu'Odile Buisson transpose en un despotique "ne pas céder à leur demande" traduisant une vraie méconnaissance des hauts et bas que peut traverser une femme en travail, par moment en mesure d'accueillir sereinement ses sensations, à d'autres submergée et découragée puis trouvant à nouveau l’apaisement.
La question n’est pas de refuser, de ne pas céder, mais de proposer des alternatives pour respecter au plus près le projet initial de la femme. Est-il nécessaire de le préciser, la décision lui appartient ; toujours.

Mais Odile Buisson imagine un autre motif au soutien des sages-femmes, bien moins noble. Si l’on s’oppose ainsi à la péridurale en maison de naissance c’est que tout le monde y aurait recours si elle n’était pas proscrite "et les lobbies qui vivent de leur lubies n’aurait plus qu’à plier pancarte et rendre l’argent de leur subvention".
Ainsi nous militerions pour mieux garnir nos porte-monnaie... Avec plus de 15 années de bénévolat au compteur, je me dis que j'ai du rater quelque chose.

Mais revenons à Pontoise. Locaux luxueux mais équipement défaillant. Odile Buisson s’étonne "aucun équipement médical n’est utilisé que celui des sages-femmes. Des gants en latex ? Une sonde pour les bruits du cœur ? "
A se demander si les sages-femmes ne coupent pas le cordon avec les dents !
Peu de technique est une évidence en maison de naissance où prime le respect de la physiologie. Si une intervention s'avère nécessaire, il est plus que logique de changer de lieu pour accoucher dans une salle traditionnelle et traditionnellement équipée.

Certains prônent des espaces physiologiques aux frontières moins définies.
En préparant ce billet, je suis tombée sur une étude récente qui conclut à l'imprévisibilité de l'accouchement et l’impossibilité de sélectionner le bas risque ! En comparant un groupe bas risque et un groupe dit à haut risque, l'étude dénombre en effet plus d’intervention de l’obstétricien dans le premier groupe (21 versus 12 %).
Edifiant ?  A un détail près : dans le groupe bas-risque, on retrouve 76,8% de péridurale et 77,3 % de perfusion d'ocytocine.

On est loin - très loin - très très loin - du respect de la physiologie prôné en maison de naissance.
Mais en faisant mine de l'ignorer, leurs détracteurs tracent leur sillon en dévoyant la notion même de bas-risque. **

 

PS, si la photo d'illustration de ce billet vous semble caricaturale, et bien vous avez raison ! Chacun son tour ...

à suivre....

 

* Echelle orale d'évaluation de la douleur : Le soignant demande au patient de quantifier sa douleur sur une échelle virtuelle allant de 0 "Douleur absente", à 10 "Douleur maximale imaginable".

**Cf cette autre étude à la conclusion semblant "intéressante" (mais je n'ai accès qu'au résumé). 

Edit du 03.04 : grace à la solidarité du net, j'ai reçue l'étude évoquée ci-dessus. Merci !!  Il ne me reste plus qu'à trouver le temps de la lire en oubliant mon piteux niveau anglais...

 

©Photo Jyn Meyer

 

 

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22 mars 2013

Odile se contredit (3)

 

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Odile Buisson écrit vite ; elle publie le 21 février un livre évoquant la polémique des pilules de 3ème et 4ème génération sortie début janvier. Tellement vite que ses arguments trop rapidement déroulés s'opposent à eux-mêmes.

Ainsi cette femme, hospitalisée deux jours au huitième mois de grossesse pour des douleurs inexpliquées sans qu'aucune cause ne soit retrouvée, puis victime d’une grave hémorragie de la délivrance. "Il est toujours étrange de pressentir un danger sans pouvoir l'identifier", explique-t-elle après avoir conseillé à la patiente de se rendre dès les premières contractions dans une maternité  "apte à prendre en charge les grossesses à risques". C'est une hystérectomie qui permettra de sauver la mère. 

Et Odile de conclure, "l'histoire de cette patiente rappelle une vérité : une grossesse apparemment normale ne signifie pas que l'accouchement sera normal. Que serait-il advenu si elle n'avait pas accouché médicalement ?"

Faut-il souligner que des douleurs inexpliquées assez violentes pour justifier une hospitalisation de 48 heures ne sont pas vraiment à classer  "grossesse normale" ? 

Mais il serait dommage de se limiter à une seule hypothèse. Le débat peut très largement s'enrichir !
- Que serait-il advenu si cette femme avait accouché dans un établissement disposant d'un service de radiologie interventionnelle ? Son utérus aurait certainement pu être préservé.
- Que serait-il advenu si elle avait eu la malchance de résider à distance d’une maternité (leur nombre a été divisé par 2.5 sur les 40 dernières années) et de ne pas arriver à temps. Cela lui aurait peut-être couté la vie.
- La mauvaise foi ne m'étouffant pas, que serait-il advenu si elle n'avait pu quitter son domicile, bloquée chez elle du fait des intempéries ? Faut-il pour autant prévoir un chasse neige à la porte de chaque femme enceinte ?

Une politique de santé ne peut se concevoir à partir de cas particuliers.

Odile Buisson enchaîne "benoîtement" sur les maisons de naissance. Le raccourci est clair. Puisque personne ne peut prévoir comment se passera une naissance, accoucher hors d'une structure "apte à prendre en charge les grossesses à risques", c'est mettre la santé de la mère et de son enfant en danger.

Pourtant, l'accompagnement global favorisant une parfaite connaissance de la femme par la sage-femme étaye cet "étrange instinct" qui lui a fait conseiller de se rendre précocement à la maternité. Pourtant, le projet d'expérimentation impose l'attenance à une maternité. Surtout, comme le démontre cette étude britannique et contrairement à ce que Odile Buisson tente d'insinuer, pour les femmes présentant une grossesse à bas-risque, la sécurité de l'accouchement est identique quel que soit le lieu de naissance

Je l'ai déjà écrit, Odile ratisse large. A quelques pages d'écart, elle peut à la fois rappeler "la cour des comptes souligne que les maternités n'ont pas suffisamment accès aux services de radiologie interventionnelle" et dénoncer "la création de maternités gigantesques, véritables accouchoirs publics". Faudrait-il concevoir de multiples "petites"  maternités suréquipées ? Avec quel budget ? Quel personnel ? Sachant qu'elle relève ensuite que "certaines maternités disposant de financement ne trouvent pas de médecins..."

Mais Odile Buisson en reste au pamphlet. Il est plus aisé de dénoncer que de proposer.

Elle insiste un peu plus loin "La toute première cause des décès maternels est une hémorragie cataclysmique au décours de l’accouchement" en ajoutant "si les données épidémiologiques soupçonnent l'ocytocine utilisée pour réguler les contractions utérines, aucun lien formel n'a pu être établi". Odile Buisson écrit trop vite. Une  étude de l’Inserm publiée en décembre 2011 démontre au contraire que l’administration d’ocytocine pendant le travail augmente le risque d’hémorragie grave. 

Finalement les apôtres de la physiologie, les "extatiques de la matrice" n'auraient-ils pas raison de se défier? Le groupe de travail cité dans mon dernier billet précise  "La prise en charge de manière systématique de toute grossesse et de tout accouchement avec le même niveau d’intervention que celui requis par ceux qui présentent un risque comporte des effets négatifs tant pour les femmes que pour les équipes des maternités et la société."

Je m'autorise un dernier parallèle. Ce mémoire d'une sage-femme étudiant la prescription d'ocytocine dans une maternité de type 1 retrouve un taux de 45.4 % (et ce chiffre ne prend pas en compte les accouchements déclenchés ! ) Odile Buisson cite cette  étude du Ciane qui dénonce "la plupart des femmes ne sont pas prévenues de l'administration d'ocytocine pendant l'accouchement, administration rendue invisible par la pose systématique d'une perfusion". Elle ironise sur le titre de l'article - méprisamment qualifié d'articulet - "Les femmes n'ont pas leur mot à dire" "qui en dit long sur l'idée qui est véhiculée : les parturientes sont  les victimes d'une médecine totalitaire".  

Injecter sans en informer les femmes un produit qui majore le risque d'hémorragie serait donc à ranger dans la bientraitance médicale ? 

 

à suivre...

 

©Photo

 

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20 mars 2013

Odile ne connait pas la nuance (2)

 

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Le billet précédent se terminait par un pastiche, description volontairement caricaturale de l'accouchement sous péridurale, faisant écho à l'accouchement en maison de naissance narré par Odile Buisson.

Le moins que l'on puisse dire est que son propos n'est pas nuancé. Les professionnels de santé soucieux d'une médicalisation raisonnée sont croqués en "extatiques de la matrice", chantres de la douleur, célébrant la nature dans une nouvelle religion.
Les catholiques ont pour les guider un nouveau pape ; les femmes ont Odile.

Car c'est bien elle qui ose ce curieux parallèle "Que le principe religieux s'appelle Dieu ou nature, c'est au choix et c'est pareil"Les mères souhaitant éviter la péridurale sont rapidement cataloguées. Elles ne décident pas pour elles mêmes mais se soumettent  à une autorité extérieure ; "Mélange d'habitude, d'obéissance et de construction mentale séculaires". Excusez du peu.

Pourtant, la catholique enceinte d'un enfant trisomique qui ne désire pas interrompre sa grossesse n'est elle aucunement suspecte de se soumettre à une loi naturelle ou religieuse. Sa décision ne sera annotée que de ce prudent commentaire "je ne suis pas tout à fait à mon aise"

Elle s'attarde ensuite sur le décalage entre un projet de naissance très idéalisé et la réalité finale. Cet accouchement est vécu sans soutien, sans accompagnement et seul le liquide teinté lors de la rupture spontanée de la poche des eaux fait qu'enfin l'on s'affaire autour de la mère. Si Odile Buisson semble au départ faire preuve d'empathie, déplorant le surbooking de la maternité qui ne permet pas aux sages-femmes d'accompagner ces parents, elle ne peut s'empêcher de moquer la supposée naïveté maternelle "elle le sait bien elle qu'il suffirait d'attendre un peu et que le bébé sortirait de lui-même". L'enfant naîtra par forceps sous "anesthésie locale défaillante".
La morale de l'histoire est limpide, imaginer se soustraire à la toute puissance médicale est une faute sanctionnée par le sort.

Les femmes exigent désormais de ne plus souffrir en accouchant nous dit elle plus loin. Décidément les femmes ne savent pas ce quelles veulent, Odile Buisson non plus. Elle témoigne de « féministes railleuses » venues les interpeller "Hep ! Les toubibs ! Cela vous défrise de vous lever la nuit pour faire des péridurales?"  Pourtant, le temps n'est pas si lointain où l'analgésie n’avait lieu qu’au bon vouloir de l’équipe médicale, aux heures ouvrables et pas le week end. Cette "libération", ce "soulagement" tant vantés par l'auteur n’ont pas toujours été une évidence pour les praticiens chargés de la dispenser.

Ne lui en déplaise, les partisans de la naissance respectée ne militent pas contre la péridurale mais pour son libre choix par les femmes, contre la médicalisation de la naissance mais pour le respect la physiologie. 

En 2008, un groupe de travail réuni sous l'égide du ministère de la santé a fait des propositions cherchant à conjuguer plus justement nécessités médicales et souhaits parentaux.

Étonnamment, ni dieu, ni diable, ni extatiques de la matrice dans cette commission qui notait pourtant "Un soutien empathique et physique continu pendant l’accouchement a pour effet de diminuer le stress et présente de ce fait de nombreux avantages comme un travail plus court, une diminution du recours systématique aux moyens techniques et une réduction des extractions instrumentales."

...

 

à suivre...

 

 

©Photo Varahi, déesse indienne

 

 

18 mars 2013

Odile nous raconte des histoires (1)

 

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Odile Buisson semble faire dans le politiquement correct. Comment s’offusquer qu’un médecin enfourche son blanc destrier pour aller sauver la cause des femmes ? Celles évoquées sont tour à tour indépendantes ou soumises, émues ou indifférentes, informées ou naïves, trop ou mal accompagnées... D'évidence, Odile ratisse large afin que chacune puisse se reconnaître. 

Son credo, seul le gynécologue peut guider cette inconstante qu’est la femme.

Ses bêtes noires avouées ? Tout ce qui ose de près ou de loin remettre en cause l'hégémonisme des médecins, questionner l’hypermédicalisation et nos prises en charge actuelles.

Ses bêtes noires inavouables, les sages-femmes qui, si elles ne sont jamais directement attaquées - Odile a certainement de très bons conseillers juridiques - sont malmenées en filigrane tout au long des chapitres. J’y reviendrai.

Bien plus que la cause des femmes, c'est la cause du pouvoir médical qui l'anime. Pour mieux servir son propos, les femmes apparaissent  souvent manipulées, petites choses bien en peine d’émettre un désir propre et gouvernées par une foule de gourous et autres "intervenants non médecins" (sic). 

Un extrait résume parfaitement le propos :

" Puis on filme une femme qui accouche de façon très humaine : complètement nue, à quatre pattes, ahanant, tordant son bassin et remuant son postérieur en une transe saccadée douloureuse et électrique. Elle s'échine à expulser son petit. Le mari, calme, un peu peiné, lui masse le haut de la croupe tandis que la sage-femme surveille la posture du mammifère humain. En regardant la scène, il est difficile de ne pas avoir mal pour elle mais ... il s'agit de son choix. Et devant une telle souffrance, avoir le choix est même le seul argument recevable. Car pour le reste, l'animalité de la scène est frappante tant elle évoque une douloureuse mise bas."

La nudité n'a rien d'inhumain, la recherche d'une posture plus favorable à la mécanique obstétricale non plus. Mais cette femme dénudée ahane, se tort, se fait flatter masser la "croupe". Le vocabulaire sélectionné avec soin renvoie à la bestialité. Evidemment, nous ne saurons rien du vécu de cette mère et de tant d'autres qui choisissent de mettre au monde leur enfant sans recourir à la péridurale. Odile sait pour nous, elles souffrent.

Moi aussi je peux tricher avec les mots et manier la caricature...

Puis on filme une femme qui accouche de façon civilisée. Elle est allongée, vêtue d’une chemise de papier bleu. Immobile, clouée au lit par l’analgésie, elle est dans l’incapacité de sentir comment pousser son enfant. Aucun mouvement, aucune vie ne vient animer son bassin. Le mari, calme, un peu peiné, lui soutient la nuque tandis que la sage-femme dirige les efforts de la mère, coupée de toute sensation.  En regardant la scène, il est difficile de ne pas être triste pour elle mais ... il s'agit de son choix. Devant une telle passivité, seul avoir le choix est un argument recevable. Car pour le reste, la froideur de la scène est frappante tant elle évoque une  mécanique expulsive désincarnée.

 

à suivre...

 

 

©Photo

 


13 mars 2013

Sous le signe du lien

 

5398546351_035100ff3e_bAprès l'argumentation spécieuse d'Odile Buisson, voilà qu'un autre médiatique gynécologue aligne les affirmations tendancieuses.

Comme il serait dommage ne pas en avoir connaissance, je vous copie ci-dessous l'intégralité d'une interview diffusée sur France Bleue Alsace le 4 mars dernier.

Les maisons de naissance bientôt testées dans toutes la France ?

Le Sénat devrait voter dans les prochaines semaines une proposition de loi qui prévoit d’expérimenter ces structures attenantes aux maternités. Elles offrent aux femmes la possibilité d’accoucher sans être hospitalisées. Le suivi est assuré uniquement par une sage-femme. En ligne avec nous le professeur Israël Nisand gynécologue obstétricien à Strasbourg. Bonjour !

Bonjour.

Vous connaissez très bien ce dossier puisqu’il existe une forme de maison de naissance à Strasbourg depuis 2004. Vous en êtes d’ailleurs le responsable. Cela signifie qu’il y a aujourd’hui une vraie demande de la part des femmes ? Est-ce que c’est parce que l'accouchement est devenu trop médicalisé professeur Nisand ?

Non il n'y a pas de vraie demande parce que nous offrons 8 salles de maisons de naissance à Strasbourg depuis 2004 et ça correspond à 3 % des accouchements, donc il n’y a pas de réelle demande ce n’est pas en augmentation. Il y a une demande de certaines professionnelles de s’affranchir de la tutelle des médecins mais il n’y a pas de demandes de patientes.

Le Professeur Frydman, autre gynécologue médiatique, évoque lui une demande de 10 à 15 %*. C'est bien parce que ces salles physiologiques n'ont rien à voir avec une maison de naissance que la demande ne se développe pas. L'accompagnement global est une des clefs de voute du succès. Réduire le concept à une salle un peu plus accueillante bénéficiant d'une baignoire, c'est démontrer ne rien avoir compris ni à l'idée défendue, ni surtout aux attentes des femmes.

Donc c’est plus un débat purement médical alors, c’est ce que vous nous dites ?

C’est un débat assez corporatiste parce qu’il y a dans pratiquement toutes les maternités de France des secteurs physiologiques où l’on peut accoucher en faisant moins de médecine. Mais si on s’éloigne des salles d’accouchement, on s’éloigne aussi de la possibilité d’avoir une péridurale et cela c’est pas dit dans la chanson. Comme actuellement il y a une assez mauvaise météo pour les femmes, je dis que ces maisons de naissance à distance des salles d’accouchement où il n’y aura plus de péridurale possible c’est un peu une tromperie pour les femmes.

Les salles physiologiques sont loin, très loin, d'être présentes dans toutes les maternités de France.
Par ailleurs, opposer les unes aux autres est absurde.  Est-ce que l'on imagine opposer maternités de type 1 ou 3 ? Ce sont des offres de soin complémentaires, pas interchangeables.
Quant à tromper les femmes...

Oui parce que vous à Strasbourg, c’est vrai que les salles sont vraiment incluses dans la maternité, enfin les médecins peuvent venir à tout moment alors que la proposition loi ne prévoit pas ça. C’est ce que vous dénoncez ?

Voilà, voilà, c’est ce que je dénonce. C’est sûr qu’un certain nombre de sages-femmes ont envie de devenir chef de service et de s’affranchir de la tutelle des médecins mais je rappelle qu'un accouchement à tout moment peut tourner à une complication, que les sages-femmes n’ont pas la compétence pour gérer les complications et que s’il faut au moment d’une complication se mettre à se déplacer pour rejoindre une salle d’accouchement traditionnelle on est dans le mal fait aux femmes.

Marteler le mot complication ne fait pas une démonstration. Ces lieux sont destinés à des femmes ne présentant aucune situation particulière, et le dépistage de possibles complications est de la responsabilité et de la compétence de toute sage-femme. Cela dit, oui certaines femmes seront transférées de la maison de naissance à la maternité comme d'autres le sont d'une "salle d'accouchement traditionnelle" au bloc opératoire.

Et donc à ce titre là, je trouve que la question corporatiste qui est posée de savoir si les sages-femmes doivent ou non être chef de service ne justifie pas que l’on éloigne les femmes des endroits où l’on peut les soigner correctement.

La motivation des sages-femmes serait donc d'être calife à la place du calife ? L'argument semble tellement mesquin qu'il ne mérite pas que l'on s'y attarde. Dans cet autre billet, je soulignai le possessif du Pr Nisand évoquant "ses" sages-femmes.

Mais revenons au bien être des patientes est ce que ça ne peut pas quand même servir certaines femmes d’accoucher de façon plus naturelles aujourd’hui ? Il y en a qui le souhaitent.

Mais c’est le cas dans pratiquement toutes les maternités et de mon point de vue il suffisait de mettre l’accélérateur sur des salles d’accouchement dédiées à la maison de naissance à l’intérieur des salles d’accouchement.
Mais le fait de s’éloigner des salles d’accouchement et de faire des services d’accouchements bis avec le prétexte que à ces endroits on aura plus de sages-femmes pour s’occuper des femmes, et bien mettons les moyens sur les salles d’accouchement qui n’ont pas les moyens actuellement de s’occuper vraiment méticuleusement des femmes. Il n'y a pas besoin de créer de nouvelles structures pour cela. Il suffit de donner un peu plus de personnel dans les maternités pour qu’on n’ait plus d’accident de type Port-Royal et que l’on puisse s’occuper un peu mieux des patientes qui souhaitent démédicaliser leur accouchement. Mais créer de nouvelles structures pour ça, ça me parait très mauvais pour les femmes.

Là encore, il est absurde d'opposer les deux. Il faut à la fois plus de sages-femmes en structure et des sages-femmes en maison de naissance. Et quid de l'accompagnement global ?

Donc vous pensez que ce n’est pas le vrai argument, vous citez l’exemple de l’accident de Port-Royal est ce que ce n’est pas aussi pour désengorger les maternités tout simplement ?

Mais ça ne va jamais désengorger madame puisque la demande est à hauteur de 3 %. Ça ne va rien désengorger. Ça va mettre beaucoup de moyens sur un petit nombre d’accouchements alors que là où il y a besoin de gros moyens humains on ne les mettra pas.
Donc je préférerais que plutôt qu’on utilise des sages-femmes pour faire 150 accouchements par an ce qui est prévu dans les maisons de naissance, on rajoute ces moyens dans les endroits où y a beaucoup d’accouchements pour que les pépins… si vous voulez pour qu’on ait des pépins dans les maternités qui font beaucoup d’accouchements et des lieux d’accouchements physiologiques avec beaucoup de sages-femmes pour très peu d’accouchements ne me parait pas raisonnable, en tout cas ça va contre l’égalité des femmes entre elles.

En maison de naissance, le ratio serait d'environ 50 accouchements par sage-femme et par an. Mais il ne s'agit pas que d'accouchement. L'accompagnement global, c'est aussi le suivi médical, la préparation à la naissance, le suivi postnatal à domicile.
On compte en France environ 20 000 sages-femmes pour 800 000 naissances, soit une sage-femme "utilisée" pour 40 accouchements... 

Une dernière question puisque c’est un argument aussi pour cette proposition de loi, c’est le coût. On nous dit que l’accouchement dans ces lieux reviendrait moins cher qu’à l’hôpital, c’est vrai ou faux professeur Nisand ?

C’est une tromperie madame, c’est une tromperie. Quand on regarde les salles d’accouchement aujourd’hui, on a fait, tout le monde a fait des efforts pour que l’argent public soit utilisé correctement. Dire qu’avec 2 ou 3 sages-femmes (rires) on va faire 150 naissances là où on en fait 4000 par ailleurs je veux bien qu’on m’explique que ça va couter moins cher mais ça va couter bien plus cher et en plus ce sont des endroits ou en cas de douleur extrême on ne pourra pas faire de péridurale. Dans la maison de naissance de Strasbourg, 35 % des femmes qui avaient l’intention d’accoucher en maison de naissance finissent par demander, malgré l’acupuncture, malgré l’analgésie qu’on y fait, d’être transférées dans la pièce d’à côté pour bénéficier d’une péridurale.

Cela coutera moins cher et les transferts pour péridurale seront bien inférieurs.
Notre problématique est justement d'avoir l'occasion de le démontrer.
Rappelons que la proposition de loi ne concernerait au maximum qu'une dizaine de sites.
Il ne s'agit pas de révolutionner l'obstétrique française mais d'entrouvrir la porte à une expérimentation...

Le seul point positif est que le reproche d'une moindre sécurité semble abandonnné. Une récente étude le démontre - à nouveau ! - cette thèse ne tient pas.

En dehors de notre supposée lutte pour les chefferies, le seul argument multimartelé est l'absence de recours à la péridurale. Les sages-femmes seraient donc assez malhonnêtes pour taire cette information, les femmes assez stupides pour ne pas les interroger et les maternités assez perverses pour refuser le transfert en cas de besoin ? 

Prétendre défendre la cause des femmes en niant leur droit à décider pour elles-mêmes me semble un exercice périlleux.

Merci beaucoup professeur Israël Nisand pour ces explications.

 

 

Une petite étude présentant les résultats de maisons de naissance suisses (l'une d'elles se nomme "Dix lunes" mais aucun rapport avec le blog) 

 

 

*Y a-t-il des grossesses et des accouchements à bas risque ? C. Colmant a,b, R. Frydman a, Gynécologie Obstétrique & Fertilité 37 (2009) 195–199

 

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11 mars 2013

Cachez ce sein

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Le musée présente une rétrospective "Le nu dans tous ses états". Dessins, peintures, photos ou sculptures, petits ou grands formats, les corps sont exposés, livrés au regard. Que l’image soit anatomique, érotique, transcendée, rêvée, revisitée... la nudité est partout.

Elle parcourt cette exposition avec son tout petit. Porté en écharpe, lové contre sa mère, c’est à peine si on devine sa présence. Mais quand la faim se fait sentir, ses manifestations sonores la rendent plus évidente.

Au centre de la salle, de grandes banquettes confortables permettent de se reposer en contemplant les oeuvres. Dans un coin, un tabouret celui du gardien peut être, est inoccupé. Il a le mérite d’être hors du passage des visiteurs. C’est donc celui là qu'elle choisit.

Sous le T-shirt, sa main libère le sein puis remonte le pan de tissu tandis que son autre bras approche l'enfant du mamelon. Le tout ne prend que quelques secondes ; ne reste visible que le dos du bébé tourné contre sa mère. En étant très attentif, à peine peut-on deviner aux faux-plis du tissu que quelque chose se passe. Mais rien dans son attitude n'est ostentatoire, encore moins provocant.

A peine la tétée commencée, le gardien vient la chercher pour lui proposer un endroit plus confortable. Elle décline poliment, se sent bien dans la salle. Il insiste, cela pourrait être gênant. Elle le rassure, ça ne la dérange absolument pas. Mais ce n'est pas de sa gêne qu'il s'agit mais de celle supposée des visiteurs. En empaumant son coude pour la pousser à se lever, le gardien affirme à nouveau, "Vous serez mieux installée ailleurs". Pour éviter l'esclandre, elle accepte de le suivre.

C’est ainsi quelle se retrouve au fond d'un couloir sombre, à proximité immédiate de l’entrée des toilettes, installée "plus confortablement" sur un tabouret identique à celui que l'on vient de la forcer à quitter.

 

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PS : je travaille sur une réponse au dernier livre d' Odile Buisson. En attendant que je parvienne à publier autre chose qu'une réponse épidermique forcément maladroite, un seul conseil : n'achetez pas son livre ! Inutile de faire monter ses chiffres de vente et ses droits d'auteurs... 

 

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08 mars 2013

Ne laissons pas la naissance rimer avec finance

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Aujourd'hui 8 mars, participer à une action collective soutenant une maternité respecteuse me semble une excellente façon de célébrer la journée des droits des femmes !

Longue vie au Belvédère !

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05 mars 2013

Faire connaissance

 

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L'entretien prénatal précoce est une prise de contact parallèle au suivi de grossesse permettant à une femme ou à un couple d’exprimer leurs attentes, besoins et craintes pour les aider à s'orienter dans le dédale des options qui s’offrent à eux.

Cet entretien est un échange ouvert, pas une succession de cases à cocher. Il n’empêche, certaines questions ont besoin d’être posées pour cerner le contexte.

"Est-ce votre première grossesse" est l’une d’elle. Je m’applique à parler de grossesse et non d’enfant à venir afin que la question soit claire.

"Oui, c'est la première" me répond-elle.
Débutée sur un mode joyeux, notre discussion révèle au fil des minutes une anxiété croissante. Elle dit sa crainte des rendez-vous médicaux, des nombreux examens complémentaires, déplore cette médicalisation qui " l'empêche de profiter de sa grossesse "…
Je tente de comprendre l’origine de son angoisse. 
Et c’est ainsi qu’au détour d'une phrase, une IVG et deux fausses couches viennent s’ajouter à cette "première".

 

Ce petit texte pour introduire les portes ouvertes proposées par l'ANSFL pour marquer la journée des droits des femmes. Ce sera l'occasion d'évoquer deux outils de prévention, le frottis cervico-utérin et l'entretien prénatal précoce.
Le 8 mars prochain, contactez le cabinet de sage-femme de votre secteur et faites connaissance !

 

 

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28 février 2013

Rebelote

 

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Cet après midi à 16 heures, la proposition de loi de Mme Dini sur l'expérimentation des maisons de naissance sera débattue au Sénat.

On va dire qu'on est contents ! Même si dans son exposé des motifs, Muguette Dini oppose MDN et accouchement à domicile "Les maisons de naissance peuvent offrir une alternative satisfaisante et sûre à ce type d'accouchement, dont on doit se prémunir contre le développement." (sic)

Ce qui apparaît contradictoire avec une précision importante donnée plus tard " Il est d'ailleurs intéressant de constater que dans les autres pays où le taux de mortalité constaté se situe entre 3,3 et 3,6 pour mille, les maisons de naissance ne sont pourtant pas accolées aux services des maternités, mais peuvent se situer jusqu'à trente minutes d'un plateau technique comme au Québec".

Après sa présentation, les sénateurs de la commission des affaires sociales la questionnent. Certains méritent le "Gérard de celui qui n'y connaît rien mais a envie de causer quand même en prenant garde à bien défendre ses copains médecins que c'est pas de pauvres sages-femmes qui vont dicter la loi".

L'impayable Allain Milon trébuche en parlant de "profession paramédicale" puis introduit une curieuse limite "Je suppose que ces structures n'accueillent pas de primipares"  pour ensuite enfoncer les portes ouvertes "elles ne pourront pratiquer les péridurales" et croit bon de préciser "Des conditions devront être observées par les sages-femmes qui tiendront les maisons de naissance".

Catherine Deroche poursuit sa défense de la gynécologie médicale "Je pense qu'il peut aussi exister une relation de confiance entre une femme et le gynécologue-obstétricien ou le gynécologue médical qui la suit pendant sa grossesse" en omettant que le suivi de la grossesse peut être assuré par une sage-femme et doit l'être dans le cas d'un accompagnement global en MDN.

Gérard Roche lève le lièvre de l'insoutenable indépendance des sages-femmes "J'aimerais qu'il soit explicitement indiqué dans le texte que les maisons de naissance doivent être non pas attenantes à une maternité, mais placées sous l'autorité médicale d'un service d'obstétrique."

Laurence Cohen réinvente l'eau chaude "Je pense qu'une expérimentation de ce type peut être menée dans un cadre sécurisé, en assurant la possibilité d'une intervention sur le plateau technique dans l'enceinte de la maternité, et avec la possibilité d'un choix des patientes."

Ce à quoi Muguette Dini lui répondra très justement "Les pouvoirs publics ont en effet tenté de développer des espaces physiologiques à l'intérieur de certaines maternités. Les résultats sont très inégaux selon les établissements.Ces espaces sont très nettement différents d'une maison de naissance : ils ne permettent pas un suivi global par une sage-femme et ne disposent pas de personnels dédiés".

Catherine Procaccia doute de la capacité de choix des femmes " N'y a-t-il pas une ambiguïté à proposer des accouchements sans péridurale dans les maisons de naissance, alors que de plus en plus de femmes en sont demandeuses ?  et omet les actions de prévention mises en oeuvre, telle la consultation d'anesthésie : Je m'interroge sur les risques liés à un éventuel changement d'avis à la dernière minute d'une parturiente, puisqu'il faut avoir vu un anesthésiste à l'avance pour qu'une péridurale puisse être pratiquée".

Marie-Thérèse Bruguière dénie aux sages-femmes toute autonomie d'exercice"(les MDN) doivent être dépendantes de l'hôpital, notamment s'agissant de la responsabilité. Et plus loin : Je voudrais souligner que dans les maternités publiques, ce sont déjà souvent les sages-femmes, et même les élèves sages-femmes, qui réalisent les accouchements - sous l'oeil vigilant des médecins".

Depuis le débat en commission, des amendements ont été déposés. Certains s'inquiètent de la prise en charge des soins, d'autres de la fermeture des maternités de proximité, beaucoup insistent sur la nécessaire sécurité. Du très politiquement correct.
Mais l'un d'eux m'a fait choisir la photo qui illustre ce billet.

En effet, Gilbert Barbier a déposé un amendement demandant  "Après le mot  sages-femmes insérer les mots et des maïeuticiens" et le justifie ainsi : Cet amendement vise à rappeler que la profession de sages-femmes n'est pas exclusivement féminine. Les hommes, appelés maïeuticiens, ont aussi vocation à exercer en maisons de naissance".

Un débat essentiel.

 

 

Edit du 01/03 : L'intégralité des débats sur les MDN au Sénat est disponible ici. Une heure trente d'échanges qui n'ont débouché sur rien parce que l'horaire était dépassé. Mme Dini devra donc réinscrire le texte à l'ordre du jour d'une autre séance. Tout ça pour obtenir une expérimentation limitée en nombre (une dizaine de sites maximum) avant un élargissement possible après 5 ans d’évaluation. 
Surtout ne pas se précipiter.

 

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